AGROSTIS VULGAIRE
Chaque espèce combat ses voisines pour rester maîtresse du sol, et ce n'est qu'après plusieurs années de lutte que l'équilibre s'établit et que chacune d'elles finit par occuper un rang en rapport avec sa force de végétation, ou la facilité de sa multiplication. La composition végétale de la prairie reste alors la même, sauf quelques légères modifications, produites par les influences météoriques.
On pourrait donc abandonner à la nature le soin de la formation d une prairie naturelle, mais il se passerait plusieurs années avant que cette prairie pût donner un produit important, et c'est pour hâter ce résultat que le concours de l'homme intervient utilement. En étudiant avec soin la nature du sol, son degré habituel d'humidité, le climat de la localité, on peut former immédiatement la prairie des espèces utiles qui auraient fini par s'y établir exclusivement, et en écarter, dès le principe, les espèces inutiles ou nuisibles.
Plantes fourragères propres aux prairies naturelles. — Toutes les plantes qui composent habituellement les prairies naturelles sont loin d'être également convenables pour la nourriture des bestiaux. Les plus éminemment propres à cette destination sont la plupart de celles qui appartiennent à la famille des graminées, et à celle des légumineuses. D'autres ne sont qu'inutiles, soit parce que, leur tige est presque nulle et que la disposition de leurs feuilles, étendues sur le sol, les empêche d'être saisies par la dent des animaux ou d'être coupées par la faux, telles sont plusieurs espèces de la grande famille des composées; soit parce que leurs tiges ligneuses sont rejetées parles bestiaux. Quelques-unes enfin sont malfaisantes. Il importe donc de n'admettre,lors de la création d'une prairie, que les espèces réellement utiles.
Pour bien étudier ces espèces, nous les partagerons en trois groupes : les plantes graminées, les plantes légumineuses, les espèces appartenant à diverses autres familles. Nous nous occuperons ensuite des plantes nuisibles. Les rendements que nous donnerons devront être considérés comme des maxima que l'on n'obtient pas ordinairement dans la pratique, mais qui suffisent pour déterminer la puissance de production relative de chaque espèce. La quantité de graines que nous indiquerons sera pour l'ensemencement complet d'un hectare, à l'exclusion de toute autre espèce. Les genres sont rangés, dans chaque groupe, par ordre alphabétique.
Premier groupe. — Plantes de la famille des graminées.
Agroslis vulgaire (agrostisvnlgaris, Smith) (fig. 6 M et 642). Espèce vivace, à tige haute de 0m30 à 0m60; fourrage tardif d'assez bonne qualité; 3866 kilogr. de foin par hectare; 100 parties de foin normal h. 17
AGHOSTIS D'AMÉRIQUE.
Yig. 6*2.
Fleur de ragro&tte vulgaire.
Fleur de f agrostis stolonifcre.
renferment 1,35 d'azote; propre aux terrains argileux, un peu secs et même siliceux; convient surtout aux pâturages. On répand 10 kilogr. de semences par hectare.
Agrostis slolonifère, A. traçante, traînasse fiorin (agrostis stolonifera, L.) (fig. 643 el 644). Espèce vivace; tiges nombreuses, couchées, rameuses à leur base et poussant des racines à tous les nœuds qui se trouvent en contact avec le sol. On en cultive plusieurs variétés à panicules plus ou moins étalés; fourrage tardif; 8958 kilogr. de foin par hectare; foin d'assez bonne qualité; 100 parties de foin normal renferment 1,35 d azote; l'herbe perd, par la fenaison, 0,55 de son poids; propre à tous les terrains, mais surtout à ceux qui sont frais et humides; convient aux prés et aux pâturages. On répand 10 kilogr. de semences par hectare.
En Angleterre, on propage cette espèce au moyen de ses racines traçantes qu'on étend dans des rigoles creusées tous les 0m25 et profondes de 0m05 seulement; on recouvre avec une herse renversée et l'on roule. Si cette plantation a été faite de bonne heure au printemps on peut compter sur une abondante récolte dès l'automne suivant.
A. £ Amérique, Hcrd-grass(A. dispar, Mich.y(fig.645et 646). Plante vivace, tardive, tallant beaucoup, très-productive; fourrage un peu gros, mais de bonne qualité; convient à tous les prés assis sur un sol un peu frais et surtout à ceux qui sont humides ou tourbeux. On répand 5 kilogr. de semences par hectare.
Avoine fromentale, A. élevée (avenu dalior,l.)(ûg. 659, p. '285). Plante vivace; tige élevée de plus d'un mètre, et garnie de feuilles nombreuses; fourrage précoce, offrant une végétation continue; saveur amère qui le fait repousser par les bestiaux lorsqu'on le leur donne seul; 6430 kilogr. de foin par hectare; perd 0,60 de son poids par la fenaison; 100 parties de foin normal renferment 0,85 d'azote; convient aux terrains légers ou de consistance moyenne, secs ou humides; redoute les sols compactes; également propre aux prés et aux pâturages. On sème 100 kilogr. de semences par hectare.
Fig. m.
Fleur de Vagrostis d'Amérique.
Fig. 648.
Fleur de Çavoiue jaunâtre.
m ART AGRICOLE.
Fig. tUo. Agrosti» d'Amérique. Fig. 647. Avoine jaunâtre.
Avoine jaunâtre, A. blonde, petit fromental (avena flavescens, L.) (fig. 647 et 618). Espèce vivace, à tiges grêles, s'élevant à 0m75 de hauteur; fourrage tardif, de bonne qualité, donnant 5215 kilogr. de foin par hectare; 100 parties de foin normal contiennent 1,79 d'azote; convient aux prés et aux pâturages situés sur les terrains secs ou un peu frais. On répand 50 kilogr. de semences par hectare.
A. pubescente, A . velue, avrone (A.pubescens, L.) (fig. 649). Plante vivace; tige de 0m70 à 1 mètre d'élévation; feuilles inférieures larges, velues dans les terrains secs, glabres dans les sols frais; fourrage précoce, assez médiocre; 6604 kilogr. de foin par hectare; l'herbe perd 0,62 de son poids par la fenaison; 100 parties de son foin normal contiennent 0,67 d'azote; convient aux pâturages des terrains sablonneux. On répand 30 kilogr. de semences par hectare.
A . des prés, avenette (A . pratensis, L.) (fig. 650 à 652). Plante vivace,
Fig. 651 et 652. Fleurs de l'avoine des prêt. Fig. 65-i. Êpiliet de la brize tremblan'e.
s'élevant un peu moins que la précédente; fourrage précoce, de trèsbonne qualité; 100 parties de foin normal contiennent 1,37 d'azote; le rendement s'élève à 2104 kilogr. de foin par hectare. Cette espèce, propre' aux terrains secs, s'accommode surtout des sols calcaires. On sème 30 kilogr. de semences par hectare.
Brix-e tremblante, tremblelte, amourette (brizamedia, L.)(fig. 653 et 654). Cette plante vivace, haute de 0m65 environ, est peu productive, mais son fourrage, précoce, fin et de très-bonne qualité, est très-recherché par les moutons; son rendement s'élève à 5483 kilog., et 100 parties de foin normal renferment 1 ,39 d'azote; il perd les deux tiers de son poids en séchant. Cette espèce convient aux terrains légers siliceux.
Brome des prés (bromus pratensis, Kœler) (fig. 655 et 656). Espèce vivace, haute deOm65; fourrage tardif, de qualité médiocre; 8546 kil. de foin par hectare; l'herbe perd 0,58 de son poids par la fenaison;
AKT AGRICOLE.
100 parties de foin normal contiennent 0,58 d'azote; convient pour les prés ou les pâturages des terrains sablo-argileux, siliceux et calcaires. On répand 00 kilogr. de semences par hectare.
On reproche à cette plante d'incommoder les bestiaux par les barbes longues et aiguës qui accompagnent les fleurs. Toutefois, comme c'est une de celles qui réussissent le mieux sur les sols arides, siliceux ou calcaires, on pourra l'adopter dans ces circonstances, et la faire pâturer ou faucher de bonne heure pour diminuer l'inconvénient signalé.
Canche flexueuse, canche des montagnes (aira fleœuosa, L.) (fig. 657 et 658). Plante vivace, tardive, à tiges grêles et nombreuses, peu fourrageuse, mais très-recherchée des moutons ; son rendement s'élève à 3559 kilogr» de foin par hectare; 100 parties de foin normal contiennent 0,63 d'azote. Elle convient aux pâturages des terrains secs et élevés. On sème 30 kilogr. de semences par hectare.
Cette espèce de canche forme à sa base une touffe assez fournie de feuilles courtes, glabres et jonci-formes; ses fleurs, réunies en panicule lâche et divergente, ont des balles luisantes et argentées. Elle compose presque toujours la base des prairies très-élevées, et con vient non-seulement aux moutons, mais encore à tous les ruminants.
Chiendent {triticum repens, L.) (lig. 659 et 660). Plante vivace, à ra-
bres connues sous le nom de la Prévalaie, et on le retrouve communément dans un grand nombre de pâturages estimés principalement pour la nourriture des vaches laitières.
Cette plante, qui est un véritable fléau pour les terres labourées, résiste facilement à d'assez longues inondations et donne, en pareille position, d'aussi bons produits que beaucoup d'autres plantes aquatiques. Sur les bords des eaux à cours rapide, ses racines traçantes
Fig. 6. 8. Fleur de la canche flexuetue.
Fig. m.
Epillel du chiendent.
Le chiendent fait en partie la base des prairies justement célè-
retiennent les terres en même temps que ses tiges arrêtent le limon qui augmente la hauteur du sol.
Cynosure des prés, crelelle (cynosurus cristatus, L.) (fig. 661 et 662). Espèce vivace.à tiges assez feuillées, hautes de 0m40à 0œ50; fourrage tardif, recherché des moutons; 2067 kilogr. de foin par hectare; riierbe perd 0,70 de son poids par la fenaison; 100 parties de foin normal contiennent 1,11 d'azote. Cette plante convient aux pâturages situés sur les terrains secs, et aussi à ceux des sols frais, humides et tourbeux. On sème 25 kilogr. de graines par hectare.
Dactyle pelotonné (dactylis glomerala, L.) (fig. 663 et 664). Plante vivace, précoce, à tiges hautes d'un mètre environ, garnies de larges feuilles rudes au toucher; fourrage un peu gros, mais consommé volontiers par les bestiaux. Son rendement s'élève à 14,441 kil. de foin par hectare. L'herbe perd 0,59 de son poids par la fenaison;
Fig. 662. Épillet Fig. 664. Épillet Fig. 666. Êpillet Fig. 668. Epillet du eynosiire des prés, du dactyle pelotonné. de la fétu que de la fétuqne
des prés. élevée.
100 parties de foin normal contiennent 0,85 d'azote. Cette espèce convient aux prés et aux pâturages de tous les terrains, et surtout aux sols sablo-argileux et siliceux. On répand 40 kilogr. de semences par hectare.
Fétiïqae des près (festucapratensis, L.)(fig. 665 et 666). Plante vivace, à tiges élevées d'un mètre et plus; fourrage tardif, abondant et de très-bonne qualité; 7270 kilog. de foin par hectare; l'herbe perd 0,54 de son poids par la fenaison; 100 parties de foin normal contiennent 0,58 d'azote. Cette espèce est une des plus convenables pour les prés ou les pâturages des terrains frais et riches et des sols humides. On sème 50 kilogr. de semences par hectare.
F. élevée (F. elalior, L.) (fig. 667 et 668). Espèce très-voisine de la