‹ Traité élémentaire d'analyse qualitative. Instruction pratique à l'usage des laboratoires de chimieChapitre 6 sur 18 · AVEC LES RÉACTIFS · texte numérisé non relu

AVEC LES RÉACTIFS

(1) Acides du soufre et du sélénium.

(a) Acide hydrosulfurique ou suif hydrique. — L’acide hydrosulfurique est un gaz incolore. Fortement comprimé et refroidi, il se liquéfie. Il a une odeur caractéristique extrêmement désagréable (celle des œufs pourris). Il brûle, à l’air, avec une: Ranime bleue, en formant de l’eau et du gaz acide sulfureux. L’eau froide en absorbe trois fois son volume à peu près (c’est la dissolution aqueuse de cet acide). — La plupart des oxydes métalliques décomposent l’acide liydrosulfurique en eau et en sulfures métalliques, qui sont,, pour la plupart, colorés d’une manière:

bien caractérisée, ainsi que nous l’avons;

exposé avec détail dans le chapitre précédent. Il n’y a que les terres alcalines et les oxydes du chrome, du titane et du tantale, qui, par la voie humide, n’échangent pas leur oxygène pour le soufre. Les combinaisons du soufre avec les métaux alcalins et avec les terres alcalines sont solubles dans Feau; celles avec les autres métaux y sont insolubles. À une température élevée elles se comportent différemment selon la nature du métal. Le sulfure d’or, par exemple, perd, à la chaleur, tout son soufre, et il reste du métal pur . Le sulfure de zinc est fixe, tandis que le deuto-sulfure d’étain (S/zS ) ne cède que la moitié de son soufre. Lorsqu’on chauffe les sulfures dans un courant d’air qu’on fait passer à travers un tube ouvert par les deux bouts, ils donnent tous du gaz acide sulfureux ? et les uns laissent du métal pour résidu (l’argent), les autres de Y oxyde métallique (l’antimoine, l’étain, le bismuth). Les sulfures des alcalis purs s’oxydent et foriment des sulfates. Lorsqu’on fond, sur du charbon, un sulfure quelconque avec du

118 IIe PARTIE.-- MANIÈRE DONT LES ACIDES

carbonate de soude, on obtient une masse! qui, avec îes acides, dégage de Facide liydyosuïf urique, et qui produit une tache d’un brun-noir sur l’argent métallique lorsque celui-ci a été préalablement humecté d’eau.— L ' acide nitrique décompose la plupart des sulfures avec formation d’ oxyde et d'acide sulfurique, et, lorsque Facide n’est pas très concentré, il y a séparation de soufre . L’acide nitro-liydrocMorique se comporte d’une manière analogue, mais il agit plus énergiquement. Le chlom décompose la plupart des sulfures en chlorures métalliques et en chlorures de soufre. L 'acide chlorhydrique concen tré dis s oui la plupart d’entre eux avec dégagement d’acide hydrosulfurique.

En présence de l’eau, l’acide hydrosulfurique, se décompose avec l’acide sulfureux, en eau et en soufre (1). Avec le chlore J le brome et Y iode, les hydracides de cûà corps se produisent, et il y a précipitation du soufre. Les acides hypo-chloreuxa nitrique, iodique, bromique, chromiquei

(l)S0a + 2SH = 2H0 + 3S.

T'oxyde de fer, etc. , déterminent une décomposition analogue. Il arrive presque toujours , dans cette décomposition, qu’une partie du soufre se transforme en l acide sulfurique (S03),

L’acide hydrosulfuriquc dissous dans I l’eau, perd déjà son odeur lorsqu’on le I laisse exposé à l’air ; il y a alors absorp- I tion d’oxygène, lequel, avec l’hydrogène 1 de l’acide, donne de l’eau , tandis que le I soufre mis à nu se précipite dans un état

1 Très divisé.

Au moyen d’une dissolution d’acétate » de plomb, en trouve, dans un liquide, des jft traces d’acide liydrosulfurique qui sont à i peine sensibles à l’odorat; et, quand il I s’agit d’en constater la présence dans un d gaz, on se sert d’un morceau de papier | trempé dans ce réactif. Le papier, dans ce î\ cas, se couvre d’une couche brune-noire 1 et luisante de sulfure métallique.

(b) L’ acide hydro-s élénique ou sélénhydri- J que (Se H) ressemble beaucoup , par ses d propriétés chimiques, à l’acide hydros ul- I furique. Mais on distingue facilement les l séléuiures des sulfures à l’odeur particu-

120 IIe PARTIE. — MANIÈRE DONT LES ACIDES

lière de raifort que les séléniures métalliques répandent lorsqu’on les calcine au contact de l’air.

(c) Acide sulfurique (SO ). — L’acide sulfurique anhydre présente une masse composée d’aiguilles blanches semblables à l’amiante. Exposé à l’air, il exhale des vapeurs blanches et épaisses. Combiné à un atome d’eau, il constitue l’acide sulfurique ordinaire du commerce, qui est un liquide oléagineux dont le point d’ébullition est près de 300°. — Les deux acides se combinent avec l’eau, et cette combinaison donne lieu à un dégagement de chaleur très considérable. — Les matières organiques sont désorganisées par Lacide sulfurique concentré; le charbon y est mis à nu (de là le noircissement). L’acide bouillant produit aussi l’oxydation du charbon, avec dégagement d’acide carbonique et d’acide sulfureux (1).

L’acide sulfurique possède la plus grande affinité pour les bases; il peut donc servir pour séparer tous les autres acides

de leurs combinaisons salines. Les sulfates neutres et les sulfates acides sont presque tous solubles dans l’eau. Il n’y a que le sulfate de chaux qui y soit difficilement soluble , et que les sulfates de baryte, de strontiane et de plomb qui y soient tout à fait insolubles ou presque insolubles. Aussi se sert-on des sels solubles de ces oxydes (et de préférence, du chlorure de barium), pour reconnaître infailliblement l’acide sulfurique. Le précipité blanc de sulfate de baryte (fia O, S03) qui, dans ce cas, se produit instantanément, est complètement insoluble dans l acide nitrique et dans l’acide bydroclilorique. Lorsqu’on veut opérer cette dernière réaction, on doit avoir soin que le liquide ne contienne pas un trop grand excès d’acide chlorhydrique ou nitrique. Si l’on négligeait cette précaution, il en résulterait que le sel de baryte qu'on y ajouterait, serait lui-même précipité sous forme de poudre blanche.

Toutefois, ce précipité disparaît aussitôt qu’on ajoute de l’eau à la liqueur.

Les combinaisons de l’acide sulfurique

avec les alcalis hxes, avec les terres alca¬

122 IIe PARTIE. — MANIÈRE DONT LES ACIDES

lines et l’oxyde de plomb, ne sont pas décomposées par la calcination. Tous les autres sulfates le sont avec dégagement ou d’acide sulfurique, ou d’acide sulfureux et d’oxygène, selon la nature de la base. Tous les sulfates sont décomposés par la calcination avec le charbon. La présence simultanée de loxyde d’un métal alcalin (par exemple, du carbonate de soude, ou du cyanure de potassium), donne toujours lieu à la formation d’un sulfure soluble, qui, avec les acides, dégage de l’acide hydrosulfurique, et noircit une plaque d’argent polie et humectée. Les sulfites et, en général, tous les acides du soufre, se comportent de la même manière ( ce qui est un moyen de reconnaître les sulfates au chalumeau).

Les sulfates qui sont insolubles dans l’eau et dans les acides, sont décomposés complètement quand on les fait fondre avec un carbonate alcalin. Mais, pour la plupart de ces sels, cette décomposition n’a lieu que d’une manière partielle lorsqu’on les fait bouillir avec une dissolution aqueuse du carbonate alcalin. On peut re-

connaître la présence de l’acide sulfurique en versant de la dissolution d’un sel de baryte dans la liqueur filtrée et préalablement saturée par l’acide chlorhydrique.

(d) U acicle sélénique et les séléniates se rapprochent beaucoup, quanta leurs propriétés chimiques, de l’acidè sulfurique et des sulfates. Cependant, quand on fait bouillir les séléniates avec de l’acide chlorhydrique , ils se décomposent en chlore et en acide sélénieux . Le sel ainsi décomposé possède alors la propriété de décolorer la teinture d’indigo, et il est précipité par l’acide sulfureux et par l’acide sulfhydrique (voir page 108); mais il n’y a pas de précipité avec le chlorure de barium. — Toutes les combinaisons du sélénium répandent l’odeur caractéristique du raifort quand on les soumet à la flamme intérieure du chalumeau avec du sel de phosphore ou du carbonate de soude.

(e ) J eide sulfureux (S02) . — L ’ ac i d e s u I f ureux se produit lorsqidon brûle du soufre au contact de l’air. Il est gazeux à la tem-

Page 1