Gastéropodes. 4. CrÉpmopoDES. 5. Pté
ROPODES.
La manière de s'emparer des aliments est déjà beaucoup plus parfaite dans ces ordres que dans les précédents , puisque ce ne sont plus seulement des organes absorbants qui accomplissent la fonction , et qu'on trouve des organes de mastication et des organes plus parfaits de déglutition.
Ceux d'entre cesanimauxqui, sous ce rapport se rapprochent encore le plus des précédents, sont les Gastéropodes munis d'une trompe (Buccinum , Murex j, Voluta). Cuvier (3) a surtout examiné avec soin la trompe du Buccinum imdatum, qui semblable aux cornes du Limaçon , peut être allongée enuncylindre creux par des fibres circulaires , et retirée en dedans par des muscles longitudinaux, et dans la cavité de laquelle se trouve l'orifice de l'œsophage , avec une langue parsemée de crochets (dents).
Chez les Gastéropodes sans trompe ( par exemple Hélix, Limax, Aphjsia), la bouche est dépourvue de lèvres , et l'on trouve à l'intérieur , tantôt (par exemple dans le Limaçon des vignes et la Limace) une sorte de mâchoire supérieure, avec plusieurs saillies qui ressemblent à des dents ( pi , m , fig. iv) , tantôt
(3) Annales du Muséum , tom. XI , pag. 447.
ORGANES DÉ LA DIGESTION
(d'après Cuvier , par exemple dans les Tritonies) une mâchoire semblable des deux côtés de la bouche.
Du reste, le Buccinum undatum n'est point non plus dépourvu de langue. A la base de la cavité buccale , derrière les mâchoires on aperçoit une petite élévation garnie d'épines déliées.
Mais la denture de la langue est surtout bien prononcée chez les Oscabrions, où Poli (1) l'a parfaitement représentée. La cavité orale elle-même , dans laquelle s'ouvrent les conduits salivaires dont je parlerai plus tard, est ordinairement très-charnue , et représente un pharynx arrondi, mis en mouvement par plusieursmuscles (pi. III, fig. 1 , a, fig. \Uj vui, p).
La marche du canal intestinal varie extrêmement dans les divers genres de ces trois ordres. Tantôt le canal est simple , et tantôt il est très-composé, mais toujours il est formé de membranes particuUères. Quelquefois il est logé, avec les autres viscères abdominaux, dans le sac musculeux commun , comme , par exemple , chez les Limaces et les Aplysies (,pl. ni , fig. 1) , parmi les Gastéropodes, et chez tous les Ptéropodes (fig, x) et Crépidopodes. Parfois aussi il se trouve hors de ce sac, entouré seulement du péritoine, et forme une sorte de hernie dans la coquille , comme chez les Gastéropodes à coquille , ( pi. ni , fig. VII, viii). 11 n'y a pas de mésentère proprement dit. Un fait remarquable aussi, c'est que presque partout les organes respiratoires et le rectum sont appliqués l'un contre l'autre (comp. S 493, 495, 497).
Le Limaçon des vignes et la Limace , qui ont été étudiés avec beaucoup de soin par Swammerdam , sous ce rapport, nous fournissent l'exemple d'une conformation plus simple. Dans le premier , l'œsophage descend à travers le collier nerveux (pi. ii. fig. m. - ) ; ilse dilate ensuite en un estomac membraneux divisé par un léger étranglement ( « « ) , et dans l'extrémité postérieure duquel (^) s'épanche la bile. Vient plus loin l'intestin , qui décrit un tour sur le foie ( /S ) , marche de là le long de la cavité branchiale ( fig. g ) , et va se teraiiner au bord du trou respiratoire. Le
(l) Testacea utrhisque Siciliœ , tom. I, pi. m, fig. 9.
même état de choses, quant au fond , a lieu aussi dans la Limace et plusieurs espèces voisineSj par exemple dans la Paludina vivipara, dont l'estomac et les circonvolutions intestinales sont représentés (fig. viii.) Cependant , l'estomac du Z.?//imœM5sfa(/na/<s s'éloigne de la forme qui vient d'être décrite , en ce qu'il est beaucoup plus petit , mais pourvu de parois charnues d'une épaisseur extraoï'dinaire. Cuvier parle d'une dilatation de l'œsophage en forme de jabot, mais que je n'ai observée qu'à un bien faible degré (2).
L'appareil digestif du Pleurobranche , décrit par Cuvier , est remarquable en raison de sa structure complexe , que l'on peut presque considérer comme le prototype de celle qu'offre l'estomac des Ruminants, parmi les Mammifères. Chez ce Mollusque, l'œsophage se dilate en un jabot membraneux, dans la partie inférieure duquel coule la bile : on trouve ensuite un estomac de forme globuleuse et plus musculeux, puis un autre estomac membraneux , intérieurement garni de petits plis longitudinaux , comme le feuillet des Ruminants , enfin un quatrième estomac semblable au jabot , mais plus petit. Un fait remarquable encore , c'est que l'estomac musculeux est traversé par une gouttière musculeuse allant du jabot à l'estomac plissé , et qui sert peut-être aussi à une sorte de rumination.
L^estomac des Aplysies n'est pas moins digne de remarque , tant à cause de sa structure complexe, qu'à raison des armes qui en garnissent l'intérieur , et qui paraissent représenter le stylet cristallin des Bivalves à un plus haut degré de développement.
L'étroit œsophage , qui traverse le collier nerveux (pi. m , fig, i, 1) , s'élargit , selon Cuvier, en un jabot très-ample^ à parois minces , et à demi contourné en spirale ( fig. 1 , 0,0,). Déjà nous avons vu quelque chose d'analogue dans les Ascidies (§ 494). Vient ensuite un estomac plus étroit , musculeux et robuste ( p ) , qui est parsemé en dedans de plaques rhomboïdales demi-cartilagineuses (fig. H, b), paraissant agir, en quelque sorte , comme des dents mâohe-
(2) Voyez dans mon ouvrage Von dsn aeussern Lebensbedingungen dsr weiss-und kaltbluetiger Thiere, pi. II, fig. V, f*.
lières. Le troisième estomac (q) ressemble assez au précédent : sa face interne est garnie aussi de dents crochues dirigées en avant (fig. n, c). Il se rétrécit en arrière pour produire le commencement du canal intestinal. A cet endroit s'insèrent les conduits biliaires (fig. vn , f ) , et un cœcum particulier (e) , qui, dans les Aplysies et plusieurs des Mollusques suivants , paraît être le prototype du pancréas, de même que les cœcums qui entourent la bouche des Holothuries ( S 493 ) sont celui des vaisseaux salivaires. Le canal intestinal n'offre presque rien de particulier dans son trajet; ainsi que chez les Limaces , il décrit des circonvolutions sur le foie (fig. i, s) , et , constituant enfin le rectum (t) , il se termine au voisinage de labranchie (v), où se trouve l'anus (d).
Le canal intestinal de la Bullœa ressemble assez à celui des Aplysies. Mais l'estomac de ce Mollusque est très-robuste , d'après Cuvier, car les plaques qu'on aperçoit dans le second estomac des Aplysies sont considérablement agrandies ici, et ressemblent à de vraies coquilles (1). On en compte trois, ayant à peu près cette forme cl^d, étant unies ensemble par de fortes fibres musculaires , elles doivent exercer une action puissante comme mâchoires stomacales ou comme dents mâchelières.
Les organes digestifs des Crépidopodes et des Ptéropodes ressemblent , quant aux points essentiels , à ceux des Gastéropodes qui viennent d'être passés en revue.
Cependant les Oscabrionsse distinguent par leur canal intestinal , qui décrit plusieurs tours autour du foie. Poli en a donné une fort belle figure ; on voit que l'estomac est fort et cartilagineux , et qu'à sa suite vient un intestin cinq fois tourné en cercle , qui s'ouvre enfin , à la partie postérieure du corps , par un rectum court et droit.
A l'égard des Ptéropodes , dans les CUo (pi. ui , fig. x) , l'œsophage est droit et assez étroit {V:, et l'estomac entouré par le foie.
(1) Elles ont été considérées pendant quelque temps comme de véritables coquilles, et ont même donné lieu à l'établissement d'un nouveau genre ( Tricla), Il en a déjà été parlé à l'occasion du splanchnosquelette.
Le rectum (v) remonte, pour s'ouvrir au voisinage de la branchie gauche.