Œsophage et estomac des Poissons
Le canal intestinal des Poissons est extrêmement court en proportion du corps , car souvent il ne fait que suivre en ligne droite la longueur de la cavité abdominale , et par conséquent n'égale pas , à beaucoup près , celle de l'animal entier , puisque l'anus se trouve à l'extrémité antérieure de la co lonne vertébrale caudale. La même chose avait lieu déjà chez les Annélides et les Insectes. Ce peu de longueur du canal intestinal rendrait la digestion presque impossible , s'il n'était compensé parle très-long séjour qu'y fait la nourriture généralement animale des Poissons (1). Du reste , il
(1) HoMF, ( Lectures on compative anatomy, p. 340) parle d'une Perche qui ne mangea qu'une seule fois dans l'espace de dix à quinze jours.
est plus que probable que ces animaux ne se sustentent pas uniquement des aliments grossiers qu'ils admettent dans leur appareil digestif ; la faculté qu'ils ont de vivre longtemps et même de croître dans l'eau pure , sans prendre autre chose que les Infusoires qui s'y trouvent , le prouve assez , et nous rappelle les Oozoaij^es , dont tant d'espèces s'alimentent i)ar l'absorption générale , n'ayant point de canal intestinal proprement dit.
Dans les Poissons dont le canal intestinal traverse la cavité abdominale en ligne droite , on ne peut ordinairement évaluer la longueur de l'estomac que d'après l'insertion du conduit biliaire , de sorte que , dans les Lamproies , par exemple , on est obligé de considérer comme œsophage la portion étroite qui est située au dessus de l'organe respiratoire ou derrière , et comme estomac , celle peu dilatée qui se trouve derrière le foie , et qui n'est séparée de la précédente que par une petite valvule interne. Cependant la structure du canal intestinal n'est aussi simple que dans un petit nombre d'espèces ; chez le plus grand nombre , on rencontre un œsophage d'une ampleur considérable , et intérieurement garni de plis longitudinaux (pi. IX , fig. XIX , q , XX , XXI ) , qui , d'une manière insensible , et après un court trajet , se dilate pour produire l'estomac, dont la structure ressemble assez à la sienne (2) , et dans lequel s'ouvre communément le conduit excréteur de la vessie natatoire (la trachéeartère). Mais celui de tous les Poissons dont , suivant Home (3) , l'œsophage s'éloigne le plus de la forme ordinaire , est la Myxine , chez laquelle , indépendamment des six trous branchiaux latéraux , on en trouve encore un impair par lequel ce canal s'ouvre au dehors , et qui , suivant toutes les apparences , a principalement des connexions avec la fonction respiratoire. Il est trèsremarquable aussi que le canal alimentaire naît de la cavité branchiale dans rAmmocœtes bmnchialis pi. ix , fig. xvii ) , car cette
(2) Il n'est pas rare que les Poissons rapaces , comme le Brochet , conservent encore dans l'œsophage une portion de la proie qu'ils ont avalée , tandis que le reste se trouve dans l'estomac ; ils commencent par digérer cette dernière portion , après quoi ils refoulent l'autre dans l'estomac.
(3) Isîs, 1817, cah. I, pag. 28.
ORGANES DE LA DIGESTIOrs'.
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disposition rappelle celle que nous avons décrite chez les Ascidies (§494). Suivant Rathke (l),le canal alimentaire (fig.x vu, 20) naît dans un pli postérieur de la cavité branchiale (fig. XVII, 18) , par une ouverture si petite qu'elle permet à peine l'introduction d'une sonde capillaire ; il n'y a point d'estomac , et l'œsophage se continue de suite avec l'intestin.
La forme de l'estomac lui-même varie à l'infini dans les divers genres et espèces de Poissons. Cependant sa cavité est généralement simple , et on ne connaît que la Baudroie {Lophhis piscatorius) où elle soit , au dire de Home , partagée en deux compartiments par un étranglement d'ailleurs peu profond. Sa forme la plus ordinaire, par exemple dans le Brochet , la Lote (pi. XI, fîg. XVI ) , l'Esturgeon (fîg. xix) , l'Anguille , le Gymnote ^ la Truite saumonée (fig. XXI , ) etc. , est celle d'un cul-de-sac, qui , en remontant vers le haut et se rétrécissant , 'communique avec l'intestin par un pylore rarement très-contracté. L'estomac est surtout d'une ampleur considérable chez les jeunes Poissons , à tel point que , dans un Silurus glanis très-jeune , j'ai trouvé qu'il remplissait toute la cavité abdominale. Sous le rapport de la structure de ses parois , il ressemble assez déjà à celui de l'homme ; la tunique musculeuse , en particulier , est bien apparente, et souvent même très-développée ; on aperçoit peu de glandes ; la membrane interne forme ordinairement de nomi)i"eux plis longitudinaux , surtout dans le fond du viscère , mais parfois aussi elle offre plusieurs plis transversaux, ou une texture faiblement réticulée.
Je signalerai encore, comme ayant une forme remarquable , l'estomac du Congre et du Tetrodon oblongus, décrits par Cuvier. Chez ce dernier , un ample sac globuleux constitue l'estomac , offrant deux orifices opposés , l'un en haut , pour l'œsophage , l'autre en bas pour l'intestin. Dans le Congre, le cul-de-sac stomacal se recourbe bien de bas en haut, comme à l'ordinaire, pour se continuer avec l'intestin après s'être rétréci ;
(\) Beitrœge :urGcschkhlc di-r ThiamsU , toin. II, cah. 1!, pag. 87,
mais , inférieurement , il est pourvu d'un long appendice terminé en pointe. L'estomac du Pleuronectes flesus a la forme d'une bouteille (fig. xx) et celui de ïAmmodytes tobianus (2) est extrêmement long. Quant à l'estomac des Raies et des Squales , il est construit d'après le type ordinaire , c'est-à-dire qu'il a la forme d'un boyau dilaté et recourbé de bas en haut , de sorte qu'il ne mérite point de description particulière ( pi. x , fig. II et m). Le Squalus maximus seul diffère des autres , suivant Home (3) , en ce que la cavité stomacale ordinaire communique par une ouverture foi"t étroite avec un second estomac arrondi et plus petit , qui s'ouvre dans l'intestin par un pylore également très-rétréci. L'estomac lui-môme contenait une grande quantité de pierres. Les Squales sembleraient donc suppléer à l'absence des dents molaires par ces corps étrangers qui, chez eux, tiendraient lieu des dents stomacales observées chez les Mollusques et autres.