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Organes de mastication, de gustation et

DE DÉGLUTITION DES RePTILES.

Nous n'avons point à nous étendre sur la situation et la forme extérieure de l'ouverture buccale , puisqu'elles ressortent d'autant mieux des détails dans lesquels nous sommes entrés à l'égard des mâchoires , que ces os ne sont point revêtus ici de parties molles épaisses , et que souvent même on ne trouve à leur surface qu'une peau dense , la plupart du temps écailleuse. Cependant nous devons

dire , comme un fait physiologique remarquable , que ni dans la classe des Reptiles , ni dans celle des Oiseaux , on ne trouve aucun exemple de succion avec la bouche , premier mode , et le plus simple , de faire arriver les substances du dehors dans le canal intestinal.

La mâchoire inférieure est élevée principalement par un muscle masséter et un muscle temporal (pi. xn , fig. viii , 36) ; mais elle est abaissée d'une manière particulière , c'està-dire par un muscle correspondant au mylohyoïdien , et de plus par un autre muscle analogue au digastrique , qui , descendant de la nuque , s'attache à l'apophyse située derrière l'articulation , et qui est surtout fort apparent chez le Crocodile (pi. xi, fig. X , I , v). En effet , toutes les fois que cette apophyse s'élève , l'autre extrémité de la mâchoire inférieure , qui se meut sur l'apophyse articulaire de l'os temporal (1) , doit nécessairement s'abaisser ( pi. xii , fig. viii , 48) .

Enfin on doit encore remarquer un composé de plusieurs petits muscles , qui , chez divers Ophidiens , sert à écarter ou rapprocher non-seulement les os maxillaires supérieurs , mais encore les deux moitiés latérales de la mâchoire inférieure , pour augmenter l'ampleur de la cavité buccale. Ce mouvement est une répétition bien manifeste du mouvement latéral que les mâchoires exécutent chez les animaux articulés.

Les dents des Reptiles , dont nous avons déjà parlé à l'occasion du splanchnosquelette (S 204 , 213 , 224) , et qui , de même que chez les Poissons , consistent le plus souvent en de simples pointes ou crochets , servent plus aussi à mordre et à retenir la proie qu'à la mâcher. Leur forme ressemble également à celle qu'elles affectent dans la classe précédente , car ce sont des cônes creux et pointus , attachés en partie aux arcs des mâchoires et en partie aux os palatins. Les

(i) Il n'est pas improbable, d'après Geoffroy Saint- Hilaire {Annales dumuséum, vol. II), que la mâchoire supérieure (et le crâne avec elle) se meut plus que l'inférieure, comme l'a déjà dit Hérodote. Ce mouvement, que l'homme lui-même peut exécuter, est une suite naturelle de la longueur et du volume considérables de la mâchoire inférieure (pi. xi, fig. x).

phénomènes de la dentition ont été surtout observés chez le Crocodile , où l'on a remarqué que de nouveaux germes se forment dans l'intérieur des anciennes dents , qui , d'ailleurs , selon Cuvier , existent déjà en nombre complet chez le jeune animal (1).

La position des dents n'est point la même chez tous les Reptiles. Il n'y en a point du tout dans les Chéloniens , où cependant elles sont en quelque sorte suppléées par l'épais enduit corné qui revêt les deux mâchoires. Les Grenouilles ont de très-petites dents à la mâchoire supérieure et aux os palatins (pi. XI, fig. ni ) , et il s'en trouve aussi à la mâchoire inférieure dans la Salamandre.

Suivant Meckel , la Sirène porte huit à douze rangées de petites dents simples et crochues au palais , et la même chose a lieu aussi à la mâchoire inférieure.

Les Serpents ont également deux rangées de dents palatines , parallèles au bord de la mâchoire inférieure; mais leur mâchoire intérieure est armée en outre de deux crochets à venin chez ceux qui sont venimeux , et de deux longues rangées de dents chez ceux qui ne le sont pas. La mâchoire inférieure porte toujours un grand nombre de dents pointues et recourbées en arrière (pi. xi , fig. XVII ). Les plus remarquables d'entre les dents des Serpents sont leurs crochets à venin , qui rappellent les crochets mandibulaires des Araignées , et dont le renouvellement s'opère de la même manière que celui des dents de Squales (§ 527 ). Quant à leur structure , ils sont pourvus d'un canal produit par le plissement de la dent sur elle-même , de dehors en dedans (2). Ce canal s'ouvre par une fente ; il reçoit , pour l'insinuer dans la plaie , le venin préparé par une glande particulière (pi. xn, fig. IX, d), et qu'exprime l'action d'un muscle (fig. ix, c) sur cette dernière. Lorsqu'un crochet tombe , l'un des germes dentaires que renferme une bourse membraneuse logée derrière lui dans la gencive , se redresse et vient s'appliquera l'os.

Quant aux Sauriens , si l'on en excepte quelques-uns , tels que les Iguanes , chez les-

(1) Voyez mes Tabulœ illustrantes, cah. Il, pi. m,

fig. VII.

(2) Ibid., fig. VI. — Voyez aussi Dcvernoy, Fragments d'Anatomie sur l'organisation des Serpents ; dans Annales des sciences naturelles, 1833.

quels on observe aussi des dents palatines , on ne trouve de dents chez eux qu'r'ix deux mâchoires , comme chez les Raies et les Squales, et ces dents varient beaucoup pour la forme. Il leur arrive souvent, par exemple dans les Iguanes et les Agames , d'être lancéolées et dentelées sur les bords. Leur nombre est également très-sujet à varier; le Caïman en a de chaque côté dix-neuf en haut et autant en bas ; le Crocodile , dix-neuf en haut et quinze en bas; le Gavial, vingt-sept en haut et vingt-cinq en bas ; le Tupinambis , seize en haut et treize en bas.

A l'occasion de la langue des Reptiles , nous devons commencer par jeter de nouveau un coup d'œil sur les différentes formes de l'hyoïde , qui joue un si grand rôle dans l'acte de la déglutition.

Chez le Protée , Ihyoïde est encore uni avec les arcs branchiaux , et tout à fait semblable à celui des Poissons. Les têtards de Grenouilles ressemblent aux Reptiles branchies sous ce rapport , comme à tant d'autres égards. Mais , dans la Grenouille parfaite , l'hyoïde est une plaque cartilagineuse quadrilatère , avec quatre cornes (pi. xiii , fig. VI, A). Les grandes cornes naissent des deux angles antérieurs de cette plaque , sous la forme de filaments cartilagineux grêles , et , se recourbant d'avant en arrière , vers l'articulation de la mâchoire , vont enfin se fixer au crâne. Les petites cornes sont osseuses , courtes et situées des deux côtés du larynx. Dans le Pipa (3) , le corps de l'hyoïde ne porte en devant que deux petites cornes , tandis que les postérieures , plus longues , commencent par un mince pédicule , puis s'élargissent en plaques cartilagineuses longues d'un pouce , qui ont plus de largeur dans la femelle et plus de longueur dans le mâle. Chez la Salamandre , au contraire , l'os hyoïde est mince , pointu en avant ; les grandes cornes sont des plaques latérales mobiles , tout à fait séparées du corps ( pi. xiiï , fig. I , a ).

L'hyoïde des Chéloniens est ordinairement formé aussi d'une large plaque et de plusieurs cornes. Celui de la Matamata , en

(:]) Breyer. Observationes anatomicœ circa fabricainranoBpipw.BerMn, 181), pag. 14.

ORGANES DE LA DIGESTION

particulier , constitue une plaque cartilagineuse large , dans laquelle la partie supérieure de la trachée-artère se trouve renfermée par un canal spécial.

Dans les Ophidiens , tant que la langue n'est point longue et renfermée dans un fourreau , Thyoïde est fort petit , et il a parfaitement la forme d'un \ (par exemple dans l'Amphisbène). Mais , dès que la langue est protractile , les cornes de l'os se prolongent aussi très-loin en arrière , comme on le voit chez les Serpents proprement dits.

Nous retrouvons ces différentes formes chez les Sauriens , et tantôt l'hyoïde ressemble à un ^ , comme dans le Gecko , tantôt il offre une pointe antérieure , qui pénètre la substance de la langue , et qui a plusieurs cornes latérales , comme dans le Lézard gris , tantôt enfin il est muni d'un corps aplati , clypéiforme , et de deux grandes branches latérales , comme dans le Crocodile.

Du reste , les muscles de l'hyoïde se portent , presque comme chez l'homme , les uns à la mâchoire inférieure , les autres à la langue , ou au sternum , quand il existe. Voyez , pour exemple , ceux de la Grenouille , pi. xn,fig. vn,l,2,3,4.

La langue est en général bien plus développée chez les Reptiles que dans la classe précédente. Cependant elle ne constitue encore qu'un organe fort imparfait dégustation , outre que souvent elle renferme un cartilage , comme on a pu en juger d'après la description de l'hyoïde.

Chez les Grenouilles , elle forme une sorte de soupape , car sa base est fixée au bord antérieur de la mâchoire inférieure , et sa pointe bifide (1) dirigée vers la glotte , de sorte qu'elle semble en quelque sorte tenir lieu ici d'épiglotte (pi. xn , fig. vu) , ce qui n'est point sans importance comme fait établissant que l'épiglotte est en réalité une répétition de la langue. Dans le Pipa , la langue est petite , et , de même que dans la Salamandre , fixée au fond de la bouche. Chez les Salamandres , ainsi que chez les

(1) Nous trouvons fréquemment cette bifurcation de la langue, et nous ne pouvons méconnaître en elle une analogie avec les organes génitaux, car, par exemple, la verge des Reptiles est fort souvent double aussi.

Tortues , qui n'ont pas non plus la faculté de l'étendre en avant , elle est parsemée de courtes villosités qui lui donnent une apparence veloutée. Chez les Grenouilles , au contraire, elle est molle , lisse et gluante.

Les Amphisbènes ont une langue semblable à celle des Grenouilles , selon Cuvier. Mais , chez les autres Ophidiens , cet organe se fait remarquer par sa longueur et sa mobilité. Ainsi, dans une Couleuvre à collier, longue de trente-trois pouces , la langue , y compris son muscle rétracteur , avait quatre pouces de long , sur seulement deux lignes de large et presque autant d'épaisseur. Cette longue langue mobile rappelle la trompe des Insectes et celle de certains Mollusques. Elle est ordinairement presque cylindrique (vermiforme ) ; son extrémité , revêtue d'une pellicule cornée de couleur brune, se partage également en deux parties. Voici quel est le mécanisme qui la met en mouvement ; la peau de la bouche se replie , au devant de la glotte , en un cylindre qui entoure la partie la plus profonde de la langue comme une sorte de fourreau ; au fond de celui-ci s'attachent deux muscles provenant des longues branches parallèles de l'hyoïde , et qui , par conséquent , ramènent la langue en dedans ; deux autres muscles partent du fond de cette même gaîne , vont se fixer à la mâchoire inférieure , et attirent la langue hors de la bouche .

La langue est ordinairement longue et bifide aussi dans les Sauriens. Elle est même presque vermiforme dans le Caméléon , où la turgescence pailiculière dont elle jouit la rend remarquable. C'est principalement à J. Houston (2) que nous devons de bien con naître cet appareil , et j'ai constaté l'exactitude de la description qu'il en a donnée. L'hyoïde, sur lequel on peut apercevoir quatre cornes longues de près d'un pouce , n'a point ici de connexions immédiates avec la trachéeartère , et un riche appareil musculeux l'unit tant aux côtes et au sternum qu'à la mâchoire inférieure. La langue , née de cet os , consiste en une masse conique , excavée par devant , dépourvue de glandes mucipares , qui ressemble à une ventouse propre à

(2) Edinb. new philos. Journal. 1829,n'> 13. Il n'y a que les muscles de l'hyoïde qui n'ont pas été décrits d'une manière parfaitement satisfaisante par Houston.

TRAITE D'AKATOMIE COMPAREE.

prendre les Insectes , et que supporte un long pédicule renfermant un tube , au milieu duquel le corps de l'hyoïde se trouve logé dans l'état de repos. Elle est entourée d'un tissu vasculaire qui rappelle les corps caverneux de la verge. L'afflux du sang dans les vaisseaux de ce tissu le fait entrer en érection (1) , de sorte que le pédicule , qui n'avait que neuf lignes de long , acquiert tout à coup une longueur de cinq à six pouces. D'après ce mécanisme , il n'est pas possible à l'animal de répéter , à des distances très-rapprochées , la projection de sa langue sur les Insectes qui lui servent de nourriture. Pour que cet organe rentre dans la bouche , il faut que les vaisseaux se dégorgent , après quoi le muscle hyoglosse achève la rétraction.

Dans le Crocodile , la langue est trèsgrande , puisqu'elle remplit presque tout l'espace compris entre les branches de la mâchoire inférieure ; mais elle est attachée au plancher de la cavité buccale , de manière à ne pouvoir exécuter aucun mouvement.

Une peau dure , divisée en compartiments rhomboïdaux par des sillons , et peu propre à percevoir les saveurs , la recouvre , et elle se termine en arrière par un petit rebord transversal qui couvre en partie la glotte.

Chez les Reptiles , de même que chez la plupart des Poissons , la bouche et l'arrièrefcouche se confondent en une seule cavité , ce qui a surtout lieu lorsque , comme chez les Batraciens, les Ophidiens et les Chéloniens, les narines postérieures sont peu distinctes du bord antérieur des mâchoires ( pi. xn , fig. VII ) . En pareil cas , la glotte est reportée aussi très en avant , et l'on n'aperçoit aucune trace de voile du palais. La même chose a lieu également chez plusieurs Sauriens , par exemple chez le Gecko. Mais , dans le Crocodile , où , comme je l'ai dit précédemment , les narines postérieures s'ouvrent si loin en arrière , j'aperçois sur plusieurs individus une sorte de voile du palais , privé toutefois de luette , de sorte que ce repli et le bord postérieur libre de la langue établissent réellement une séparation entre la bouche et l'arrière-bouche.

Du reste , il est à rem.arquer encore que ,

(1) Nouvelle analogie trés-rcmarquable entre la langue etlesorganes génitaux.

chez plusieurs Batraciens et Sauriens , la cavité gutturale acquiert un accroissement considérable par la présence de sacs cutanés au devant du larynx. Il y en a deux latéraux chez les Grenouilles mâles , et un impair inférieur dans l'Iguane , le Dragon , etc. Ces poches , appelées goitres , sont plutôt des réservoirs à air, que des sacs pour mettre les aliments en réserve ; car, bien qu'elles ne communiquent pas avec le larynx (2) , elles se gonflent néanmoins extrêmement dans la colère , etc.

Au lieu des ouvertures branchiales , qu'on trouve , chez les Poissons , sur les côtés de la cavité buccale et gutturale , l'œsophage est croisé , comme chez l'homme , par le courant d'air qui va de la cavité nasale à la glotte ; et à l'endroit où se voyaient les trous branchiaux des Plagiostomes , nous apercevons , chez la plupart des Reptiles , les orifices internes des trompes d'Eustache.

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