Œsophage et estomac des Reptiles
La conformation de l'œsophage et de l'estomac , jointe au peu de longueur proportionnelle du canal intestinal en général, annonce encore la grande affinité qui existe entre cette classe et la précédente.
L'œsophage est un canal qui , à partir de la cavité gutturale , se rétrécit en forme d'entonnoir , et dont la membrane interne offre ordinairement plusieurs plis longitudinaux produits par la constriction de la tunique musculeuse externe , qui se resserre davantage qu'elle.jChez les Serpents surtout , dont le canal alimentaire ressemble à celui des Lamproies , par la rectitude de son trajet , l'ampleur de l'œsophage égale exactement celle de l'estomac. Celui de plusieurs Tortues marines est remarquable , selon Cuvier et Bluraenbach , en ce qu'il se trouve garni à l'intérieur d'un grand nombre de pointes cornées , dirigées en arrière , qui , comparables aux dents linguales , palatines ou pharyngiennes , des Poissons , semblent destinées à empêcher les aliments de remonter , chez ces animaux dont la bouche est d'ailleurs entièrement dégarnie de dents.
(2) Cuvier dit quocecasn'a lieu que pour le goitre du Camélénn.
ORGAlNliS DE LA DIGESTION.
Home (1) a rencontré dans un Lézard une dilatation de l'œsopliage en forme de goitre. L'estomac a presque toujom-s également une forme très-simple. Ses glandes sont peu développées , et toujours il se trouve plus au côté gauche qu'au côté droit de l'animal. Nous avons déjà vu que , chez les Ophidiens , il se continuait d'une manière directe avec l'œsophage ; dans les Grenouilles , les Salamandres (pi. xni , fig. I , h) et les Tortues ( fig. V , k ) , il n'en est qu'une simple dilatation oblongue , qui , en se rétrécissant et s'infléchissant , devient l'intestin. Cependant on est frappé de l'épaisseur extraordinaire que Home [2) assigne à la membrane musculeuse de l'estomac d'une grande Tortue herbivore , la force musculaire de ce viscère semblant être destinée ici , comme chez beaucoup d'animaux , à suppléer au défaut de dents. Quelque chose d'analogue a lieu aussi , d'après le même observateur , dans l'estomac de la Sirène , qui vit également de végétaux (3). Chez le Pipa , l'estomac est divisé en deux moitiés (4) , dont la première , plus grande , a au delà d'un pouce de long , sur quatre lignes de large , tandis que l'autre, séparée d'elle par un resserrement étroit , est arrondie et du volume d'un gros pois. Le grand estomac globuleux du Crocodile (pi. xn , iîg. XIX , o) se comporte d'une manière analogue ; à la région du pylore , qui lui-même est très-voisin du cardia , on aperçoit un petit segment particulier du viscère , et un tendon en forme de disque pour les fibres musculaires qui se réunissent en rayonnant sur ce point. Intérieurement , l'estomac des Sauriens est séparé de l'intestin par une forte valvule pylorique , et il existe aussi , chez la Tortue d'Europe , une valvule qui marque la limite entre la membrane muqueuse lisse de l'estomac et la membrane muqueuse celluleuse de l'estomac (pi. xn , fig. xxui).
Au reste , il paraît qu'on doit s'en prendre tant à la forme simple de l'estomac , qu a la
{l) Lectures on comparative anatomy, T^ag. 322.
(2) Loc. cit. p. 320.
(3) Loc. cit. pag. 33!}. On trouve aussi de petites pierres dans cet estomac , pour faciliter l'attrition des alimenis.
(4) Breyer, loc. cit. pag. \U.
brièveté du canal intestinal tout entier , et au défaut de chaleur du sang , si , chez les Reptiles , comme chez les Poissons , la digestion s'accomplit avec une excessive lenteur, attestée par de nombreuses ol)servations. Ainsi Home a vu un Alligator qui ne prenait jamais de nourriture qu'au bout de quelques jours , et , comme cet animal vivait principalement d'oiseaux , il remarqua que les parties non digérées , les plumes surtout , sortaient par l'anus.
L'observation faite par Gruithuisen d'une Grenouille qui pouvait vomir son estomac en entier par la bouche (5) , rappelle d'une manière remarquable le fait des Astéries , cpii emploient le même moyen pour se débarrasser du résidu de leurs aliments (§ 493 ).