‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 120 sur 318 · IV. ORGANES DIGESTIPS DES OISEAUX · texte numérisé non relu

IV. ORGANES DIGESTIPS DES OISEAUX

1 . Organes de mastication , de gustation , de succion et de déglutition des oiseaux.

Comme les organes digestifs des Reptiles se rapprochent de ceux des Poissons , ainsi ceux des Oiseaux ont des rapports trèsremarquables avec l'appareil de la digestion chez les Reptiles.

La forme de la bouche et de l'appareil masticatoire des Oiseaux est facile à déduire des détails dans lesquels nous sommes entrés précédemment sur celle des os maxillaires de ces animaux , en traitant du squelette. En etîet , ce sont les deux côtes faciales les plus antérieures , avec le membre céphalique essentiel , qui , revêtues de plaques cornées , à peu près comme les phalanges onguéales des orteils , constituent le bec , c'est-à-dire l'organe avec lequel l'Oiseau saisit ses aliments sans les mâcher.

La forme du bec exerce une si grande influence sur le genre de vie tout entier des Oiseaux, qu'on a toujours pensé que c'est à elle surtout qu'on devait avoir égard dans l'établissement des classifications ornithologiques. Ayant déjà fait connaître les particularités les plus importantes qu'oifrent la structure et les mouvements des deux moitiés du bec , et les différences qui l'oulent uniquement sur la configuration étant plus du ressort de la zoologie que de la zootomie physiologique , je me bornerai à discuter ici quelques points de l'histoire de ce bec , dans lequel nous trouvons d'ailleurs une répétition frappante de celui des Céphalopodes.

Nous avons déjà vu que , la plupart du temps , le bec est entièrement enveloppé de corne , mais que , dans certains cas , par exemple chez les Oies , les Canards , les Bécasses , il est revêtu d'une membrane molle et nerveuse , qui , tenant lieu des lèvres , doit servir comme organe tactile.

ORGANES DE LA DIGESTION

ucs

D'un autre côté , il est reinarqual)Ie aussi que, fort souvent, par exemple dans les Oies, les Canards , les Faucons , les Pies-STièches , et surtout le 3Iergus serrator , l'enduit corné du bec ofîre des saillies parfaitement semblables à des dents , et tantôt isolées , tantôt formant des rangées entières. Cependant , comme ces dentelures ne tiennent point aux os maxillaires eux-mêmes , on peut plutôt les comparer à celles des mâchoires des Insectes qu'aux dents proprement dites des animaux supérieurs , et elles appartiennent encore en grande partie au clermatosquelette , tandis que ces dernières se rattachent exclusivement au splanchnosquelette.

Le mouvement des deux moitiés du bec est surtout remarquable en ce qu'il ne se réduit pas à l'abaissement et à l'élévation de la mâchoire inférieure , car la supérieure a la faculté de se mouvoir aussi sur le crâne ( § 253 ) , et non pas en même temps que lui , comme il arrive chez le Crocodile (§ 537 ).

L'abaissement de la mâchoire inférieure a lieu principalement , de même que chez les Reptiles ( S 537 ) , par l'action d'un ou plusieurs muscles , dont le plus grand et le plus constant a été appelé pyramidal par Hérissant. Ces muscles s'insèrent à l'apophyse située derrière l'articulation et à l'os occipital (pi. XV , fig. vui , 48 , fig. x , b. ) , et par conséquent ils ouvrent le bec en faisant baisser sa pointe. Son élévation dépend d'un grand muscle , analogue au temporal et au masséter (pi. xv , fig. yiu, 49, fig. x, b) , et d'un à deux autres muscles provenant des os palatins (ptérygoïdiens). Du reste , quand les branches de la mâchoire inférieure ont une articulation , comme dans l'Engoulevent ( S 254 ) , les muscles pyramidaux paraissent produire l'élargissement du bec , et les ptérygoïdiens sou rétrécissement, de même qu'un certain mouvement latéral de la mâchoire entière peut être aussi le résultat de leur action.

Quant au mouvement de la mâchoire supérieure , il résulte en partie de la puissance musculaire , en partie de l'élasticité des os nasaux et intermaxillaires. En efïet , les apophyses zygomatiques de la côte de la vertèbre auditive et des côtes palatines font que , quand l'Oiseau ouvre le bec , la mâ-

choire supérieure se trouve soulevée par l'action de quelques muscles fixés à l'os carré , mais que , quand il le ferme , c'està-dire quand l'os carré reprend sa situation primitive , cette même mâchoire est tirée de haut en bas , mouvement que favorise l'élasticité de la plaque par le moyen de laquelle seule la moitié supérieure du bec tient au crâne.

Le mécanisme des mouvements du bec dans le Bec-croisé {Loxia curvirostra) est fort remarquable , et il a été observé ayee soin par Tawnson(l); chez cet Oiseau, l'inégalité des deux branches de la mâchoire inférieure permet un mouvement latéral particuUer des deux moitiés du bec.

L'hyoïde des Oiseaux ( pi. xiv, fig. vn , b ) rappelle encore , à beaucoup d'égards , celui des Reptiles. 11 consiste en un corps étroit , mais long , situé dans la direction de la colonne vertébrale , et auquel s'insère de chaque côté une longue corne recourbée en arrière et en haut. Ces cornes sont ordinairement formées d'une pièce antérieure osseuse et d'une pièce postérieure cartilagineuse ; cependant je trouve , dans le Faucon , que cette seconde pièce est également ossifiée , et qu'elle en supporte encore une troisième cartilagineuse.

La disposition des cornes de l'hyoïde est fort singulière dans le Pic , dont la langue longue et vermiforme rappelle celle des Serpents (S 540). Chez cet Oiseau , en effet , les cornes sont très-longues et filiformes , comme dans les Serpents ; elles s'insèrent sous un angle aigu à l'extrémité la plus postérieure du corps de l'hyoïde , s'élèvent des deux côtés de la colonne vertébrale vers la face postérieure du crâne , s'engagent dans des gouttières particulières que celui-ci leur otîre , arrivent ainsi jusqu'à la base du bec , et finissent par s'attacher , au moyen d'un tendon fendu à la base , mais simple à l'extrémité , dans un canal situé au côté droit du bec. Le corps de l'hyoïde , qui porte un os lingual étroit et lancéolé , est également presque filiforme dans le Pic ; il n'offre pas en arrière cette apophyse droite (pi. xvi , fig. m) qu'il présente chez la plupart des

(1) Tracts and observations in natural history , Londres, 1799.

TRAITE D'AKATOMIE COMPAREE.

autres Oiseaux , et qu'on rencontre fréquemment aussi dans les Poissons et les Reptiles.

Cuvier a reconnu que , clans le Pélican et la Spatule , le corps de l'hyoïde a la forme d'une plaque pentagone , qui rappelle l'hyoïde aplati des Grenouilles et des Crocodiles.

La langue est ordinairement soutenue par un os ou cartilage qui s'unit de diverses manières avec le bord antérieur de l'hyoïde. Dans l'Oie , par exemple , c'est une sorte d'articulation en charnière (pi. xiv, fig. vu , 7 ) , qui , retenue cependant par une apophyse très -saillante de la partie antérieure et supérieure de l'hyoïde , ne permet qu'un mouvement de haut en bas et des flexions latérales à l'os de la langue , dont la forme est allongée et semblable à celle d'une lancette. Dans le Faucon , au contraire , je trouve un os lingual plus petit , dont la partie postérieure se partage en deux branches , entre lesquelles est reçu le corps de l'hyoïde.

Plusieurs muscles servent à mouvoir l'hyoïde et la langue elle-même. La langue est portée en avant par une sorte de génioglosse (pyramidal de Vicq d'Azyr) (1) (pi. XV , fig. X, f) , qui se contourne autour des cornes de l'hyoïde , prend son attache en devant à la mâchoire inférieure , et offre une longueur considérable dans le Pic. Elle est ramenée dans la bouche surtout par une espèce de muscle stylohyoïdlen , qui se porte ici de l'apophyse coronoïde de la mâchoire inférieure à l'os lingual ( fig. x , e ) , et dont l'action est appuyée encore , dans le Pic , par celle d'un autre muscle allant des cornes de l'hyoïde à la trachée- artère. On trouve , en outre , un mylohyoïdien , un cératohyoïdien (fig. x , g) et un laryngohyoïdien.

La langue en elle-même a peu de mobilité, comme on peut en juger d'après la manière dont l'os lingual est fixé ; aussi n'y a-t-il que peu de muscles qui lui appartiennent en propre.

La forme de la langue est très variée , et se rapproche souvent de celle que cet organe affecte dans les classes précédentes.

On doit surtout remarquer la langue du

(1) Mémoire de l'acad. des sciences, 1772, 1773.

Colibi'i (2) , qui est longue , ( ubnleu.se , propre à sucer le suc des fleurs , et qui rappelle si bien la trompe des Abeilles (3) et des Papillons.

Celle des Pics (pi. xvi, fig. ni) ressemble à un dard ; sa partie antérieure est cornée , la postérieure moUe , gluante , et garnie de soies dirigées en arrière. Le mécanisme que nous avons décrit plus haut permet que l'oi seau la fasse sortir de plusieurs pouces, et s'en serve pour aller chercher les insectes sous l'écorce des arbres.

Dans plusieurs Rapaces , la langue est un peu fendue , de même que chez divers Reptiles. Elle est frangée à l'extrémité dans les Etourneaux , les Grives et surtout les Philédons, où elle se termine par une sorte de pinceau.

Assez souvent elle est garnie de pointes aiguës et tournées en arrière , qui rappellent les dents linguales des Poissons. C'est ce qu'on observe chez plusieurs Palmipèdes et même à la base de la langue de la plupart des Oiseaux.

Elle est charnue et molle dans les Perroquets , où l'on peut la considérer comme un organe gustatif , tandis que , chez tant d'autres Oiseaux , elle ne joue évidemment que le rôle d'un simple organe d'ingestion.

A l'égard des autres parties des cavités orale et gutturale des Oiseaux , nous devons faire observer qu'ici encore ces deux cavités ne sont pas suffisamment distinctes l'une de l'autre , attendu qu'il n'existe pas de voile du palais, et que l'ouverture postérieure des narines et la glotte représentent seulement deux fentes longitudinales qui se correspondent et qui sont ordinairement garnies de papilles fort inclinées.

11 a déjà été dit plus haut que les deux trompes d'Eustache aboutissent à une cavité mucipare , derrière l'ouverture postérieure des narines.

Enfin , nous trouvons dans quelques Oiseaux des appendices sacciformes de la cavité orale semblables à ceux que nous avons déjà décrits chez plusieurs Reptiles. Tels sont la

(2) Tiedemann's Zoologie, tom. II, pag. 1 IG.

(;i) On se rappelle que, chez les Abeilles, les mâclioires prolongées servent de fourreau à la langue, à peu près comme font ici les deux moitie's du bec.

ORGANES DE LA DIGESTION

vaste poclîc placée à la partie inférieure du bec des Pélicans, et le sac laryngieîi de l'Outarde, qui s'ouvre en devant sous la langue. Tiedeman ( 1 ) assure que ce dernier sac existe chez les femelles, et Home (^2) prétend cependant qu'on ne le trouve point chez les jeunes individus. Dans la classe des Reptiles , ces dilatations paraissent servir à permettre que l'animal prenne plus d'air, quand le besoin de la respiration devient plus impérieux chez lui , comme par exemple pendant la colère ; mais les Oiseaux ne les emploient que pour mettre en réserve des aliments ou de l'eau. La seule Ardea argula a , suivant Home , un sac laryngien uniquement rempli d'air , et qui communique non avec la cavité orale , mais avec les cellules aériennes du cou.

Page 1