D= ISOPODES, ACARIDES ET ARACHNIDES
Ici encore les derniers genres nous laissent dans le doute de savoir s'ils possèdent des organes respiratoires spéciaux.
Ainsi, dans les Pycnogonmn , on ne trouve ni vésicules pulmonaires , ni branchies , à moins qu'on ne veuille considérer comme telles les segments terminaux cylindriques de la troisième et de la quatrième paire de pattes.
Quant aux Cloportes , les belles recherches de G.-R. Treviranus (2) nous ont fait connaître eu eux des organes respiratoires qui se rapprochent manifestement des branchies
(2) Vermisçhte Schriften , tom. 1. Gœttinsue , 1816.
des Sqiiilles. Dans le Cloporte ordinaire ( Oniscus asellus ) , à la partie postérieure de la surface ventrale , au devant de l'anus et derrière deux paires de valvules qui couvrent les parties génitales, on trouve trois paires de valvules au dessous desquelles sont les branchies. Ces six branchies sont des lames membraneuses quadrilatères, qui s'élèvent et s'abaissent 50 à 60 fois par minute , et ne peuvent servir qu'à la respiration de l'air. Dans VOniscus aquaticus , il y a également trois paires de branchies munies d'opercules ; mais au lieu d'être situées l'une derrière l'autre et imbriquées, comme dans le Cloporte ordinaire , elles sont l'une au dessous de l'autre , de sorte que l'opercule supérieur couvre en même temps les trois inférieurs. Ces branchies sont également dans un mouvement continuel , mais elles respirent l'eau.
De véritables trachées aériennes existent chez les autres Isopodes , par exemple dans là Scolopendra forficata, où Treviranus (1) a trouvé également sept paires de stigmates , desquels partent des faisceaux de trachées qui se répandent dans l'intérieur du corps (pi. VI, fig. xxvi).
Le respiration a lieu de même par des trachées dans les Acarides. Treviranus (2) l'a constaté sur VAcarus americanuSjqai respire par deux stigmates abdominaux.
La respiration trachéenne proprement dite disparaît de nouveau dans les Arachnides , et quoique l'on trouve aussi des stigmates chez ces animaux , ils ne mènent plus à des trachées , mais à des cavités contenant des branchies. Les Faucheurs seuls (Phalangium) font le passage aux Acarides , en ce que des trachées aboutissent à leurs stigmates.
Treviranus (3) a trouvé de chaque côté du corps , dans le Scorpion d'Europe , quatre stigmates menant à une cavité branchiale , et il a vu les branchies elles-mêmes formées
(1) Loc. aï., tom. II, pag. 30.
(2) Tiedemann's Zeitschrift fuer Physiologie, tom. IV , pag. 191.
(3) Ueber den Bauder Ârachniden , pag. 7. — J. MuUer (dans Meckel' s A rchiv, 1828,pag.41) a combattu l'opinion de Treviranus ; il regarde ces lames internes comme des poumons susceptibles d'être gonflés par l'air qui pénètre à travers le stigmate ; mais les motifs allégués par Mec\ie,l( System der vergleichendcn Anatomie , tom. YI , pag. 46) sufiEisent pour leur assurer le rôle de branchies.
par un grand nombre de lamelles déliées, demi- circulaires , blanches, et attachées à l'anneau corné du stigmate. En outre on aperçoit, à l'extérieur une paire d'organes parfaitement branchiformes , qui portent le nom dépeignes , et sont situés des deux côtés des organes génitaux. Ordinairement on les rattache à ces derniers ; mais c'est une circonstance très-significative que leur emplacement soit précisément celui qu'occupent les branchies dans les Araignées.
Enfin, les Araignées, par exemple VAranea diadema (4) , offrent quatre paires de stigmates , tantôt sur les côtés de la poitrine , au dessus de la base des pattes , tantôt sur le côté dorsal de l'abdomen. Ce ne sont toutefois que des culs-de-sac (pi. vu, fig. vi) , sans trachées ni branchies, et peut-être ne doit-on voir en eux , par cette raison , que de simples rudiments de stigmates. De faibles indices d'autres stigmates analogues se voient au côté ventral. Enfin on aperçoit à la surface ventrale , au dessus d'un petit pli transversal , et des deux côtés des parties génitales , une ouverture qui , presque comme chez les Scorpions , mène à une cavité branchiale , dont la branchie est blanche , muqueuse et composée de plusieurs lamelles (fig. vu). Dans la Mygale avicularia, Gaede (5) décrit deux paires de ces cavités branchiales , qui communiquent avec le cœur par de gros vaisseaux sanguins.
E. Hex/Vpodes.
Les organes respiratoires sont tout autrement conformés dans les Insectes. Ici nous trouvons le corps parfaitement approprié à la respiration de l'air, qu'accomplissent des tubes qui le parcourent en entier, comme pourraient le faire des vaisseaux ramifiés à l'infini , et qui conduisent à tous les organes l'air admis dans leur intérieur. Cependant cet air n'est pas toujours puisé immédiatement dans l'atmosphère , et l'Insecte , surtout à l'état de larve ^ le tire quelquefois aussi de l'eau , par le moyen de branchies. Mais tous les Insectes parfaits , même lorsqu'ils vivent dans l'eau , ne respirent que l'air , qui alors adhère ordinairement à la circonférence de
(4) D'après T»EVin AN US, loc. c«7. ,pag. 23-23.
(5) Nov. act. acad. Leop. tom. XI , P. ii, pag. 333.
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
leur corps, comme par exemple dans les Hydrophiles, et s'y trouve retenu par des poils disposés en brosses , dont l'onctuosité écarte l'eau. La même chose a lieu déjà dans les Hydrachnelles. Ces Insectes nagent donc au milieu d'une bulle d'air (1) , qui naturellement les rend plus légers , et ici , comme dans tant d'autres circonstances, le mouvement vient au secours de la respiration, de même qu'à son tour la respiration contribue à faciliter le mouvement.
Des Insectes qui vivent dans l'eau , sans bulle d'air , comme par exemple les Nèpes , possèdent à l'anus des tubes respiratoires en forme de longues soies , au moyen desquels ils hument l'air à la surface de l'eau. Du reste, chez tous ces Insectes, l'air pénètre dans le corps par des ouvertures particulières, les stigmates , et s'y distribue à la faveur de canaux appelés trachées.
Ces diverses assertions ne s'appliquent néanmoins qu'aux Insectes parfaits , car il arrive très-souvent , chez les larves , que les organes respiratoires sont construits d'après un type moins élevé , et constituent des branchies à l'aide desquelles l'animal respire l'eau, mais dont les surfaces sont cependant toujours parsemées de trachées , qui , à la vérité, n'offrent pas d'ouverture extérieure.
Nous devons maintenant examiner de plus près la structure ordinaire des stigmates et des trachées.
Quant aux stigmates, on les trouve communément des deux côtés du corps , comme déjà chez les Vers , les Isopodes et les Arachnides. Quoique leur nombre soit trèssujet à varier , ils sont en général plus développés au thorax qu'à l'abdomen. Toujours d'ailleurs ils sont disposés par paires , c'està-dire qu'un anneau du corps en porte un de chaque côté. La meilleure image qu'on puisse se faire de leur forme, est celle des fentes (2) par lesquelles respirent les plantes et surtout les feuilles. En effet , ils ressemblent com-
(1) Il est digne de remarque que, suivant Nitzsch, dans un Mémoire sur la respiration des Hydrophiles (Reil's Ârchiv, tom. X, pag. 4-10) , ces Insectes renouvellentl'air de la bulle qui les entoure par des mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement de leurs antennes.
(2) KiESER, Anatomie der Pflanzen , pag. Ii5î.
munément aussi à des fentes , de manière qu'on y distingue deux lèvres , l'une antérieure et l'autre postérieure. C'est ce qui se voit surtout très-bien à l'abdomen de la Sauterelle , chez les Libellules , les Chrysalides, les Chenilles ou les Papillons à l'état parfait. Ces ouvertures étant entourées , comme l'iris, de fibres musculaires déliées , dont probablement les unes sont rayonnantes et les autres circulaires , elles ont la faculté de s'agrandir ou de se fermer ( V. pi. vu , fig. XLV, le stigmate de la Chenille du Sphinx du peuplier, vu en dehors). Suivant Sprengel (3), cette structure se complique davantage chez quelques Hydrophiles , où l'on trouve en outre une valvule parsemée de petites plumes, ce qui rappelle l'organisation des branchies.
On connaît aussi des stigmates circulaires, par exemple dans la Chenille du saide et à la poitrine des Libellules. Chez celles-ci on aperçoit encore , au dedans de l'ouverture ronde, une membrane fine, blanche et tout-àfait semblable à une paupière , qui s'ouvre et qui se ferme comme une valvule pendant les mouvements respiratoires très-forts qu'exécute l'animal.
Quelquefois les bords des stigmates sont protégés par des soies crochues, comme dans le Taupe-grillon , selon Sprengel , ou renflés en forme de mamelons , comme chez plusieurs larves aquatiques.
Enfin ils sont parfois fermés en grande partie par une membrane percée cependant à jour comme un crible. C'est le cas , par exemple, de la larve du Hanneton. C'est sur la présence de cette membrane que s'est fondé Moldenhawer pour prétendre que l'air ne pénètre point dans les trachées (4'.
Les trachées naissent presque toujours de stigmates, rarement de branchies. Elles constituent souvent deux troncs principaux , étendus le long des côtés du corps , ou naissant par faisceaux de chaque stigmate. On peut voir un de ces faisceaux , pris sur la Chenille du Sphinx du peuplier, pi. vn, fig. xv. Mais constamment elles se prolongent en bran-
(3) Comment, de partibus quibus însecta spirîtus ducunt. Léipzick , 101 S, pag. 7.
(4) Voyez la réfutation de cette opinion dans Sphen- GEL, îoc, cit. pag. 9.
ches de plus en plus déliées, le long du trajet desquelles on observe néanmoins assez souvent des dilatations sacciformes , semblables à celles que j'ai représentées, pi. vn, fig. XVI, d'après le Hanneton. Leurs dernières branches , qui sont d'une excessive ténuité , finissent par se perdre dans tous les organes du corps, à peu près comme le font les artères chez l'homme.
Les trachées elles-mêmes sont formées de deux membranes , entre lesquelles se trouvent quelques fibres contournées en spirale, qui adhèrent plus spécialement à la membrane interne (1) , et donnent ime belle teinte argentine aux trachées ( pi. vn , fig.
XVH. ).
Il n'est pas sans intérêt de rappeler que les plantes offrent déjà les analogues , non seulement des stigmates , mais encore des trachées, dans ce qu'on appelle leurs vaisseaux en spirale. A la vérité, on a cru trouver de grandes différences entre ces deux genres de canaux, et l'on a dit, par exemple , qu'il était impossible de démontrer leur connexion avec les stigmates, qu'ils ne se ramifient pas de la même manière , etc. (2). Il peut se faire aussi que les vaisseaux spiraux aient à peu près la même importance pour les plantes que le système nerveux pour les animaux. Cependant on est en droit de se demander si la respiration ne serait pas réellement pour les végétaux ce que l'innervation est pour les animaux, et si ce n'est pas précisément par cette raison que le système respiratoire le plus développé dans le règne animal doit reproduire le type des vaisseaux contournés en spirale. Du moins n'est-il pas nécessaire d'assigner des preuves pour établir qu'il y a beaucoup plus d'analogie que de différence entre les trachées des Insectes et celles des plantes.
A l'égard des divers groupes de la classe des Insectes, nous allons passer en revue les principales différences qu'offrent chez eux les organes respiratoires , surtout pendant la métamorphose.
Les Aptères proprement dits, ont, comme
(1) SVREÎiGEL , lOC, cit., pag. 14.
(2) Sprengel, ioc.,C2Ï., png. 12-JG.
' les Scolopendres, une série de stignnates sur les côtés du corps (3).
Les Névroptères , dont les trachées présentent fréquemment des dilatations vésiculeuses , ont les stigmates développés surtout à la région thoracique. Ce phénomène, qu'on rencontre chez tant d'Insectes , se rattache évidemment à ce que c'est également de cette région que partent les organes locomoteurs essentiels. Cependant les organes respiratoires des larves sont construits d'après un type moins parfait. Non-seulement il n'y a point ici, non plus que chez les autres larves, de dilatations vésiculeuses aux trachées , et deux gros troncs trachéens , parcourant le corps de l'anus à la tête , comme chez la plupart des larves qui vivent dans l'eau ou dans les viscères des animaux , se bornent à fournir de faibles ramifications latérales , mais encore les larves des Ephémères ont six véritables lames branchiales de chaque côte de l'abdomen (4). Les larves des Agrions ont trois de ces lames à l'extrémité abdominale (5). Les larves des Libellules , au contraire , sont bien pourvues également de branchies, mais on les trouve logées dans la dilatation du rectum : ces animaux respirent donc par l'intestin , comme les Holothuries, et nagent même comme elles, en dardant de temps en temps par l'anus l'eau qui a servi à leur respiration. Cependant , outre les branchies , Sprengel a vu aussi sept à neuf stigmates sur les côtés du corps (6).
Les Diptères ressemblent beaucoup aux ordres précédents ^ sous le rapport des organes respiratoires, tant à l'état d'Insecte parfait qu'à celui de larve. Dans l'Insecte parfait , on observe des sacs à air, ou dilatations des trachées. Au contraire , chez les larves , quand elles vivent dans l'eau, tantôt les deux troncs trachéens du corps se prolongent à l'extérieur en tubes respiratoires ; ainsi celles des Cousins (7) portent à l'anus
(3) SwAMMERDAM, Bibel der Natur, pi. i. Trachées du Pou.
(4) IMd. pas. 104, Trachées du Pou.
l'oj L'une d'elles est figurée très-exactement, avec ses trachées et sa ch'culation, dans mon ouvrage intitulé: Entdeckung eines Blutlaufsin den Larvennetzflueglichter ïnsekten. Léipzick , 1827 , in-4o, S pi.
(G) Comment, de viis quibus insect. spiritus ducunt, Léipzick, 181 y. in-4o, avec 3 pi., pag. 3.
(7) SwAMMERDAM , Bibel der Natur , pi. xxxi.
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
1111 long siphon par le moyen dnqiiel elles se suspendent à la surface de l'eau, et la nymphe offre deux petites cornes resi)tratoirc8 à la tête; tantôt, au lieu de hrancliies, on trouve des faisceaux de poils , même sans trachées , comme dans la Tipula plumosa. Quant aux larves qui vivent dans d'autres animaux , telles que celles d'Œstre , dont on rencontre souvent de si grandes quantités dans l'estomac du Cheval, j'observe, à la partie postérieure de leur corps, un bouclier brun, ovale et plat, dans les deux moitiés latérales duquel se voient plusieurs lignes parallèles , qui semblent être en quelque sorte des fentes stigmatiques contractées. Si l'on enlève ce bouclier , on rencontre d'assez larges stigmates, d'où partent deux gros troncs trachéens, qui vont se distribuer dans le corps. Enfin, les larves qui vivent dans l'air, comme les vers du fromage (1), larves de h Musca putris, ont deux petits tubes respiratoires sur le second aimeau du corps et deux autres sur le dernier.
A l'état parfait , les Hyménoptères ressemblent assez aux Diptères, sous le point de vue des trachées et des stigmates. Cependant l'Abeille domestique offre cela de particulier , que les trachées provenant des stigmates abdominaux s'abouchent de chaque côté , dans une très-grande dilatation vésiculeuse oblongue (2) , qui envoie des branches dans la poitrine, à travers le pédicule de l'abdomen, et qui s'anastomose avec celle du côté opposé, parle moyen de ramifications particulières.
Quant aux larves des Hyménoptères, celles, par exemple , des Abeilles , elles sont plus parfaites, et ont des stigmates réguliers sur les côtés de chaque anneau du corps.
Les organes respiratoires des Hémiptères, qui subissent des métamorphoses incomplètes, ressemblent souvent, par la présence de tubes respiratoires prolongés ( par exemple dans les Nèpes), à ceux des Hyménoptères, et même de leurs larves. Léon Dufour (3)
(1) SwAMMERDAM, Btbel der Natur^]i\.TiLiii, p. 27G.
(2) Branet et Ratzeburg. Arzneiliche Thiere, tom. II, pag. 201.
(3) Annales génér. des Se. physiques. Bruxelles 1820, tom. VII, p. ^^4. — Recherches analomiqucs et physiologiques sur les Hémiptères. Paris, 1833, in-40 , pi. XVI, XIX, pag. 80.
assure même que la Ranatra Unearis et la Nepa cinerea , qui n'ont que des stigmates ouverts dans le tube respiratoire de l'anus , renferment dans leur poitrine des vésicules trachéennes remarquables , qui sont remplies de trachées extrêmement fines , et qui, entourées d'une membrane fibreuse, représentent presque un organe pulmonaire.
Dans d'autres familles , les Cicadaires par exemple, l'insecte parfait a de très-grandes vésicules trachéennes, et il se fait remarquer en outre par la structure particulière de certains organes appartenant à l'appareil respiratoire , dont je parlerai en traitant des organes de la voix.
Les Orthoptères se rattachent aussi aux Névroptères , par la grandeur surtout de leurs stigmates thoraciques. Ils offrent en outre cela de remarquable, que nulle part ailleurs, peut-être, dans la classe des Insectes, les mouvements respiratoires du corps ne sont aussi marqués. On distingue particulièrement très-bien, dans la Sauterelle, que les anneaux de l'abdomen, à la partie inférieure desquels s'insèrent des plaques ventrales plus petites, se distendent et s'affaissent exactement comme des côtes. Si l'on frotte d'huile épaisse le grand stigmate pectoral, on voit des bulles d'air s'en échapper fréc[uemment pendant ces mouvements. Tous ces phénomènes se rattachent d'une manière bien manifeste à l'ampleur des vésicules aériennes , disposées en zig-zag , de l'abdomen, qui ont en outre cela de particulier que , quand elles sont vides d'air , elles s'affaissent sur elles-mêmes , et prennent l'aspect de larges [ligaments, souvent colorés enrougeàtre. Enfin, je ferai remarquer que, toutes les fois qu'il m'est arrivé de dissécjuer les Insectes, surtout après les avoir fait périr en bouchant leurs stigmates, j'ai trouvé la dilatation de l'œsophage et la tumeur en forme de goitre qui résultait de là, pleine d'air, de sorte c^u'il se peut fort bien qu'ici , comme chez beaucoup d'Insectes , il y ait aussi une respiration intestinale , siégeant seulement à la partie antérieure du canal. Les sacs aérifères dont j'ai déjà parlé précédemment , qui , chez plusieurs Insectes , Diptères surtout , pendent au pharynx , et sont peut-être destinés à accomplir la succion, doivent être également rapportés à la res-
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piration intestinale , et considérés comme les prototypes d'un poumon.
Les dilatations vésiculeuses des trachées se retrouvent aussi , chez les Coléoptères, à l'état parfait. Dans les larves , ces conduits sont simplement rameux , et partent par faisceaux des stigmates. Mais les stigmates se trouvent placés des deux côtés du corps.
Il en est de même chez les larves des Lépidoptères, ouïes Chenilles, sur lesquelles ont été faites la plupart des observations que nous possédons au sujet des organes respiratoires des hisectes. Les Chenilles ont , sur les côtés du corps , deux longues trachées semblables à celles qu'on trouve déjà dans les larves des Névroptères et des Diptères, mais qui communiquent avec chaque stigmate , d'où part toujours un faisceau rayonnant destiné aux parties voisines (pi. vn, fig. xxni , k , k , k , m ). C'est chez les Papillons nocturnes et crépusculaires qu'on aperçoit le mieux les dilatations vésiculeuses des trachées ; cependant elles paraissent exister également chez les Papillons diurnes. Elles consistent ordinairement en de grands sacs ovales, et sont dirigées de bas en haut dans l'abdomen surtout. On trouve, en outre , des corpuscules celluleux en forme de poumons adhérents aux trachées et aux sacs aériens.
Ainsi que Meckel l'a déjà remarqué , les sacs aériens commencent à se développer, dans la chrysalide , peu de temps après que la larve a filé son coton. Mais , quant à ce qui concerne la cause de leur développement. Je crois que la principale dépend de l'occlusion des stigmates et surtout des postérieurs (1). Cette circonstance semble mettre fort à l'étroit l'air contenu dans les trachées , et auquel viennent peut-être encore se joindre des gaz dégagés pendant l'évolution de l'organisme (2) ; cet air , emprisonné et accu-
(1) De Geer {Mémoires sur les Insectes, tom. I, pag. 41) a remarqué, sur la chrysalide d'un Sphinx, que les deux ou trois stigmates postérieurs étalent fermés; en mettant l'animal dans l'eau, on voyait des bulles d'air alternativement sortir des stigmates antérieurs et y rentrer. De Geer regardait ce phénomène comme une inspiration et une expiration. Il avait peutêtre tort, puisque l'air expiré rentrait dans le corps.
(2) En ouvrant sous l'eau des chrysalides du Sphinx de la tithymale , âgées de plusieurs jours, j'ai vu de l'air s'en échapper avec violence.
mule, pourrait donc déterminer l'ampliation des trachées d'une manière déjà en partie mécanique, et l'on expliquerait par là pourquoi c'est surtout dans l'abdomen que les vésicules se rencontrent. Il reste même à savoir si ce n'est pas par le même procédé que se forment les sacs aériens de l'œsophage des Papillons et des Cousins, car les observations faites sur les Sauterelles , dont j'ai parlé plus haut, et la bulle d'air contenue dans ces sacs eux-mêmes, prouvent au moins que l'œsophage est apte aussi à recevoir de l'air, à exercer une sorte de respiration. Pour ce qui concerne les organes du mouvement respiratoire, qui rendent possible le renouvellement de l'air , bien des incertitudes régnent encore à cet égard. D'un côté, partout où de grands stigmates , placés en face l'un de l'autre, communiquent ensemble par des trachées , on reconnaît sans peine qu'il suffit déjà des alternatives de soulèvement et d'abaissement des valvides stigmatiques pour produire un courant d'air favorable à la rénovation de ce dernier (3). D'im autre côté aussi , on conçoit que , chez les Orthoptères, les Lépidoptères et autres, l'expansion et la constriction de l'abdomen et l'élasticité des sacs aériens eux-mêmes qui s'y trouvent logés , puissent contribuer à entretenir l'afflux et la sortie de l'air. Cependant, il est moins manifeste que la chose puisse avoir lieu dans les Chenilles et les larves de Coléoptères , où la division des trachées en ramifications déliées ne permet guère qu'un courant d'air s'établisse entre deux stigmates situés vis-à-vis l'un de l'autre. Ce courant devrait avoir lieu, dans les Chenilles et dans les larves de Diptères , entre les stigmates antérieurs et postérieurs. On devrait donc plutôt, en refusant d'admettre la stagnation de l'air dans les trachées , s'attendre à rencontrer ici quelque mécanisme particulier. C'est pourquoi on a cru que la dilatation et le resserrement du vaisseau dorsal , dont nous parlerons plus loin, contribuaient à la production du phénomène (4). Mais la chose ne me paraît guère possible , et on serait plutôt tenté de croire que l'afflux et la sortie
(3) NiTZSCH , Comment, de respir., pag. 39. ^'5) Voyez un Mémoire de Reimarus sur la respiralion, dans Reil's Archw, lom. XI. cah. II.
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
de l'air sont entretenus par le mouvement du corps lui-même , par celui qui détermine les anneaux de ce corps à s'enfoncer les uns dans les autres et à s'écarter, etc. Au reste, ce n'est point ici le lieu de m'appesantir sur de semblables détails.
Les animaux articulés sont généralement privés de voix , comme les Mollusques. Ce n'est que quelquefois qu'il se produit chez eux un bruit simple, lorsque les mouvements respiratoires ont lieu dans Tair, par exemple quand une Ecrevisse meut ses lames branchiales dans l'atmosphère, et qu'elle imprime à l'air qui baigne ces organes un mouvement alternatif d'afflux et de départ. Cependant, les animaux articulés supérieurs qui respirent uniquement l'air , c'est-à-dire les Insectes parfaits , ont une organisation plus perfectionnée sous ce rapport ; car on voit paraître chez eux des appareils vocaux, dont la construction varie beaucoup , mais finit par se rattacher aussi aux organes respiratoires. Ces appareils méritent de nous aiTéter un peu.
Sans parler des rudiments d'ailes qui produisent le bourdonnement des Diptères , ni de la première paire d'ailes dures des Grillons , dont le frottement mutuel occasionne la stridulation de ces Insectes , ni enfin d'autres appareils analogues , je ne m'occuperai ici que des appareils vocaux les plus parfaits et proprement dits des Insectes , ceux qu'on rencontre chez les Cigales.
Dans les Cigales (1), mais seulement chez les individus mâles, à l'endroit où la poitrine et l'abdomen se joignent , on trouve de chaque côté un double mécanisme fort remarquable : 1° entre le premier et le second anneau de l'abdomen , à la surface ventrale, et de chaque côté , une fenêtre ovale couverte d'une pellicule sèche et irisée, qui est abritée en dehors par une valvule cornée particulière ; 2° des deux côtés du premier anneau abdominal ( pi. vu, fig. xxxi etxxxn), ime membrane ovale, convexe en dehors, sèche et plissée, que j'appelle membrane du tympan, parce qu'elle est le siège de la formation du son. Un appareil locomoteur remarquable s'insère toujours à cette
(1) J'ai décrit cet appareil , d'après la Tettigonia omi, àan& mes Ânalehten zur Naturwissenschaftund J^eiY^Mnde , 1829, pag. 142.
membrane. De la crête médiane , interne et inférieure du premier et du second anneau abdominal naissent , comme d'un sternum , deux muscles, obliquement dirigés en dehors et en haut , qui , de même que les muscles moteurs des ailes de l'Insecte dont j'ai parlé plus haut (S 334), se terminent par une petite plaque cornée , d'où part ensuite un petit tendon corné qui s'attache en dedans à la face concave de la membrane du tympan (fig. xxxii). Chaque fois que ces petits muscles se contractent, la lame élastique de la membrane du tympan est tirée en dedans , et lorsqu'elle ressaute en dehors par la cessation de l'action des muscles , il résulte de là un bruit comparable en petit à celui d'une lame métallique mince qui se redresserait après avoir été courbée. C'est la répétition fréquente de ce mouvement qui produit le chant des Cigales , déjà bien connu des anciens.
Une circonstance cependant sur laquelle je crois avoir appelé le premier l'attention , c'est qu'il se forme dans cette région de Pabdomen un vide sans lequel on conçoit bien qu'il ne pourrait point y avoir de tintement. En effet, le premier stigmate abdominal de chaque côté , qui se trouve immédiatement devant la membrane du tympan , dégénère sur-le-champ, au dedans du corps, en une grande vésicule trachéenne , qui communique avec celle du côté opposé , et qui , se dilatant de plus en plus , forme un grand espace creux , qui non-seulement renferme les organes vocaux dont j'ai donné la description, mais encore finit par occuper la plus grande partie de la cavité abdominale devenue vide après l'affaissement des vaisseaux séminaux. Dans la femelle, qui manque d'appareil vocal , ces vésicules trachéennes existent bien, mais elles ont beaucoup moins de capacité.
Un autre appareil vocal fort remarquable, qui produit un cri assez fort , se trouve chez le Sphinx atropos , à la tête de ce Papillon , dans une cavité qui occupe la base de la trompe , et où , suivant Passerini , l'air peut entrer et sortir par l'action de quelques muscles (2). Mes propres observations m'ont
{2)]ÎEUSi^GBtCs ZettschrtftfuerorganischePhysik, tom. Il.pag. 442.
TRAITE DANATOMIE COMPAREE.
prouvé aussi que la voix de ce Sphinx part de la tête, mais je n'avais pas assez de sujets à ma disposition pour déchiffrer complètement une organisation qui mérite bien qu'on prenne la peine de l'étudier.
Les Abeilles font entendre aussi quelquefois une sorte de voix, qui doit être produite par de l'air sortant des trachées (1).