Respiration des Poissons
Il nous arrive souvent , dans le règne animal, de rencontrer quelques genres d'un ordre ou d'une classe qu'on peut considérer plus particulièrement comme les représentants de la classe ou de l'ordre, tandis que d'autres font en quelque sorte le passage à des organisations supérieures ou inférieures. Les Poissons sont dans ces cas. Les Thoraciques, parmi les Orthostomes, sont ceux qui offrent au plus haut degré le type du Poisson, tandis que les Raies et les Squales, ainsi que les . Myxines et les Lamproies, marquent la transition à des classes ou plus ou moins élevées. C'est aussi chez les Orthostomes thoraciques que les organes respiratoires offrent de la manière la plus sensible les caractères qui les distinguent dans la classe des Poissons. Les Poissons thoraciques , comme aussi la plupart des animaux de cette classe, ont principalement deux sortes d'organes respiratoires , mais dont il n'y a qu'un seul qui , semblable aux poumons de l'homme, accomplisse alternativement l'inspiration et l'expiration , l'autre paraissant n'agir que comme appareil d'expiration. Aussi le premier est-il l'appareil respiratoire proprement dit , celui qui ne manque jamais , tandis que l'autre se rencontre seulement chez le plus grand nombre des Poissons.
Les organes qui constituent le premier appareil, appartenant à des êtres aquatiques qui répètent dans les régions supérieures du règne les degrés inférieurs de l'organisation animale, sont des branchies, comme chez la plupart des Mollusques. Ces branchies sont même protégées, comme celles des Bivalves , par des valvules mobiles ( opercules).
L'autre appareil respiratoire consiste en
(1) HcNTER, Philos. Trans. 1792, pag.102.
un sac membraneux , pourvu de nombreux vaisseaux, qu'on doit comparer au sac aérien de certaines Méduses (§ 617 ), et qui porte le nom de vessie natatoire. L'air qu'il renferme est ordinairement composé en grande partie d'azote , qui le forme même presque à lui seul dans la Carpe. Rarement il contient du gaz acide carbonique ou du gaz hydrogène. Mais on y trouve parfois de l'oxigène , en proportion souvent assez grande, quoique variable , même chez les divers individus d'une même espèce, et qui paraît être d'autant plus considérable que l'animal vit à de plus grandes profondeurs.
Nous allons d'abord décrire ces deux organes dans quelques Poissons thoraciques, par exemple dans la Carpe et le Brochet.
Quant aux branchies , elles sont attachées au côté extérieur et convexe des quatre arcs branchiaux précédemment décrits , c'est-àdire des paires de côtes du splanchnosquelette de la tête. Sur chaque arc branchial , elles forment, à peu près comme dans la Paludina vivipara (S 625) ( pi. ix, fig. vin, i i i i. Silure ; pi. x, fig. x. Perche ; pi. viii, fig. vu, Carpe), un double peigne de filaments branchiaux d'un rouge foncé , qui flottent librement dans l'eau. Sur chaque filament branchial, qui est soutenu à l'intérieur par une lamelle flexible , cartilagineuse ou osseuse , se ramifient une quantité extraordinaire de vaisseaux, par le moyen desquels s'accomplit la respiration , les courants de sang qui viennent du cœur suivant les côtés internes des doubles filaments, tandis que les courants de de sang oxidé viennent , par d'autres ramifications, se réunir aux côtés externes des branchies , pour aller de là gagner la racine de l'aorte située plus profondément (pi. x ,
fig. XI ).
L'eau qui sert à la respiration en raison de l'air atmosphérique qui s'y trouve mêlé , est reçue dans la bouche ; elle pénètre dans cinq fentes placées de chaque côté de la cavité gutturale , et sort ensuite par les ouvertures situées des deux côtés de la tête (ouïes), que couvrent l'opercule (pi. vm, fig. v, i,*h) et la membrane branchiostége (pi. vm, fig. vi, q). Les fentes elles-mêmes sont garnies en dedans de petites papilles ou dents branchiales, qui empêchent les aliments d'ypé-
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
nétrer. Chacune d'elles correspond donc à peu près à la glotte de l'homme, puisqu'elle mène le fluide respirable à l'organe respiratoire. Ces fentes s'ouvrent à l'aide tant des muscles propres aux côtes pectorales, que de ceux de l'hyoïde, des mâchoires pharyngiennes et des os de la ceinture , muscles qui forment aussi en partie la cloison charnue destinée à clore tout cet appareil respiratoire en arrière. On pourrait donc comparer cette cloison charnue au diaphragme de l'homme , si le cœur ne se trouvait en dehors et en arrière, ou au dessous d'elle (pi. ix, fig. XIV, g), séparé en outre de la cavité abdominale par une membrane tendineuse particulière.
Ici donc le mouvement respiratoire proprement dit consiste en un soulèvement et un abaissement des arcs branchiaux , qui ressemblent assez à ceux des vraies côtes chez l'homme, avec cette différence seulement que l'appareil respiratoire est suspendu à la base du crâne lui-même , et que l'organe respiratoire proprement dit, avec le cœur, n'est pas renfermé dans le thorax , mais que les filaments branchiaux , dans lesquels on doit voir en quelque sorte des cellules pulmonaires retournées et allongées, s'attachent à la face externe des côtes. La membrane branchiostége , dont les rayons sont mus d'ailleurs , comme l'opercule lui-même, par des muscles particuliers fixés à l'hyoïde , est attachée intérieurement à l'opercule ; comme elle ouvre et ferme alternativement les ouïes , surtout par le bas , elle se comporte à peu près de même que la membrane du manteau des Bivalves située sous la coquille.
Du reste, il est remarquable que le nombre des lames branchiales n'est pas le même chez tous les Thoraciques, ni moins encore chez les Apodes, les Abdominaux et les Microstomes, mais qu'il varie entre cinq et deux de chaque côté. Broussonet , Rosenthal et surtout Meckel ont reconnu qu'on en trouve le plus souvent cinq, sans en compter une plus petite située sur la membrane muqueuse à l'extrémité supérieure de l'opercule. Tel est le cas desClupea, Salmo , Perça, Zeus , Acipenser et autres. Rathke (1) a observé trois
(1) Ueber den Kiemen apparat der Wirbelthiere , pag. 49.
lames branchiales de chaque côté dans les Diodons, les Tétrodons et le Lophius Faujasii. Il en assigne deux au Lophius budecassa.
La vessie natatoire , dans le Brochet par exemple , est un sac oblong , situé immédiatement sous la colonne vertébrale et les reins, le long de la cavité abdominale (pi. x, fig. XIV , a ) , et que plusieurs ligaments tendineux pairs attachent au rachis. Quand ou l'ouvre , on y distingue aisément , outre une mince tunique que le péritoine lui fournit en devant , deux membranes , l'une externe , tendineuse et très-forte , l'autre interne , plus mince et parsemée d'une quantité extraordinaire de vaisseaux (2). A la paroi postérieure ou supérieure , on remarque quelques taches de couleur foncée ( dépôts de carbone semblables à ceux qu'on aperçoit sur plusieurs points de la surface du péritoine ) , et les vaisseaux sont plus serrés dans la partie antérieure de la vessie que dans l'inférieure.
Le conduit excréteur de la vessie natatoire est un canal assez large , mais court , qui plonge en devant dans le pharynx , non pas , comme la trachée-artère de l'homme , à sa partie antérieure, mais à sa partie postérieure , ce qui correspond à la situation de la vessie elle-même , placée derrière les organes digestife. Au reste , ce canal n'est point enveloppé en devant par la membrane tendineuse , qui forme seulement un bourrelet à son origine.
A peine découvre-t-on des traces de structure musculaire dans les parois de la vessie natatoire du Brochet. Cette poche étant fort allongée , des ligaments la fixent d'une manière solide au rachis et aux côtes , et son canal excréteur étant large et court, il est probable qu'elle se vide par l'effet de la compression qu'exercent sur elle les muscles latéraux.
Dans les Cyprins , au contraire , la vessie
(2) J'ai sous les yeux un lambeau de cette membrane injectée avec de l'ichtliyocolie teinte en rouge , qui , à l'œil nu, ressemble à une simple surface rouge, mais qui , au microscope , laisse apercevoir les plus belles ramifications vasculaires. On est frappé surtout de ce que les troncs se renflent souvent beaucoup, après quoi ils se divisent en branches plus déliées.
natatoire tient moins à la colonne vertébrale , et elle est partagée en deux moitiés , dont la postérieure , plus grande , reçoit un grand nombre de vaisseaux , et donne naissance au conduit excréteur. Cette partie postérieure communique avec l'antérieure par un court canal , assez étroit , et elle est revêtue d'une forte couche fibreuse , qui me paraît être évidemment musculeuse. Ici le conduit excréteur est fort long et étroit. Quant à la moitié supérieure de la vessie , il lui manque la couche fibreuse , et elle ressemble presque à une hernie de la membrane interne qui se serait glissée entre les fibres de cette couche , à l'extrémité supérieure de la moitié iiiférieure; mais la membrane interne est revêtue en dedans d'un réseau muqueux contenant des vaisseaux déliés , et entourée à l'extérieur par une membrane blanche , plus dure et tendineuse. Elle paraît ne jouir d'aucune activité propre , et ne pouvoir expulser que par l'élasticité de sa membrane externe l'air que la moitié postérieure pousse dans son intérieur en se resserrant. Du reste , c'est cette partie qui , d'après ce qui a été dit plus haut ( S 1 81 et 435), entre en connexion médiate avec l'appareil auditif.
Après avoir pris , par ces exemples , une idée générale de la construction des organes respiratoires dans le Poisson , nous allons examiner quelques différences importantes qu'ils présentent chez certaines espèces , après quoi nous rechercherons quelle est l'interprétation philosophique qu'on doit en donner.
L'une des différences les plus remarquables nous est offerte par l'organe respiratoire proprement dit des Cyclostomes, qui rappelle encore celui de certains Vers , en raison du nombre plus considérable des trous et des sacs branchiaux. En effet , d'après Home (1) , les ouvertures branchiales des Myxines se trouvent bien également des deux côtés du corps , au commencement du pharynx , mais il y en a six de chaque côté , et , au lieu de fentes , ce sont de petits trous ronds. L'eau arrive à ces trous , tant par la bouche , que par un orifice fort remarquable de l'œsophage , qui peut-être appartient exclusivement à ces Poissons, et enfin par l'évent,
(1) Philos. Trans. icib'.
quoique ce dernier et l'ouverture abdominale de l'œsophage semblent être primitivement plus propres à l'évacuer qu'à la recevoir. De ces six ouvertures latérales, elle parvient, par des conduits fort courts , dans six petits sacs respiratoires arrondis , où l'on aperçoit des saillies branchiformes ; elle en ressort par autant de petits canaux , pour passer dans un tuyau commun , qui marche de chaque côté , le long des branchies , et s'ouvre à droite et à gauche par deux trous , auprès de l'orifice thoracique de l'œsophage.
Dans un Poisson qui , d'après Home , fait le passage des Myxines aux Lamproies , l'œsophage offre également de chaque côté sept trous conduisant à des tubes qui se dilatent vers leur partie moyenne en vésicules respiratoires, et s'ouvrent extérieurement par sept orifices branchiaux, semblables en quelque sorte à des stigmates.
Enfin , dans le Congre , les orifices internes des sacs branchiaux ne naissent point de l'œsophage. Au devant de ce conduit descend (comme une sorte de trachée-artère) un canal membraneux dans lequel on remarque deux rangées latérales de sept trous menant aux sacs branchiaux. Ces sacs sont oblongs et garnis intérieurement de plusieurs feuillets ; ils s'ouvrent au dehors par sept trous entourés de plusieurs arcs cartilagineux élastiques , qui tiennent lieu des arcs branchiaux. Ici encore l'eau paraît couler ordinairement de la bouche dans la trachée , puis sortir par les trous branchiaux.
Il en est autrement dans VAmmocœtes branchialis , dont la cavité respiratoire (2) , également ouverte au dehors par sept paires de trous branchiaux, donne naissance au canal intestinal à son extrémité postérieure ( pi. IX , fig. xvn , 1 5 ) , à peu près comme dans les Ascidies.
La vessie natatoire paraît manquer entièrement à tou$ ces Poissons.
Les Raies et les Squales ressemblent davantage aux deux exemples que j'ai cités d'abord , et , comme la plupart des Poissons osseux , offrent cinq fentes branchiales inter-
(2) Voyez-en la description détaille'e dans Rathke, Beilrœge zur Geschichte der Thierwelt, tom. IV,
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
nés , qui reçoivent l'eau de la bouche et peut-être aussi des trous temporaux , quand cette dernière est fermée. Mais , au lieu d'une grande ouverture extérieure , fermée par un opercule , on trouve , presque comme dans les Lamproies , cinq fentes courtes et situées l'une derrière l'autre, par lesquelles le liquide sort (1). Les branchies elles-mêmes ne sont point clés peignes branchiaux , mais des cavités branchiales , dont chacune est formée par la paroi antérieure de la branchie d'un arc branchial situé en arrière et par la paroi postérieure de la branchie d'un arc branchial situé en devant. Du reste , ici , comme chez les Poissons précédents , et ainsi que je l'ai déjà dit en traitant du squelette , l'appareil respiratoire ne se trouve pas à la base de la tête , mais plus loin en arrière.
Il n'y a aucun vestige de vessie natatoire.
Dans les Poissons cartilagineux à branchies libres , ou les Microstomes , de même que dans les Jugulaires, les Thoraciques et les Apodes, les branchies sont assez généralement construites sur le même plan que celles dont j'ai donné des exemples tirés des Abdominaux ; mais on rencontre aussi une multitude de variations considérables.
Ainsi, par exemple , dans l'Anguille , l'ouverture extérieure de l'espace qui comprend les branchies n'est qu'un trou rond, large d'un quart à un cinquième de pouce , et situé au dessous de l'opercule. De même , dans les Poissons que Cuvier appelle Lophobranches , comme les Syngnathes , il y a de chaque côté du corps quatre branchies formant d'élégants petits faisceaux de lamelles
(1) D'après une remarque intéressante de Rudolphi {Isis, tom. I, cah. YII, pag. 109, et Physiologie , tom. II , P. II , pag. 362 ) , les Raies et les Squales ont originairement des branchies qui pendent librement hors des fentes branchiales , mais en moins grand nombre, c'est-à-dire quatre filaments seulement à chaque sac branchial , et par conséquent quarante en tout. Meckel assure cependant que ce nombre est inexact, et qu'il a trouvé plus de cent vingt filaments dans le Squalus acanthias. Au reste , Rudolphi compare ces branchies pendantes aux branchies accessoires fasciculées de VHeterobranchus anguillaris, et dit que plus tard elles s'oblitèrent. Mais ce qui prouve qu'elles n'existent pas partout , c'est qu'il n'y en a point dans le Squalus centrina, dont j'ai représenté le fœtus dans les enveloppes de l'œuf ( Voyez mes Tabulœ illustrantes, cah. III, pi. VT.)
attachées le long des arcs (2), dans une cavité branchiale qui ne s'ouvre également à l'extérieur (|ue par un petit trou. L'Hippocampe offre la même conformation.
Suivant Geoffroy Saint-Hilaire , VHeterobranchus anguillaris j, outre les quatre paires de branchies , en a encore deux accessoires , qui forment des ramifications arbusculaires ; la première paire est fixée sur le second arc branchial , la seconde sur le cpiatrième , et toutes deux se trouvent dans la cavité branchiale , qui se prolonge considérablement en arrière .
Nous devons signaler encore une conformation particulière qu'on rencontre parmi les Poissons que Cuvier appelle Pharyngiens labyrinthiformes et qui appartiennent aux Orlhostomes thoraciques. Dans le Sennal, par exemple ( A nabas scandens ) , les segments supérieurs des deux arcs branchiaux antérieurs , que Cuvier et autres nomment os pharyngiens supérieurs , portent des lames minces , assez grandes et plissées (3) , qui forment une masse semblable à un choufleur, et entre lesquelles il peut demeurer assez d'eau pour que l'animal ait la faculté de rester plusieurs jours à terre. Cette conformation est d'autant plus remarcpiable , qu'elle offre une analogie frappante avec le plissement de la membrane olfactive dans les classes supérieures. Elle est plus simple , d'après Cuvier , dans les genres Polyacanthe et Spirobranche.
La vessie natatoire offre aussi plusieurs différences qui ont de l'intérêt sous le rapport physiologique. D'abord il n'est pas rare qu'elle manque , par exemple dans les Lophies , les Pleuronectes , le Maquereau , etc. En second lieu , lorsqu'elle existe , elle n'a quelquefois pas de conduit excréteur. Tel est le cas de la vessie natatoire de l'Ombre {Sciœna umbra) , sur laquelle je reviendrai encore plus loin. Je ne trouve pas non plus de conduit aérien dans les Cobiiis barbatula et fossilis , non plus que dans la Lote ( Gadus Iota) , et Delaroche n'en a également point rencontré chez
(2) Rathke {loc. cit., pi. IV , fig. II ) les a représen tées d'après nature.
(3) Voyez la figure de cette conformation et de celles qui lui ressemblent dans Cuvier , Htst. nat. des Poissons , pi. 203.
plusieurs autres Poissons. Au contraire, ce i conduit est double dans le Cabliau , suivant Cuvier , et , chez l'Esturgeon , il s'ouvre non pas dans le pharynx , mais dans l'estomac.
Quant à la figure et à la structure de cette vessie , outre les deux formes que j'ai prises pour exemples, d'après la Carpe et le Brochet, on en trouve beaucoup d'autres encore. Quelquefois elle est formée de deux sacs aériens adossés l'un à l'autre, comme les deux poumons des animaux supérieurs. C'est ce qu'on observe dans les Cobitis barbatula et fossilis , où ces deux poches , d'ailleurs trèspetites , sont entourées de coquilles osseuses , qui partent (S 180) des vertèbres pectorales (1), et, suivant Cuvier, dans le Bichir ( Polypterus niloticus ) , où l'un des sacs est petit et l'autre très-grand , et où tous deux s'ouvrent ensemble dans le pharynx. îl en est de même encore dans quelques autres Poissons.
D'après Cuvier (2) , la vessie natatoire de l'Ombre se distingue en ce qu'elle a ses bords entourés d'un grand nombre d'appendices ou diverticules , terminés en cul-de-sac , et dont quelques-uns sont rameux, outre que son pourtour et sa face interne offrent plusieurs corps glanduleux (3).
La structure intérieurement celluleuse de la vessie natatoire de plusieurs Poissons est un fait physiologique remarquable , en ce qu'elle établit le passage aux poumons des animaux supérieurs. On la rencontre particuhèrement, d'après plusieurs observateurs, dans le Xiphias gladius, quelques Silures (pi. X, fig. xni), les Tétrodons et les Diodons.
Enfin la vessie natatoire des Esturgeons {Acipenser sturio et huso) est remarquable par son volume et par l'usage qu'on en fait dans l'économie domestique , car c'est avec
(1) Cuvier {Mémoires du Muséum, vol. I, pag. 320) dit qu'on trouve aussi dans VOphidium imberbe dépareilles coquilles osseuses au-dessus de la vessie natatoire.
(2) Loc. cit., pag. 18.
(3) Delaroche a toujours trouvé les corps rouges internes de la vessie natatoire, quand le canal aérien n'existait point. Suivant Cuvier, des organes analogues ( probablement destinés à une sécrétion aériforme ) existent aussi chez les Poissons pourvus d'un conduit aérien , par exemple dans les Murènes.
sa membrane interne qu'on prépare la colle de poisson (4).
Plusieurs Poissons ont la vessie natatoire bifurquée en haut. Tels sont la Blennie (pi. ix, fig. XVI, r) et le Hareng, où les derniers renflements des extrémités bifurquées pénètrent jusque dans le labyrinthe de l'oreille (S 435).
Il me reste maintenant à rechercher quels peuvent être les usages de la vessie natatoire ^ car il est clair que les branchies sont l'organe essentiel et proprement dit de la respiration. Les uns , guidés par des vues téléologiques , l'ont considérée uniquement comme un appareil propre à faciliter la natation ; d'autres ont vu en elle im véritable poumon recevant l'air du dehors et l'expirant. Son absence chez des Poissons qui nagent fort bien , prouve qii'elle n'est point essentielle à la natation , quoique , lorsqu'elle existe , elle ne soit pas sans importance pour cette fonction. Ce qui annonce aussi qu'elle ne joue pas le rôle de poumon, c'est qu'elle manque très-souvent , et que les profondeurs de la mer sont le séjour continuel d'un grand nombre de Poissons dont la vessie natatoire contient p^lus d'oxigène que celle d'autres Poissons qui s'approchent davantage de la surface, et sur lesquels le changement dans la pression produite par la colonne d'eau exerce même une action si puissante^ d'après les observations de Biot , que , quand on les tire subitement de ces profondeurs , leur vessie natatoire , trop brusquement distendue , se crève. Ce qu'il y a donc de plus vraisemblable , c'est que cet organe n'accomplit qu'une partie de la fonction expiratoire du poumon des animaux supérieurs, et que de cette manière , non-seulement il sécrète du sang , tantôt de l'azote , tantôt de l'oxigène, qui s'y trouve en excès, mais encore rejette réellement ces gaz au dehors , toutes les fois qu'il est pourvu d'un canal aérien (5).
Nous pourrions maintenant abandonner la
(4) Fischer indique le mode de préparation de l'ichthyocolle dans l'ouvrage suivant : Ueber die Schwimmblase derFische. Leipzick. 179S, pag. 27.
(5) Rathke partage la même opinion dans un Mémoire qui contient encore plusieurs détails remarquables sur la vessie natatoire de divers Poissons. Voyez ses Beitrœge zur Geschichte der Thierwelt, tom. IV, pag. 102)
ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX
respiration des Poissons , s'il ne nous restait point encore à parler de divers autres organes qui, dans cette classe , semblent prendre une part quelquefois assez considérable à la fonction.
Tel est d'abord le canal intestinal , dont l'extrémité antérieure a d'étroites connexions avec l'organe respiratoire chez tous les Poissons , les Lamproies exceptées , sous ce rapport que c'est lui qui reçoit l'eau , et que les branchies sont placées sur ses deux côtés. Les intéressantes recherches d'Erman (1) ont même prouvé qu'il sert d'organe respiratoire dans le CohUis fossillis, et que la respiration qu'il accomplit est absolument nécessaire à la vie de l'animal. J'ai été frappé du peu d'épaisseur et du grand nombre de vaisseaux répandus dans les parois de l'intestin , qui s'étend presque en ligne droite de l'estomac à l'anus , et qui par sa structure diffère beaucoup , tant de l'estomac que du gros intestin , dont les tuniques sont ordinairement plus épaisses. J'ai trouvé aussi cette portion presque entièrement vide de chyme , et l'on sait que les Cobites peuvent vivre très-longtemps dans un bocal , avec de l'eau et du sable , sans prendre aucune nourriture. A peine ai-je besoin de rappeler que cette respiration intestinale se rapproche de celle des Holothuries (S 618), des Libellules et des larves d'Œstres.
Du reste , il est assez probable qu'un mode analogue de respiration peut exister chez d'autres Poissons encore , ainsi que le présumait Meckel; seulement on ne saurait guère l'admettre quand les membranes de l'intestin ont une épaisseur considérable et sont même cartilagineuses , comme dans le Brochet.
Je ne puis pas non plus omettre de dire que c'est peut-être cette respiration intestinale qui seule produit chez les Poissons l'espèce de voix qu'on observe dans le Cobite fossile et la Truite. Il serait intéressant de rechercher si les sons que font entendre certains autres Poissons tiennent à la même cause ou à une autre.
(1) Dans Gilbert's Annalen der Physic, tom. XXX. — Ces expériences ont été refaites depuis , sur une plus grande échelle, par Blscnoff, qui y a joint des essais eudiométriques , d'oii il résulte que le gaz reçu parla bouche et rendu par l'anus perd réellementbeaucoup d'oxigène dans le trajet. Voyez Schweiggeht's Journal fuer Chemie und Physik , tom. XX, cah. I, pag. 78.
Un autre organe enfin , qui me paraît concourir également à la respiration , chez quelques Poissons , est le péritoine , le mésentère et la tunique externe elle-même de l'intestin. En effet , les Chondroptérygiens , comme je l'ai déjà dit précédemment (S 536) , ont, des deux côtés de l'anus , Ufie fente par laquelle l'eau paraît pouvoir arriver librement dans la cavité abdominale et baigner les organes qu'elle renferme. Il est possible que ces singidières ouvertures se rattachent originairement aux organes génitaux , ainsi que nous le verrons en traitant de cet appareil ; mais elles ne peuvent avoir de rapport , dans les Raies et les Squales , qu'avec la respiration , et nous savons d'ailleurs qu'il y a fréquemment une connexion intime entre les organes qui président à cette dernière fonction et ceux qui accomplissent la génération. Au reste , cette forme de respiration nous rappelle ce qui a lieu chez certains animaux inférieurs , soit dans les Méduses , où les sacs respiratoires sont situés immédiatement au dessous des poches stomacales , soit dans les Oursins et les Astéries , où la surface des organes digestifs est baignée par l'eau qui s'introduit dans le corps.