III. FORMES DIVERSES DES ORGANES SÉCRÉTOIRES
1. Organes des sécrétions spécialement destinées AU CANAL INTESTINAL.
La première condition pour que l'aliment admis dans le canal puisse être réellement assimilé au corps , c'est qu'il perde son individualité propre , c'est-à-dire qu'il soit mis à mort , car on ne conçoit pas qu'un corps devienne partie intégrante d'un autre organisme, tant qu'il continue à former un tout indépendant et à part. Aussi , non-seulement les animaux qui vivent d'autres animaux ont généralement l'habitude de les tuer avant de les engloutir , et la plupart broient , soit avec des dents , soit avec des corps qui en tiennent lieu, les substances végétales ou animales dont ils se nourrissent, mais encore ils mêlent à ces substances des sucs de leur propre corps , qui exercent sur elles une action destructive , chimique ou dynamique, les dissolvent et anéantissent leur individualité , comme pourraient le faire en quelque sorte des poisons. De même Thomme, avant de consommer ses aliments , les dénature presque entièrement parles préparations qu'il leur fait subir , par les diverses substances qu'il y ajoute.
Nous avons étudié les opérations à l'aide desquelles l'animal engloutit et comminue sa nourriture. Il nous reste donc à examiner les organes qui versent différentes sécrétions dans le canal intestinal , et à faire voir que la nature excrétoire de la surface cutanée extérieure , premier organe de respiration et de perspiration , se répète dans le canal intestinal , absolument de même que , d'un autre côté , la peau se comporte comme organe absorbant chez beaucoup d'animaux.
Cependant , il importe de faire remarquer que ces excrétions , précisément parce qu'elles appartiennent au système assimilateur , ne sont pas totalement perdues pour le corps , comme celles qui ont lieu dans d'autres systèmes , l'urine et la sueur , par exemple , et
qu'elles concourent d'une manière essentielle au travail de la digestion.
A. Organes salivaires.
A.Oozoaires.
Comme tant d'autres fonctions , la sécrétion salivaire est ordinairement privée d'organes spéciaux dans cette classe , d'autant plus qu'il arrive fréquemment aux cavités orale et stomacale d'être tellement confondues ensemble , qu'elles semblent n'en faire qu'une , et qu'on ne peut plus dès-lors distinguer la salive du suc gastrique. Cependant ces sacs exercent déjà ici une action létifiante bien prononcée sur l'individualité des ahments admis dans le corps. Nous en avons la preuve par exemple chez les Méduses , à l'égard desquelles il a déjà été dit précédemment ( § 49*2 ) qu'elles ont la faculté de dissoudre, de digérer des substances alimentaires très-consistantes.
Cuvier admettait , d'après Bohadsch , des organes salivantes particuliers dans quelques Holothuries; il considérait comme tels , dans VHolothuria tr émula, vingt cœcums inégaux disposés autour de l'ouverture orale , et dans VHolothuria pentactes deux sacs analogues , mais plus grands. Cependant , comme ces poches ont une connexion immédiate avec le système vasculaire (1) , l'opinion qu'il a émise sur leur compte paraît ne devoir point être adoptée.
Il est digne de remarque , au contraire , qu'à l'égard des organes sécrétoires appartes nant au canal intestinal , comme sous tant d'autres rapports , les animaux microscopiques qui font partie de cette classe sont souvent plus développés que les Radiaires euxmêmes. En effet , Ehrenberg a fait voir que , chez plusieurs Rotifères , par exemple dans VHydatina senta , il existe , des deux côtés du pharynx, une paire de corps glandulaires ovales (pi. I, fig. x, e, e), qui peuvent être considérés comme analogues, soitaux glandes salivaires, soit au pancréas.
b. Mollusques.
Dans les Apodes et les Pélécypodes , où l'œsophage est si court , comme chez beaucoup d'Oozoaires , que la bouche semble être
(1) Delle Chiaje , ij/émone, tom. I , p. 103 et 104.
en même temps l'orifice de l'estomac , on ne trouve généralement pas non plus d'organes salivaires propres. Je n'en ai pu découvrir aucune trace ni dans les Mulettes ni dans les Ascidies. Cependant Home a reconnu , dans le Taret , deux fortes glandes , annexées à l'œsophage , qui semblent faciliter , par le suc dissolvant qu'elles sécrètent, la térébration que ces Mollusques exercent sur le bois pour s'y creuser un logement. Il reste à examiner si quelque chose d'analogue n'a pas lieu également chez d'autres Bivalves qui perforent les pierres ; car si les Pholades ( Pholas dactylus ) ne creusent guère leurs trous que d'une manière mécanique , comme Martens l'a observé naguère encore (1) , ce phénomène ne peut être expliqué ainsi dans le Mytilus Uthophagus, la Venus Uthophaga et le Gastrochœna cuneiformis , où il tient vraisemblablement à la sécrétion d^un liquide salivaire doué de propriétés dissolvantes.
Les organes salivaires sont très-développés dans les Gastéropodes. Chez la plupart de ces Mollusques , une paire de glandes salivaires , souvent fort longues , sont appendues à l'œsophage , et elles-mêmes , ou du moins leurs conduits excréteurs , sont embrassées par le collier nerveux. Dans le Limaçon des vignes , elles se répandent sur la partie antérieure de l'estomac et versent leur sécrétion, par deux conduits , dans la cavité du pharynx (pi. m, î^, j*, fig. V, r). Les glandes sont plus courtes et plus ramassées dans la Paludina vivipara ( pi. x , fig. vni , v ) , et assez longues dans l'Aplysie (fig. i, i i ). On observe aussi une glande salivaire accessoire dans les espèces du genre Doris.
Ces organes sont disposés de la même manière dans les Ptéropodes , par exemple dans les Clio ( pi. m , fig. x, u).
Chez les Céphalopodes , les organes salivaires ont acquis plus de développement encore , car on en trouve presque toujours deux paires (2). Je vois , dans le Poulpe, une petite
(1) Reise nach Venedig. Ulm, 182i, tom. I, pag. 240.
(2) C'est une preuve péreraptoire que le plus ou moins d'al)ondance ou le défaut de salive ne dépend pas uniquement du genre de vie, puisque ces Mollusques et d'autres qui vivent dans l'eau ont des organes
paire supérieure , qui s'applique immédiatement au pharynx ( pi. iv, fig. vin , c) , et une autre paire plus petite , aplatie , cordiforme , située plus bas , le long de l'œsophage ( fig. vni , e ) , dont les conduits excréteurs se réunissent en un seul canal ascendant (d) , qui s'ouvre auprès de ceux de la paire supérieure. Les choses se comportent de la même manière dans la Seiche ordinaire.
c. Animaux articulés.
Jusqu'à ce jour on n'avait reconnu de glandes salivaires ni chez les Enthelminthes , ni chez les Annélides; mais une anatomie fort exacte de la Sangsue , par Brandt (3) , a fait découvrir , autour de l'œsophage de cet animal , et entre ses muscles transverses, une masse grenue, blanchâtre, qui, examinée au microscope , apparaît sous la forme de petits sacs pleins d'une substance glandulaire , dont chacun est pourvu d'un conduit excréteur déhé, qui s'anastomose avec d'autres avant de s'ouvrir dans l'œsophage. Brandt considère ces organes comme des glandes salivaires , et il serait difficile de les interpréter autrement.
On ne connaît point d'organes salivaires dans les Neusticopodes.
A l'égard des Décapodes , la question se présente de savoir si l'on doit considérer comme tels deux petits corps verts qui se voient des deux côtés de l'estomac , dans l'Ecrevisse , dont Rœsel(4) a déjà donné la description et la figure , mais dont Cuvier ne parle mille part. Du moins ces corps sont-ils situés près de l'estomac , comme il arrive aux glandes salivaires de plusieurs Mollusques , et il est digne de remarque que les concrétions appelées yeux d'écrevisse s'engendrent immédiatement au dessus d'eux , entre les parois stomacales. On pourrait donc considérer ces concrétions comme des produits de la salive qui pénètre entre les parois de l'estomac, comme des espèces de calculs salivaires , d'autant plus que c'est probablement par la
salivaires très-développés. En général, le genre de vie est déterminé par l'organisation, et non pas l'organisation par le genre de vie.
(3) Medezinische Zoologie, tom. II, pag. 247.
(i) Insektenlelustïgungen , tom. II , pag. 322.
ORGANES SECRETOIRES.
3Cl
bouche qu'il arrive enfin à l'animal de s'en débarrasser.
Les organes salivaires ne sont pas rares au contraire chez les animaux articulés qui respirent l'air ; mais ils y affectent la forme de vaisseaux terminés en cul-de-sac, et jamais celle de glandes proprement dites.
On les a surtout observés dans les Arachnides, dont les organes vénéniféres, que j'ai déjà décrits précédemment ( S 512 , 588 ), consistent en vésicules allongées , et s'ouvrent à l'extrémité des mâchoires par des conduits excréteurs (pi. vn , fig. n). J. Muller (1) croit aussi avoir trouvé des vaisseaux salivaires dans le Scorpion.
Les Scolopendres et plusieurs Aptères, Diptères et Hémiptères , pourvus d'organes pour piquer et pour sucer , semblent également verser une sécrétion analogue dans les plaies causées par leurs morsures ou leurs piqûres. C'est ce que prouvent au moins la douleur brûlante et le gonflement de la peau occasionnés parles piqûres de ces Insectes, et la difficulté avec laquelle guérissent les morsures des Scolopendres. Ti'eviranus (2) a réellement aussi trouvé , dans la Scolopendra flava , une paire de vaisseaux salivaires semblables à ceux des Arachnides , et qui , dans la Scolopendra forficata , sont peut-êti'e enveloppés par la masse graisseuse répartie autour delà bouche (pi. vi , fig. xxn, q ).
Treviranus signale également deux gros vaisseaux salivaires de chaque côté de l'œsophage du Cloporte (PorceWto scaber) (3).
Ramdohr a démontré aussi , chez plusieurs Diptères et Hémiptères, les vaisseaux salivaires, qui alDOutissent tantôt à la trompe , tantôt au pharynx et à l'œsophage. Ainsi , par exemple , la pi. vu , fig. XLi , représente ceux du Bombylius major, qui ressemblent à des villosités. On retrouve même des organes vénéniféres , outre les conduits salivaires , dans les Nèpes et les Notonectes.
Le GriUus verrucivonis doit son nom à la salive qu'il dépose dans la plaie faite par ses mâchoires, et à laquelle on attribue la faculté de faire disparaître les verrues , quand elle agit dessus.
Les organes salivaires des Hyménoptères
(1) Meckel's ^rcAw, 1828, pag. b'2.
(2) Vermischte Schriften , tom. I , pag. 37.
(3) Loc. cit., tom. I , pag. 57.
méritent d'autant plus d'être signalés , que l'humeur qu'ils sécrètent sert à l'exécution de plusieurs des travaux qu'accomplissent ces Insectes. Ainsi la Xylocopa violacea et la Megachile muraria agglutinent avec leur salive , la première de lasciure de bois , et la seconde des grains de sable , pour construire leurs nids. Ainsi l'Abeille domestique a deux paires d'organes salivaires dont l'un , connu depuis longtemps, se trouve dans la poitrine, tandis que l'autre est situé dans la tête , et qui résultent de l'accumulation d'un grand nombre de petits conduits terminés en cul-desac (4). La salive probablement alcaline de cet Hyménoptère sert aussi à l'élaboration de la cire.
Enfin on connaît assez bien les vaisseaux salivaires de la Chenille du bois de Saule , qui s'ouvrent dans la bouche. Ce sont deux sacs , longs d'un pouce , situés des deux côtés de l'œsophage , et qui ont beaucoup d'analogie avec les vaisseaux salivaires des Araignées.
Les Coléoptères paraissent être ceux de tous les animaux articulés chez lesquels les vaisseaux salivaires se développent le plus rarement et de la manière la plus imparfaite.
Avant de quitter l'histoire de la sécrétion salivaire chez les animaux invertébrés en général , et les Insectes en particulier , nous avons encore quelques mots à dire des organes qui sécrètent la liqueur avec laquelle les Chenilles filent leurs cocons , car ils ont une grande affinité avec ceux de la salivation , tantpourlasituation que pour laforme.En effet, ce sont également des vaisseaux déliés et terminés en cul-de-sac , donton trouve un de chaque côté du canal intestinal (pi. vu , fig. xxui , h, l) . Leur longueur surpasse de beaucoup celle du corps , car elle s'élève à un pied dans le Ver à soie. Ils aboutissent , par des conduits excréteurs très-fins , à une ouverture située au dessous de la filière , à la lèvre inférieure , à peu près comme la glande sublinguale sous la langue. Leur sécrétion se concrète à l'air , et y prend la forme de fils , avec lesquels la Chenille construit la coque dans laquelle
{■'i) Treviuamjs, dans Tiedemann"s Zaitschrift fuer Physiologie , tom. III, pag. 62.
elle doit se métamorphoser. On sait que nous devons la soie à la Chenille de la Phalœna morij, dont le cocon , du poids de deux grains et demi , résulte d'un fil qui a environ neuf cents pieds de long.
Ces organes sont évidemment une répétition de ceux du même genre qu'on observe à l'anus des Insectes moins parfaits , notamment des Araignées , et il est intéressant d'observer que , chez ces derniers , les cocons servent principalement à envelopper les œufs , c'est-à-dire qu'ils sont en quelque sorte un moyen de développement pour les petits , tandis que , dans les Chenilles , ils servent seulement à la métamorphose et au propre développement de l'animal.
d. Poissons,
La brièveté et l'ampleur de l'œsophage , chez la plupart des Poissons , jointes à la promptitude avec laquelle ils avalent leurs aliments , qui ne s'arrêtent point dans la bouche et y sont rarement soumis à la mastication , font que ces animaux manquent presque tous d'organes salivaires spéciaux , et que , sous ce rapport , ils se rapprochent des Oozoaires. Cependant la sécrétion salivaire proprement dite est suppléée jusqu'à un certain point chez eux par une plus grande abondance de l'humeur exhalée par la membrane muqueuse de la bouche , qui, dans plusieurs Poissons , tels que les Cyprins , les Raies et les Squales , offre des couches bien apparentes de cryptes muqueuses. Meckel a néanmoins cru devoir admettre une sorte de glande salivaire dans la Baudroie, où il a trouvé, derrière la large ouverture branchiale, une petite glande lobuleuse, située immédiatement sous la peau (1).
e. Beptiles.
Les ordres des Reptiles branchies et des Batraciens se rapprochent des Poissons en ce qu'ils n'ont pas tant de véritables glandes agglomérées, que des couches glandulaires aplaties dans la membrane interne de la bouche, notamment delà langue. Ces follicules sécrètent un mucus gluant , qui tient lieu de véritable salive.
(1) System dervergleichenden Anatomie, tom. IV, pag.214.
Les glandes salivaires sont plus prononcées dans les Ophidiens, plusieurs Sauriens et quelques Chéloniens. On doit en admettre de trois sortes chez les Serpents, une glande sublinguale , des glandes labiales ou gingivales , et des parotides, ou des glandes vénénifères proprement dites, qui, de même que les vaisseaux salivaires des Araignées , se vident ordinairement par une dent plissée et creuse , logée , avec plusieurs germes d'autres dents semblables , dans un petit sac membraneux et fendu. Cependant il importe de faire remarquer que , chez quelques Serpents venimeux ( Elaps , Bungarus , Hydrus, etc. ) , les dents implantées dans la quatrième paire de côtes céphaliques, c'est-àdire dans les os maxillaires supérieurs , ne diffèrent pas essentiellement, pour la conformation, de celles des Serpents non venimeux, et ne se distinguent que par le sillonnement de la dernière dent maxillaire , à laquelle aboutit le conduit excréteur d'une grosse glande à venin , de forme particulière , que Schlegel a le premier décrite et figurée dans VHomalopsis monilis (2). Du reste, les glandes parotides sont très-volumineuses chez les Serpents venimeux (3). On les trouve derrière l'orbite , au dessus de l'articulation de la mâchoire , et elles sont comprimées par un muscle particulier (pi, xn, fig. ni, c).
Quant aux glandes du bord des mâchoires, elles sont ordinairement peu développées chez les Serpents venimeux, et le Trigonocéphale n'en a point ; mais elles acquièrent souvent un volume considérable dans les Serpents non venimeux (4). Leur structure ressemble beaucoup à celle des glandes de Meibomius. J'ai été frappé de voir , dans la Couleuvre à collier, mais surtout dans le Coluber thuringicus, que le tendon d'un muscle situé à la nuque passait sur l'articulation de la mâchoire, pour aller s'insérer aux écailles de la mâchoire supérieure , après s'être partagé en plusieurs filaments. En effet, on conçoit sans peine que la tension de ce
(2) Nov. act. Acad.Leop. , l. XIV, P. i,pag. 143.
(3) La structure de celte glande conglomérée et les rapports de son canal excréteur avec le sac dentaire , chez la Vipère, sont très-bien représentés dans Brandi etRATZETtVRG, Medecinische Zoologie, tab. I , pi. xx.
(4) Meckel a donné la figure de ces organes dans le Python ligris et le coluber varius (Ârchiv , tom. I , fig. 9 et i5).
ORGANES SÉCRÉTOIRES
tendon applique les écailles avec plus de force, et favorise l'écoulement de la salive.
A l'égard des glandes sous-maxillaires, dont nous devons la première description exacte àMeckel, elles constituent, chez presque tous les Serpents , des corps lisses et oblongs, situés, un de chaque côté , le long de la gaîne de la langue , à l'orifice de laquelle ils s'ouvrent. Cuvier les avait déjà vues dans l'Amphisbène, où elles se font remarquer par leur volume (1).
Quelques Chéloniens , par exemple ceux du genre Chelone, d'après Meckel, sont privés de glandes salivaires , comme les Batraciens, tandis que d'autres , ceux par exemple du genre Tesludo , ont au moins des deux côtés de la langue d'épaisses couches de follicules muqueux, qu'on peut comparer aux glandes sous-maxillaires des animaux supérieurs.
Les Sauriens ont, suivant Cuvier, tantôt des couches de follicules mucipares, semblables à celles qu'on rencontre dans les deux premiers ordres, tantôt des glandes au bord de la mâchoire inférieure , comme les Serpents non venimeux , ou bien des glandes linguales particulières , telles que celles que j'ai signalées à la langue du Caméléon (S 540). Parfois aussi on ne trouve rien qui puisse être comparé à ces organes : tel est le cas du Crocodile, d'après Meckel.
f. Oiseaux.
C'est principalement chez les Oiseaux qui vivent de substances végétales que les organes de la salivation sont très -développés (2) , quoique les glandes salivaires continuent toujours à rappeler celles des classes précédentes, en ce que tantôt elles sont situées immédiatement au dessous de la membrane interne , et surtout à la partie inférieure de la bouche, tantôt chaque glandule , pour ainsi dire , verse isolément dans la cavité orale le liquide qu'elle sécrète.
La sécrétion elle-même consiste généralement plutôt en un simple mucus qu'en une Véritable salive , car elle est épaisse et visqueuse. Elle a surtout ce caractère dans le
(1) F. encore sur les glandes des Serpents : Seifekt, Spicilegia adenologica, Berlin, 1823, el un mémoire de TiEDEMANN , dans Munchner Denkschriften , 1813 , pag. 25.
(2) TiEDEMANN, Zoologie, lora. Il, pag. 393.
Pic, où elle forme un enduit gluant à la langue , dont l'animal se sert pour attraper sa proie (S 484).
La plus grosse paire de ces glandes est ordinairement située entre les branches de la mâchoire inférieure ( glandes sous-maxillaires ) , et elle est même double dans le Dindon (pi. xv, fig. x, 1, 2).
Les glandes sont plus petites chez les Oiseaux de proie que chez ceux qui se nourrissent de végétaux ; mais leur nombre est plus considérable. Tiedemann en a trouvé de cinq sortes dans l'Autour ; deux, situées au dessus de l'articulation de la mâchoire , rappellent les glandes vénénifères des Serpents, et sont en même temps analogues aux parotides de l'homme ; deux autres , placées au palais, versent la salive par deux conduits situés à la voûte palatine, vers la pointe recourbée du bec (3) ; les autres occupent la partie inférieure de la cavité orale.
g. Mammifères.
Nous devons considérer comme une nouvelle preuve de grande affinité entre les Poissons et les Cétacés , que toutes les recherches faites jusqu'à ce jour n'ont pu faire découvrir aucune trace de glandes salivaires chez ces derniers. Elles n'existent non plus qu'en partie , et sous un très-petit volume , dans les Phoques. Mais elles sont plus développées dans les Rongeurs et les Chéiroptères, qui se rapprochent à plusieurs égards des Oiseaux ; les glandes maxillaires surtout sont très- grosses , proportionnellement aux glandes parotidiennes, linguales et buccales, qui, du reste, existent chez la plupart des Mammifères comme chez l'homme. Il n'y a point de parotides dans les Edentés , par exemple dans l'Échidné et le Fourmilier; mais ce dernier possède une glande particulière , qui s'ouvre à la lèvre inférieure par plusieurs conduits excréteurs , et qui sécrète un mucus visqueux destiné à engluer sa
(8) Il existe un rapport déterminé entre l'appareil salivaire et celui de la mastication. On peut s'en convaincre déjà dans les Araignées, ainsi que dans les Serpents et les Oiseaux, et nous verrons plus loin que des traces biensensibless'enrelrouvent aussi cliezles Mammifères. Ordinairement, en effet, la salive s'épanche auprès des organes masticatoires, qui déploient le plus d'activité.
langue vermiforme , dont il se sert pour prendre les Insectes. En génénil , chez les Mammifères , comme chez les Oiseaux, les glandes salivaires sont plus développées dans les espèces herhivores. J'ai déjà cité les Rongeurs , chez lesquels ces glandes sont grosses, et versent la salive à la partie antérieure de la bouche , pour correspondre à l'activité spéciale que déploient les dents incisives. Elles se font également remarquer par leur volume dans les Ruminants et les Solipèdes, où les glandes parotidiennes et buccales font couler principalement la salive vers les dents molaires, qui sont les plus actives. La sécrétion des parotides est même accrue encore , chez le Bœuf et la Brebis , par une glande particulière, qui est située dans la fosse zygomatique et l'orbite, et que Nuck a observée aussi chez le Chien, avec quelques modifications. C'est peut-être chez quelques Pachydermes , en particulier chez les Cochons , que ces glandes acquièrent le plus de volume. Les parotides des Singes sont trèsgrosses, ainsi que Cuvier en avait déjà fait la remarque.
B. Organes de quelques autres sécrétions qui s'épanchent DANS LE CANAL INTESTINAL CHEZ LES ANIMAUX DES CLASSES SUPÉRIEURES.
Nous devons d'abord ranger ici le mucus des fosses nasales, qui, chez tous les animaux pourvus d'arrière-narines , par conséquent chez les Reptiles , les Oiseaux et les Mammifères, s'épanche dans la cavité orale ou gutturale. L'abondance de cette sécrétion correspond à l'ampleur des fosses nasales. Elle est accrue aussi par celle des organes lacrymaux, qui se verse dans le nez, comme nous l'avons vu précédemment , et par celle d'autres appareils glandulaires spéciaux , par exemple des glandes nasales dont nous avons parlé en traitant de l'œil de Oiseaux ( § 47 1), et de la glande maxillaire supérieure du Chien. Du reste , les voies par lesquelles ces divers liquides arrivent au commencement de l'œsophage, ont été indiquées lorsque nous avons décrit l'organe olfactif et la cavité gutturale. Il suffira donc de parler ici des trous palatins antérieurs , incisifs ou nasoi)alatins, qu'on rencontre chez la plupart des Mammifères , et qui laissent parvenir une portion du mucus nasal au voisinage des
dents incisives supérieures. En effet , d'un côté , ils rappellent les glandes palatines de quelques Oiseaux ( § 697 ) , de l'autre ils répètent une forme antérieure des arrièrenarines , qui , chez beaucoup de Reptiles , s'ouvrent immédiatement derrière la partie antérieure du rebord de la mâchoire supérieure.
Ces ouvertures, que Sténon avait déjà remarquées jadis, et dont l'existence ou la nonexistence chez l'homme a suscité plusieurs discussions parmi les anatomistes , ont été décrites avec beaucoup d'exactitude par Jacobson (1), ainsi qu'on l'a vu précédemment (S 403 et 404 ). Elles sont surtout évidentes chez les Mammifères herbivores , tels que les Ruminants et plusieurs Rongeurs. Dans le Cochon d'Inde , je vois les conduits partir également de la cavité nasale, mais ils se terminent en une papille très-saillante et non perforée , derrière les dents incisives supérieures (2), phénomène auquel je m'attendais d'autant moins que les ouvertures sont trèsgrandes chez d'autres Rongeurs, que dans le Lièvre, par exemple, elles représentent deux fentes obliques derrière les incisives du haut, et que , dans les Rats , on rencontre deux petits orifices au sommet d'une papille saillante. Cette ouverture n'existe point chez les Cétacés.
Beaucoup d'autres organes sécrétoirespeu volumineux sont disséminés dans les tuniques de la prolongation du canal alimentaire. Nous devons donc ranger ici les glandes de l'œsophage, du jabot et du ventricule succenturié d'un grand nombre d'animaux, ainsi que les organes sécrétoires du suc gastrique , hqueur qui joue le rôle de la salive (S 668) , mais à un degré bien plus prononcé. Cependant on doit d'autant moins s'attendre à trouver ici une description détaillée de toutes les différences que ces parties offrent dans les diverses classes du i^ègne animal , que de pareilles recherches appartiennent trop au domaine de l'anatomie microscopique , et que les par-
(1) Bullet. des Se. de la Soc. pML, avril, 1013. Voyez le Rapport de Cuvier sur ce mémoire , dans les Annales du Mus., tom. XVIII, pag. 412.
(2) Emmert a remarqué la même chose chez le Dromadaire {Salzb. med. Zeitung , n" 33, 1817, p. IGO).
ORGANES SECRETOIRES.