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VII. RESPIRATION DES MAMMIFÈRES

De même que l'homme , tous les Mammifères ont un simple larynx supérieur , une trachée-artère pourvue d'anneaux cartilagineux et fendue en deux bronches , deux poumons clos de toutes parts, et une cavité pectorale séparée de l'abdominale par un diaphragme. Supposant que le type humain de tous ces organes est connu du lecteur , nous n'aurons qu'à examiner les variations qui peuvent se présenter , et dans lesquelles nous retrouverons aussi des rapprochements avec certaines formations inférieures.

Dans cette classe , comme dans les deux

(1) Il a été dit précédemment (§ 231 et 2153) que les cellules aériennes des os de la tête sont pourvus d'air par les cavités nasales et les trompes d'Eustache.

ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX

précédentes , l'air s'introduit surtout par les conduits nasaux. Cependant , tandis que les orifices de ces conduits, les narines antérieures ou postérieures , pouvaient ordinairement être fermés entièrement par des fibres musculaires spéciales , chez les Reptiles et les Oiseaux , l'effet se borne ici presque uniquement à un rétrécissement opéré, tant par des fibres circulaires des narines extérieures , que par le voile du palais ou la partie qui en tient lieu. Les Phoques et les Cétacés seuls font exception à cet égard , attendu qu'on retrouve chez eux la possibilité d'une occlusion complète , soit des narines antérieures , soit des conduits nasaux eux-mêmes par des valvules. On peut voir à cet égard ce que j'ai dit en traitant de l'appareil olfactif des Mammifères.

Précisément parce que les conduits nasaux des Mammifères sont clos d'une manière moins parfaite que dans la classe précédente , la glotte avait besoin d'être mieux couverte , et tel est le but de l'épiglotte , qu'on peut considérer comme la répétition de la langue tournée en arrière de certains Reptiles , les Grenouilles par exemple.

L'épiglotte existe chez tous les Mammifères (1) , mais sous des formes très-différentes. Chez les Dauphins et les Baleines, dont j'ai déjà dit plus d'une fois que le larynx s'élève fort haut dans la cavité gutturale, elle est petite et attachée par ses bords au larynx , de sorte que l'orifice supérieur de celui-ci ressemble à une petite fente transversale. Chez les autres Mammifères, elle se rapproche de plus en plus de ce qu'elle est chez l'homme ; mais , chez beaucoup d'entre eux , elle est , proportion gardée , beaucoup plus grande , ce qui fait qu'il n'est pas rare qu'en se relevant elle monte jusque derrière le voile du palais (2), complétant ainsi la route que doit suivre l'air. Chez la plupart des grands animaux , elle est tirée en avant par un muscle particulier (hyo-épigiottique). Assez souvent on la trouve échancrée à son extrémité supérieure ; c'est ce qui arrive dans le Phoque (pi. xx, fig. m, a), le Fourmi-

(1) C'est à tort que Jacobs a nie' son existence dans la Taupe {Talpœ europœœ anatome. léna , 181S).

(2) C'est ce qu'on voit surtout chez l'Élépliant : je l'ai cependant observe' aussi dans le Calitrix rosalia .

lier, le Lièvre, et rappelle la langue bifide des Reptiles. Je la trouve très-pointue dans le Renard.

Le larynx lui-même est, en général , formé des mêmes grands cartilages que chez l'homme. Il faut excepter les cartilages de Santorini et ceux de Wrisberg, dont, suivant Wolff (3), les premiers n'existent point dans les Hyènes , les Lions, les Chats, les Loutres, les Phoques , les Paresseux , etc. , tandis que les autres se rencontrent chez les Singes seulement.

Le larynx le plus extraordinaire est celui des Cétacés , qui représente une cavité pyramidale dépourvue de cordes vocales , ce qui fait que ces animaux, sans être muets, ne peuvent cependant faire entendre qu'un mugissement peu articulé.

Celui des Marsupiaux et des Rongeurs se rapproche sensiblement , à plusieurs égards , de celui des Oiseaux. Ainsi , dans le Kanguroo , d'après Cuvier , les cartilages aryténoïdiens forment les deux tiers du ligament de la glotte , les cordes vocales manquent presque entièrement , et les ventricules de Morgagni tout à fait. On ne trouve non plus ni cordes vocales ni ventricules de Morgagni dans le Porc-épic ordinaire; Meckel assure que ces parties existent , quoique faiblement indiquées , dans le Hystrix prehensilis et le Loncheres. Elles manquent chez plusieurs autres Rongeurs ; mais on les trouve dans le Lapin.

Meckel (4) a découvert une conformation remarquable dans le larynx de la Marmotte. Au dessus de l'épiglotte existe une valvule semi-lunaire , qui occupe toute la largeur du larynx , et qui , ayant la faculté de rétrécir la glotte , explique peut-être le sifflement de l'animal. La membrane qui couvre le bord supérieur du cartilage thyroïde offre un gros bourrelet, d'où pend de chaque côté un prolongement considérable , long de près de six lignes , qui descend jusqu'au bord inférieur du cartilage thyroïde. Ces bourrelets servent peut-être à clore le larynx pendant le sommeil d'hiver, et à expliquer le grogne-

(3) De organo vocis mammalium, Berlin, 1812, pag. 42.

(4) System der vergleichenden Anatomie, tom. VI, pag. S26.

ment particulier que les Marmottes font entendre.

Le larynx des Paresseux et des Tatous est également peu propre à la production de la voix, tant les cordes et les ventricules sont incomplètement développés.

Parmi les Pachydermes, l'Hippopotame n'a ni cordes vocales, ni ventricules du larynx , suivant Cuvier. Les ventricules des Cochons sont peu considérables aussi, mais conduisent à deux cavités plus spacieuses, qui paraissent contribuer beaucoup à la production du grognement.

Le larynx des Ruminants est assez simple et, si l'on excepte le Chameau, il est privé partout de cordes vocales et de ventricules. On aperçoit , chez les Antilopes , entre l'épiglotte et le cartilage thyroïde, une cavité membraneuse, qui, d'après Camper (1), se dilate , chez les Rennes , en un sac membraneux considérable. Cette disposition rappelle les sacs laryngiens des Reptiles , et elle pourrait fort bien se rattacher au besoin plus impérieux de respiration qui se fait sentir chez ces animaux légers à la course, mais dont on a cependant exagéré la vélocité.

Les Solipèdes ont des ventricules très-spacieux , entre lesquels s'aperçoit , presque comme chez les Antilopes , un sac membraneux situé au dessus du bord supérieur du cartilage thyroïde. Dans le Cheval , les cordes vocales sont larges et fortes , comme l'indique aussi Wolff (2) , et elles ont de chaque côté des ouvertures larges et ovales , conduisant dans des ventricules spacieux. On aperçoit en outre, au dessus de ces ligaments, une membrane mince et semi-lunaire , dont les oscillations paraissent produire le hennissement. Les orifices de la cavité antérieure et des ventricules latéraux sont plus petits chez l'Ane.

Parmi les Carnivores , le Lion se fait remarquer par le volume considérable de son larynx , qui correspond à la force de ses rugissements. Du reste, les ligaments antérieurs de la glotte contribuent plus , chez lui , que les postérieurs , à la production de la voix , et il n'y a point de ventricules. Les autres espèces du genre Felis sont dans le même cas.

(1) Naturgeschichte des Orang-Utang , pi. viil. (*i) De organo vocis mammalium , p. 30.

Dans le Chien , au contraire , les ventricules sont considéralîles et les ligaments inférieurs de la glotte forts. On trouve aussi des ventricules très-amples chez le Loup. Les Ours , au contraire , ont cela de particulier , d'après Cuvier , que les ligaments antérieurs et postérieurs de la glotte sont absolument sur le même plan. Enfin les Singes ont celui de tous les larynx qui ressemble le plus au type humain ; cependant la faculté de moduler la voix leur est enlevée par des dilatations sacciformes , qui brisent ou assourdissent le son , quoique , d'après les motifs allégués par Vicqd'Azyr et Lordat (3) , il soit fort improbable que l'impuissance de parler tienne à la seule présence de ces poches. Dans l'Orang-outang , où elles ont été décrites surtout par Camper, elles se présentent sous la forme de deux sacs oblongs , qui ne sont pas toujours pareils ; ces sacs font saillie entre le cartilage thyroïde et le corps de l'hyoïde , et s'abouchent dans la partie supérieure des ventricules du larynx, dont ils peuvent être considérés comme une dilatation ou une hernie ( bronchocèle , fternia gutturalis) (4).

Ludwig (5) a trouvé deux sacs analogues, également inégaux , dans le Magot ( Simia inuus). J'en ai vu également un dans le Simia rosaliaj non entre les cartilages cricoïde et thyroïde , comme le dit Cuvier (6) , mais entre ce dernier et l'hyoïde. On en rencontre un , au même endroit, suivant Wolff (7), dans le Singe vert {Simia sabœa); d'après Camper et Cuvier , dans plusieurs autres espèces ( par exemple Sim. maimon , mormon , sphinx j cyiwmolguSj, veter). Quelques autres en sont totalement privées , comme les Sim. hamadryas , rubra et sînica. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est la cavité en forme de tambour du corps de l'hyoïde du Singe hurleur {Mycetes seniculus ) , dont j'ai

(3) Voyez ses Observations sur quelques points de l'anatomie du Singe vert. Paris, 1804, in-S", pag. 78.

(4) Il serait important de rechercher quelle est l'origine de ces sacs , afin de constater s'ils se produisent après la naissance, par l'effet de la respiration , ou s'ils sont des restes de l'appareil branchial.

(5) Grundriss der Naturgeschichte des Menschenspecies , tab. I-II.

(6} La formation etPextension de ces sacs ne peuventelles pas varier, souvent? même quanta l'emplacement, chez divers individus d'une même espèce.

(7) Loc. cit., pag. I.

ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX

parlé précédemment (S 310), et sur les côtés de laquelle se trouvent encore deux sacs membraneux inégaux (1), ayant leurs orifices dans les ventricules du larynx. La cavité , par sa résonnance , contribue beaucoup à fortifier la voix. On doit signaler aussi la conformation particulière de l'épiglotte , dont nous devons la première description exacte à Brandt(2); elle s'élève au dessus de la glotte, sous la forme d'une longue gouttière arquée , et imprime une direction singulièrement contournée à l'air qui doit traverser le larynx. Une dilatation membraneuse , que Cuvier a décrite dans le Coaita ( Simia paniscus ) , produit un effet analogue. On peut appliquer à ces poches ce que j'ai dit de celles qui existent chez les Ruminants ( § 678 ), et je me bornerai à rappeler ici que le Caméléon offre déjà une dilatation parfaitement semblable du larynx.

Je ne dois pas omettre non plus de parler d'une conformation particulière du larynx , que Cuvier indique dans quelques Singes d'Amérique { Simia apella et capucina) , chez lesquels l'air chassé de la poitrine , entre les ligaments de la glotte , parcourt une voie recourbée entre deux coussins de graisse , ce qui , rappelant la construction d'une flûte , explique la voix flùtée de ces animaux.

Quant à la forme des divers cartilages du larynx , j'en ai déjà dit quelque chose en traitant du splanchnosquelette (S 308 ).

Les principales modifications du cartilage thyroïde se réduisent aux suivantes , d'après les remarques de Wolff et de Rudolphi :

(1) Ici, de même que dans le Simia inuus , d'après Ludwig , et le Simia silvanus , selon Blumenbach , le sac du côté droit fut trouvé plus grand que celui du côté gauche. Ce fait vient encore à l'appui de ce que j'ai dit précédemment sur la prédominance de la respiration au côté droit du corps (§ eeiî, note). Au reste, celte excavation osseuse de l'hyoïde ne se produiraitelle pas elle-même après la naissance seulement? On ne doit pas perdre de vue non plus l'intérêt physiologique qui se rattache à la présence de ces anfractuosités et appendices sacciformes du larynx dans la classe la plus élevée du règne animal. Là , en effet , sur l'emplacement primitif de la respiration, c'est-à-dire sur celui des fentes branchiales, le développement de cavités respiratoires se répète pour ainsi dire à une plus haute puissance , afin de produire l'organe de la voix.

(2) De mammalium quorundam , prœsertim quadrumanorum.vocis instrumento. Berlin, 182G. Voyez aussi mes Tabulœ illustrantes , cah. II, pi. ni.

1° l'angle sous lequel ses deux moitiés s'unissent ensemble estordinairementobtus, comme chez l'homme ; il devient aigu dans le Cochon d'Inde , la Brebis et le Cheval ; 2" l'échancrure du bord supérieur manque presque toujours , si ce n'est dans le Blaireau et les Ruminants , et fort souvent elle est remplacée par un prolongement tantôt plus et tantôt moins considérable ; 3° le bord inférieur offre la plupart du temps une échancrure bien plus profonde que chez l'homme; c'est ce qui a lieu dans l'Hyène , la Belette , etc. , mais surtout dans l'Ours et le Phoque , où les deux moitiés latérales ne tiennent l'une à l'autre que dans une très-petite étendue ; 4° les cornes inférieures sont ordinairement les plus grandes, mais cette prédominance de longueur appartient aux supérieures dans le Cerf, le Chevreuil et le Lynx ; 5" la face antérieure du cartilage fait une saillie considérable dans V Antilope guttiirosa.

La forme du cartilage cricoïde offre aussi quelques particularités dans certaines espèces. Ainsi, dans le Chevreuil, la face antérieure de ce cartilage est munie d'une arête tranchante. Dans l'Ours, il est partagé par devant en deux moitiés , qui ne tiennent l'une à l'autre qu'au moyen de fibres tendineuses. Dans l'Hyène , il descend très-bas sur le côté tergal de la trachée-artère. Dans le Phoque et le grand Fourmilier , il est très-grand ; dans le Chien et le Blaireau , il ressemble beaucoup à celui de l'homme.

Les cartilages aryténoïdes ne varient guère moins pour la forme. Ils sont proportionnellement grands dans l'Ours , l'Hyène , la Belette , la Loutre , le Castor et la Souris ; petits , au contraire , dans les Singes , le Blaireau, le Hérisson , le Chien et surtout le Loup.

A l'égard des différences qui tiennent au sexe , elles sont peu considérables chez les Mammifères. Ordinairement le larynx des mâles est plus fort, et le cartilage thyroïde très-saillant. C'est ce qu'on observe, par exemple , dans le Cerf, et surtout dans V Antilope gutlurosa,

Quoique la trachée-artère des Mammifères soit construite , quant au fond , d'après le type de celle de l'homme , cependant il lui arrive assez souvent de se rapprocher des formations antérieures. C'est ce qui a heu, par

exemple , quand elle résulte d'un assemblage d'anneaux cartilagineux complets , comme on le voit dans les ordres précisément qui se rapprochent le plus des Oiseaux , tels que les Rongeurs , les Makis et les Chéiroptères. On a trouvé le même état de choses dans les Phalangistes , les Galéopithèques , le Mococo et le Castor. Plusieurs Pinnipèdes ont également des anneaux complets , comme le Phoque , chez lequel cette forme appartient au moins aux douze supérieurs , le Lamantin et le Dauphin , ce qui rappelle les anneaux complets de plusieurs Reptiles, par exemple des Chélouiens.

Une seconde répétition remarquable des conformations précédemment décrites est le cas, observé par Daubenton et Wollï de l'Aï ( Bradypus tridactylus ) , chez lequel la trachée-artère descend entre les poumons , à la paroi postérieure de la poitrine, se redresse ensuite de bas en haut et d'arrière en avant, et se partage en deux bronches. En même temps , les extrémités des anneaux cartilagineux se touchent ; et, à cet égard, je ferai remarquer encore que, chez beaucoup d'autres Mammifères , ceux surtout qui se rapprochent des espèces dont les anneaux de la trachée sont entiers , l'intervalle membraneux entre les extrémités des demi-anneaux est fort étroit au côté tergal de la trachée-artère. C'est ce qu'on voit , entre autres , chez la plupart des Quadrumanes , les Rongeurs , plusieurs Carnassiers, les Ruminants, etc. (1).

A l'égard du nombre des anneaux de la trachée , il varie beaucoup ; mais presque toujours il est plus considérable que chez l'homme , où l'on en compte 19 à 20. Il y en a 74 dans le Chameau , 14 à 15 dans la Souris , 1 8 dans le Hérisson , 22 dans le Castor, 24 dans le Singe vert, 28 dans l'Ours , 38 dans le Lion , 50 dans la Brebis, etc.

La longueur de la trachée- artère se règle principalement sur celle du cou; mais le nombre des anneaux cartilagineux ne lui est

(1) La Taupe est aussi dans ce cas. Cependant sa trachée-artère se fait remarquer en outre par le grand écartement surtout des anneaux cartilagineux inférieurs , comme aussi parce que plusieurs d'entre eux sont fendus, tandis que d'autres n'atteignent que jusqu'au milieu de la trachée.

pas proportionné, car on trouve, par exemple , 53 de ces derniers dans le Cerf et 78 dans le Phoque.

A l'égard de la scission de la trachée en deux bronches , elle a lieu la plupart du temps d'une manière toute simple , sans nulle trace d'un second larynx. Le Vari ( Lemur macaco) est le seul chez lequel Daubenton (2) ait observé une dilatation tympaniforme des deux bronches , qui d'ailleurs étaient courtes. Cependant , plusieurs anatomistes (3) ont vu la trachée se partager en trois bronches dans les Ruminants ( Cerf, Chevreuil, Bœuf, Brebis, Chameau, etc. ) et les Cochons (Cochon domestique et Pécari). Wolfî et Rudolphi ont vu la troisième bronche se détacher, dans le Bœuf, entre les quarante - troisième et quarante - quatrième anneaux de la trachée. Dans la Chèvre, je compte encore huit anneaux au dessous d'elle, jusqu'à la bifurcation. Elle existe toujours au côté droit, et, suivant la remarque déjà faite parMeckel, sa présence se rattache au volume plus considérable du poumon de ce côté.

Les anneaux des bronches ne se perdent généralement que peu à peu , à mesure que celles-ci se divisent de plus en plus dans les poumons. Cependant Cuvier dit que , chez quelques Marsupiaux, ils cessent tout à coup, comme dans les Oiseaux.

La trachée-artère des Mammifères paraît n'être munie de fibres musculaires que sur sa paroi postérieure membraneuse.

Les poumons des Mammifères se rapprochent beaucoup de ceux de l'homme, quant aux particularités essentielles de leur structure ; mais ceux des Mammifères nageurs , qui vivent uniquement dans l'eau, ont aussi des rapports remarquables avec les poumons simples et sacciformes des Reptiles (4). En effet , outre que les poumons de ces animaux, spécialement des Cétacés, ne sont point divisés en plusieurs lobes , comme ceux de

(2) BuFFON , Hist. nat. tom. XIII, pag, 207.

(3) 11 est digne de remarque que Baer a déjà vu cette troisième bronche se porter à droite dans le Dauphin (Zweyter Berichtdes anatomîschen Anstalts zuEœnigsberg , pag. 4!)).

(4) Us remplissent également ici l'office de vessie natatoire (§372).

ORGANES RESPIRATOIRES ET VOCAUX

l'homme, et représentent des sacs étroits, qui s'étendent fort loin le long du rachis , forme que favorise celle de la cavité pectotorale dont j'aurai bientôt occasion de parler , ils ont cela encore de particulier , que leurs cellules sont extrêmement petites , el qu'elles communiquent toutes ensemble , de sorte que l'air, poussé dans une petite ramification bronchique , gonfle non-seulement la portion de l'organe pulmonaire qui répond à ce rameau , mais encore le poumon entier. Les cellules pulmonaires jouissent en outre ici, comme dans les Reptiles , d'une contractilité extraordinaire , qui leur permet de se vider si complètement d'air , que Hunter compare la substance du poumon à celle de la rate d'un Bœuf, sous le rapport de sa densité et de son aspect (1). Meckel a également constaté (2) cette particularité fort remarquable, et qui rappelle, jusqu'à un certain point, ce qu'on voit chez les Oiseaux.

Chez quelques Mammifères qui se rapprochent déjà davantage des Plongeurs, comme le Lamantin , les poumons se comportent à peu près de la même manière , tandis que , dans les Plongeurs proprement dits ou les Phoques , ils ressemblent parfaitement à ce qu'ils sont chez les autres Mammifères. Dans le fœtus du Lamantin, d'après Daubenton (3), les poumons sont de longs sacs plats , éloignés du sternum par un cœur volumineux, qui descendent derrière le foie et l'estomac (pi. XX, tig. x), et aux extrémités supérieures desquels s'insèrent les bronches. Dans les Phoques , ces organes offrent déjà plus souvent les scissures qu'on a coutume d'y observer ; ainsi, par exemple, dans le Phoca harbata , Thienemann a trouvé celui du côté droit partagé en trois lobes , et le gauche fendu dans le milieu , tandis que , dans le Pkoca littorea, chaque poumon ne présentait qu'une échancrure à la partie supérieure de sa face postérieure (4).

Chez les autres Mammifères, le parenchyme pulmonaire ne diffère pas essentiellement de celui de l'homme. Il faudrait cependant con-

(1) Philos. Trans. 1781 , pag, 419.

(2) System der vergleichenden Anatomie, tora. VI, pag. 383.

(3) BuFFON, Hist. naU, tom. XIII, prg. 429-

(4) Naturhistorische Bemerkungen , çag. 58 et 80.

sidérer encore comme une variété particulière de structure , les appendices vésiculeux considérables que Daubenton signale à la face tergale des deux poumons, dans le Dicotyles, si l'on n'était pas d'autant plus fondé à les faire dépendre d'un état pathologique , que Meckel n'a pu les retrouver en disséquant trois individus appartenant à cette espèce de Cochon.

Mais on rencontre de gj'andes différences à l'égard du nombre des lobes pulmonaires. En général, ce nombre est plus considérable que chez l'homme , et le poumon droit surtout offre plus de lobes que le gauche. Cuvier a dressé , sous ce rapport , une table détaillée , d'après laquelle on voit que , dans la plupart des genres , le poumon droit a trois ou quatre lobes, tandis que le gauche en a ordinairement deux ou trois , et rarement jusqu'à quatre. Le cas le plus rare est celui d'une simplicité parfaite de chaque poumon ; il a lieu dans l'Eléphant , le Rhinocéros , le Cheval et le Lama, entre lesquels et les Cétacés il établit une analogie, comme aussi chez les Chéiroptères et les Polatouches , où il rappelle les poumons simples des Oiseaux.

Du reste , dans la classe entière , comme déjà chez la plupart des Reptiles , et même chez l'homme , le poumon droit est ordinairement plus volumineux que le gauche, quoique le cœur se trouve la plupart du temps au milieu de la poitrine. Cette différence tient à ce que le poumon droit offre un lobe particulier situé entre le cœur et le diaphragme. Ce n'est donc pas sans surprise, d'après cette disposition générale , que , dans la Taupe, j'ai trouvé, avec un cœur totalement tourné à gauche , le poumon droit plus volumineux que l'autre, par le même motif que chez l'homme , et à un degré plus prononcé encore.

Quant au mécanisme à l'aide duquel la respiration s'accomplit, les Mammifères sont les premiers animaux qui nous offrent une cloison musculeuse complète, ou un diaphragme , entre la cavité du tronc qu'occupent les poumons et celle qui loge les viscères abdominaux. Le diaphragme des Mammifères est donc une répétition de la cloison musculeuse qui, chez les Poissons, sépare l'appareil branchial de la cavité du l)as-ventre , avec

cette différence que , dans les premiers de ces animaux , la cavité spéciale qu'il produit pour les organes respiratoires renferme également le cœur. Il rappelle aussi la membrane tendineuse, et mue par des muscles , qui assujettit les poumons des Oiseaux à la paroi tergale de la cavité thoracique.

Le diaphragme des Cétacés et des Amphibies se rapproche également , à certains égards , de ces formes antérieures. Dans les Cétacés, en effet, ce muscle, d'ailleurs trèsfort et entièrement charnu, se trouve attaché si bas à la paroi tergale de la cavité du tronc, qu'il est obligé de remonter très-haut, pour venir se fixer en avant, et d'une manière non moins particulière , à l'extrémité supérieure des muscles abdominaux. De là résulte que la cavité pectorale offre en arrière un trèslong espace, dans lequel se logent les prolongements des poumons, tandis que, par devant, il ne s'en trouve qu'un fort court, occupé presque exclusivement par le cœur. Les poumons des Cétacés sont donc, comme ceux des Oiseaux , situés pour ainsi dire plus en arrière que le diaphragme, et ce dernier, auquel ses connexions avec les muscles abdominaux , et la force dont il est doué , donnent le pouvoir d'agir avec une grande énergie, est chargé presqu'àlui seul d'opérer, X)ar un mouvement d'ailleurs analogue à celui qu'il exécute chez l'homme , l'inspiration, que le séjour habituel dans l'eau rend beaucoup plus difficile ; l'expiration , au contraire , dépend principalement de l'élasticité des cellules pulmonaires. Les mouvements respiratoires des Phoques sont à peu près les mêmes, et il est manifeste , surtout dans les grandes espèces, que la respiration exige un grand déploiement de force chez ces animaux. Au reste, on sait que la fonction peut demeurer longtemps suspendue chez les Amphibies et les Cétacés, mais surtout chez ces derniers.

La structure du diaphragme et le mouvemement respiratoire n'offrent rien de bien particulier chez les autres Mammifères. Ayant déjà fait connaître précédemment ce qu'ils présentent de plus remarquable à cet égard ( S 368 ), par exemple, l'os diaphragmatique du Chameau, etc. , nous pouvons renvoyer pour tout le reste aux détails consignés dans les traités ordinaires d'anatomic et de physiologie .

Après avoir parcouru la série entière des conformations extrêmement diversifiées que présentent les organes respiratoires, il nous reste encore à rechercher quelles sont les spécialités qui caractérisent celui de l'homme. Nous avons vu que les appareils de la sphère végétative destinés à l'admission des matériaux du dehors , n'avaient de particulier , chez l'homme , que d'agir en même temps comme organes sensibles : les appareils chargés de l'admission des matériaux volatilisables sont absolument dans le même cas. L'homme ne se distingue des animaux ni par l'étendue ni par la puissance de sa respiration ; il est même inférieur à beaucoup d'entre eux sous l'un et l'autre rapport. Ce n'est donc que dans les organes respiratoires, considérés comme tels, ou en eux-mêmes , que nous pouvons rencontrer le caractère du type humain. Or, quel animal pourrait nous être comparé , quand on envisage l'appareil respiratoire comme organe propre à exprimer les états intérieurs du moral et de l'âme ? A la vérité, dès que les animaux jouissent de la voix, ils en emploient les intonations pour peindre diverses affections , et même , en l'absence de cette faculté;, ils y suppléent par des bruits produits à l'aide d'autres parties, par exemple avec les élytres (1). Mais, comme la pensée, ce couronnement d'une organisation complète et parfaitement harmonique, ne se manifeste que dans la tête de l'homme, de même aussi les intonations grossières et peu ou point articulées des animaux ne prennent que dans sa bouche le caractère de la parole. Les inflexions seules de la voix , sans nulle liaison avec une idée intellectuelle quelconque , sans articulation , suffisent déjà chez lui pour exprimer les nuances les plus délicates des affections et des passions : elles constituent le chant , qui est pour l'affectibilité ce que la parole est pour l'intelligence.

J'ajouterai , pour terminer , que la force et l'adresse plus grandes du membre pectoral

(1) Il est extrêmement remarquable de voir la respiration, qui joue, dans la sphère végétative , le même rôle que le mouvement dans la sphère animale , devenir, comme ce dernier, un moyen de transmettre des états intérieurs aux ol)jets extérieurs. Ce résultat tient surtout à ce que les organes respiratoires deviennent organes vocaux en s'alliant à ceux du mouvement.

ORGANES SECRETOIRES.

droit , chez l'homme , se rattachent évidemment au vohmie plus considérable du poumon droit , ainsi que la prédominance de la respiration dans tout le côté droit du corps en général , et qu'on ne saurait les considérer comme un pur effet de Thahitude.

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