‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 159 sur 318 · Poissons · texte numérisé non relu

Poissons

a. Vaisseaux sanguins.

La circulation du sang des Poissons est inverse de celle des Gastéropodes. Tandis que ces derniers ont un cœur situé à la réunion des vaisseaux provenant des branchies ou des poumons , celui des Poissons est placé à l'origine des vaisseaux qui se distribuent aux branchies. Le sang du corps arrive à ce cœur, nonseulement par deux gros troncs veineux ( veines caves ) , logés sous la colonne vertébrale, qui proviennent du tronc et de la tête , et contournent le pharynx pour atteindre au sinus commun des veines; mais encore par le tronc ordinairement multiple des veines hépatiques qui ramènent le sang distribué dans le foie par le système de la veine porte. C'est ici pour la première fois que nous rencontrons ce dernier système , qui , dans les Cyprins , d'après les belles observations de Rathke (1) , ne doit pas uniquement naissance aux veines des organes digestifs , mais reçoit aussi celles de l'appareil génital. Du cœur , le sang traverse plusieurs anses vasculaires (2) , ramifiées sur les arcs branchiaux , contourne ainsi le canal alimentaire , et parvient enfin au commencement de Paorte. De ce que le cœur des Poissons envoie d'abord le sang dans les branchies , on a souvent conclu que ces animaux avaient seulement un cœur pulmonaire , ou une oreillette droite , mais sans plus de fondement qu'il n'y en aurait , par exemple , à prétendre que , quand la nature a rétabli la circulation par les artères collatérales , après la ligature d'un tronc principal, les collatérales situées au-dessous de l'obstacle méritent seules le nom d'artères, tandis que celles placées au-dessus et qui reportent le sang dans le tronc, sont des veines. Ainsi , comme l'ont déjà fait observer d'autres anatomistes, chez les Poissons, et partout où il n'existe qu'un cœur simple , ce cœur est aortique. Assurément , il est fort remarquable que le sang soit envoyé aux branchies par l'aorte

(1) Mkckej.' s Àrchiv., 1826, pag. 126.

(2) Ces anses vasculaires , qui se réduisent à une seule chez les Reptiles , rappellent le cercle vasculaire qui se forme déjà autour du pharynx , dans les Échinodermes et les Céphalopodes.

elle-même; mais la circulation des Insectes, par exemple, nous a déjà montré quelque chose d'analogue, quoiqu'en sens inverse; car il n'y a que des branches accessoires du courant veineux qui parcourent les lames branchiales et les ailes.

Du reste, dans les Poissons osseux, le cœur est situé à la région gutturale , immédiatement sous la tète , hors du thorax formé par les arcs branchiaux et leurs muscles. Il est entouré d'un péricarde mince , qui , inférieurement, forme avec le péritoine une dupUcature par laquelle le cœur se trouve séparé des viscères abdominaux, notamment du foie, placé tout auprès de lui. Le cœur lui-même a un si petit volume, que, d'après Tiedemaim (3), sa masse n'est que de 1/768 à 1/351 de celle du corps, tandis que la proportion est de 1/160 chez l'homme. Il y a donc , sous ce rapport , une concordance remarquable entre le cœur et le cerveau , quoique le premier de ces organes siu^passe généralement l'autre en volume de beaucoup, et jusqu'au centuple dans l'Esturgeon. En outre , la petitesse du cœur se rattache au peu d'abondance du sang chez les Poissons , ainsi qu'au petit nombre et au calibre médiocre de leurs vaisseaux. Un fait digne de remarque , c'est la différence qui existe entre le cœur des Torpilles et celui des Raies ordinaires , le premier étant d'un cinquième plus volumineux proportionnellement que l'autre , d'après les observations de Girardi et Pratalongo, confirmées parMeckel (4).

Le cœur lui-même se compose d'une seule oreillette et d'un seul ventricule. L'oreillette a des parois assez minces et une couleur foncée. Elle reçoit le sang veineux du corps par plusieurs troncs réunis ensemble. Elle est ordinairement située derrière le ventricule. Un sinus veineux, la plupart du temps considérable , placé hors du péritoine , et auquel aboutissent les grosses veines du corps , contribue à l'agrandir. Le ventricule (5) , presque toujours de forme allongée , a des parois plus épaisses et plus rouges. Deux valvules

(3) Anatomie des Fischherzens. Landshut, 1809, in-^o.

(4) System dervergleichenden Anatomie , tom. V ,

pag. 146.

(s) C'est à tort qu'on a attribué au cœur des Poissons un second ventricule fermé de toutes parts.

SYSTÈME VASCULAIRE

semilimaires (pi. x, f\g. viii) empêchent le sang qui y tombe de refluer dans roreillette. Il pousse ce liquide dans le tronc aortique , qui offre une dilatation à sa base , et à l'orifice duquel se trouvent aussi des valvules semilunaires. Ces valvules sont ordinairement au nombre de deux ( fig. ix , a ) ; mais il y en a davantage chez les Poissons cartilagineux; et, dans l'Esturgeon, par exemple (fig. v, h , i , k) , j'en compte trois rangées , chacune de trois valvules. Le bulbe de Taorte est plus long et plus mince dans les Chondroptérygieus, pyriforme chez les Poissons osseux. L'aorte elle-même fournit des deux côtés , à chaque arc branchial , une branche qui en parcourt la face inférieure (pi. x, fig. vu). Après que les ramifications de ces branches se sont répandues sur les lames branchiales (pi. X, fig. X, xi), et qu'elles ont enfin donné naissance aux veines branchiales , celles-ci se réunissent ensemble , à la partie supérieure des branchies ou à la base du crâne , pour produire le commencement de l'aorte, qui marche le long de la colonne vertébrale. Cuvier a donc eu raison de dire qu'ici la petite circulation n'est qu'une fraction de la grande. Une fois reproduit , le tronc aortique traverse d'abord , dans la Carpe , le trou d'une apophyse épineuse inférieure que porte l'os occipital ; puis , chez ce Poisson , comme chez la plupart des autres , il parcourt la cavité abdominale , en passant derrière la masse rénale et fournissant des branches aux organes voisins; après quoi il pénètre dans le canal formé par les apophyses épineuses inférieures des vertèbres caudales. Dans l'Esturgeon , au contraire , l'aorte perd entièrement ses tuniques sous la colonne vertébrale , et le sang ne coule plus là que dans un canal creusé à travers la substance cartilagineuse du rachis.

Au reste , les vaisseaux désignés à tort sous le nom de veines branchiales , fournissent des ramifications avant même de se réunir en tronc aortique.

Les Plagiostomes s'écartent de ce type général. Leur cœur est proportionnellement plus volumineux que dans les Poissons osseux. Il y a plus de valvules aussi. Ainsi , d'après Tiedemann, la Raja rubus (1) en possède

(1) J'observe la même chose dans le cœur de l'Esturgeon (fig. v, c).

trois à l'orifice auriculaire du ventricule , et cinq rangées , chacur.e de trois , au bulbe de l'aorte. Du reste , comme les branchies des Chondroptérygicns sont plus reculées en arrière , leur cœur se trouve également à une plus grande distance de la tête ; et , comme le nombre de ces branchies elles-mêmes est plus considérable , puisqu'on en compte cinq dans les Raies et les Squales , celui des anses vasculaires aortiques qui s'y distribue est différent aussi. A cet égard , Cuvier (2) fait observer que , dans les Raies , les veines branchiales sont doubles sur chaque arc branchial.

Le cœur des Cyclostomes présente plusieurs particularités. Il est logé dans un péricarde entièrement cartilagineux, à l'extrémité de l'appareil élastique des branchies. Son oreillette a des parois fort épaisses. Chez la Lamproie surtout (pi. x, fig. vi), il est fixé au péricarde nonseulement par une sorte de ligament suspenseur , mais encore par de fortes fibres tendineuses , adhérences que Ton retrouve aussi chez d'autres Poissons, notamment dans le Lump et le Congre.

Haller (3) , d'après Valsalva , signale , au cœur de l'Estui-geon , des glandes qui seraient chargées de verser un suc noir dans le ventricule. Ce dernier fait est difficile à admettre ; mais la surface du cœur offre réellement une couche glanduleuse , que Meckel a considérée comme l'analogue du thymus (4).

Je dois rappeler aussi que , d'après la découverte de Marschall Hall (5) , les Anguilles ont encore , à l'extrémité postérieure de la colonne vertébrale, un organe particulier, analogue à un cœur, qu'on peut considérer comme preuve d'une centralisation moins avancée de la circulation, de même que le sinus rhomboïdal , dans la moelle épinière des Oiseaux , est le symbole d'une concentration moindre du système nerveux. Ce cœur caudal, placé sur les côtés de la dernière vertèbre de la queue, dont les pulsations sont indépendantes de celles du cœur proprement dit , et qu'on peut aisément aperce-

(2) Hist, nat. des Poissons, tom. 1 , pag. S44.

(3) Élém.phys., tom I, pag, 334.

(4) System dervergleichenden Anatomie, tom. V, pag. 161.

(5) A critical and expérimental essay on the circuj lation ofthe blood. Londres, 1C31

voir en examinant à contre-jour la queue coupée, depuis peu, d'une Anguille, est d'une nature plutôt veineuse qu'artérielle , et destiné à accélérer le mouvement du sang dans la veine caudale. Son existence se rattache sans nul doute à une anse vasculaire remarquable, dont je parlerai en faisant l'histoire de l'embryon des Poissons , et dans laquelle la veine et l'artère caudales ont coutume de se confondre ensemble, sous la forme d'un oi , à l'endroit de leur communication; car le cœur proprement dit naît lui-même d'une anse vasculaire, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre dans l'embryon d'Oiseau.

Cuvier a donné une belle figure du système vasculaire injecté d'un Poisson (1).

J'ai déjà parlé plus haut (S 766) du peu d'abondance du sang des Poissons, qui se rattache à la petitesse du cœur et au petit nombre des vaisseaux. Ce liquide contient des globules très-serrés les uns contre les autres , elliptiques , aplatis et plus gros que ceux de l'homme (2).

b. Vaisseaux lymphatiques.

Hewson a le premier décrit les vaisseaux qui ramènent les sucs lymphatiques des diverses parties du corps (3). D'après cet anatomiste , ils diffèrent de ceux de l'homme par les points suivants : 1° quoique formant de nombreux plexus , ils sont privés de glandes lymphatiques; 2° on ne rencontre point de valvules dans leur intérieur, en sorte qu'on peut les injecter aisément par les troncs; ce caractère et le précédent semblent les rattacher d'une manière bien manifeste au système vasculaire des classes inférieures du règne animal ; 3° dans la Morue , et probablement aussi dans beaucoup d'autres espèces , ils forment, entre les tuniques musculaire et villeuse du canal intestinal , un très-beau réseau, dans lequel le chyle absorbé semble

(1) Hist. nat. des Poissons, tom. I. pi. vu.

(2) D'après Wagner { Zur vergleichenden Physiologie des Blutes , p. 33 ) , les globules du Barbeau sont longs de 1/136 de ligne, et larges de 1/2S0 : ceux du Squalus squatina longs de 1/00 à 1/100. On trouve en outre , dans le sang , de petits globules lymphatiques longs de 1/1500 à i/iooo.

(3) Philos. Trans., 17G9, pag. 204. — Monro les avait aperçus en même temps. J

se réunir d'abord; ils aboutissent à une large citerne située au côté droit du corps , près de l'orifice supérieur de l'estomac , et d'où la lymphe passe par des plexus et enfin par un étroit orifice dans la veine jugulaire.

Dans ces derniers temps, Fohmann (4) â singulièrement accru la masse de nos connaissances sur les vaisseaux lymphatiques des Poissons. 11 a surtout donné d'excellentes figures des plexus énormes et compliqués qu'ils produisent , et de leurs communications variées avec divers points du système veineux*

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