OOZOAIRES
Il est dans la nature des choses que des animaux dont la destination est de continuer encore à représenter l'idée de l'œuf, doivent naissance aux modes inférieurs d'engendrement, et n'offrent qu'à un bien faible degré l'opposition et le contraste entre des organes sexuels différents. Quant aux diverses manières dont s'effectue ici la production d'individus nouveaux, j'en parlerai dans le chapitre suivant ; ici je me bornerai à signaler les premiers vestiges d'organes sexuels proprement dits.
Plus d'une fois déjà j'ai eu occasion de signaler l'homogénéité de l'organisation des Oozoaires , chez lesquels un seul et même tissu semble par conséquent pouvoir accomplir les fonctions les plus diversifiées. De même qu'originairement chaque point de leur corps peut être nerf , muscle , organe sensoriel ou organe de nutrition ; de même aussi chacun peut remplir l'office d'organe générateur , et produire immédiatement un nouvel organisme , soit par sécrétion , soit par scission spontanée ou artificielle. Le nouvel organisme peut provenir tout aussi bien de la face externe (organe respiratoire primaire ) que de la face interne (organe digestif primaire) , et c'est le premier indice d'organes génitaux jusqu'à un certain point plus particularisés , lorsqu'il existe soit à l'intérieur des cavités spéciales, soit à l'extérieur des capsules particulières , dans lesquelles la matière organique primaire et indifférente sécrétée par le corps acquiert la première de toutes les formes , celle d'une sphère ou d'un œuf, qui tantôt est rejeté comme tel au dehors , et tantôt continue à s'y développer pour produire un embryon.
Les premières formes des organes génitaux apparaissent chez les Lithozoaires et les Phytozoaires. Cependant on ne les rencontre pas dans tous les animaux, et elles existent moins que partout ailleurs chez ceux, tels que les Nullipores et les Eponges, où l'individualité
ORGANES GENITAUX.
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animale n'est presque point encore développée.
Les Oozoaires du genre Veretilhim ont des oviductes internes bien apparents. On aperçoit sur la paroi des tubes rétractiles dont leur estomac est entouré, huit canaux longs et grêles , aboutissant au fond de l'estomac , et dont l'exti-émité postérieure contient des œufs qui semblent être rejetés dans l'estomac lui-même (pi. i , fig. vi, b). Spix (1) a observé la même disposition dans VA kyonium exos ( fig. vu , 2) , où il n'y a cependant qu'un seul oviducte. Ici , par conséquent, l'estomac lui-même tient encore lieu de la matrice ou du vagin.
Cavolini a également aperçu, dans la Gorgonia verrucosa, les huit oviductes, qui s'ouvraient à la circonférence de l'orifice oral , entre les tentacules.
Les organes propagateurs externes des Sertulaires sont surtout remarquables par leur grande analogie avec les capsules séminales des plantes. Ainsi , par exemple , dans la Sertularia pennaria , il se développe , en dedans de la couronne extérieure des tentacules , une capsule ovale , bleuâtre ou rougeâtre, qui, absolument comme chez les végétaux, renferme dans son intérieur une columelle , ici de couleur noire , autour de laquelle les œufs sont groupés à la manière de graines , et qui les laisse échapper au dehors en s'ouvrant.
L'ovaire qui , dans la Sertularia misenensis , se développe isolément du pédicule des polypes, ressemble à celui qui précède; seulement il est plus gros. Mais ceux qui , d'après Cavolini , naissent du tronc rampant, loin des polypes , sont plus volumineux encore. Ce qui annonce que toutes les parties de ce polypier sont unies en un tout d'une manière parfaitement analogue à celle qui a lieu dans les plantes, et qu'ici règne une opposition générale entre la vie génitale et la vie générale, c'est que les polypes contenant les ouvertures orales meurent chaque fois que se développent ces ovaires situés à la racine.
Parmi les Protozoaires, les uns n'offrent aucun vestige d'organes génitaux, comme les Hydres , et se multiplient par gemmes , les
(1) Annales du Mus., vol. XIII , pag. 438.
autres ont des oviductes , comme les Laciniaires (2).
D'après les obsei'vations d'Ehrenberg, un grand nombre d'infusoires inférieurs , par exemple ceux du genre Paramœcium , se multiplient très-rapidement par scission transversale, et ne présentent aucune trace d'organes générateurs spéciaux , tandis que ces organes sont très-prononcés dans les Rotifères, chez lesquels on trouve non seulement des oviductes particuliers , renfermant souvent des petits en plein développement, mais même des organes mâles bien distincts. (3). Ces oviductes se divisent dichotomiquement en dedans , et souvent ils contiennent plusieurs œufs assez gros (pi. i, fig. ix, f ; fig. x, c). Les organes mâles sont des corps analogues à des testicules , longs et flexueux (fig. IX , g) , qui s'abouchent avec une vésicule. Celle-ci manque dans le Rotifer et la Philodina. Tous ces organes s'ouvrent à l'extrémité du rectum.
On ne reconnaît, dans les Acalèphes , que le mode de production primaire (ovaires), et quelquefois aussi une sorte d'organe éducateur. Tel est le cas, par exemple, des Acalèphes discophores , où les excavations situées au dessous des sacs stomacaux et que j'ai décrites comme cavités respiratoires , offrent à leur base des bourrelets germinatoires qui, en se renflant , renversent souvent sur lui-même le fond de ces excavations. Mais on trouve aussi des germes analogues dans les plis des bras , et les observations de Gœde (4) établissent d'un manière assez probable qu'à certaines époques les germes passent du dedans au dehors, pour s'y développer jusqu'au point de leur parfaite maturité (6).
(2) Voyez mes Tabulœ illustrantes , cah. III, pi. i.
(3) Organisation der Infusionsthierchen , 1830, pag. SO.
(A) Beitrœge sur Anatomie und Physiologie der Medusen.BevVm , 1816, in-8o, pag. 19.
(S) Ce transfert du nouvel être d'un organe interne ( ici le sac alimentaire lui-même ) à un organe externe (sur la surface de la peau) est un fait physiologique fort remarquable, et se représente très-souvent dans les classes supérieures , même chez l'iiomme , où la nutrition du fœtus commence dans la matrice et se termine aux mamelles. II prouve que la fonction génitale est en connexion tant avec la digestion qu'avec la respiration.
Parmi les Radiaires , les Actinies se rapprochent beaucoup des Phytozoaires par la conformation de leurs oviductes ; car on ne trouve pas d'autres organes générateurs chez ces animaux. Suivant Spix (1), leur cavité stomacale est entourée de plusieurs corps semblables à des grappes de raisin , qui sont des ovaires dont les conduits s'anastomosent peu à peu ensemble, et s'ouvrent enfin dans l'estomac par plusieurs orifices. D'après cela, les Actinies rendent par labouche leurs œufs, ou plutôt , comme le pense Rapp (2) , leurs petits vivants, ainsi qu'elles vomissent les aliments qu'elles n'ont pu digérer.
Dans les Holothuries , les ovaires sont extrêmement nombreux (pi. i. fig. xvi, n) et leurs ramifications se réunissent en un canal excréteur (e) , auquel aboutissent encore ( en 0 ) de petits corps semblables à des cœcums , qu'on devrait , d'après Délie Chiaje , considérer comme des organes mâles , en sorte que ces animaux seraient hermaphrodites à l'instar des Rotifères.
Ce qu'il y a de remarquble, c'est qu'ici, pour la première fois, on aperçoit extérieurement une ouverture génitale , bien distincte, à la nuque de l'animal (p).
Les Oursins ont , autour de l'anus, cinq grappes ovariennes (pi. i, fig. xvni, t), dont chacune aboutit au bord externe de cette ouverture , par un conduit excréteur particulier.
Les ovaires des Astéries ressemblent à ceux des Oursins. 11 y en a deux dans chaque rayon , et les deux plus voisins l'un de l'autre s'ouvrent auprès de la bouche , dans l'angle compris entre chaque paire de rayons. Suivant Meckel , le nombre des orifices d'oviductes s'élève à vingt dans les Ophiures, attendu que chaque ovaire est muni de deux ouvertures.