Puisque la nature est, de son essence
(1) L'idée de la vie n'étant autre chose que l'idée d'une manifestation éternelle de l'essence divine par la nature, elle est du nombre de ces intuitions intellectuelles primitives qui , aussi bien que la plus élevée de toutes, l'idée de l'essence divine elle-même, n'arrivent point à l'homme du dehors , ne peuvent être ni démontrées, ni encore moins expliquées par l'intelligence appliquée au monde phénoménal, et en général ne peuvent être obtenues par abstraction, mais doivent se révéler dans l'intérieur de l'homme , et se révèlent toujours à lui lorsque son développement organique est parvenu jusqu'à un certain degré. 11 suit donc nécessairement de là que quand , dans la contemplation de l'être vivant , nous ne partons pas de l'idée primitive de la vie , qui s'est déployée librement et clairement dans notre intérieur , nous ne pouvons jamais arriver à l'intuition de la vie par abstraction, pas plus que quand un homme n'est point doué, pour employer les expressions de Jacobi, d'une organisation assez supérieure pour s'élever à la connaissance de Dieu, cette idée, la plus sublime de toutes les idées rationnelles , ne peut lui être communiquée du dehors par démonstration et abstraction.
ce qui engendre perpétuellement (f^^'ç, de j,ya) nalura, de nascor), et puisqu'elle est éternelle , il s'ensuit nécessairement de là que sa vie est infinie aussi , et qu'on ne peut concevoir en elle une négation complète de la vie , c'est-à-dire une mort absolue. Mais si la vie primaire de la nature est infinie , l'infinité et l'éternité doivent être également les attributs de toute manifestation spéciale de la vie de la nature comme essentiellement infinie dans son espèce. Cependant la nature étant infinie aussi sous le rapport de la diversité de ses manifestations de force , des forces naturelles agissant dans des directions différentes peuvent et doivent se limiter mutuellement dans leurs effets , et même supprimer ceux-ci pour un certain temps. De là l'idée d'une mort relative , c'est-à-dire de l'état que nous avons coutume de désigner sous le nom de mort^ de décès (2).
7 . La manifestation de la nature dans l'espace étant donc nécessairement limitée et finie sous le rapport de ses innumérables individualités , tandis que nous la trouvons toujours infinie et illimitée sous celui de la totalité , il en est de même de sa manifestation dans le temps. La vie de la nature , considérée en bloc , doit être envisagée comme infinie , comme éternelle , tandis que chaque phénomène particulier de cette vie , c'est-à-dire chaque force spéciale de la nature dans son œuvre, est hmitée, finie ou mortelle (3).
8. Tout être vivant porte le nom (['organisme en tant qu'il crée de lui-même les
(2) Si l'on en veut un exemple des plus simples , que l'on se figure un pendule en oscillation. Il est clair , et la physique le démontre, que, dans un vide absolu, en l'absence de tout frottement , etc., la force oscillatrice devra nécessairement entretenir pendant l'éternité le mouvement une fois excité. Mais l'observation nous apprend que , dans la nature , l'effet ou le phénomène de cette force est bientôt diminué ou restreint, et qu'il finit par être entièrement détruit par la pression atmosphérique, le frottement, etc.
(3) La vie en elle-même, comme manifestation continuelle de l'essence divine par la nature et dans la nature, ayant pour attribut l'éternité, c'est là une preuve de ce que j'ai dit précédemment ( note au § S ) sur l'idée de la vie comme idée rationnelle pure ; car , pro' venir de l'éternel est le caractère de Vidée , comme provenir du particulier est celui de l'abstraction,
NOTIONS PRELIMINAIRES
moyens des divers effets qu'il produit , c'està-diVe des organes. La nature , en tant qu'elle provoque sans interruption de nouveaux phénomènes ou signes de sa vie intérieure , est l'organisme absolu oumacrocosme. Tout être naturel qui se développe de lui-même ne pouvant subsister que dans l'organisme général de la nature , et sa vie n'étant qu'une émanation de la vie supérieure et primaire , on rappelle organisme partiel , fini , individuel , ou microcosme, et son développement n'est possible que sous Tinfluence de la vie générale de la nature.
9. D'après la loi générale (S 1), tout organisme individuel doit son développement à une chose indéterminée , quant à l'espace , mais déterminable , et qui , dans un certain temps , devient une chose déterminée quant à l'espace. Nous donnons le nom de fluide à une substance dont les limites dans l'espace ne sont pas déterminables d'une manière finie. Le fluide (élastique ou liquide) est donc l'élément de tout développement organique , ou de la génération naturelle en général.
1 0. En tant que tout être vivant particulier se sépare de l'infinité de la nature par individualisation , il entre nécessairement en antagonisme avec les autres effets naturels , et son existence doit êtrelimitée dans l'espace , comme elle l'est dans le temps , de sorte qu'il apparaît comme être fini, comme être périssable, tandis que la nature , prise dans son ensemble , doit être considérée comme infinie et impérissable. Ce rapport entre un tout et ses parties se répète aussi dans l'organisme individuel lui-même , à l'égard de sa totalité et de ses diverses parties , et la masse organique vivante doit être regardée comme se trouvant à chaque instant dans un état continuel de dissolution et de régénération (1).
(1) Une des principales conditions d'une bonne physiologie est de ne jamais considérer le corps vivant que comme la manifestation de forces vivantes exprimées dans certains éléments terrestres , et de ne jamais oublier qu'en aucun instant il n'est en repos', mais qu'il se régénère continuellement, à peu près comme un point éclairé sur un courant rapide seml)le persister aussi , pendant quelque temps, sans changement, quoique son intérieur change continuellement. Du reste, j'entends ici par éléments les forces dont la manifestation est la condition de ce qu'on nomme substance ou matière. Car, pour peu qu'on soit exercé aux discussions pliilosopliiques, on ne peut méconnaître qu'il y a iml>ossibililé absolue d'admettre une différence réelle en-
1 1 . Mais si le fluide est l'élément proprement dit de la formation organique , il suit de là qu'envisagé d'une manière générale, il est le vivant primordial , tandis que le solide doit être considéré comme un produit ou un résidu de cette vie , dans lequel l'action vivante a péri , comme un produit qui doit se résoudre en fluide primitif pour pouvoir apparaître vivant de nouveau , et pour pouvoir devenir susceptible d'une nouvelle formation (2).
12. Enti^e le liquide et le solide se trouve le mou , dans lequel chaque atome solide est pénétré pailout de liquide. Ce fait, comparé à ce que j'ai dit plus haut , permet de concevoir les manifestations de la vie dans les parties molles. En effet , nous voyons bien déjà que la partie molle procure une certaine limite ferme à l'individu , et que sous ce rapport elle se rapproche de ce qui est complètement solidifié et décédé; mais, d'un autre côté aussi, elle renferme le liquide , où le vivant primaire n'a point péri dans son produit , elle continue à effectuer la détermination du tout , elle change la forme par expansion et contraction , et en conséquence elle est tout aussi positivement Vorgane du vivant , que le liquide était son élément (3).