Annélides
CCCII. Aucun squelette proprement dit ne s'est non plus développé complètement dans les Annélides, dont le corps, divisé d'une manière uniforme en segments qui se ressemblent, est en même temps privé de membres. Du reste, comme dans les Enthelminthes, le nombre des anneaux du corps n'a encore rien de déterminé, et il est sujet aux variations les plus diversifiées.
Un fait remarquable est la manière frappante dont le dermatosquelette se trouve indiqué, chez certains Vers, par une enveloppe solide extérieure au corps, par un fourreau que l'animal fabrique autour de son corps nu, avec des objets étrangers, comme terre, sable, débris de coquilles, etc. Tel est le cas des Terebella, des Amphitrite et des Spirographis (où le fourreau offre cependant déjà un enduit corné à l'intérieur). Chez d'autres (Serpula), la surface du corps exsude une humeur qui se coagule en masse calcaire, et qui, de même que dans les Tarets, forme un tube n'ayant encore aucun rapport avec la segmentation du corps. Les fourreaux articulés du Dentalium se rapportent déjà davantage aux segments du corps; mais on connaît trop peu l'animal pour pouvoir dire en quoi consiste réellement le rapport.
Les minces anneaux cornés qui, sous l'épiderme général, entourent le corps de la Sangsue, représentent de la manière la plus
SQUELETTE DES ANIMAUX ARTICULÉS
formelle un dermatosquelette simple et uniquement composé de protovertèbres. Il est digne de remarque que le nombre de ces anneaux grêles dépasse de beaucoup celui des principales divisions intérieures et des ganglions nerveux, dont on ne compte que vingtquatre. C'est une preuve que ce dermatosquelette se rapporte moins aux parties internes et notamment au système nerveux (1).
CCCIII. Dans aucun Ver, la colonne protovertébrale ne produit de colonnes deuto vertébrales rayonnantes ou de membres. Il n'y a d'autres indices de membres que les branchies (SCCXIX), et l'endroit où apparaissent ces dernières, quand elles se développent, est très-significatif. Nous avons vu précédemment que toutes les productions rayonnantes de la protovertèbre doivent avoir lieu d'après le nombre six. On peut déjà s'en convaincre ici : les points d'intersection ventral et tergal de l'hexagone sont occupés par un vaisseau et un nerf; il en reste donc deux de chaque côté, et c'est de ceux-là que partent en rayonnant les branchies (pi. xxiv, fig. xix, 1, 2), de sorte, par conséquent, qu'il s'en développe deux paires supérieures et deux paires inférieures pour chaque proto vertèbre. Cette direction mérite d'être remarquée, parce que c'est celle suivant laquelle a heu la production de tous les membres pairs chez les animaux supérieurs.
Ainsi, ontrouve deux paires de branchies à chaque segment médian du corps de l'Arénicole , et quand il n'y a pas de branchies, on voit quelquefois déjà se développer, dans la direction de la paire inférieure de branchies (fig. XIX, b), des vestiges de pattes, sous la forme de soies (en quelque sorte des fibres branchiales desséchées et devenues cornées), ou de verrues, comme dans le Ver de terre. Je dois me borner à dire ici que ces soies s'allongent parfois extrêmement , et deviennent des poils ou des filets, comme dans les Aphrodites, les Spiroptères, etc. Mais il importe de remarquer cependant que les prolongements cornés de la peau se répètent souvent avec une grande précision à la face interne du
(I) Les classes supérieures , où l'on trouve à la fois un dermatosquelette et un névrosquelette , offrent fréquemment aussi des exemples de segmentation plus compliquée à l'extérieur qu'à l'intérieur.
corps, et que les Néréides ont même des rudiments de membres rayonnants dans la cavité intestinale, puisqu'on trouve des mâchoires cornées dans leur pharynx. Les Amiélides ne sont donc pas non plus entièrement dépourvus de splanchnosquelette.