‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 26 sur 318 · DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME NERVEUX DANS LES CÉPHALOZO AIRES · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME NERVEUX DANS LES CÉPHALOZO AIRES

Rien, sans contredit, n'offre plus d'intérêt à celui qui approfondit la morphologie des différentes organisations , que de voir les métamorphoses les plus considérables résulter ici d'une simple transposition de certains éléments, qui, du reste, demeurent toujours les mêmes. Comme les mêmes lettres , diversement combinées, donnent des mots différents , ainsi les mêmes éléments, diversement arrangés, produisent des organismes tout autres. Au premier aperçu , le développement de la moelle épinière et du cerveau semble établir une différence absolue entre le système nerveux des Céphalozoaires et celui des classes inférieures ; cependant l'anatomie comparée démontre fort aisément qu'il doit naissance à des éléments qui tous existaient déjà précédemment , avec de légères modifications dans leur arrangement.

(1) La disposition du système nerveux est e'galeraent la même dans la Mantis religiosa.

(2) Recherches anatomiques et physiologiques sur les Hémiptères. Paris 1C33 , in-4o,p. 260, pi. xix, fig. 201 , 202 , 203 , représentant le système nerveux des Pentatoma grisea, JSepa cinerea el Cicada orni.

Pour bien apprécier cette proposition , il faut remarquer :

1". Que les animaux supérieurs, précisément parce qu'on observe en eux un déploiement des facultés dévolues aux animaux inférieurs , doivent être également composés d'articles ;

2". Que le Corpozoaire offrant essentiellement trois régions , celles du sexe , de la digestion et de la respiration, cette division doit se répéter non-seidement dans le tronc du Céphalozoaire , mais encore , et à un plus haut degré , dans sa tête elle-même ;

3°. Que le côté tergal ou lumineux de l'animal est le seul qui convienne réellement au système nerveux , de sorte que les masses nerveuses centrales doivent nécessairement s'y développer chez les animaux supérieurs.

Ces données expliquent d'une manière satisfaisante pourquoi , dans tous les Céphalozoaires , la portion du système nerveux qui couronne en quelque sorte les autres , doit être produite par la réunion des ganglions développés au côté lumineux de tous les segments du corps ; pourquoi ces grosses masses , réunies par des commissures longitudinales, se partagent en portion céphalique et portion appartenante au tronc , c'està-dire en cerveau et moelle épinière , qui correspondent simultanément aux phénomènes principaux de la vie nerveuse , les fonctions sensorielles et le mouvement ,* enfin pourquoi chacune de ces deux portions est essentiellement divisible en trois. Au reste il suit aussi d'un degré de centralisation proportionné à la perfection plus grande de l'organisation, que la formation ganglionnaire ne peut se manifester clairement que dans l'une des deux portions , et la plus élevée , le cerveau , tandis que , dans l'autre , la moelle épinière , elle est presque entièrement subordonnée aux commissures longitudinales. Les trois segments du cerveau , essentiellement destinés aux sens, se dessinent aussi d'une manière plus franche dans les ganglions cérébraux que dans la moelle épinière , essentiellement consacrée au mouvement. Le postérieur est en rapport avec la sphère sexuelle , et ses ganglions sont les points centraux pour le déploiement du côté sensible de la fonction sexuelle , le toucher et l'ouïe. Le mitoyen

se rapporte à la digestion , et ses ganglions sont les points centraux pour le côté sensible de la fonction digestive , le goût , et pour la réception des impressions dues à la lumière , c'est-à-dire pour la vue. L'antérieur enfin se rapporte à la sphère respiratoire , et ses ganglions sont , d'une part , les points centraux du côté sensible de la respiration , l'odorat , de l'autre, le centre commun de toutes les autres formations nerveuses , l'organe du sentiment de soi-même , et , chez l'homme , de la conscience , ce qui fait que son plus ou moins de développement peut donner la mesure du perfectionnement de l'organisme entier sous le point de vue de la sensibilité.

Mais le système nerveux n'est pas uniquement le centre de la vie animale , en tant que celle-ci se manifeste au-dedans et au-dehors sous la forme de sentiment et de mouvement; il est de plus centre de l'organisation en général , de sorte qu'il doit également jouer un rôle actif et passif dans la sphère végétative. Si donc , dans les classes inférieures , nous avons déjà vu apparaître , outre la moelle ventrale et le ganglion cérébral, les vestiges d'un système nerveux particulier pour les appareils qui constituent la sphère végétative, il ne peut pas manquer d'arriver, dans les classes supérieures , qu'on voie se développer d'une manière bien plus prononcée encore le système nerveux consacré aux fonctions végétatives. Comme ce système enveloppe de toutes parts le canal intestinal et les vaisseaux, et qu'il offre le type de la chaîne ganglionnaire , incontestablement il est la répétition de la forme nerveuse consacrée à la classe précédente ; du reste il se rattache au système central suprême par l'intermédiare surtout de la moelle épinière.

Ces aperçus suffiront ici pour mettre en évidence le rapport qui existe entre le système nerveux des Céphalozoaires et celui des Corpozoaires en général , pour démontrer que la chaîne ganglionnaire de ces derniers ne correspond pas plus au seul nerf grand sympathique des premiers , que le cerveau et la moelle épinière de ceux-ci ne représentent uniquement la chaîne ganglionnaire de ceuxlà, enfin pour faire soupçonner d'avance quelles sont surtout les portions du système nerveux dans lesquelles se manifesteront les

perfectionnements progressifs qu'il nous reste maintenant à décrire. Je crois néanmoins devoir rappeler encore que la plus grande légitimité du type des Céphalozoaires entraîne, pour conséquence immédiate , qu'à partir du point où nous sommes arrivés , les formations essentielles varient beaucoup moins dans le système nerveux , de sorte que le type connu d'après l'anatomie humaine constitue déjà une espèce de modèle ou de patron bien mieux arrêté que tout ce qu'on serait tenté de lui comparer dans les classes inférieures.

Page 1