NÉVROSQUELETTE
a. Squelette du tronc.
DCXLVl. Si les Ophidiens répètent Tes Sirènes, si les Chéloniens répètent les Batraciens proprement dits , les Sauriens sont la répétition des Salamandres. Comme chez ces dernières , la formation et l'allongement des colonnes protovertébrales et deutovertébrales du tronc sont limités par le développement des colonnes vertébrales de membres ; mais elles le sont comme elles doivent l'être dans un ordre supérieur , c'est - à - dire dans des rapports et d'après des divisions d'un rang plus élevé. Voilà pourquoi les Sauriens sont les premiers de tous les animaux décrits jusqu'ici chez lesquels les principales divisions du tronc en cou , poitrine , épigastre , hypogastre et bassin, s'expriment clairement par les rapports numériques et la conformation des vertèbres , par la distribution des viscères , et par le lieu où s'opère le développement des membres (1).
(I) Il rè^ne un grand vague dans la manière dont on a dénommé les verlèbres du racliis el divisé la colonne vertébrale rachidienne en régions , tant chez les Rei>tiles qua dans d'autres classes encore. Ainsi, Schullz
DCXLVII. Deutoverlèbres el iritovertèbrcs rachidiennes. Si nous recherchons d'abord leur proportion numérique dans les régions du tronc dont il vient d'être fait mention , nous trouverons que , comme chaque région du tronc tend primordialement à répéter le nombre des vertèbres céphaliques , il devrait yen avoir 5x6=30 /pi. xxvu, fig. ix). En réalité, la colonne vertébrale se divise toujours assez exactement de cette manière. La proportion exige 4x6 = 24 vertèbres entre la tête et le bassin ; or , tel est le nombre que Cuvier a compté dans le Crocodile du JNil, et Schultz dans celui d'Amérique. Je n'ai cependant trouvé que 23 vertèbres dans un Crocodile du Nil long de trois pieds. 5chultz en indique également 24 dans le Draco striatus , et Tiedemann 23 dans le Draco viridis. VIguana delicatissima en a 24^ d'après Schultz , tandis qu'il yen a 27 dans le Lézard gris, et 28 dans le Lacertamonilor.
Toujours aussi on distingue fort bien les divisions principales en vertèbres cervicales , thoraciques , épigastriquesethypogastriques : seulement, pour cela , il ne faut pas s'en tenir uniquement à la présence ou à l'absence des côtes.
A l'égard des vertèbres du bassin , le nom-
appelle vertèbre dorsale , dans ks Sauriens , ce que Cuvier regarde encore comme vertèbre cervicale ; ainsi cet anatomiste refuse au Lézard gris les vertèbres lomlaires, que d'autres lui accordent, etc. Cette confusion tient principalement à ce que les dénominations imposées aux diverses régions du racIiis ont été tirées du développement ou du non -développement des côtes, au lieu de l'être du rajtport numérique légitime ou normal qui est primairement inhérent à la colonne vertébrale. La méthode de répéter le nombre primaire des vertèbres céphaliques , en ayant égard aux viscères enveloppés par le tronc , est philosophiquement et empiriquement la seule qui fournisse une échelle sûre pour diviser le rachis ; car des arcs protovertébraux existent en puissance à toutes les vertèbres rachidiennes, et on les trouve aussi développés réellement avec plus ou moins d'évidence. Donc , si l'on refusait d'appeler les vertèbres du cou cei'vicales , dans le Crocodile, parce que , chez cet animal, elles portent des côtes cervicales incomplètement développées, il est vrai, on serait obligé d'en agir de même chez l'homme , puisque les arcs qui ferment les trous des apophyses transverses ne sont que des rudiments de côtes soudés aux corps des vertèbres cervicales , c'est-à-dire des pièces ti^rgales de côtes cervicales. Cette remarqua était nécessaire pour démontrer que la division des vertèbres du tronc suivie dans mon travail n'est pas dénuée de fondement et arbitraire, reproche mérité souvent parcelle que l'usage a consacrée.
SQUELETTE DES REPTILES
bre six domine également ici , quoiqu'avec diverses modifications, et toujours de telle manière que la protovertèbre des membres postérieurs ne tient qu'à deux ou trois de ces vertèbres. Dans le Lézard gris , on reconnaît très bien deux vertèbres sacrées , auxquelles tiennent les os iliaques , et quatre coccygiennes , au dessus desquelles la cavité du tronc se prolonge encore , ce qui empêche de les regarder comme vertèbres caudales ^ dont l'idée est déterminée par cette considération qu'elles sont uniquement un membre terminal mobile , sous lequel la cavité du tronc ne s'étend point. On ne trouve non plus que deux vertèbres sacrées dans les autres Sauriens , et notamment dans les Crocodiles ; mais toujours les deux à quatre premières d'entre les vertèbres que l'on a pour usage de rapporter à la queue , font partie du bassin (1).
DCXLVIlï. L'allongement de la colonne rachidienne en vertèbres caudales proprement dites est un fait commun à tous les Sauriens. Déjà chez les Poissons réguliers , on observe une tendance prononcée à répéter , dans le nombre des vertèbres de ce membre terminal impair , celui des vertèbres du tronc et même celui des vertèbres céphaliques. La même chose arrive chez les Sauriens. Si nous fixons le nombre total des vertèbres du tronc à 5 X 6= 30 , et celui des vertèbres de la tête à 6 , nous obtenons pour nombre normal des vertèbres de la queue , 36 (pi. xxvu , fig. ix). La tendance à représenter ce nombre s'exprime d'une manière assez claire. Schultz a compté 39 vertèbres caudales dans le Crocodile d'Amérique ; mais comme on est obligé d'en retirer trois pour le coccyx , il en reste exactement 36. On en trouve 40 dans le Lézard gris, 30 dans le Crocodile du Nil (2), et 45 dans le Draco striaius. Au reste , ce
(1) Des modifications remarquables de ces proportions numériques ordinaires s'observent surtout dans les genres perdus Pksiosaurus elJchthyosaurus.Le Plasiosaurus dolichodeirus fait le passage aux Oiseaux , par l'énorme allongement de sa colonne vertébrale cervicale , où l'on compte jusqu'à 3a vertèbres, comme Ylchthyosaurihs communis mène aux Serpents, i)ar le petit nombre de ses vertèbres cervicales (trois ou cinq).
(2) Les prêtres égyptiens savaient déjà que le Crocodile a en tout GO (30 4-30) vertèbres. yÈiien nous l'assure. Le fait est remarquable en ce que la connaissance de ce rapport numérique normal avait pu con-
nombre dépasse souvent de beaucoup le type normal , puisqu'il s'élève à 72 dans l'Iguane , et à 1 04 dans le Tupinambis. Le Plésiosaure à long cou n'a que 26 vertèbres caudales (3).
DCXLIX. Le type des Ophidiens domine encore assez généralement dans la formation des diverses vertèbres rachidiennes et caudales. Comme chez les Serpents, mais cependant à un degré un peu moins marqué , nous trouvons encore des tètes et des cavités cotyloïdes entre les corps vertébraux. Le Gecko et plus encore richthyosaure font exception, en ce qu'ils offrent de nouveau la formation diconique des corps vertébraux qui caractérise les Poissons , et la jonction de ces corps par des cavités également diconiques.
Les tritovertèbres rayonnantes du rachis , notamment celles qui forment les apophyses épineuses supérieures , sont ordinairement plus fortes que celles des Ophidiens , ce qui est en rapport avec la tendance du tronc de ces animaux à manifester des formations rayonnantes. Ces apophyses sont surtout trèsprononcées , et presque semblables à celles des Poissons , dans richthyosaure»
Les apophyses épineuses inférieures , dirigées vers la cavité du tronc , s'observent aussi en diverses régions , surtout au cou, et sont très-développées dans les Dragons.
Les apophyses épineuses inférieures à deux jambages des vertèbres caudales , également très-développées dans l'Ichthyosaure, appartiennent en partie aux formations costiformes, de même que les grandes apophyses transverses , légèrement mobiles , des vertèbres cervicales du Crocodile et du Plésiosaure.
DCL. Arcs prolovertébraux. Le tronc des Sauriens se rapproche encore de celui des Ophidiens , en ce que la tendance à produire
tribuer, comme pour les Scarabées , à faire ranger les Crocodiles parmi les animaux sacrés.
(3) Les colonnes vertébrales caudales qui .se reproduisent souvent chez les Lézards, après la perte de la queue, fournissent des considérations d'un haut intérêt. En effet, de même que la colonne vertébrale des Poissons apodes, elles ne forment qu'un type cartilagineux simple et indivis , représentant une colonne de corps vertébraux seulement, sans nulle trace de deulovertèbres. On reconnaît donc que la natsire peut bien répéter une forme organique qui a été détruite . mais qu'elle ne le peut jamais qu'en la ramenant à un îype moins élevé, que cette partie offrait dans des formations intérieures.
SQUELETTE DES REPTILES
(les arcs protovertébraux entiers existe dans chacun de ses segments. Voilà pourquoi la colonne vertébrale offre , sur toute sa longueur , des rudiments de ces arcs , qui sont sui'tout développés en véritables côtes dans richtliyosaure. Fréquemment, au contraire, ils sont oblitérés , et ne se ferment complètement qu'à la région respiratoire essentielle, ainsi qu'aux endroits où des membres se manifestent.
DCLI. Considérons d'abord les arcs protovertébraux de la poitrine , ceux qui se développent de la manière la plus régulière.
Quant au nombre de ces côtes , primairement il y en a six paires qui sont sollicitées. Mais les diverses espèces offrent de nombreuses variations sous ce rapport. Comme à l'égard des vertèbres du tronc , le nombre des arcs protovertébraux de la poitrine est trèsrégulier dans le Lézard gris (pi. xxvn , fig. ix). La paire de côtes de la première vertèbre pectorale est aussi la première qui s'unisse avec le sternum , et qui ainsi ferme le cercle de la protovertèbre. Les deux autres paires de côtes et les trois premières côtes pectorales se comportent aussi de même (pi. xxvu , fig. XIV , 1 , 2 , 3) , et par conséquent se joignent au sternum. La fermeture de la protovertèbre est moins complète dans les trois paires suivantes de côtes , dont la quatrième seule arrive immédiatement au sternum , que la cinquième atteint seulement d'une manière médiate , et auquel la sixième ne parvient point (pi. xxvn, fig. xiv). Dans le Crocodile j des six côtes pectorales dont il est pourvu , les cinq postérieures sont complètement unies avec le sternum, et fermées ainsi en cercles protovertébraux purs ; la première , au contraire , ne s'étend point jusqu'à cet os. Tiedemann attribue six paires de vraies côtes au Draco viridis , qui n'en a que trois , d'après Schultz.
DCLII. Chez la plupart des Sauriens , les côtes thoraciques ressemblent à celles des Serpents par la simplicité de leur connexion avec les vertèbres rachidiennesjet par leur forme élancée. Dans les Crocodiles , leur union avec les vertèbres du rachis offre un type plus élevé , ce qui , joint , à la division de l'arc costal dans le sens de sa longueur , est d'une haute importance pour la construction de cette forme de squelette.
DCLin. Quant au commencement de la côte à la vertèbre rachidiennc , chez le Crocodile , c'est ici qu'on voit apparaître pour la première fois le type qui se retrouve ensuite partout dans les classes supérieures. Quand nous réfléchissons que l'arc protovertébral ou la côte correspond à l'anneau d'une paire de nerfs rachidiens, et que c'est en quelque sorte la répétition du nerf dans le système osseux , nous nous trouvons conduits à conclure de là, en ce qui concerne la forma- ) tion des côtes , que le nerf rachidien sortant de la moelle épinière par une bifurcation , c'est-à-dire par deux racines , l'une supérieure , Vautre inférieure ^ cette forme devra se représenter aussi dans la côte parfaite, qui , en conséquence , doit s'unir à la vertèbre rachidiennc par deux pièces , Vune supérieure et Vautre inférieure, sorte de reflet osseux d'un segment de la moelle épinière. De là naît le type pi. xxvn , fig. xiv , aa. Or , telle est réellement la manière dont les extrémités supérieures des côtes se comportent déjà dans le Crocodile (1).
DCLIV. Une autre circonstance fort importante, relativement à la formation des côtes , c'est leur division dans le sens de la longueur. Ici la construction de l'arc protovertébral exige le partage en quatre pièces. Nous avons déjà vu la division des arcs protovertébraux suivre cette loi chez les Poissons, par exemple en ce qui concerne l'arc protovertébral des membres inférieurs (pi. xxvi , fig. IV). Chez les Sauriens, comme l'arc protovertébral arrive à sa complète expression , on aperçoit aussi cette division des côtes , quoiqu'elle n'ait pas heu d'une manière bien complète. Ordinairement on ne distingue qu'une pièce sternale antérieure et une postérieure (pi. xxvu , fig. IX , 1' 2) , tandis que les pièces tergales postérieure et antérieure sont soudées ensemble (3' 4) (2).
DCLV. Les arcs protovertébraux des vertèbres cervicales, chez les Sauriens , se montrent développés essentiellement comme os de l'épaule dans leurs pièces sternales supérieures et inférieures , et ce qu'on aperçoit
(1) Cv\lET^ , Annales du Muséum, tom.xii, pi. ii, fig. IV, i k. — Voy. mes Tabules illustrantes , cah. li , pi. VI, fig. V.
(2) Yoy. mes Tabulas illmlrantes , cah. Il, pi. iv, fig. X.
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encore sous la forme de côtes cervicales ne peut être constitué que par les portions tergales des arcs protovertéhraux de ces régions. Ainsi , quant à ce qui regarde ces rudiments de côtes , il peut y en avoir à toutes les vertèbres du cou (pl. xxvn , fig. xi , ah). Dans le Lézard gris , les trois vertèbres cervicales antérieures en sont dépourvues; dans les Crocodiles , au contraire , où sept vertèbres du cou sont remarquables par la manière dont leurs côtes se comportent, elles remontent jusqu'à l'atlas lui-même , où elles forment , ainsi qu'à l'épistrophée, des appendices simples et mobiles (1) , tandis qu'aux cinq vertèbres suivantes elles présentent des appendices fourchus , d'après le type pl. xxviu , fig. XI, a. De là résulte déjà , comme chez l'homme , un canal formé par les apophyses transverses , qui seulement continuent encore ici à être mobiles en partie (2).
DCLVI. D'après la construction, les côtes de la région épigastrique sont imparfaites et sans parties sternales complètes. C'est ainsi en effet , qu'on les trouve dans la plupart des Sauriens; seulement , dans le Crocodile, au lieu de six côtes épigastriques , ce qui est leur nombre noi'mal , je n'en trouve encore que cinq qui soient fermées par un sternum épigastrique , lequel est cependant lui-même divisé. Ce qu'il y a de plus remarquable , c'est le très-grand développement de ces six côtes épigastriques chez les Dragons, parce qu'il est le seul exemple connu dans la série animale de réalisation de la tendance à produire des membres qui est inhérente à cette ré gion. En effet , ces côtes sortent du corps et soutiennent la membrane alaire. On voit donc ici s'élever au plus haut degré la mobilité qui déjà existait dans les côtes incomplètes des Ophidiens (3).
(1) V. CuviER, loc. cil., pl. H, fig. 1 , 2, et mes Tabulée illustrantes , cali. II , pl. iv, lig. x.
(2) Ainsi que Husclike {Isis , 1023, p. 1103) l'a fort bien fait remarquer, les côtes cervicales oblitérées des Crocodiles sont très-propres à démontrer que les parties auxquelles Weber donne le nom d'osselets de l'ouïe de la Carpe , et spécialement celle qu'il appelle marteau, ne sont autre chose que des côtes oblitérées, car, dans le Crocodilus biporcatus , il a trouvé les troisième, quatrième et cinquième côtes cervicales conformées absolument comme la seconde côte thoracique de la Carpe {malleus , Weber).
(3) Pour saisir complètement la signification des grandes côtes épigastriques des Dragons, il faudrait , à la rigueur, connaître l'histoire du développement
DCLVil. Côtes de la région lombaire. D'après sa signification, cette région est en antagonisme avec celle du cou. Son nombre primaire des vertèbres est encore de six ; mais il se trouve ordinairement réduit à cinq , quand celui des vertèbres cervicales monte à sept, au lieu de six , qu'il devrait être d'après la règle. Dans le Crocodile , je vois six vertèbres, que la manière remarquable dont leurs côtes se comportent , en antagonisme parfait avec celles cle la région cervicale , caractérise comme vertèbres lombaires. En effet , de même que les pièces sternales des côtes disparaissent à la région cervicale , et qu'il n'en reste plus que les pièces tergales, de même aussi, surtout aux quatre vertèbres inférieures, les pièces tergales disparaissent, et les sternales, divisées en portions supérieure et inférieui^e (pl. xxvii, fig. ix , ytj) , forment les côtes venti^ales , qui correspondent aux intersections tendineuses des muscles droits de l'abdomen, chez les animaux supérieurs. La plus inférieure de ces pièces sternales se soude avec le rudiment cartilagineux du sternum pelvien , et , en s'appliquant au pubis, elle donne le prototype des os marsupiaux , dont nous parlerons à l'article des Mammifères. Dans les autres Sauriens , on observe un état de choses qui ressemble davantage à celui des côtes cervicales , c'est-àdire que les pièces sternales ont tout à fait disparu , et qu'il ne reste que des rudiments de pièces tergales. Dans les Dragons , où la région lombaire est divisée en six vertèbres, les deux supérieures oiïrent encore , comme celles de l'épigastre, des rudiments de côtes distincts l'un de l'autre, quoique devenus très petits. Dans le Lézard gris , où l'on
de ces animaux dans l'œuf. De toute manière , elles paraissent résulter d'un volume très-considérable de la sphère vitelline, proportionnellement à l'embryon, sphère autour de laquelle la colonne vertébrale de ce dernier se contourne à l'instar d'une zone, de sorte qu'elle doit nécessairement être embrassée par les côtes. Qu'on jette les yeux sur une larve de Salamandre, qu'on voie coml)ien est volumineuse la sphère vitelline, formant l'inleslin, qui se trouve annexée au ventre , qu'on imagine des côtes développées dans les parois abdominales largement étalées, et l'on trouvera que, de toute nécessité, il devrait résulter de là une formation semblable à celle des Dragons. C'est ainsi ([u'en celte occasion , comme dans beaucoup d'autres cas, la contemplation des formes dévelo])pées mène à des conclusions certaines par rapport au mode de développement.
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compte sept vertèbres à la région lombaire , on trouve de petits rudiments des sept paires de côtes lombaires (pi. xxvn, fig. ix , E).
DCLVIII. Pour ce qui est de la colonne vertébrale pelvienne et caudale, les arcs costaux proprement dits s'y oblitèrent toujours davantage; tantôt les pièces sternales des côtes sacrées sont employées à la formation des os du bassin , tantôt les arcs costaux se contractent , comme chez les Poissons , audessous des vertèbres coccygiennes et des caudales antérieures (pi. xxvn, fig. ix, x) , en apophyses épineuses inférieures, dans lesquelles finit même par s'oblitérer le canal qui, chez les Poissons , reçoit la continuation de l'aorte, de sorte qu'alors elles n'apparaissent plus que comme de simples apophyses épineuses inférieures tenant aux corps des vertèbres caudales. C'est ce qu'on voit très-manifestement surtout dans le Crocodile.
DCLIX. Les arcs protovertébraux des membres antérieurs , ceux qui correspondent à la respiration pulmonaire , ou les -os de la ceinture scapulaire , sont un développement des pièces des arcs proto vertébraux du cou, qui n'ont point la forme de côtes , ce qui fait qu'ils se montrent au-devant et au-dessus des côtes pectorales. Par la même raison il doit y avoir antagonisme entre leur développement et celui des côtes cervicales , en sorte que , quand ces dernières sont peu prononcées, comme chez la plupart des Sauriens , les os de l'épaule sont plus composés et plus forts, tandis que, quand les côtes cervicales sont fortement développées , comme dans le Crocodile , ces dernières ont beaucoup plus de simplicité. Voici quelle est la division de ces arcs protovertébraux chez les petits Sauriens.
D'abord la division en trois domine dans le sens de la longueur, puisque chaque arc est composé d'une pièce sternale inférieure , d'une pièce sternale supérieure , et d'une pièce tergale inférieure (pi. xxvn, fig. ix, xiv, «, /3, 9>) , tandis que la pièce tergale supérieure est suspendue, comme fausse côte , aux vertèbres cervicales ( fig. xiv , J-) .
Dans le sens de sa largeur, la ceinture scapulaire renferme , à proprement parler, l'idée d'une division en six- ( pi. xxvni , fig. V, G). En effet, chez les petits Sauriens , non-seulement la pièce sternale est divisée
en deux, la vraie clavicule et la fausse , dont la première est toujours lapins faible, mais encore chacune de ces deux portions indique, par sa division en deux moitiés inégales, que le nombre trois est inhérent en elle (pi. xxvn, fig. XIV, r 2' 3', clavicida vera s. furcula ; 4 5' 6' , clavicida sjmria s. os coracoïdeum) . C'est dans cette dernière , l'os coracoïde , que la division en trois se trouve exprimée le plus clairement , de telle sorte que la pièce postérieure (6) est plus longue , se courbe en avant, et reçoit les autres. Dans les grands Sauriens , tels que le Crocodile, où les côtes cervicales ont acquis un grand développement , les os et l'épaule paraissent plus simples. Au lieu de la pièce sternale supérieure et de la pièce tergale inférieure, qui, chez le Lézard gris , représentent une omoplate divisée , on trouve , dans le Crocodile , une omoplate simple, composée uniquement de la pièce tergale ; la pièce sternale inférieure n'existe plus que comme simple clavicule (1). Au reste , cette clavicule simple n'est point , ainsi qu'on l'admet ordinairement, l'analogue de la clavicule humaine ; c'est seulement l'os coracoïde, comme le démontre sans réplique la comparaison avec l'épaule des autres Sauriens et des Oiseaux.
DCLX. Les arcs protovertébraux de membres postérieurs , ceux qui correspondent à la respiration allantoïdienne , ou les membres pelviens , ont cela de particulier , que leurs pièces sternales antérieures et postérieures se réalisent dans les os du bassin, que les portions tergales sont oblitérées , ou indiquées seulement par la largeur plus considérable des apophyses transverses des vertèbres sacrées. Les os du bassin eux-mêmes se divisent d'après cela dans le sens de la longueur de l'arc protovertébral, comme les os scapuîaires du Crocodile, c'est-à-dire, de chaque côté , en une pièce sternale supérieure (pi. xxvni, fig. IX, f), formant l'ilion, qui ne se subdivise point dans le sens de sa largeur, et en une pièce sternale inférieure {^) , qui , de même que celle de la ceinture scapulaire chez la plupart des Sauriens , se partage en deux , à cause des deux vertèbres sacrées. Le segment tourné en devant de cette pièce sternale antérieure est le pubis (pi. xxvn,
(1) GcviER, loc. cit., pi. Il, fig. 9 et lo. — Voy. mes Tabulée illustr. , cah. II , pi. iv, fig. x.
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fig. IX , cT), et celui qui regarde en arrière , l'ischion («^;. Ces parties se comportent dans le Lézard gris comme la figure le représente. Les Crocodiles s'éloignent du type, en ce que leur pubis est mobile sur la pièce cotyloidienne de l'ischion (1).
DCLXI. Avant de passer aux os des membres , il faut encore parler de la colonne vertébrale antérieure ou sternale du tronc , qui , comme les membres eux-mêmes , est plus développée ici que chez les Batraciens.
On se rappellera d'abord qu'une colonne vertébrale sternale existe en puissance à toutes les régions du tronc , et que sa réalisation est en raison directe du grand développement des protovertèbres. De là vient que , chez les Sauriens , où les protovertèbres des membres de la poitrine , de l'épigastre et même de l'hypogastre , se sont complètement développées dans leurs portions sternales, on doit pouvoir distinguer un sternum scapulaire , un thoracique , un épigastrique , un pelvien , et même un cervical , lorsque les côtes cervicales ont pris un développement considérable.
1° Sternum êcapidaire. Il est très-manifestement développé dans les Sauriens. Celui du Lézard gris constitue un corps vertébral simple et allongé , avec deux branches transversales (pi. xxvn, fig. IX, x), ce qui donne au tout ia forme d'une croix (fig. ix, œ). La même chose a lieu dans les autres Sauriens , par exemple dans le Monilor et VAgama j, où les branches transversales qui , à proprement parler , se rapportent à la division incomplète de la vraie clavicule en trois , sont seulement situées plus près de l'extrémité antérieure du corps vertébral, et où, chose remarquable , celui-ci s'engrène dans le sternum thoracique. Chez le Crocodile , ce corps vertébral se prolonge fort loin du côté de la tête , d'où résulte un vestige de sternum, cervical (2).
DCLXII. 2° Sternum thoracique. Il est déjà plus incomplètement développé dans les petits Sauriens , ce qui s'exprime , tant par la dépression de ses corps vertébraux , que par le nombre moins grand de ceux d'entre ces derniers qui se sont développés , et par sa di-
(1) CrviER , loc. cit., pi. ir, fig. 1!5.
(2) Y. mes Tabulée illustrâmes, cah. 11, pi. r, fiy. X.
vision imparfaite (3). Dans le Lézard gri?, on ne trouve de corps vertébraux que pour les trois côtes thoraciques antérieures (pi. xxvii, fig. xiv , y); ils sont soudés en un os plat et rhomboïdal. La pièce qui , dans le Monilor eiVAgamaj représente les corps vertébraux du sternum thoracique proprement dit, est également aplatie par le haut. Mais une chose remarquable , c'est qu'ici , et dans d'autres Sauriens , comme chez les Oiseaux , les corps vertébraux aplatis du sternum thoracique ont de la tendance à se diviser latéralement en moitié droite et moitié gauche. La division devient même assez forte pour que le sternum scapulaire puisse s'insinuer et se loger entre les deux moitiés (pi. xxvii, fig. xv, y, 1 ,2,3). Une telle diduction latérale , qui résulte d'une exubérance de développement du sternum scapulaire , annonce toujours des membres robustes , et c'est ce qui fait qu'on la trouve portée au plus haut degré chez les oiseaux (4).
DCLXIII. 3" Sternum abdominal. Comme le développement des côtes devient incomplet aux régions épigastrique et lombaire , le corps vertébral sternal se trouve aussi dans le même cas. De là vient qu'on ne voit aucun vestige de sternum abdominal dans les petits Sauriens, tandis que , chez le Crocodile , où trois côtes épigastriques deviennent des anneaux complets , et où les pièces sternales de six côtes lombaires vont même jusqu'à s'ossifier , comme fausses côtes abdominales, le sternum existe , quoique seulement à l'état cartilagineux (5).
DCLXIV. Sternum pelvien. A proprement parler, il devrait être situé entre les os pubis et ischions , comme le scapulaire entre la vraie et la fausse clavicule ; cependant il ne
(3) Les vertèbres rachidiennes ne sont pas non plus encore divisées dans les formes les plus inférieures, par exemple dans la Lamproie.
(4) Le sternum scapulaire des Sauriens, qu'Oken appelle la pièce moyenne {Isis , 1819, p. 1S29, et Isîs , 1823 , p. 444) , correspond au segment supérieur de la poignée du sternum humain, qu'indique généralement un point particulier et plus considérable d'ossificalion , qui est même le premier à paraître. Le sternum llioracique des Sauriens correspond au segment inférieur de celte poignée , qui s'ossifie plus tard que l'autre, et au corps du sternum humain, savoir, sa i)remière vertèbre au segment inférieur de la poignée , et les deux suivantes au corps.
(;;) Il résulte des constructions précédentes que le cartilage xyphoïdeetla ligne blanche, chez l'homme, sont l'analogue de ce sternum abdominal.
îîf
paratt pas s'être développé chez les Sauriens comme chez Thomme , où le cartilage de la symphyse pubienne l'indique. Le Lézard gris en offre un indice dans une pointe osseuse située derrière cette symphyse ( pi. xxvn , fig. IX , <jj). Au contraire , dans le Crocodile , il se forme , entre les os pubis , une large plaque cartilagineuse , avec laquelle se confondent rextrémité postérieure du sternum abdominal et la sixième côte hypogastrique. Cette plaque représente un sternum pelvien très-dcveloppé , ayant la forme aplatie que j'ai signalée en décrivant le sternum abdominal de certains Sauriens , et qui est d'une haute importance , surtout pour l'interprétation exacte de la carapace de plusieurs Chéloniens.
DCLXV. Membres du tronc. Chez les Serpents , il n'y avait de membre essentiel au tronc qu'un seul impair; la colonne vertébrale caudale et les membres pairs se trouvaient réduits à d'imparfaits rudiments. Ce membre terminal impair persiste chez les Sauriens: j'en ai indiqué la construction à l'article de la colonne vertébrale rachidienne. Des membres pairs du tronc se développent complètement , et dans toute la plénitude de leur segmentation ternaire. On voit d'abord paraître , dans le Bipes , ceux de derrière ., qui caractérisent spécialement les Reptiles , en leur qualité de Gastrozoaires , qui, par cela même , sont d'ordinaire les plus forts , et dont nous avons déjà trouvé des vestiges dans les Ophidiens. Ensuite se montrent, dans le Bimanus , les antérieurs , qui sont en général plus délicats et construits d'après un type supérieur. Puis on voit à la fois , dans les Seps et Chalcis , des membres thoraciques et des membres abdominaux , tous extrêmement petits. Enfin les Sauriens proprement dits ont ces deux paires de membres parfaitement développées (1).
DCLXVI. La structure des membres est , chez la majorité des Sauriens , conforme en tous points au type que j'ai déjà indiqué dans la construction générale du squelette osseux. Chaque membre représente une colonne de
(1) Si le singulier Amphiuma means appartient à cet ordre, et ne fait pas plutôt partie ciu précédent, comme tout porte à le croire , il nous fournirait l'exemple de membres sans os, et purement charnus encore.
corps vertébraux , composés d'os manifestement diconiques , et qui , en s'éloignant de l'arc protovertébral , se divisent par deux et par trois. Tous les Sauriens , l'ichthyosaure excepté, ont donc un article supérieur simple. DCLXVll. Cet article supérieur, aux membres de derrière et de devant , est simple , et déjà semblable à l'humérus et au fémur humains ( pi. xxvn , fig. IX , oo).
DCLXVlIl. Les inter-articles , entre les articles supérieurs et inférieurs , l'olécrane et la rotule , ne sont presque point développés , surtout aux membres abdominaux. Je trouve seulement , chez le Lézard gris , un noyau cartilagineux plat dans le tendon des muscles extenseurs. Mais , aux membres thoraciques , on observe fréquemment les inter-articles , sous la forme de rotules ou d'olécranes libres (pi. xxvn , fig. IX ,p). Tel est, d'après Meckel , le cas de VIguana delicatissima , du Pohjchrus marmoratus , des Lacer ta ocellata et viridis.
DCLXIX. Varlicle inférieur est ordinairement partagé en deux , radius et cubitus , tibia et péroné (pi. xxvn , fig. \x, qq). Chez l'ichthyosaure , où les membres sont fort oblitérés et pinniformes , cet article , par lequel commence ici le membre , est encore simple , et n'offre qu'un indice de division.
DCLXX. A Varticle terminal , tant des membres thoraciques que des membres abdominaux , le nombre cinq est déjà le diviseur dominant, l'ichthyosaure , qui ne présente point encore de distinction entre les articles carpiens , métacarpiens et phalangiens , est le seul où l'article terminal des deux paires de membres se divise tout simplement (comme la nageoire ventrale , par exemple , des Poissons réguliers ) en six colonnes vertébrales , dont les deux externes^ sont les plus fortes , et dont chacune consiste en des rangées de noyaux diconiques , au nombre de vingtquatre à trente. Chez la plupart des Sauriens, au contraire , comme , par exemple , dans le Lézard gris , on trouve cinq doigts aux deux paires de membres , et l'on peut distinguer des articles carpiens , métacarpiens , et phalangiens.
Cependant , on trouve encore des rapports numériques plus imparfaits , par exemple des cas de clivision par quatre , et où , en conséquence , chaque os de l'article inférieur ne se
SQUELETTE DES REPTILES
partage q^^n deux colonnes vertébrales.
Ainsi le Crocodile du Nil a bien quatre doigts aux membres caractéristiques de la classe , ceux de l'abdomen; mais il en a cinq à ceux de la poitrine. Chez les Ophidi-Sauriens même , l'article terminal est tout à fait simple , et parfois divisé seulement en deux , trois ou quatre doigts.
Enfin je dois faire remarquer que, sous le rapport des membres, l'Ichthyosaure fait manifestement le passage aux Poissons , comme le non moins remarquable Ptérodactyle le fait aux Oiseaux. Celui-ci paraît être le premier des animaux supérieurs chez lequel la nature soit arrivée à métamorphoser les membres pectoraux en ailes ; mais probablement elle n'y était parvenue que d'une manière fort imparfaite; car un seul doigta pris l'extension qu'on remarque dans tous les os du bras des Chéiroptères.
Au reste , c'est une source abondante de considérations, que précisément les formes transitoires les plus remarquables de la classe des Reptiles aient disparu (1).
DCLXXI. Lorsqu'on peut distinguer un article carpien ou tarsien , un article métacarpien ou métatarsien , et des articles phalangiens , Variicle carpien ou tarsien se rapproche de ce qu'il est chez les Salamandres. Chaque rangée , au lieu des cinq à six os se rapportant à la division par dix , qu'elle devait offrir d'après la cénstruction typique, n'en présente qu'un à quatre , surtout aux membres postérieurs , et même chez les grands Sauriens , dont le squelette a pris d'ailleurs un si grand développement. En général donc, une paire de ces os semble être la continuation du cubitus et du péroné (2).
Ainsi le carpe et le tarse sont développés d'une manière incomplète , de même que , chez les Poissons, l'article supérieur du membre entier se trouvait encore oblitéré.
DCLXXII. Le métacarpe ou le métatarse et les phalanges sont parfaitement développés.
Les os de l'article métacarpien ou métatarsien sont partout simples , diconiques , et en même nombre que les doigts.
(!) Oken a parfaitement de'montré {Isis , 1819, p. 1788), contre l'opinion de Sœmmerring, que le Ptérodactyle était réellement un Reptile.
(2) CuviER , Annal, du Mus., t. XII, pi. ii, fig. 13 et IC.
Les doigts consistent en colonnes de coi^ps vertébraux ou de petits os diconiques , et aboutissent en grande partie aux ongles ou aux griffes du dermatosquelette.
Une chose remarquable , c'est la progression régulière suivant laquelle le nombre des phalanges augiuente ordinairement de dedans en dehors (pi. xxvH,fig. ix, r"). Ainsi, par exemple, dans le Lézard gris , on trouve deux phalanges au doigt interne (pouce) , trois au second, quatre au troisième, cinq au quatrième , et trois au cinquième. Le doigt externe est aussi le plus long et le plus fort dans le Ptérodactyle , c'est-à-dire que là il est le doigt alaire. On ne saurait méconnaître le rapport qui existe entre cet allongement régulier des colonnes de l'article terminal 1^3) et les rayons des nageoires de Poissons qui , plus longs dans le milieu , deviennent plus courts vers le côté interne. On trouve même, chez les plus parfaits d'entre les Sauriens, tels que les Crocodiles , des rudiments d'une membrane natatoire unissant ensemble ces colonnes. Pour rendre l'analogie plus parfaite encore , quelques doigts perdent leurs ongles , ce qui les fait ressemlDler davantage à des rayons inermes de nageoires.
Au reste, l'inégalité du nombre des phalanges annonce un type inférieur ; car d'après la construction normale , il devrait y en avoir trois, par répétition des deux rangées du carpe ou du tarse et de l'os métacarpien ou métatarsien.
b. Squelette de la tête.
DCLXXIII. La colonne deutovertébrale de la tête diffère très-peu dans les Sauriens de ce qu'elle est chez les Serpents. Elle continue à se trouver dans le même plan que celle du rachis, c'est-à-dire à suivre une direction horizontale. Les diamètres transversal et vertical ne diffèrent pas non plus beaucoup de ceux du rachis , et comme chez les Ophidiens, les vertèbres faciales sont ouvertes pour le passage de l'air.
DCLXXIV. La vertèbre occipitale ressemble toutà fait à une vertèbre rachidienne , comme chez les Serpents. Son corps est également pourvu d'une tête , qui forme une articulation très-complète avec la cavité cotyloide de
(3) F. mes Tabul. illust. , cali. II , pi. ix , ÛQ. 7,
SQUELETTE DES REPTILES
la première vertèbre cervicale (pi. xxx,