‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 3 sur 318 · D'UNE HISTOIRE ET D'UNE BIBLIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

D'UNE HISTOIRE ET D'UNE BIBLIOGRAPHIE

L'ANATOMIE COMPARÉE

L'ÉTUDE de la nature fut la première à laquelle les Grecs s'adonnèrent, parce que les lois de l'intelligence humaine veulent qu'avant de nous replier sur nous-mêmes, nous arrêtions d'abord notre attention sur les objets dont nous sommes entourés. Ceux qui s'en occupaient portaient le nom de philosophes chez ce peuple si célèbre en tous genres , et par-delà les annales duquel nous n'irons pas, avec Ludwig, poursuivre l'histoire imaginaire ou fabuleuse de l'anatomie comparée. Quel résultat utile pouvaient avoir, en effet, les faibles notions procurées par les sacrifices d'animaux et les présages tirés de l'inspection de leurs viscères? Si des faits nombreux et bien observés ne constituent point une science à eux seuls, des données vagues et confuses , tout au plus comparables à celles que certaines professions font aujourd'hui acquérir aux artisans qui les exercent, pouvaient bien moins encore en poser même les premières bases.

Les philosophes de la Grèce furent partagés en plusieurs sectes , dont les deux premières et les plus célèbres , l'italique et l'ionienne , eurent pour chefs Pythagore et Thaïes , qui , tous deux , avaient puisé leur instruction et leurs dogmes chez les prêtres de l'Egypte.

Ces deux sectes étudièrent la nature avec une égale ardeur ; mais elles se laissèrent moins guider par l'observation que par l'esprit de système. Cependant l'italique , qui cultivait les mathématiques, suivit par cela même une meilleure méthode que sa rivale. Aussi fut-ce elle qui, malgré les vœux et contre l'intention de son fondateur, fournit les premiers anatomistes, Alcméon et Empédocle, Démocrite et Heraclite. Mais les préjugés ou les lois , qui faisaient un crime

de la violation des tombeaux , permettaient seulement de disséquer des animaux. Cette fois donc le fanatisme religieux fut utile à quelque chose , puisqu'il favorisa , nécessita même la naissance d'une des branches les plus essentielles des connaissances humaines.

L'école de Pythagore brilla d'un vif éclat , mais elle ne se soutint pas long-temps, et ne dura guère que deux cents ans. La philosophie se concentra tout entière dans la Grèce proprement dite , où la secte ionienne , partagée bientôt en branches nombreuses , porta la science en général à un assez haut degré de perfection. Cependant le seul d'entre ses chefs qui paraisse s'être occupé un peu d'anatomie comparée est Anaxagore , bien plus célèbre pour avoir été le maître de Périclès et de Socrate , et pour avoir imaginé le fameux système des homœoméries, renouvelé dans les temps modernes par Buffon; car ses connaissances en histoire naturelle étaient d'ailleurs si bornées , qu'il croyait que l'Ibis s'accouple par le bec, et que la Belette fait ses petits par la bouche.

H faut arriver jusqu'à Aristote pour trouver de véritables notions sur l'anatomie comparée , qui le réclame comme son fondateur , car jusqu'alors on n'avait étudié la structure des animaux que faute de pouvoir observer celle de l'homme , et les connaissances d'Aristote en ce genre furent portées à une hauteur où l'on conçoit à peine qu'il ait pu s'élever sans le secours d'aucun prédécesseur digne d'une mention spéciale. Aristote , élève de Platon, dont tous les disciples se sont distingués par leur noble indépendance, leurs talens ou leur éloquence, fit marcher d'un pas presque égal la philosophie et la physique. Il fut réellement le créateur de cette dernière science , telle qu'elle a existé , non-

ESQUISSE HISTORIQUE

seulement chez les anciens , mais même encore clans les temps modernes ; car , au dixhuitième siècle, et surtout à l'époque où Newton remit les physiciens sur la route qu'ils devaient suivre , on fut obligé de revenir aux principes d'Aristote , dénaturés par les Scolastiques et les Arabes , et de reprendre la marche qu'il avait tracée. Ce grand homme a donné le plus beau modèle de la manière d'observer la nature avec exactitude, d'en décrire les objets avec méthode , de classer les observations, et.de saisir les conséquences qui en découlent. Il recueillait des faits, les comparait entre eux, et tantôt déduisait des règles générales de cette comparaison , tantôt se bornait à réunir un certain nombre d'expériences sous un chef commun , où il les laissait provisoirement comme des choses dont on ignorait la raison , moyen bien préférable à celui d'imaginer des hypothèses , qui , expliquant tout avec facilité , parce qu'elles ne font rien concevoir avec précision , ne rendent des phénomènes qu'un compte faux et illusoire. On doit aussi à Aristote d'avoir introduit le langage serré et sévère qui convient aux sciences exactes. Le premier chapitre de son Histoire des animaux est un vrai traité d'anatomie comparée. Il y passe successivement en revue les parties internes et externes dans l'homme et les animaux à sang rouge et à sang blanc , car il avait déjà saisi cette grande division du règne animal , qui , sans être parfaitement exacte , se rapproche cependant beaucoup de la vérité. Mais son anatomie proprement dite , encore très-imparfaite , est bornée en grande partie aux viscères , et les détails sont pour la plupart incorrects. Ainsi , par exemple , il fait sortir les nerfs du cœur , et ne distingue nettement ni les veines des artères, ni les nerfs des tendons. C'est surtout la surface des organes et les mœurs qu'il s'attache à bien décrire , et il y a réussi au point qu'entre autres son histoire de l'Eléphant l'emporte sur celle de Bufîon , et que les modernes ont peu enrichi celle qu'il donne de l'Autruche et du Caméléon.

On a lieu d'être surpris qu'un si grand maître n'ait point formé une école digne de lui , à moins d'admettre , ce qui n'a rien d'improbable, que la crainte d'essuyer des persécutions semblables à celles qu' Aristote

éprouva de la part des prêtres de Cérès, n'ait effi'ayé ceux qui n'aimaient pas assez la philosophie pour lui sacrifier leur repos , et qui n'avaient point un maître du monde pour ami. Théophraste , qui lui succéda deux cent soixante ans environ avant notre ère , se livra de préférence à l'anatomie et à la physiologie végétales. Cependant il ne négligea pas tout-à-fait les animaux. Ce qui prouve qu'il avait des vues très-délicates , appuyées sur des notions anatomiques , c'est qu'il trouva l'une des véritables raisons de la faculté qu'a le Caméléon de changer de couleur, en l'attribuant à la grandeur des poumons de ce reptile.

Le génie anatomique d'Aristote semble s'être réfugié , après sa mort , à la cour des Lagides , princes vicieux pour la plupart , mais très-éclairés , et qui protégèrent de tout leur pouvoir les sciences , dont l'amour avait été inspiré par le philosophe de Stagyre au fondateur de leur dynastie. C'est à Alexandrie qu'enseignait Erasistrate , dont la place est marquée parmi ceux qui ont jeté les premiers fondemens de l'anatomie comparée. Erasistrate entrevit les vaisseaux lactés sur les entrailles d'un Chevreau , et fit beaucoup de recherches sur la comparaison du cerveau de l'homme avec celui des animaux.

Après lui et son rival Hérophile , qui nous intéresse moins , quoiqu'il ait été l'un des plus grands anatomistes de l'antiquité , nous ne trouvons jusqu'à Gahen que les compilations de Pline et d'^Elien , presque stériles toutes deux pour l'objet dont nous nous occupons. Quant au médecin de Pergame , on a prétendu qu'il ouvrit des corps humains. Sans nier le fait , nous ferons remarquer que toutes les fois qu'il arrive à Galien de descendre dans les détails anatomiques, c'est chez les animaux qu'il va les puiser. En effet , il avait disséqué un grand nombre d'animaux , dont plusieurs très-semblables à l'homme, notamment des singes sans queue. Vésale avait déjà mis cette vérité hors de doute, lorsque les savantes et fines recherches de Camper vinrent la confirmer , et prouver que Galien avait étudié l'organisation de l'Orangoutang , rare espèce de quadrumane qui vit dans les Indes orientales.

Moins heureuse que la plupart des autres sciences , qui traînèrent au moins une exis-

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tence languissante pendant le moyen -âge, cette longue et pénible enfance d'une nouvelle civilisation , et dont plusieurs firent même quelques progrès sous le règne des Califes , l'anatomie comparée disparut entièrement durant cette période , dans laquelle la philosophie spéculative trouva seule à glaner. Elle ne fut tirée de l'oubli qu'au quatorzième siècle. L'époque de sa renaissance peut être partagée en deux temps bien distincts , l'un de simple érudition , l'autre de pure observation.

La période d'érudition , remplie par Mondino , Zerbi et Achillini , ne doit pas nous arrêter. L'anatomie sortait à peine de l'enfance, et ceux qui la cultivaient, quoique commençant à ne plus s'exercer uniquement sur des animaux , n'osaient point encore s'écarter des anciens, dans les écrits desquels ils n'avaient pas même le talent de distinguer les observations exactes des suppositions gratuites et des hypothèses frivoles.

La seconde période , au contraire , qu'on a si justement appelée l'âge d'or de l'anatomie , est riche en découvertes importantes. Bérenger de Carpi, plus instruit que tous ses prédécesseurs, releva plusieurs erreurs que Galien n'avait pu manquer de commettre en appliquant à l'homme les résultats de l'observation des animaux. C'est ainsi qu'il démontra le premier que la cavité de la matrice est unique et non double , comme l'avait dit le médecin de Pergame. Vésale établit un savant parallèle entre les muscles et les os du Singe et de l'Homme ; mais avec quelque aigreur qu'il se soit exprimé contre Galien, on voit cependant que lui-même composa quelquefois ses descriptions d'après les animaux. Ainsi , lorsqu'il entre dans les détails de la structure du cœur , on est forcé de reconnaître qu'U avait sous les yeux celui d'un animal. Apparemment qu'il croyait les différences trop faibles ou trop peu importantes pour mériter qu'on en tînt compte. Colombo , Casserio et Coiter fournirent des documens précieux à l'anatomie comparée , que Rondelet et Aldrovandi enrichirent de leurs infatigables recherches. Riolan, guidé par quelques passages des auteurs anciens , en particulier d'Aristote , montra beaucoup de sagacité en donnant à penser que des os fossiles d'une grandeur prodi-

gieuse , attribués par Habicot à Teutpbochus, roi des Cimbres , appartenaient à l'Eléphant. Harvey rassembla une foule de remarques curieuses , tant sur les organes de la circulation , fonction importante dont la gloire lui appartient d'avoir entièrement dévoilé les mystères, que sur l'histoire du fœtus aux diverses époques de la gestation : il étudia les organes générateurs chez des animaux alors rares et peu connus , tels que l'Autruche et le Casoar. Schneider , de son côté, découvrit la structure du cerveau dans différentes espèces d'animaux; il prouva entre autres que les prolongemens qui donnent naissance aux nerfs olfactifs ne renferment pas chez l'homme , comme chez ces derniers , le canal qui avait fait croire à une communication directe entre les ventricules antérieurs de l'encéphale et les fosses nasales.

Pendant les deux périodes dont il vient d'être question, on ne cultiva l'anatomie comparée que dans l'intérêt de la physiologie , dont on se flattait d'éclaircir , avec son secours , les points obscurs et difficiles. Ce n'était plus la pénurie des cadavres ou l'empire des préjugés qui obligeait de s'y Mvrer , mais l'intime conviction , trop perdue de vue aujourd'hui , des puissans secours qu'elle peut fournir à l'anthropologie. D'ailleurs la plupart des grandes découvertes avaient été faites sur les animaux , qui ouvraient un champ libre aux investigations de toute espèce. Aussi cette science, sans prendre un élan comparable à celui que la découverte de la circulation du sang et de celle du chyle venaient d'imprimer à l'anatomie en général , s'éleva-t-elle à une hauteur surprenante , et l'époque dont nous allons tracer rapidement l'histoire peut même en être considérée comme l'âge d'or.

Elle n'avait encore été étudiée que dans ses détails. Le napolitain Marc-Aurèle Severino fut le premier qui conçut l'idée de la réunir en corps de doctrine , et , sous ce rapport , on peut à bon droit l'en regarder sinon comme le véritable , du moins comme le second fondateur. Sa Zootomia Democritea est , à la vérité , un ouvrage grossier , écrit dans un style barbare et scolastique ; mais c'est le premier traité général d'anatomie comparée que nous possédions , et cette seule considération suffirait pour le rendre

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dig-iie d'être cité de la manière la plus honorable , car en toutes choses le commencement est ce qu'il y a de plus difficile à trouver. D'ailleurs Severino n'a pas seulement ce mérite , qu'on pourrait appeler extrinsèque : il a établi d'importantes généralités. Les animaux sont comparés entre eux dans son livre, et il pose en principe que toutes les parties dont le corps se compose diffèrent seulement par les proportions dans les diverses espèces. A ce premier énoncé , on serait tenté de croire que Severino a connu ou du moins soupçonné les hautes considérations auxquelles la zootomie s'est élevée depuis quelques années ; mais nous devons nous empresser de dire que , s'il en eut le vague pressentiment , si cette idée dut même s'offrir d'autant moins confusément à son esprit qu'il n'avait point à secouer les lourdes entraves des combinaisons systématiques, du moins ne sut-il en faire aucune application aux cas particuliers. Mais on lui doit plusieurs découvertes de détail , que Peyer , de Graaf et Lieutaud se sont attribuées depuis.

Quatorze ans après la publication de son ouvrage , Samuel CoUins en donna un plus considérable , dans lequel il effleura en même temps et l'anatomie comparée et l'anatomie pathologique. C'était un rapprochement tout nouveau , et de la plus haute portée encore ; malheureusement nous ne pouvons guère juger de l'étendue des idées de l'écrivain anglais que par la multitude d'objets qu'il avait fait représenter dans les planches assez bien gravées dont son travail est enrichi. L'esprit, qui vivifie tout , ne se laisse point apercevoir , et on peut douter que CoUins ait réellement saisi la conception de cette admirable unité dont la nature ne s'écarte que par des nuances , toutes rigoureusement prescrites, au miheu même des aberrations , ou normales ou insolites, qu'un premier et superficiel aperçu pourrait faire considérer comme d'inconciliables dissidences.

Cependant l'ancienne méthode n'était point encore abandonnée. Après s'être exercé pendant long-temps sur les grands animaux , on voulut aussi connaître la structure des petits. Ruyscli et Stenon publièrent quelques observations sur les Raies , et Thomas Willis donna une description complète de l'Huître et de l'Ecrevisse , avec quelques autres morceaux

d'anatomie comparée. Son exemple ne tarda point à être imité par Malpighi , qui mit au jour une excellente anatomie du Ver à soie et du papillon provenant de cette chenille. Poupart ébaucha aussi l'anatomie des plumes, si habilement développée dans ces derniers temps par Dutrochet et F. Cuvier , et sur laquelle nous attendons de Nitzsch un travail dans lequel ne pourra manquer d'être profondément imprimé le cachet d'exactitude qui caractérise le talent de ce naturaliste si habile. Mais déjà Swammerdam avait porté l'art de la dissection jusque sur les insectes , dont il n'y eut pas d'assez petits et d'assez méprisables en apparence pour échapper à son scalpel et à son ardent désir de scruter les mystères les plus profonds de la nature.

La Bible de la nature , malgré tous les défauts qui la déparent , et qui tiennent uniquement au plan suivi par l'éditeur , Boerhaave , est encore aujourd'hui un ouvrage surprenant, on pourrait presque dire inimitable. Nul homme n'a pénétré aussi avant dans la structure des petits animaux , nul n'a décrit cette structure si admirable , si étonnante , si variée , d'une manière plus véridique que ne l'a fait Swammerdam. Le premier , il a donné des détails suffisans sur un nombre considérable d'espèces dont quelques unes présentent des difficultés immenses à la dissection. Tel est , par exemple , le Pou , dont il a reconnu les nerfs , le ganglion céphahque ou cerveau, et tous les viscères. C'est à cet homme infatigable qu'on doit la découverte de la véritable nature des métamorphoses des insectes , entrevue et indiquée déjà par la célèbre Sibylle de Mérian , et qui avait fourni à Godard le sujet de tant de fables ridicules. Swammerdam a démontré , par de belles expériences , que les trois états par lesquels beaucoup d'hisectes passent avant d'arriver à celui où ils sont capables d'engendrer et de se reproduire , ne sont chacun autre chose qu'un développement , une sorte de déboîtement de celui qui précédait , et que la larve ou chenille contient , sous différentes enveloppes, la nymphe ou chrysahde , qui , elle-même à son tour, renferme l'insecte parfait. Ajoutez à ce tableau que chacun des états successifs possède cependant certains organes propres , qui ne sont qu'une manifestation transitoire d'organes semblables, permanens, mais chez d'au-

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très animaux , et il ne restera plus que des détails , curieux sans doute , mais d'une importance secondaire , philosophiquement parlant, pour faire connaître dans son entier l'un des plus surprenans phénomènes de l'organisation animale , l'un des plus propres à renverser tous ces maigres systèmes qu'une physiologie trop peu riche de faits positifs s'est plu à imaginer dans ces derniers temps. C'est encore Swammerdam qui nous a appris que les Insectes respirent par des trachées aériennes , et qu'il règne le long de leur corps une chaîne de ganglions nerveux, dont chacun semble être une répétition du cerveau, ou plutôt un cerveau distinct et jusqu'à un certain point indépendant des autres. Mais le grand anatomiste hollandais ne fut point aussi heureux hors de la classe des animaux articulés. Lui-même avoue n'avoir jamais pu découvrir les fonctions de tous les organes de la Moule. Faut-il s'en étonner, puisque c'est de nos jours seulement qu'on a vu se dissiper en partie l'obscurité dont les phénomènes de la vie sont enveloppés chez les Mollusques bivalves ? Son histoire de la Seiche renferme aussi de grandes erreurs , mais qui tiennent à ce qu'il était fort jeune quand il s'occupa de ce Céphalopode , qu'il n'eut plus ensuite occasion de revoir. Cependant celle du Colimaçon est un véritable chef-d'œuvre d'habileté et de patience, qui n'a pu être encore surpassé que par l'inimitable travail de Lyonnet sur la Chenille du saule.

Faisons remarquer qu'il serait assez difficile d'exphquer par quelle fatalité les mollusques, beaucoup plus faciles à disséquer que les Insectes , ne l'ont néanmoins été que fort tard, n'ont même commencé à être réellement connus , sous le rapport de leur organisation , que depuis les impérissables travaux de G. Cuvier. Ainsi les trois petits traités de Martin Lister sur ces animaux et sur les Arachnides contiennent beaucoup d'anatomie , mais qui est très-grossière. Lister s'est trompé sur plusieurs points , quoiqu'il ait fait aussi de fort bonnes remarques. On peut en dire autant des observations de Jean Muralto. Douglass se montra plus exact dans saMyographie comparée de l'Homme et du Chien.

N'oublions pas de nommer Rœsel,^qui nous a laissé une bonne anatomie de l'Écrevisse et des détails curieux tant sur les méta-

morphoses des Batraciens que sur leur structure dans l'état de têtard et dans celui de reptile parfait. Parmi ses compatriotes on distingue encore Jean-Daniel Meyer, qui a donné des figures d'un grand nombre de squelettes d'animaux , mais dont les dessins n'avaient en général point été faits avec assez de soin.

A peu près sur la même ligne que Swammerdam doit marcher Réaumur , dont les Mémoires, lus par tout le monde , ont presque autant contribué à répandre le goût de l'histoire naturelle que les brillans discours de Buffon. Réaumur s'est rendu immortel dans cette science , après avoir servi la physique en perfectionnant le thermomètre , et les arts en y appliquant pour la première fois la chimie. Avant lui , on n'avait aucune donnée pour juger jusqu'à quel point les Insectes sont féconds en merveilles. Avant lui on était encore dans une ignorance profonde sur l'histoire des Abeilles, qu'il a singuHèrement éclaircie. Cependant il a commis à cet égard plusieurs erreurs qui ont été relevées et rectifiées depuis par le savant naturaliste genevois Huber. Quoiqu'il se soit attaché surtout à décrire les mœurs et les habitudes de ces animaux , il ne négligea pas non plus les descriptions anatomiques , marche absolument inverse de celle qu'a suivie Schseffer. Mais , en ce genre , Réaumur est demeuré fort inférieur à Swammerdam. Le suédois Degeer , qui a suivi pas à pas ses traces , n'a pu s'élever à la même hauteur que lui , quoiqu'on doive le considérer comme son continuateur, autant du moins qu'il est possible à deux hommes de se tenir exactement dans la même direction.

C'est en France surtout que l'anatomie comparée fit des progrès à cette époque. L'Académie des sciences s'en était occupée dès son origine , et parmi ceux de ses membres qui la cultivèrent avec le plus d'honneur, nous citerons Perrault , Duverney et Méry. Perrault , objet des satires multipliées et si injustes de Boileau , a publié des recherches sur le cœur des Tortues et les organes pulmonaires de la Carpe. Duverney , son collaborateur , dont Fontenelle a si bien su apprécier le mérite, décrivit les mœurs et la génération du Limaçon , ainsi que la circulation du sang dans les Poissons qui ont des ouïes , sujet curieux , qui n'était cependant pas nouveau , puisqu'il avait déjà fixé l'atten-

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tion de Borrich et de Gouan, comme aussi divers autres points de l'anatomie des Poissons avaient attiré celle de Rai , de Willoiighby et d'Artedi. C'est Duverney surtout qui a contribué à répandre à Paris le goût de l'anatomie comparée. Quant à Méry , son antagoniste , nous lui devons , comme à Perrault , des remarques sur le cœur et la circulation des Chéloniens. Ses observations ne surpassent pourtant point en exactitude celles qu'on devait depuis long-temps , sur les Tortues marines et d'eau douce , à Caldesi , dont le travail est si parfait qu'au jugement de Haller , l'anatomie d'aucun autre animal n'a été décrite avec autant de précision et de vérité. Les noms de Ferrein et de Petit ne sont pas moins célèbres dans la science. Celui de Cliaras rappelle des recherches sur la Vipère et ses crochets à venin, que n'ont point encore fait oublier celles de Fontana et de Mangili , et qui ne le cèdent qu'aux travaux tout récens de Duvernoy.

D'un autre côté , des observateurs habiles faisaient servir le microscope aux progrès de la physique et de l'histoire naturelle. Robert Hooke et Gautier Needham , en Angleterre , Fillustre Redi, en Italie, et Leeuwenhoek, en Hollande , découvrirent avec cet instrument une classe tout entière d'êtres nouveaux. Les observations qu'ils recueillirent tournèrent au profit de l'anatomie comparée , en même temps qu'elles révélèrent une partie du monde organique invisible , et dont il était réservé à Ehrenberg et à Raspail de nous faire connaître l'inépuisable et surprenante variété. Needham découvrit le Rotifère , animal pour qui la résurrection , dans toute l'étendue de ce terme , à signification presque fabuleuse , n'est point une chimère , et les animalcules bizarres qui nagent dans la semence du Calmar. Cette découverte influa principalement sur la physiologie , et donna lieu à de nouvelles hypothèses plus ou moins ridicules sur les mystères de la génération. Celle du Polype à bras suffit pour immortaliser le nom de Trembley , parce qu'elle porta une irréparable atteinte à la doctrine des ovistes, en dévoilant l'existence d'un animal qui a la singulière faculté de se reproduire par gemmation et par scission , comme les plantes dicotylédones. Bientôt après , Peyssonnel conjectura que les tubercules ciliés du Corail , aperçus

par Marsigli, mais considérés comme des fleurs par le célèbre fondateur de l'Institut de Bologne , pourraient bien être aussi des animaux. Bernard de Jussieu ne tarda pas à convertir ce soupçon en certitude , et à démontrer l'animalité des Polypes coralligènes. Depuis , Ellis a retrouvé les analogues de ces animalcules dans les Sertulaires , et l'on en a également aperçu de semblables dans les Madrépores , les Millépores , etc. C'est aujourd'hui un des faits les mieux établis de la zoologie.

Cependant les faits relatifs à l'anatomie comparée se trouvaient isolés dans différens recueils ; la plupart étaient disséminés dans les Ephémérides des curieux de la nature et dans les Mémoires de l'Académie des sciences. Quelques uns néanmoins , tels que les observations de Tyson , avaient été insérés dans les Transactions philosophiques. Ainsi épars, il était difficile de les employer utilement. Trois laborieux compilateurs se chargèrent de les réunir. L'infatigable Blaes enrichit encore d'une multitude de remarques qui lui sont propres , son précieux recueil , dont celui de Valentini, quoique bien inférieur , forme le complément naturel et indispensable. Quant à la Bibliothèque de Manget , depuis long-temps elle a son rang marqué parmi les plus riches et les plus utiles collections de ce genre.

Arrivés à Boerhaave , nous voyons se terminer la seconde et l'une des plus brillantes époques de l'anatomie comparée. Après avoir cultivé pendant long-temps cette science par nécessité , on y était revenu par choix , et Ton s'épuisait de toutes parts en efforts pour la perfectionner dans ses détails , lorsque l'illustre professeur de Leyde l'accabla du poids de sa réprobation , et , soutenant contre tous les principes de la saine philosophie qu'elle ne peut avancer en rien la connaissance des fonctions de l'économie humaine , la rendit tout à coup stationnaire au moment où elle venait de prendre un plein essor. Déplorable elïet de cette autorité législative que certains siècles ont attribuée à des hommes supérieurs, et qui atteste seulement l'infinie petitesse des satellites gravitant autour de ces imposantes planètes ! Boerhaave , habile botaniste , mais très-peu versé en zoologie , et jaloux de renverser le système de Sylviuset de Tachenius,

SUR L'ANATOMIE COMPAREE

ne considéra jamais l'étude de la structure intime des êtres organisés que comme un moyen de multiplier les arguments en faveur de la doctrine mécanique qu'il voulait établir. Dès que cette doctrine déplorable eut pris le dessus , et elle régna ensuite pendant plus d'un demi siècle dans les écoles , elle dut nécessairement ramener les physiologistes à l'anatomie spéciale de l'homme , que les idées chimiques avaient fait négliger un peu ; car , dès qu'on ne voit plus qu'une machine dans un corps , ce corps doit présenter des différences considérables suivant les dimensions diverses des parties , et il cesse d'être indifférent de l'observer dans telle espèce plutôt que dans telle autre. Cette révolution porta un coup funeste à l'anatomie comparée, qui ne futplus guère soutenue que par Alexandre Monro le père , dont l'ouvrage peu important ne contient que quelques faits propres à l'auteur.

Cependant l'anatomie comparée ne fut pas tellement délaissée qu'elle ne comptât encore quelques protecteurs puissants. Le grand Hal- 1er l'appuya de tout son crédit. Le premier , en effet , Haller sentit que les phénomènes de l'économie humaine ne sont , dans la réalité , que des cas particuliers dépendant de principes généraux qu'on ne peut établir qu'en invoquant la physiologie générale , c'est-àdire l'histoire des fonctions dans tous les animaux. Il joignit même l'exemple au précepte ; car , en traitant de chaque partie du corps , il l'examine d'abord chez l'homme, puis chez les animaux. D'ailleurs ses innombrables observations sur l'œuf soumis à l'incubation prouvent assez combien la zootomie lui paraissait nécessaire et indispensable pour expliquer tous les phénomènes zoonomiques.

Spallanzani et Ch. Bonnet n'en ont pas tiré moins habilement parti que lui dans leurs savantes et curieuses recherches sur la régénération de la tête du Limaçon et des pattes des Salamandres , si maladroitement et si amèrement tournées en ridicule par Voltaire, qui , parce qu'il avait épelé les ouvrages de Newton, ne voulut jamais s'avouer à luimême son ignorance complète en physique.

D'une autre part , si, dans la nouvelle époque qui commence pour l'anatomie comparée , les médecins contractèrent peu à peu la funeste habitude, à laquelle mallieureuse-

ment tous n'ont point encore renoncé aujourd'hui , de la considérer comme une science de pure curiosité, et tout à fait étrangère à l'art de guérir, les naturalistes , mieux inspirés , conçurent l'heureuse idée d'aller chercher dans les notions qu'elle fournit les bases d'une classification rigoureuse et naturelle des animaux. Les zoologistes ont songé beaucoup plus tard que les botanistes à introduire la méthode dans les objets de leurs études. En effet , ceux-ci , ne pouvant se borner à des commentaires sur les livres , la plupart inintelligibles , qui avaient été laissés par les anciens , furent obligés de recourir de bonne heure à l'observation de la nature , qui leur présentait peu de difficultés, puisqu'il est plus facile de rassembler des plantes dans un jardin ou dans un herbier, que de réunir des animaux dans une ménagerie ou leurs dépouilles dans un cabinet. Il résulta de là que les objets se multiplièrent bientôt à tel point qu'on sentit l'impérieux besoin de chercher des moyens artificiels de les classer pour soulager et aider la mémoire. Mais les zoologistes n'éprouvèrent pas aussi vite le même embarras. Aussi Rai et Klein ne songèrentils à la méthode que longtemps après qu'elle eut été appliquée à la botanique par Césalpin.

C'est à Buffon qu'appartient l'honneur d'avoir démontré l'importance de l'anatomie comparée dans la partie caractéristique de l'histoire naturelle , en l'unissant d'une manière continue à cette dernière. C'est à son infatigable collaborateur Daubenton que revient celui d'en avoir fait la base désormais inébranlable de la zoologie. Car c'est au dédain affecté pour elle et la considération non moins importante des mœurs et des habitudes , qui en est la conséquence , qu'il faut s'en prendre si Linné et ses disciples surtout ont établi de si mauvaises divisions dans certaines classes du règne animal , en particulier dans celles des Vers , qui chez eux offre l'image du plus affreux désordre. Toutes les fois que l'on s'écarte de la méthode naturelle fondée sur l'anatomie comparée , c'està-dire qu'on sacrifie l'ensemble des rapports et de l'organisation à des détails plus ou moins minutieux , on peut bien parvenir à créer un système qui conduise à la connaissance du nom des objets, mais on ne met que des mots

ESQUISSE HISTORIQUE

dans l'esprit de ses lecteurs , on néglige les hautes considérations philosophiques auxquelles conduit l'étude bien dirigée de la nature , et l'on fait de la science la plus attrayante un aride catalogue de termes barbares ou dissonnants.

La partie anatomique n'a point partout le même mérite dans Buffon. En ce qui concerne les Quadrupèdes , Daubenton et Mertrud , qui en furent les rédacteurs , lui ont donné un rare degré de perfection d'après lequel on ne saurait trop regretter que ces deux savants ne se soient occupés ni du système nerveux , ni des sens , ni des vaisseaux , ni de la myologie. Dans son ornithologie , Buffon fut aidé au contraire par Oueneau de Montbeillard , écrivain élégant , comme on peut en juger par sa belle description du Paon , mais qui n'avait aucune notion d'anatomie. Aussi tout ce qui concerne la structure intime des Oiseaux est-il copié presque textuellement de Willoughby , dont l'ouvrage a servi de base à la plupart de ceux qui ont paru depuis sur ces animaux.

Ce ne sont pas seulement les immenses travaux de Daubenton qui lui donnent des titres à notre reconnaissance. Nous la lui devons encore pour avoir aidé et encouragé de ses conseils un homme dont les brillants discours ont été comparés avec assez de justesse aux préambules de Phne ou aux vues générales de Buffon. Il s'agit de Vicq-d'Azyr, savant aussi ingénieux que profond et spirituel , par les efforts de qui l'anatomie comparée aurait peut-être été portée à son faîte , si une mort inopinée ne fût venue le ravir aux sciences qui déplorent encore aujourd'hui sa perte. Vicqd'Azyr s'est immortalisé par ses nombreuses découvertes en myologie , son anatomie des Oiseaux, ses recherches curieuses sur les phénomènes de l'incubation et sa belle description du cerveau. Chaque page de ses éloquents écrits prouve la haute importance qu'il attachait à l'étude comparative de l'organisation.

Buffon et Vicq-d'Azyr ne furent pas les seuls qui cultivèrent l'anatomie comparée , en France , au dix-huitième siècle , Bourgelat donna l'anatomie du Cheval dans ses Eléments d'hippiatrique , Tenon fit des recherches sur les dents des Herbivores , et Barthez étonna le monde savant par la publication de sa Mé-

canique animale , livre bien supérieur à celui de Borelli et de Verduc , et dans lequel il fit habilement servir les lois de la statique à l'explication du mécanisme des différents mouvements que les animaux exécutent.

En Angleterre , nous trouvons Guillaume Hunter, White , Blake , Townson , Cruikshank et Haighton. Hunter a laissé un mémoire sur les ossements fossiles de l'animal de rOhio , dans lequel il reconnut un quadrupède différent de l'Eléphant et de tous ceux que nous connaissons aujourd'hui ; il s'est occupé aussi de recherches sur les os fossiles qu'on trouve à Gibraltar , et il a donné la description du Nyl-ghau , espèce d'Antilope particulière aux Indes orientales. Haighton s'est principalement rendu célèbre par ses expériences sur la génération , qui sont venues à l'appui de l'opinion de Harvey et de Bartholin , en ce qu'elles ont établi que la hqueur séminale du mâle ne pénètre pas jusqu'à l'ovaire. Cruikshank et Autenrieth les ont répétées , et ont obtenu le même résultat ; aussi fut-ce en vain que Saumarez les attaqua. Nous devons regretter que l'important manuel de Benjamin Harwood soit demeuré incomplet ; on y trouve une excellente description des organes de l'odorat dans les différentes classes d'animaux, et Wiedeman, qui en a donné une traduction allemande , l'a encore enrichi de plusieurs annotations intéressantes. L'auteur anglais a su faire une bien plus sage application cle l'anatomie comparée à la physiologie , que notre compatriote Hanchecorne , dont le livre , malgré son titre ambitieux d'anatomie philosophique , n'est qu'un tissu d'hypothèses et de vues arbitraires. Everard Home mérite aussi une place des plus distinguées ; on lui doit une foule de mémoires remplis d'observations délicates et de vues ingénieuses , qu'il serait trop long de citer tous ici , et parmi lesquels il suffira d'indiquer ceux sur l'Hirondelle de Java , le Coucou et le Kanguroo.

L'Allemagne nous offre le savant Pallas , le seul des naturalistes de l'école linnéenne qui ait suivi l'exemple de Buffon, et qui n'ait pas affecté de dédaigner la connaissance intérieure des animaux ; Otton-Frédéric Mul- 1er, si connu par ses longues recherches sur les Infusoires, dont il découvrit un grand nombre , et que le premier il eut le courage

SUR L'ANATOMIE COMPAREE

de distribuer en genres et en espèces ; Kober, qui examina les dents en général bien longtemps avant Tenon ; Haase , auteur d'une bonne dissertation sur la clavicule; Ebel, à qui l'on doit des recherches sur la névrologie , et Prochaska qui a fait une étude spéciale de la fibre nerveuse et de la fibre musculaire. Merrem s'est occupé de l'anatomie comparée en général ; Josephi , de l'ostéologie des Singes ; Heinlein , de la fécondation et de la conception; Schneider, de plusieurs points de l'ichthyologie; Schelver, des organes des sens dans les Insectes et les Vers ; Seiler , des changements que la vieillesse apporte dans les divers appareils organiques; Kielmeyer, de plusieurs questions de haute philosophie , qui se rattachent intimement à la physiologie générale, ou plutôt qui en découlent comme autant de conséquences ; enfin Blumenbach , de l'ostéologie de l'Ornithorhynque et d'une foule d'autres points obscurs ou douteux.

La Hollande ne fournit qu'un anatomiste célèbre dans le cours de cette période ; mais, à lui seul, il en vaut plusieurs autres. Camper , savant médecin et profond naturaliste , ne laissait échapper aucune occasion de démontrer ou d'expliquer les faits les plus curieux de la nature. L'anatomie de l'Orangoutang, de la tête de la Baleine et du crâne du Rhinocéros , olîrit d'amples sujets à son investigation laborieuse et assidue. Ses longues recherches comparatives le mirent à portée de jeter un grand jour sur les variétés de l'espèce humaine , qu'il apprit à distinguer les unes des autres par la forme de leur tête , ou pour parler avec plus d'exactitude , par le degré d'inclinaison de leur face , par l'angle plus ou moins ouvert que celle-ci forme en se rémiissant au crâne. Le premier il a fait remarquer que les os longs du squelette des oiseaux sont creusés de cavités dans lesquelles l'air a la facilité de s'introduire parce qu'elles communiquent avec l'organe pulmonaire, découverte que Hunter eut l'impudeur de s'approprier quelques années après. On doit encore signaler ses travaux sur l'histoire du Pécari et d'une espèce de Fourmilier, sur l'organe auditif et la structure du nez des Poissons souffleurs et sur la Licorne. Ses longues recherches sur l'anatomie comparée lui firent pressentir un fait dont il appartenait à Cuvier d'établir solidement la démonstration,

c'est qu'il a réellement existé des animaux dont l'espèce est perdue aujourd'hui.

Quant à l'Italie , elle s'honore surtout d'avoir produit Morgagni , qui ramena l'érudition dans l'anatomie , sans d'ailleurs avoir le courage de porter la main sur les mensongères théories du temps où il vivait , et dont l'anatomie comparée réclame une lettre sur les Vers de terre , insérée dans les œuvres de Vallisnieri. Cavolini décrivit les organes générateurs des Poissons et des Crustacés ; il donna dans le même temps quelques détails sur les Polypes marins.

Moreschi s'attacha à l'étude de la rate. Les belles recherches de Scarpa ont répandu un grand jour sur la théorie de l'audition et sur celle de l'olfaction ; elles ont le mérite d'une grande exactitude , qu'on ne saurait accorder toujours à celles de Comparetti. Mais Poli a rendu de bien plus grands services encore à l'anatomie comparée : sa description des Testacés du royaume de Naples est ornée de planches magnifiques , où la structure intérieure de ces animaux se trouve exposée avec une admirable précision; seulement l'auteur a partout pris les nerfs pour des vaisseaux lymphatiques : cette erreur provient de ce que , chez les Mollusques , il y a de la distance entre le névrilemme et la partie pultacée ou médullaire des nerfs , ce qui avait déjà fait dire à Lecat que les nerfs de la Seiche sont creux.

Le vaste plan que Vicq-d'Azyr avait conçu et que la mort l'empêcha de mettre à exécution , fut réalisé presqu'en entier, au commencement du siècle actuel, par Georges Cuvier, qu'un rare et heureux concours de circonstances plaça dans une position telle qu'il ' n'avait aucun sujet d'envier celle où se trouvait Aristote , quand Alexandre lui prodiguait ses trésors et lui soumettait des armées pour le mettre à portée de mieux étudier la nature. Les Leçons d'anatomie comparée ne sont qu'un abrégé du grand ouvrage auquel travailla jusqu'à sa mort l'illustre chef de l'école anatomique descriptive ; mais elles contiennent déjà une masse importante de faits nouveaux. Elles ont d'ailleurs piqué l'émulation et servi de base à un très-grand nombre de recherches ultérieures, qui sont enfin venues se fondre dans le grand traité de Jean-Frédéric Meckel , malheureusement

ESQUISSE HISTORIQUE

demeuré incomplet par la mort de l'auteur. Aussi est-ce à dater de la publication du livre remarquable de M. Cuvier que les grandes idées de Vicq-d'Azyr se sont réalisées , et que les bons esprits, les médecins qui sentent la nécessité de ne point se borner à étudier l'homme malade , mais d'observer attentivement la nature entière , dont les parties sont liées par une chaîne étroite , ont attaché à l'anatomie comparée toute l'importance qu'elle mérite. Depuis cette époque , il n'a pas paru un seul traité de physiologie dans lequel on n'invoquât plus ou moins , souvent à tort et à travers , les secours de l'histoire naturelle pour éclairer les mystères de la structure et des fonctions du corps humain.

Espérons qu'un jour viendra où ces mots anatomie et physiologie de l'homme, anatomie et physiologie comparée , seront rayés du vocabulaire , et où , marchant sur les traces de Treviranus et de Burdach , on ne connaîtra plus qu'une physiologie générale , fondée sur l'anatomie comparative de tous les êtres organisés, végétaux aussi bien qu'animaux; car c'est la seule véritable , la seule qui ne se prête point aux jeux brillants de l'imagination, la seule enfin qui exclue les hypothèses gratuites et les théories arbitraires.

Non seulement Cuvier a fixé invariablement l'opinion sur l'importance de l'anatomie comparée en histoire naturelle et en physiologie , mais encore il en a le premier fait l'application systématique et franche à la géologie. Déjà , il est vrai , on s'était beaucoup occupé de l'oryctologie. Woodward avait fait une longue étude des fossiles. Scheuchzer en avait, dans sa Physique sacrée, décrit un grand nombre , assez mal jugés pour la plupart , quant à l'espèce à laquelle ils sont rapportés. Leibnitz avait aussi donné des détails curieux sur les singulières cavernes de TAUemagne , ainsi que sur les pétrifications du pays de Brunswick. Mais la plupart des systèmes géologiques , tels que ceux de Burnet , de Woodward , de Wisthon , de Bourguet , ne furent que des espèces de commentaires sur le mythe cosmogonique de Moïse , des hypothèses sur la manière dont un prétendu déluge universel avait pu produire les pétrifications. Camper , comme on l'a déjà vu , fut le premier qui sentit combien les connaissances anatomiques sont nécessaires pour étabUr une théorie de

la Terre qui s'accorde avec les faits , sans choquer la raison , et c'est à Cuvier qu'appartient l'honneur d'avoir fécondé de la manière la plus heureuse la belle idée que l'illustre naturaliste hollandais n'avait fait qu'entrevoir. Sous tous les rapports donc il marque le commencement d'une nouvelle époque pour l'anatomie comparée, durant laquelle Link , Humboldt , Meckel , Albers , Dzondi , Busch , Neergaard, Willbrand , Kieser, Oken et Carus en Allemagne , Jacopi , Uccelli , Panizza et Délie Chiaje en Itahe , Bleuland en Hollande , E. Home , R. Grant et R. Owen en Angleterre , ont été ou sont encore aujourd'hui ceux qui contribuèrent le plus à répandre chez les nations voisines le goût d'une science dont on ne doit pas craindre de dire que notre grand compatriote a posé les véritables fondements.

Il ne reste plus maintenant qu'à faire connaître d'une manière très-rapide les principales recherches auxquelles l'émulation générale des naturaUstes de l'Europe donna lieu durant le cours du dix-neuvième siècle. On s'occupa surtout beaucoup du système nerveux. Le beau travail des frères Wenzel sur le cerveau sera toujours une source précieuse à consulter. Celui de Tiedemann offre un modèle de précision , d'exactitude et de clarté , dont on ne s'écartera jamais sans se perdre dans de fausses routes. Celui de Carus , presque aussi profond , renferme tous les germes des idées que l'auteur a développées depuis dans les ouvrages dont celui-ci réunit la traduction ; inférieur peut-être au beau travail de Meckel sur le même sujet , et rivalisé par celui de Burdach , il l'emporte de beaucoup sur l'aperçu superficiel et hypothétique d'Ackermann. Treviranus , Rolando , Sommé, Serres , Flourens , Laurencet , Leuret ont également enrichi l'anatomie du cerveau, par rapport à laquelle on ne peut non plus passer sous silence les travaux de Gall, entre lesquels d'ailleurs il faut faire deux parts , l'une pour des faits de structure dont l'observation a plus ou moins constaté l'exactitude , l'autre pour des hypothèses fameuses , que repoussent également et l'anatomie et la philosophie dégagée des préjugés de l'école.

N'oublions pas de signaler les. recherches de Weber et de Lobstein sur le nerf grand sympathique ; de Nicolaï sur la moelle épinière

SUR L'ANATOMIE COMPAREE

des Oiseaux ; d'Antoine Meckel et de Franke sur le cerveau des animaux; d'Aisaky sur le cerveau et la moelle épinière des Poissons.

Quant aux organes des sens , ils n'ont point été négligés non plus. Fragonard trouva la tache jaune de Sœmmerring dans les Singes ; Wentzell étudia la rétine; Schreger, l'œd et les voies lacrymales ; Elsaesser , les différentes parties de l'organe de la vue ; J. Cloquet , les voies lacrymales des Serpents ; Muck , le ganglion ophthalmique , ainsi que les nerfs ciliaires , dans les divers animaux ; Breschet , l'organe de l'ouïe dans les quatre classes du règne animal.

Après les organes des sens , ce furent ceux de la digestion dont on s'occupa le plus. Nous devons placer au premier rang les belles et savantes observations de Woliï sur la formation du canal intestinal , répétées et confirmées depuis par Kieser et Meckel ; celles de Schmidt sur l'œsophage et l'estomac dans les différentes classes du règne animal; de Rudolphi, sur les villosités intestinales; de Neergaard , sur les organes digestifs des Oiseaux et des Quadrupèdes ; de Ramdohr , sur ceux des hisectes ; de Fischer , sur l'os intermaxillaire; de Savigny, sur les mâchoires des Insectes ; de Frédéric Cuvier , de Rousseau et d'Oudet , sur la disposition des dents chez tous les Mammifères ou chez certains d'entre ces animaux.

Zimmermann s'occupa de la respiration en général ; Fouquet , de l'évolution des poumons dans l'échelle animale ; Hausmann , de la respiration des animaux exsangues en particulier ; Latreille , de celle des Onisques ; Sorg , de celle des Insectes , sur lesquels s'exerça aussi la sagacité de Sprengel , qui démontra , contre l'opinion de Moldenhawer, que Tair pénètre réellement dans toute l'étendue des trachées. Wolff étudia d'une manière spéciale les organes de la voix , et Meckel le développement tant du cœur que des poumons dans les Mammifères.

L'importante et obscure fonction de la génération fut l'objet de nombreuses investigations. Wolff, Tiedemann , Jacobson , Carus, Palletta, Emmert, Hœchstetter, Meckel, Fleischmann , Dœllinger, Bojanus , Samuel, Muller , Kieser , Burgaetzi , Dutrochet , Wagner , Prévost et Dumas , Velpeau , Bres-

chet , Seiler , Granville , ont étudié avec soin les enveloppes du fœtus , et démontré particulièrement l'identité de la vésicule ombilicale des Mammifères avec le sac vitellin des Oiseaux. Jœrg a fait une étude spéciale de la matrice chez l'homme et les Mammifères; Pai'is , Hehl , Tredern , Baer , Coste et Delpech , de l'œuf des Oiseaux et des phénomènes de l'incubation ; Home , Geoffi'oy Saint-Hilaire et Owen , de la génération des Didelphes ; Tannenberg , des organes mâles de la génération dans les Oiseaux ; Spangenberg , des organes femelles dans ces mêmes animaux; Peschier, du frai des Grenouilles; Seiler , des phénomènes de la descente des testicules dans les bourses. Les observations de Tiedemann sur les corps caverneux de la verge du Cheval ont confirmé celles que Cuvier avait faites sur l'Eléphant , et contribué à répandre quelque jour sur le phénomène de l'érection, en établissant que le tissu érectile de ces corps n'est dans la réalité qu'un inextricable lacis de vaisseaux veineux. La structure de l'urètre est devenue aussi un sujet de recherches ; tour à tour on l'a dite musculeuse et vasculeuse, opinions soutenues la première parWilson, d'après le Cheval, et la seconde par Shaw , Moreschi et Panizza , d'après le Chien.

Parmi les particularités de l'organisation animale , l'hibernation et la phosphorescence ne sont pas les moins intéressantes. Des travaux plus ou moins importants ont été publiés sur le premier point par Reeve, Mangili, Saissy , Prunelle , Tiedemann et Jacobson. A ces recherches sur les Mammifères qui ont l'habitude de passer l'hiver endormis , ou plutôt engourdis , se rattachent d'une manière intime les remarques de W. F. Edvi^ards au sujet de l'influence que les agents physiques exercent sur la vie , et une foule de documents épars , malheureusement incomplets ou trop peu authentiques , sur ces cas singuliers et énigmatiques d'animaux trouvés vivants dans l'intérieur de corps durs où l'on ne peut concevoir comment ils sont parvenus à s'introduire.

Quant à la phosphorescence des animaux , Pérou s'en est beaucoup occupé , aussi bien que Macartn-ey , dont les opinions , un peu hasardées , ont été depuis combattues et en partie rectifiées par Treviranus.

ESQUISSE HISTORIQUE

Chaque classe du règne animal devint aussi l'objet de travaux particuliers. Ainsi Stubbs donna l'anatomie du Tigre ; Blainville , Geoffroy Saint - Hilaire , Meckel et Owen , celle de l'Ornitliorhynque et de l'Echidné ; Bonn , celle du Castor ; Fischer, celle du Maki ; Lobstein , celle de la Sarigue; Reimann , celle de THyène ; Burgsetzy , celle de la Chauve - souris ; Jacobs , celle de la Taupe ; Brosche et Girard , celle du Cheval; Hunter et Bapp , celle des Cétacés ; Barclay , celle du Béluga. Parmi les monographies spéciales , on doit principalement signaler celle de quelques particularités qu'offre le système artériel de la Loutre , par Barkow , et celle du Paresseux par Carlisle , qui a démontré que la lenteur des mouvements de cet animal et l'impossibilité où il se trouve de rester pendant longtemps dans la même situation tiennent à ce que les artères destinées à la nutrition de ses membres se divisent , avant d'y pénétrer , en un grand nom- ]3re de branches , qui produisent un plexus très-compliqué. Il ne faut pas non plus oublier les intéressantes recherches de Tiedemann sur le thymus de la Marmotte pendant la durée du sommeil d'hiver ; celles de l^itzsch sur les ligaments ronds antérieurs de la matrice dans les Mammifères , ni moins encore celles de Rathke et Baer sur les fentes branchiales , que le premier de ces deux excellents observateurs a découvertes dans les embryons de Mammifères.

Les Oiseaux ont été un peu plus négligés que les Mammifères. Cependant Tiedemann a traité fort au long de leur anatomie et de leur développement. Nitzsch s'est occupé de leur respiration et de leur ostéologie , en particulier des pièces osseuses qui entrent dans la composition de leurs mâchoires et du mouvement de leur mâchoire supérieure. Hildebrand a donné une assez bonne anatomie de l'Autruche. Dutrochet , Eble et F. Cuvier ont étudié la formation des plumes ; Meckel et Barkow, le système vasculaire des Oiseaux , chez lesquels ce dernier a découvert et décrit un appareil spécial pour l'accomplissement de l'incubation ; Meckel et Knox , l'organisation du Casoar; Nitzsch, la pneumaticité et quelques autres particularités remarquables du squelette des Calaos ; Schœpss, les muscles qui meuvent les ailes des Oiseaux;

Colas et Retzius la structure singulière du poumon de ces animaux.

Quant aux Reptiles , le grand ouvrage d'Oppel contient plusieurs faits importants relatifs à leur organisation. Duméril et Bibron en publient une histoire générale , qui présentera tout l'ensemble de la science à leur égard. Nous avons aussi les observations de Wrisberg sur le cœur de la Tortue de mer ; de Barton , sur la Salamandre gigantesque et la Sirène lacertine ; de Rathke , sur l'Axolotl ; de Schœpf , sur les Tortues ; de Rusconi, sur le Protée, les Salamandres et les Grenouilles ; de Funk , sur la Salamandre terrestre ; de Gravenhorst , sur les Chéloniens et les Batraciens ; de Tiedemann et de Baer sur le développement des Chéloniens; de Meckel, sur les organes respiratoires, le canal intestinal et Thyoïde des Reptiles; de Tiedemann, sur leur cœcum; de Dalton, sur les muscles du Python ; de Dugès, sur l ostéologie et la myologie des Batraciens ; de Martin Saint-Ange et de Baer, sur la métamorphose de l'œuf des Batraciens avant l'apparition de l'embryon , et sur les conséquences qui en découlent par rapport à la théorie de la génération ; de Panizza et de Muller , sur les cœurs particuliers qui accélèrent la marche du liquide dans le système lymphatique. Kloetzke a donné l'anatomie du Crapaud cornu , et Breyer celle du Pipa. D'un autre côté , Williamson a étabh un parallèle fort ingénieux entre la faculté qu'on attribue aux Serpents de charmer les petits animaux et celle qu'a la Torpille d'engourdir sa proie en y touchant.

Les Poissons n'ont été étudiés pour ainsi dire que d'une manière générale , et jusqu'au grand ouvrage de Cuvier et Valenciennes , il n'y avait guère que l'anatomie de quelques espèces publiées par Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire. Duméril, Bakker, Rosenthal et Van der Hœven se sont surtout occupés de l'organisation de cette classe intéressante. Tiedemann , en particulier , a étudié le cœur des Poissons, la forme singulière des branchies dans les Syngnathes , et les appendices digitiformes placés au devant des nageoires pectorales des Trigles. Fischer et Laroche ont considéré, sous tous les rapports, la vessie natatoire , dont l'air qu'elle renferme dans ses cavités a été soumis à l'analyse chimique

SUR L'ANAÏOMIE COMPAREE.

la

par Configliachi et Davy. L'anatomie de la Lamproie a été décrite avec soin par Carus ; l'œil de VÂnableps telrophthalmus , par Meckel; le foie des Poissons et leur cœur , par Rathke; le système vasculaire et le système nerveux des Myxines, par Retzius; la structure des Syngnathes, par Rathke.

Aucune classe n'a plus exercé le scalpel des anatomistes que celle des Mollusques, pour laquelle Cuvier a laissé un si beau modèle , et dont Rlainville , puis Deshayes , ont présenté l'ensemble d'une manière très-remarquable. On doit signaler encore les beaux travaux de Ouoy et Gaymard ; les recherches de Tilesius sur la Seiche , de Kosse sur les Ptéropodes , de Leue sur le Pleurobranche , de Stiebel sur le Limnée , de Feider sur les Halyotides , de Luethi sur le bouclier des Limaces , d'Eysenhardt sur le Murex tritonis , de Meckel sur la Pleurophyllidie , de Heusinger sur le canal intestinal des Comatules , de Deshayes sur les Dentales , de R. Owen sur l'anatomie du Nautile, de Délie Chiaje sur celle de divers autres Céphalopodes , de Carus sur le développement des Mulettes , de Raer sur la génération de ces mêmes Bivalves et la production des perles , de Burmeister , Martin Saint- Ange et Wagner sur les Cirripèdes.

Succow et Milne-Edwards se sont occupés des Crustacés, ainsi que Rathke. Posselt, suivi de Gœde , a donné une anatomie générale des Insectes. On doit à Herold des détails curieux sur la structure des Lépidoptères , à Comparetti , Marcel de Serres et Meckel des observations sur le vaisseau dorsal , à Strausune magnifique anatomie du Hanneton, qui rivalise presque avec le travail de Lyonnet , à Carus l'importante découverte d'une circulation chez les Hexaptères , à Audouin une analyse complète de l'enveloppe ou du squelette externe des animaux articulés. Léon Dufour a étudié d'une manière spéciale l'organisation des Coléoptères, des Hyménoptères et des Hémiptères ; Dutrochet , celle des Pucerons ; Treviranus , Walckenaer , Herold et Lepelletier , celle des Arachnides ; Dugès , celle des Ascarides ; Baer, la mue de l'estomac dans l'Ecrevisse. Posselt a disséqué la Forficule , et Muller le Scorpion.

Zeder et Treutler ont écrit sur les Vers intestinaux deux ouvrages estimés , mais qui sont cependant bien en arrière de ceux de

Brera et Bremser , et surtout de celui de Rudolphi. Les recherches de J. Cloquet sur l'Ascaride lombricoïde n'ont point été sans intérêt pour la science. Nous avons l'anatomie de la Sangsue par Thomas , par Caréna , par Moquin-Tandon et par Clesius. Montègre , Morren et Meckel ont étudié la génération du Ver de terre.

Enfin il n'y a pas jusqu'aux Zoophytes dont on n'ait cherché à connaître la structure. Au premier rang se place l'ouvrage de Rlainville. Tiedemann s'est occupé du système nerveux des Astéries , Carus des Holothuries , Schalk des Ascidies , Eschscholtz des Acalèphes , et Ehrenberg des Infusoires et de quelques points de l'anatomie des Echinodermes.

Tant de travaux partiels , multipliant les faits à l'infini , devaient nécessairement mettre tôt ou tard sur la voie de quelque théorie générale qui les embrassât et les réunît tous comme autant de conséquences directes et nécessaires. C'est effectivement ce qui eut lieu , en France d'abord , par une sorte de pressentiment vague et confus , en Allemagne ensuite par une de ces inspirations dont il fallait peut-être un poète pour apprécier surle-champ toute la haute portée. Là commence une nouvelle ère , une cinquième époque de l'histoire de l'anatomie comparée , dont le caractère consiste principalement dans l'attention donnée aux rapports, aux connexions , aux analogies , dans la recherche des lois fondamentales de l'organisation. Là aussi notre faible et sommaire esquisse doit s'arrêter , puisque Carus a pris soin lui-même de tracer un tableau complet et raisonné de tous les travaux ayant pour objet l'anatomie philosophique ou transcendante. Nous terminerons seulement par un passage extrait du dernier ouvrage de Geoffroy Saint-Hilaire, et qui nous paraît renfermer trop d'idées vraies pour ne pas faire excuser la longueur de la citation : « Un quart de siècle s'est écoulé entre les publications des livres d'anatomie comparée de Cuvier et de Meckel ; l'intérêt des Leçons du premier se soutient, car elles sont constamment rattachées à de certaines vues d'ensemble , que notre grand anatomiste ne manque point de rappeler à propos: ainsi tout intéressait dans son livre, la forme , le fond et la nouveauté des faits. Vingt-cinq ans plus tard , un tel ouvrage n'a

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