‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 2 sur 318 · PRÉFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'AUTEUR

Lorsque je publiai, il y a dix-huit ans, un Manuel destiné à faire connaître la structure interne et externe des différentes espèces d'animaux , c'était une opération hasardeuse , et , dans tous les cas, un pas hardi de la part d'un jeune homme qui n'avait à sa disposition ni de riches collections, ni des bibliothèques considérables. Cependant , si l'on peut à certains égards blâmer l'ardeur qui pousse une âme novice à se lancer dans certaines entreprises sans s'y être suffisamment préparée , d'un autre côté , l'on doit avouer que , sans cette confiance un peu légère , bien des travaux demeureraient inexécutés , qui souvent amènent plus tard de grands résultats.

Ainsi, les années qui viennent de s'écouler m'ont appris que la première édition de mon Manuel n'était pas restée sans influence. J'ai pu me convaincre qu'elle avait éveillé dans plus d'une jeune tête , le désir de se livrer à une étude approfondie des formes caractéristiques du règne animal , que , bien des fois même , ce désir avait pris plus de vivacité encore par la certitude acquise de pouvoir en peu de temps parvenir à rassembler d'importans matériaux propres à perfectionner un édifice si incomplet. Une foule de communications importantes que j'ai reçues dans ces derniers temps , m'en ont donné la preuve péremptoire. Mais des hommes mûris par l'âge et l'étude ont accueilli aussi mon travail avec une bienveillance marquée. C'est toujours avec une nouvelle émotion que je relis une lettre dans laquelle Goethe m'a peint la profondeur de sa pensée d'une manière trop expressive pour que je résiste au plaisir d'en citer le passage suivant : « Je parcours mes anciennes notes avec plus de » confiance que jamais en voyant se produire au » grand jour , et sans concours de ma part , toutes » les idées qui , dans la solitude , m'avaient paru «justes et vraies. Il ne peut y avoir, pour un )) vieillard, de plaisir plus vif que de se sentir en » quelque sorte revivre dans de jeunes gens. Par-

» venu à un âge où la plupart des hommes n'ont » guère d'éloges à donner qu'au passé , les an- » nées qu'il m'a fallu jadis consacrer silencieuse- » ment à l'observation de la nature , parce que » ma pensée ne trouvait pas d'écho au dehors , » se retracent délicieusement à ma mémoire , au- » jourd'hui que je vois les opinions du jour se » mettre en harmonie avec les miennes.»

Cependant , l'anatomie comparée a fait de si étonnans progrès que ce qui pouvait ne paraître qu'incomplet, lorsque je livrai d'abord mon travail au public , est devenu enfin presqu'incapable de servir, et qu'à part même l'épuisement de la première édition , il y avait pour moi nécessité d'en donner une seconde. Mais quoiqu'au milieu d'occupations d'une toute autre nature , je n'aie jamais cessé de suivre pas à pas la marche de la science et de me tenir au courant des diverses acquisitions dont l'enrichissaient les efforts réunis de tant de savans, quoique par conséquent j'aie rassemblé une foule de documens nouveaux , ma confiance dans le succès n'est plus la même qu'autrefois, précisément parce que j'ai appris à mieux juger des difficultés de ma position. Pour ne pas m'écarter du point de vue sous lequel j'avais voulu me placer, il fallait que le livre ne s'éloignât pas trop de sa forme et de ses proportions premières ; mais cette condition , jointe à celle d'ajouter ce que les découvertes récentes offraient de plus important , de réparer les omissions graves et de rectifier les erreurs , constituait un problème épineux , dont je n'ose me flatter d'avoir donné la solution parfaite. Quiconque connaît l'état présent de l'anatomie comrée appréciera certainement les obstacles que j'ai dû rencontrer, et sentira qu'il est à certains égards plus difficile de refaire un vieil édifice , pour l'approprier à d'autres besoins , que de le reconstruire en entier , sur un plan nouveau , et avec une riche provision de matériaux.

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