Névrosqueletle
DCCXClll. Puisque le névrosquelette est destiné ( S CCCLXX ) à tendre , dans cette classe , vers son plus haut degré de développement , il doit se rapprocher de plus en plus du type indiqué au chapitre IV , art. n. Je pourrai donc en abréger la description , puisqu'il n'entre pas dans mon plan de donner une ostéographie détaillée.
A. Squelette du tronc,
DCCXCIV. Colonne deutovertébrale. Si nous examinons d'abord les rapports numériques des vertèbres qui la constituent , nous voyons qu'étant astreinte à une plus grande légitimité , elle oscille beaucoup moins , sous ce point de vue, que dans toutes les classes précédentes , et qu'elle se rattache plus généralement au type ( S CCCLXXXII ) dont j'ai développé les conditions intrinsèques.
DCCXCV. Le rachis n'offre qu'une seule région où l'on aperçoive moins la fixité de ces rapports numériques. C'est celle des vertèbres coccygiennes et caudales , dont le nombre devient souvent encore indéfini , par l'allongement de la colonne en un memlDre terminal impair , et varie depuis 3 jusqu a 50 ou 55. Cependant on reconnaît que , toutes choses égales d'ailleurs , le nombre de ces vertèbres diminue constamment dans les espèces supérieures , où le rapport dominant est d'environ 12 à 24 , comme répétition du nombre des vertèbres du tronc. Quant à la multiplication indéfinie des vertèbres caudales , elle s'observe surtout chez les Mammifères pisciformes , tandis que la diminution de leur nombre a lieu chez les Singes et chez les Mammifères volants ou ornithoïdes , quoique Cuvier ait refusé à tort les vertèbres coccygiennes à la Roussette , chez laquelle j'en ai trouvé quatre , dont la dernière est soudée avec les os ischions , ce qui empêche la queue de saillir comme colonne vertébrale libre.
DCCXCVI. Quant aux rapports numériques des autres régions du rachis , il est trèssignificatif que la région la plus voisine de la tête , le cou , soit celle aussi où le nombre des vertèbres varie le moins. Elle en offre sept , en effet , chez tous les Mammifères , quoique ces vertèbres se resserrent beaucoup chez les Mammifères pisciformes , précisément à cause de l'absence du cou des Poissons , qu'il y en ait même parfois une couple qui s'oblitère , et que , dans l'Aï, deux des vertèbres Ihoraciques supérieures prennent l'apparence de vertèbres cervicales , eu égard aux arcs costaux. Cette fixité dans les nombres est déjà un rapprochement sensible de celle qui a lieu pour le nombre des vertèbres céphaliques.
DCCXCVII. Le nombre des vertèbres thoraciques et épigastriques varie déjà davantage. Il est vrai que la plupart des Mammitères offrent assez formellement le rapport de 2 X 6 ; mais fréquemment on trouve 1 3 , 14, et même 20 (Eléphant, Tapir) ou 23 (Unau) vertèbres, qui, eu égard à la manière dont elles se comportent envers les arcs costaux , présentent l'apparence de vertèbres thoraciques et épigastriques.
DCCXCVIIl. Les vertèbres hypogastriques s'écartent fréquemment aussi de leur nombre
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normal , qui est de cinq. Dans la plupart des cas d'anomalie , on en compte davantage , et jusqu'à sept. Il est plus rare qu'on en ti'ouve moins , et ordinairement alors des rudiments de côtes se développent aux antérieures , qui prennent par là l'aspect de vertèbres épigastriques.
On en peut dire autant des vertèbres de la région génitale , ou du sacrum , qui fréquemment se réduisent de cinq à trois , répétant ainsi avec pins de précision encore le nombre trois des vertèbres crâniennes essentielles. La Pxoussette en a trois bien distinctes , quoique Cuvier ne lui en accorde qu'une seule.
DCCXCIX. Les proportions de développement des vertèbres appartenant aux diverses régions du rachis sont d'une haute importance. Je dois d'abord appeler l'attention sur une circonstance très-significative , c'est que la différence de développement établit une démarcation plus tranchée chez les Mammifères que dans les autres classes , entre les vertèbres proprement dites du tronc et les vertèbres caudales représentant un membre terminal impair, car les premières se développent complètement comme deutovertèbres , tandis que les arcs vertébraux (deutovertèbres) s'oblitèrent dans les autres , qui ne représentent que des corps vertébraux (tritovertèbres ) ; cette particularité démontre en même temps que la queue n'est qu'un membre locomoteur.
DCCC. Le rapport entre les deutovertèbres et lestritovertèbres, aux diverses régions du rachis , n'est pas moins important. En effet , plus on approche de la tête , mieux la deutovertèbre se dessine , tandis que , plus on s'en éloigne, plus aussi la tritovertèbre parallèle inférieure devient prédominante. Aussi voit-on, chez les Mammifères , les corps vertébraux grossir à la région lombaire , les arcs vertébraux s'oblitérer à la région sacrée, ces mêmes arcs se développer dans toute pureté à la région du cou , et le corps disparaître entièrement à la vertèbre cervicale supérieure, où se manifestent , en revanche, les tritovertèbres parallèles latérales , qui correspondent à la scission des cordons longitudinaux de la moelle épinière pour produire le quatrième ventricule. Voilà pourquoi, ici, comme chez les Reptiles (pi. xxvn , fig. xxii ) le rudiment du dernier corps de vertèbre proprement dit
est l'apophyse odontoïde, annexée en manière de corps d'intervertèbre ( pi. xxxi , fig. m p) (1).
DCCCI. Quant à ce qui concerne les tritovertèbres rayonnantes en particulier, elles sont également toujours plus développées aux régions postérieures du rachis , et moins aux antérieures. Celles qui se développent le plus constamment sont les impaires supérieures. Elles sont fortes surtout lorsqu'on ne trouve pas d'autres vertèbres rayonnantes , comme on le voit fréquemment à la région thoracique antérieure. Les latérales inférieures ( apophyses transverses ) dominent principalement à la région hypogastrique (vertèbres lombaires). Celles auxquelles il arrive le moins souvent de se développer beaucoup sont les latérales supérieures, qu'on rencontre par exemple dans le Dasypus, ou la médiane inférieure , qu'on observe chez le Lièvre.
En général il règne , entre ces diverses formations , le même antagonisme de plus et de moins , sur lequel reposent toutes les diversités des formations organiques, et dès qu'on s'est placé sous le véritable point de vue pour les envisager, chaque squelette particulier fournit abondamment matière aux observations les plus intéressantes.
DCCCiL La connexion des vertèbres rachidiennes présente aussi beaucoup de particularités remarquables. En général, elle a lieu essentiellement par le moyen des tritovertèbres parallèles inférieures, dont la forme, primordialement diconique aussi , s'est beaucoup effacée chez l'animal adulte. Ce qui n'était d'abord , chez les Poissons , qu'une albumine à demi- liquide , déposée entre chaque couple de vertèbres , et qui déjà , chez les Reptiles et les Oiseaux, s'était souvent solilidifié en saillies articulaires sphériques, donne lieu ici à la manifestation de formations intermédiaires , qui répètent à proprement parler les intervertèbres du crâne , mais d'une manière fort imparfaite, et seulement dans leurs corps , par antagonisme d'ailleurs avec le crâne , où les intervertèbres ne sont dévelop-
(0 Dans mes Tabulœ illustrantes, cah. II, pi. vi, j'ai expliqué par des exemples celle remarquable différence des verlèbres, dont on ne parvient à bien saisir le sens qu'en éiablissanl la distinction entre des deutovertèbres el des tritovertèbre s.
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pées que clans leurs arcs. Ces formations sont les cartilages intervertébraux , les disques osseux étendus sur la surface articulaire des corps vertébraux. Ces derniers s'isolent et s'ossifient complètement chez les derniers d'entre les Mammifères , les Cétacés; on les retrouve presque partout dans la classe , suivant Meckel , et Weber les a démontrés naguère chez le Lièvre (1).
DCCCIÏI. L'immobilité ou la mobilité des connexions entre les vertèbres réclame aussi toute notre attention. La soudure de plusieurs vertèbres rapproche le rachis du crâne , tandis qu'une mobilité plus grande le ramène vers le type d'un membre. C'est donc toujours aux vertèbres caudales qu'appartient la mobilité la plus prononcée. Aussi leur structure ressemble-t-elle déjà parfaitement à celle des autres membres locomoteurs, en ce qu'on n'y aperçoit presque que des tritovertèbres parallèles. Chez les Mammifères, comme déjà
(1) si quelque chose est propre à éclairer l'iiistoîre des interverlèbres, c'est l'étude du rachis d'une Baleine ou d'un Dauphin. Avec quelle évidence ces formations intermédiaires s'y offrent entre les corps des vertèbres! Combien il est intéressant de comparer ces intercorps vertébraux avec les interarcs vertébraux complets, par exemple au crâne des Tortues et de plusieurs Mammifères! Mais ce qui les rend surtout dignes de lîxer l'attention, c'est qu'il s'en développe deux entre chaque couple de vertèbres, et qu'ils annoncent par là le rapport existant entre eux et ces vertèbres.
Si nous saisissons cette occasion pour éclaircir mieux encore la signification des Intervertèbres , nous trouvons que comme toute formation organique consiste en manifestation de la pluralité dans l'unité, de même les diverses vertèbres d'une colonne vertébrale naissent, par une série d'antagonismes, d'une masse primordialement homogène, d'un cylindre cartilagineux (semblable à celui des Lamproies). Ce cylindre étant la thèse, deux vertèbres forment l'anïMé^e, et comme tout cycle de formation tend à se fermer par une unité supérieure, la tendance à produire des interarticles unissants doit être d'autant plus forte, qu'il existe un antagonisme plusprononcé entre deux vertèbres. Voilà pourquoi il doit nécessairement se former des intervertèbres, pourquoi c'est à la tête qu'elles apparaissent d'abord et qu'elles sont le plus fortes, pourquoi elles y sont plus fortes et même doubles entre les vertèbres crâniennes, tandis qu'elles sont simples ou même n'existent point entre les vertèbres faciales, pourquoi c'est seulement dans la classe la plus élevée du règne animal qu'elles se développent avec une certaine constance entre les vertèbres rachidiennes, pourquoi enfin il se produit aux membres, sous la forme de rotules, d'olécranes, d'os sésamoïdes, etc., des interarlicles, qui doivent être considérés comme des intervertèbres provenant de points d'ossification plus grands entre les corps vertébraux des membres.
chez la plupart des Reptiles et chez tons les Poissons , la mobilité la plus faible ou une soudure complète s'observe à la région sacrée , qui est en antagonisme avec la région céphalique. La seule exception connue sous ce rapport est celle des Cétacés , dont la mobilité des vertèbres de la région sacrée rappelle la structure des Poissons. Quelquefois aussi, par exemple dans les Cétacés et les Pangolins , toutes les vertèbres cervicales , ou du moins les supérieures , se soudent ensemble , ce qui fait que le rachis acquiert complètement le type de la formation crânienne (2).
DCCCIV. Enfin la direction du rachis n'est pas sans importance non plus , et l'on est frappé surtout de retrouver celle de l'épine du dos répétée par le rachis horizontal des Cétacés avec non moins de précision qu'on peut reconnaître , dans le redressement de la colonne cervicale chez les Mammifères supérieurs , le type des Chéloniens et surtout des Oiseaux. Il est remarquable que l'érection de la région rachidienne antérieure et de la colonne vertébrale caudale annonce toujours un haut degré d'énergie vitale, et que l'état inverse indique le peu d'énergie de la vitalité. Comme l'étude du système nerveux nous apprend déjà quel sens réel on doit attacher à ces deux directions , l'attitude des Mammifères se trouve parfaitement expliquée sous le point de vue physiologique.
DCCCV. La colonne protovertébrale offre les os annulaires destinés à l'enveloppement du corps sous plusieurs formes diverses. Comme dans les classes précédentes, nous trouvons des côtes, véritables et parfaites, des rudiments de côtes , des arcs oblitérés qui n'entourent que des vaisseaux , et des protovertèbres portant des membres.
DCCCVI. Il n'y a que la poitrine , quelquefois aussi la région épigastrique , qui offre des côtes parfaites, des arcs protovertébraux
(2) L'étude de ces vertèbres cervicales soudées est extrêmement instructive; car elle peut conduire à faire mieux connaître la structure du crâne, en tant que celle-ci repose sur l'idée d'une colonne vertébrale soudée d'une manière intime. En effet, combien les vertèbres cervicales plates et presque oblitérées du Daupliin et de la Baleine ne sont-elies pas propres à nous convaincre que souvent une vertèbre, ou en général une partie élémentaire quelcon(iue, peut exister à peine réellement, quoiqu'on soit obligé d'en admettre el reconnaître virtuellement l'existence!
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fermés par le bas. Le nombre normal de ces côtes est de 7 ; cependant il varie de 6 à 10. Ce qu'il y a surtout de très-significatif, c'est qu'elles ne s'articulent plus avec une seule vertèbre rachidienne , mais toujours avec deux à la fois , car cette disposition répète pour la première fois d'une manière complète la manière dont les anneaux nerveux correspondants (les paires de nerfs intervertébraux) se comportent , ce dont on ne pouvait juger jusqu'ici qu'en ayant égard au parallélisme entre le névrosquelette et le système nerveux.
Cependant les Mammifères pisciformes font encore exception à cet égard ; car , suivant Meckel , leurs côtes postérieures ne s'attachent qu'à l'extrémité des apophyses transverses , et les antérieures sont fixées chacune à un seul corps de vertèbre.
Du reste , la pièce sternale inférieure des €Ôtes complètes demeure ordinairement cartilagineuse chez les Mammifères, circonstance dans laquelle on doit voir encore un parallélisme avec le système nerveux, attendu que la paire nerveuse à laquelle l'arc protovertébral appartient se perd peu à peu à cette région.
Il n'y a que certaines familles chez lesquelles on trouve la pièce sternale inférieure ossifiée ; mais alors l'ossification part toujours plutôt du voisinage de la vertèbre sternale que du côté de la pièce sternale supérieure de la côte. C'est ce qu'on voit dans les Cétacés, les Monotrèmes, certains Chéiroptères, etc.
DCCCVIl. Je dois passer sous silence les diverses modifications que la forme des côtes proprement dites présente chez certains Mammifères. Cependant un élargissement considérable de ces os est une circonstance très-significative, parce qu'il rappelle la voûte costale solide des Chéloniens chez certains Mammifères qui répètent les Reptiles. Telle est la manière dont se comportent tantôt les pièces sternales supérieures et les pièces tergales des côtes (Fourmiliers) , tantôt les pièces sternales inférieures (Ornithorhynque). Chez ce dernier animal, les plaques larges et en grande partie ossifiées rappellent le plastron des Chéloniens.
DCCCVIII. Des rudiments de côtes , appelés fausses côtes , s'offrent de préférence à la région épigastrique. Ils se distinguent par
l'oblitération de leurs pièces sternales et par leur propre annexion aux côtes parfaites , dernière circonstance qu'on ne peut expliquer qu'en se représentant le corps animal roulé , dans l'œuf , autour de la vésicule vitelline , c'est-à-dire autour de la région qui doit devenir plus tard l'ombilic (pl. xxn , fig. xxiv , a , b' , c), cVoù il résulte nécessairement que les arcs costaux réunis du thorax doivent tendre vers le milieirde la vésicule vitelline , comme les rayons d'un cercle vers son centre. Voilà pourquoi les côtes thoraciques supérieures sont jusqu'à un certain point tournées en bas ou en arrière , comme les côtes épigastriques le sont en haut ou en avant. Voilà aussi pourquoi les pièces sternales de ces côtes ellesmêmes se soudent ensemble quelquefois , comme par exemple dans les Chéiroptères.
Du reste , c'est là une particularité qu'on ne voit apparaître que dans la classe des Mammifères avec toute l'évidence nécessaire pour révéler l'histoire du développement de l'animal.
DCCCIX. Il est très-rare qu'on rencontre de pareils rudiments de côtes vers la région cervicale. L'Ai est le seul Mammifère chez lequel Meckel ait signalé une conformation de ce genre. Il n'est pas moins rare qu'au lieu des pièces sternales , ce soient les pièces tergales qui se trouvent oblitérées , et que de là résultent à la face inférieure ou ventrale des rudiments de côtes semblables à ceux que cette région du corps otîre dans les Crocodiles et en partie aussi chez les Oiseaux. Cependant on doit considérer comme ayant cette signification les os marsupiaux des animaux à bourse et des Monotrèmes. Le squelette de l'Ornithorhynque convient mieux que tout autre pour démontrer l'exactitude d'un rapprochement auquel personne encore n'avait songé; car les os marsupiaux de cet animal ont absolument la même forme que les plaques cartilagineuses des pièces sternales des côtes thoraciques et épigastriques , et ils s'appliquent au thorax du bassin , c'est-à-dire à l'arcade pubienne (qui est également une côte complète , un arc protovertébral) de la même manière exactement qne les plaques osseuses des côtes épigastriques aux côtes thoraciques tout à fait fermées (pl. xxvui , fig. VI , où 1-5 représentent les pièces sternales inférieures , en partie séparées des su-
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périeures, de la dernière côte pectorale et des quatre premières épigastriques; 6,6, les pièces sternales inférieures de la dernière et unique côte liypogastrique , dont les autres pièces sont oblitérées , et qui s'annexent à Tare pubien ou à la pièce sternale inférieure de la côte pelvienne antérieure , comme 2 se joint à 1 , mais seulement en sens inverse).
DCCCX. La troisième forme d'arcs protovertébraux est celle de rudiments aussi oblitérés que possible et n'embrassant plus que des troncs vasculaires.
Les vertèbres cervicales des Mammifères en offrent qui , bien que très-oblitérés et partagés en canaux latéraux, y sont aussi permanents que les simples petits arcs protovertébraux dont les vertèbres caudales se trouvaient toujours pourvues en dessous chez les Poissons. Mais les rudiments d'arcs protovertébraux qui s'annexent aux apophyses transverses des vertèbres cervicales, ne consistent, à proprement parler , qu'en pièces tergales ( tête et tubérosité de la côte ) , tandis que les pièces sternales , qui existent également en puissance ici , prennent la forme d'os de l'épaule. Ces pièces tergales ne peuvent donc pas plus ici que chez les Oiseaux se produire au côté terrestre ; loin de là , elles forment , par le vide qui reste entre leurs deux saillies et les corps et apophyses transverses des vertèbres cervicales , une ouverture dans laquelle se loge de chaque côté l'artère vertébrale.
Il est rare que de petits anneaux protovertébraux ^embrassant la continuation de V aorte, se forment sous les vertèbres caudales; cependant on en rencontre quelquefois, surtout chez les Baleines et les Dauphins (comme analogie avec les Poissons ) , ainsi que chez les Monotrèmes et les Fourmiliers ( comme analogie avec les Reptiles ) , et ordinairement on ne les décrit que comme de simples apophyses épineuses inférieures. Meckel seul a dit d'une manière formelle qu'on pourrait les comparer à des côtes. En réalité , ils se comportent ordinairement d'une manière qui rappelle fort bien celle de ces os , attendu que , comme les côtes parfaites , ils s'unissent non pas avec un seul corps vertébral , mais avec deux à la fois (SDCCCVI).
DCCCXI. La quatrième forme des arcs protovertébraux, et la plus développée de toutes , est celle d'ares portant des membres.
Chez les Poissons , ces arcs avaient l'apparence de simples côtes, et leur nature ressortait parfaitement de ce qu'ils prenaient attache à la colonne deutovertébrale ( par exemple ceux de la ceinture des nageoires pectorales). Leur signification n'était pas moins claire chez les Reptiles , où il leur arrivait souvent de s'articuler avec le rachis et d'être mobiles sur lui, principalement les ceintures scapulaires et pelvienne des Chéloniens. La forme costale se reproduisait aussi quelquefois chez les Oiseaux eux-mêmes, par exemple dans les arcs pubiens. Mais , chez les Mammifères , les os de l'épaule et du bassin ont perdu plus que partout ailleurs la forme ordinaire de côtes , et l'on aurait peine à les reconnaître pour ce qu'ils sont réellement , si l'on n'invoquait le secours des diverses transitions que fournissent les classes précédentes (pi. xxvni, fig. v).
DCCCXIL Si nous considérons ces arcs d'une manière générale, nous voyons que l'essentialité de la respiration thoracique à l'égard de la classe entière s'exprime sur-le-champ par la plus grande constance des membres pectoraux relativement aux pelviens. Ces derniers manquent tout à fait dans une famille entière, les Cétacés , ou ne sont indiqués que par deux gros noyaux osseux enveloppés de cartilage , tandis que les premiers ne restent jamais sans se développer. La prédominance sous le point de vue de la masse appartient également toujours , lorsque les deux paires coexistent ensemble , aux membres abdominaux , et celle sous le point de vue de la délicatesse , aux membres pectoraux. Mais les uns et les autres sont des arcs protovertébraux , qui ne se développent jamais que dans leurs pièces sternales , attendu que la protovertèbre du membre pectoral , la ceinture scapulaire , fait , à proprement parler, partie de la région cervicale , aux vertèbres de laquelle ses pièces tergales complémentaires servent d'arcs de clôture pour les trous des apophyses transverses, tandis qu'il n'y a aucun vestige de ces pièces tergales à la protovertèbre du membre abdominal , la ceinture pelvienne.
Cette dernière circonstance se rattache à une particularité déjà offerte par les Poissons , qui consiste en une tendance que l'hypogastre et le bassin , où prédomine le côté terrestre du corps animal , ont à manifester les pièces sternales de la protovertèbre dé-
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volues à ce côté terrestre , de préférence aux pièces tergales appartenant au côté lumineux, et qui nous explique non-seulement l'état de choses que le bassin présente sous ce rapport, mais encore les rudiments de fausses côtes postérieures qui se voient à l'hypogastre d'un grand nombre de Reptiles et d'Oiseaux , et même de quelques Mammifères.
Il est digne de remarque qu'au contraire la tendance à l'oblitération des pièces slernales inférieures (clavicules) existe bien positivement à la ceinture scapulaire , de sorte que ces pièces manquent en effet très-souvent, tandis que les sternales supérieures (omoplates) sont toujours fort développées.
DCCCXÎÎI. Ceinture scapulaire j ou arcs protoverlébraux pour les membres thoraciques. On vient de voir cjue cette ceinture se compose toujours d'une pièce sternale supérieure et d'une pièce sternale inférieure. Ces deux pièces , encore non séparées en partie l'une de l'autre chez l'Ornilhorhynque , qui a tant de rapports avec les Reptiles , sont , au contraire , complètement distinctes chez tous les autres Mammifères.
La supérieure ( omoplate ) varie beaucoup quant à la forme ; cependant elle a toujours un bord plus large , tourné vers le rachis , et elle va en s'amincissant du côté de l'articulation , indiquant par là qu'elle renferme en elle , à proprement parler , l'idée de plusieur côtes. Plus elle se développe, et plus le bord rachidien devient large ; aussi l'omoplate représente-t-il le triangle le plus large chez les Chéiroptères , qui répètent les Oiseaux.
Le refoulement vers la surface tergale du thorax de cette formation osseuse , qui appartient primordialement à la région cervicale, est un fait fort remarquable. Il semblerait que la poitrine , siège principal de la respiration , exerçât une attraction sur toutes les formations protovertébrales , et qu'elle dût faire descendre ainsi les omoplates , pour s'entourer d'une double ceinture d'arcs protovertébraux.
L'épine de l'omoplate mérite aussi qu'on remonte à son origine. Sous ce rapport , on doit remarquer qu'elle ne commence à paraître cpi'à l'endroit où la masse osseuse se contracte , c'est-à-dire dans la direction de la surface articulaire (pi. xxvin , fig. vi, D) ,
et qu'elle atteint son plus haut degré de développement au point où cette masse est le plus resserrée.
Or, cette contraction entraîne le rejet au dehors de la substance exubérante. L'épine est donc en quelque sorte le résultat ik\ plissement de la large lame scapulaire correspondante à plusieurs côtes. Voilà pourquoi sa force croît en raison de la largeur du bord tourné vers le rachis , et vice versa (1).
DCCCXIV. Déjà , chez la plupart des Poissons, Reptiles et Oiseaux , la pièce sternale inférieure de la ceinture scapulaire offrait , dans le sens de sa largeur , une séparation des arcs protovertébraux réunis qui la constituent. Les Sauriens nous ont même présenté quelquefois les six pièces sternales inférieures indiquées , comme autant de clavicules. Mais , le plus ordinairement , cette région ne se divisait qu'en deux clavicules , l'une antérieure , l'autre postérieure , dont la dernière était celle qui se développait le plus constamment et avec le plus de force chez les Oiseaux. Les choses se passent d'une autre manière chez les Mammifères. L'Ornithorhynque seul offre encore , par analogie avec les Sauriens , le vestige d'une division en trois de la pièce sternale antérieure de la ceinture scapulaire (pi. xxvui, fig. VI, C). Partout ailleurs, la clavicule postérieure est oblitérée , et l'antérieure elle-même n'appartient qu'à un certain nombre de familles; car les Cétacés, les Solipèdes , les Ruminants, les Pachydermes , et quelques Rongeurs et Carnassiers en sont dépourvus.
Si l'on considère , au contraire , les vestiges de ces os , on trouve , fait très-remarquable, que les Mammifères ont un rudiment de la clavicule postérieure , sous la forme d'une pièce osseuse soudée avec l'omoplate (2) ; que cette pièce , désignée sous le nom d'apophyse coracoïde ( fig. vi , D ) , est plus constante que l'autre, et qu'elle représente la véritable clavicule. Ainsi , plusieurs Cétacés et tous les Ongulés ont une apophyse cora-
(1) L'omoplate et l'ilion donnent occasion aussi de constater le reflet du système nerveux dans le système osseux ; carie plexus lirachial est le prototype de la forme de l'omoplate, par sa disposition rayonnante, comme celui des nerfs lombaires etsacrés est le prototype de l'os iliaque.
(2) Ainsi, dans l'Autruche , par exemple , les deux paires d'os clayiculaires se soudaient avec l'omoplate.
ree
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coïde formée par nn noyau osseux particulier , tandis qu'ils n'offrent aucune trace de ce qu'on appelle la clavicule.
DCCCXV. Ces os prennent, chez les différents Mammifères , des formes très-variées , parmi lesquelles j'indiquerai seulement celles qui marquent des transitions.
La plus importante, sous ce point de vue, est celle qu'on voit dans l'Ornithorliynque , où la forte clavicule postérieure se soude encore au sternum scapulaire , comme chez les Oiseaux, tandis que l'antérieure , qui est trèsg)-êle , s'unit avec une apophyse transverse de ce même sternum , et qu'entre les deux on aperçoit une lame triangulaire , nidiment d'une clavicule intermédiaire (pi. xxvni, VI, C).
La clavicule postérieure constitue encore un très-fort rudiment chez les Mammifères volants , par exemple dans les Pteropus et les Vesperlilio (1). L'antérieure est également très-forte. Chacune de ces pièces osseuses étant fort longue et arquée , il résulte de là une nouvelle analogie avec ce qu'on observe chez les Oiseaux.
Un fait digne de remarque également, c'est que , quand les clavicnles n'existent qu'à l'état rudimentaire, leurs rudiments sont Ubres , entre l'omoplate et le sternum.
DCCCXVL Ceinture pelvienne , ou arcs protoverlébraux pour les membres abdominaux. Ce qui n'a lieu, à la ceinture scapulaire, que pour les pièces sternales inférieures , qui n'apparaissent quelquefois qu'en forme de simples points d'ossification , arrive parfois à la ceinture pelvienne entière, tantôt et surtout à sa pièce sternale supérieure seule , tantôt aussi à la supérieure et à l'inférieure en même temps.
Le premier cas se rencontre dans les Cétacés. Les Dauphins et la Balœna rostrata (2) n'ont de chaque côté qu'un rayon osseux indiquant la pièce sternale supérieure ( ilion ).
L'autre s'observe , d'après Meckel , dans la Baleine franche , la Stellère et le Dugong , où les pièces sternales supérieures ( ilion ) et inférieure ( pubis ) sont représentées chacune par un noyau osseux simple.
Le type dominant de la classe consiste en ce que la pièce sternale supérieure (ilion)
(1) Voy. mes Tabul. illuslr., cah. II, pi. v, fig. vi.
(2) Ibid., fig. X.
soit simple , quoique large , et l'inférieure étroite, mais divisée en deux portions, dont l'antérieure (pubis) seule se soude avec celle du côté opposé , tandis que la postérieure ( ischion ) s'annexe à l'antérieure , en quelque sorte comme une fausse côte.
Chez quelques Mammifères, les Taupes , les Musaraignes et plusieurs Chéiroptères , par exemple , la por-tion antérieure des pièces sternates inférieures n'arrive point jusqu'à se joindre avec celle du côté opposé , ce qu'on peut considérer comme une analogie avec la structure des Oiseaux.
Dans beaucoup d'espèces , au contraire , telles que les Chiens , les Chats , les Cochons, les Singes et les Marsupiaux, les ischions se réunissent tant entre eux qu'avec le pubis , ce qui rapproche leur bassin de celui des Chélonicns.
C'est encore ime autre analogie avec les Oiseaux lorsque l'arc protovertébral tout entier du bassin est très-étroit , allongé, et tellement approché du rachis , que les ischions se trouvent au voisinage des vertèbres caudales , avec lesquelles ils se soudent même, ainsi qu'entre eux , dans !a Roussette (3) , comme ils le font dans la Rhea americana.
Si un rejet si considérable en arrière du côté terrestre ou inférieur de la protov^rtèbre pelvienne est une formation extraordinaire , tous les Mammifères sont cependant caractérisés par une inclinaison fort grande encore du bassin , dans le sens que les accoucheurs donnent à ce terme. Cette inclinaison diminue beaucoup chez l'homme , où il n'y a que les conformations sternales qui , sous ce rapport , se rapprochent du type propre aux animaux.
DCCCXVII. Après avoir étudié les diverses configurations des protovertèbres , et signalé les nuances de leur type essentiel , passons à l'examen des vertèbres sternales.
Il ne se développe jamais de vertèbres sternales que là où des arcs protovertébraux se forment au côté terrestre. On ne peut donc s'attendre à en trouver, chez les Mammifères, qu'aux régions scapulaire , thoracique et pelvienne.
DCCCXVIIL Aux régions scapulaire et thoracique , les corps vertébraux du sternum
(3) Voy. mes Tabul. ilhtstr., cah. II, pi. v, fiç. xi.
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thoracique s'unissaient déjà , chez les Reptiles et les Oiseaux , pour produire ce qu'on appelle communément le sternum; mais, tandis que, chez ces animaux, ie slernumscapulairc et le sternum pelvien sont si distinctement encore séparés l'un de l'autre, qu'on n'aurait pas manqué de les décrire à part s'ils eussent été étudiés avant les formations correspondantes chez l'homme, il existe entre eux, chez ce dernier et chez les Mammifères , une union si intime qu'on est obligé de recourir aux points d'ossiftcation pour pouvoir distinguer ce qui doit être considéré comme constituant des pièces distinctes.
DCCCXIX. Les Monotrèmes sont lès seuls chez lesquels, par répétition du type des Reptiles , le Menimn scajmlaire demeure tout à fait séparé du sternum costal, et acquière des dimensions considérables (pi. xxxvui, fis". VI, g). Dans la Taupe, il est fort grand, mais soudé avec la vertèbre sterno-costale supérieure , en une seule pièce , la poignée du sternum , qui , chez tous les autres Mammifères , et même chez l'homme , résulte de Tunion entre ces deux vertèbres. La composition de la poignée est indiquée d'une manière remarquable, dans la Roussette, par deux apophyses épineuses situées l'une derrière l'autre. Elle est moins évidente dans d'autres espèces.
Au reste, ce qui vient d'être dit de la Roussette prouve qu'il se développe également ici des tritovertèbres rayonnantes. On en trouve d'autres encore , dans la Taupe et ailleurs , sous la forme d'épines ou de crêtes saillantes. Cependant , jamais elles n'acquièrent un si énorme développement que chez les Oiseaux , du type desquels les Mammifères s'éloignent aussi par les dimensions moindres du sternum scapulaire lui-même , et par cette circonstance qu'il ne s'enclave jamais entre les deux moitiés fi'équemraent encore écartées du sternum costal; particularités qui toutes deux se rattachent au développement moins énergique de la fonction respiratoire dans la classe des Mammifères.
Les espèces privées de la pièce sternaîe inférieure de la protovertèbre scapulaire (clavicule), paraissent n'avoir ordinairement non plus aucun vestige de sternum scaprtlaire. Cependant , pour prononcer en toute assurance à cet égard , il faudrait connaitre mieux les points d'ossification.
DCCCXX. Le sternum costal se compose toujours d'une série de corps vertébraux situés à la suite les uns des autres, dont le nombre correspond primordialement à celui des vraies côtes thoraciques (pi. xxvui, fig. v). La plupart du temps , tous ces corps se soudent de très-bonne heure en une seule pièce , de sorte qu'il n'y a que l'antérieur qui tantôt demeure tout à fait distinct, comme dans rOi'nithorhynque , où il est d'une largeur remarquable , tantôt se réunit à la vertèbre st«rno-scapulaire pour produire le manche du sternum.
On aperçoit encore dans le sternum costal des Mammifères des traces de la tendance à se diviser en largeur, d'où dépendait chez les Oiseaux l'enclavement du sternum scapulaire. En effet ,
1° Ce sternum s'élargit quelquefois par la présence de deux points d'ossification situés l'un à côté de l'autre , à chaque corps vertébral, mais surtout à l'antérieur. C'est ce qui a lieu principalement dans les Monotrèmes , le Dasypus et autres.
2'' Il offre parfois une ouverture remplie par une membrane tendineuse. Tel est le cas , par exemple , du Dauphin.
La division complète du sternum costal dans le sens de sa largeur, ne s'observe ciu'à titre de monstruosité , chez les fœtus qui viennent au monde avec le cœur à découvert.
DCCCXXI. De même que les côtes incomplètes de la région épigastrique se joignent aux côtes complètes de la région thoracique, de même aussi au sternum costal osseux s'annexe généralement un rudiment purement caviihg'meux de sternum abdominal j qu'on a coutume de décrire sous le nom d'appendice xyphoïde. Meckel a décrit , dans les 3Ianis brevicaudata et longicaudata , un développement très-considérable de cette colonne vertébrale cartilagineuse, qui n'arrive jamais à se diviser en corps vertébraux distincts. Chez ces deux animaux, elle se rapproche beaucoup du sternum abdominal du Crocodile. On y aperçoit aussi, comme au sternum costal des Oiseaux, des divisions latérales , qui sont produites ici par là prédominance des organes digestifs , ainsi qu'elles le sont là par celle des organes respiratoires. Du reste, on doit considérercomme un rapprochement de cette scission latérale l'apparition de lar-
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ges plaques cartilagineuses à l'extrémité du cartilage xyphoïde chez un grand nombre de Mammifères , par exemple les Rats , les Agoutis, les Chiens et les Chéiroptères.
Enfin , un indice purement tendineux du prolongement de ce sternum abdominal est la ligne blanche , dont les branches latérales , ou les intersections tendineuses du muscle droit du bas-ventre , représentent des rudiments de pièces inférieures de côtes hypogastriques qui n'existent point.
DCCCXXIL L'idée ne s'étant jamais présentée qu'il pût y avoir des vertèbres sternales, ou plus exactement des tritovertèbres parallèles inférieures , au bassin , jamais non plus on n'a saisi la vraie signification des pièces cartilagineuses et osseuses qui s'insinuent , à la symphyse des pubis , entre les os iliaques. Il y a d'autant plus lieu néanmoins de s'en étonner que l'analogie entre les os du bassin et de l'épaule avait été fort bien établie , par les travaux de Meckel surtout, et qu'il va sans dire qu'un os ou cartilage qui s'interpose entre les os pelviens en devant , doit avoir la même signification qu'une vertèbre osseuse ou cartilagineuse engrenée en devant, entre les os de l'épaule.
J'ai trouvé le sternum pelvien très-manifestement développé dans la Roussette , où , d'une part , le cartilage symphyséal acquieit un volume considérable , et où , de l'autre , il s'ossifie chez les vieux individus en une large et simple pièce occupant le milieu de la symphyse (1).
Ce sternum s'observe aussi dans l'Elan et dans le Renard , où l'on aperçoit également une pièce osseuse moyenne à la jonction de l'ischion (2).
Mais on doit l'admettre partout en puissance , et il lui arrive souvent d'être indiqué , dans le jeune âge , par une large masse cartilagineuse.
DCCCXXÏII. Nous avons à distinguer, au tronc , des membres pairs et impairs.
Les membre^, impairs s'étant montrés les premiers de tous , et annonçant une organisation inférieure, on doit s'attendre à ce qu'ils disparaissent tout à fait dans la classe des Mammifères. Ce sont le membre terminal
(1) Voyez mes Tabulée illustrantes, caii. II, pi. v, fig. XI a.
(2) Jbid., fig. xn i i.
impair, dû au prolongement de la colonne des corps vertébraux du rachis , sur lequel je ne reviendrai point ici , ayant déjà épuisé (S DCCXCIX et DCCCllI) tout ce que j'avais à en dire , et les colonnes tritovertébrales rayonnantes médianes, supérieure et inférieure , qui donnent naissance , chez les Poissons , à la nageoire dorsale , à la nageoire anale , et à la nageoire caudale , produite par la réunion des deux autres.
Ces membres impairs supérieurs et inférieurs sont fréquemment développés comme formations cutanées, par exemple dans les nageoires impaires des Cétacés; mais rarement ils sont représentés par des os , qui , lorsqu'ils existent, ue dépassent jamais les conditions rudimentaires. On ne connaît même de pareils rudiments osseux qu'aux apophyses épineuses supérieures, et tantôt ils constituent, d'après Lacépède, des os libres à la base de la nageoire dorsale des Dauphins (3), tantôt ils apparaissent comme points spéciaux d'ossification aux plus grandes apophyses épineuses d'un grand nombre de Mammifères , notamment à celles des vertèbres thoraciques , chez les Ongulés (4).
DCCCXXIV. Jamais les Mammifères ne sont privés de membres pairs au tronc ; toujours ceux qui correspondent à la respiration, tant pectorale qu'allantoïdienne, existent soit avec une squelette complet, soit au moins sous la forme de rudiments cutanés.
Le type de leur squelette se rapproche de plus en plus de celui que j'ai décrit pour les membres pairs, lorsque j'ai exposé la formation primaire du squelette dans les Céphalozoaires (gCCCCVI). Je puis donc glisser sur les détails. Seulement je dois rappeler que l'on
(3) Mist. des Cétacés, p. 270.
(4) J'ai déjà cité précédemment le travail de Geoffroy Saint-Hilaire sur ce sujet. On y trouve pour la première fois la démonstration que les points d'ossification de ces apophyses épineuses sont les analogues parfaits des os de la nageoire dorsale des Poissons. Je dois ajouter ici qu'on explique en même temps parla pourquoi ces apophyses acquièrent ordinairement, mais surtout chez les Ongulés, une élévation si considérable aux vertèbres thoraciques. En effet, une région respiratoire sollicite toujours un développement de membres ; mais des membres pairs ne peuvent point, par d'autres motifs, apparaître sur ce point ; il y a donc tendance à produire au moins des membres impairs, et cette tendance s'annonce par l'élongatlon des apophyses épineuses.
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7CÎ)
trouve ici à faire pleine et entière application d'une loi déjà précédemment exposée , celle que les articles terminaux se développent toujours les premiers, et que, quand une portion d'un membre vient à rester dans les conditions rudimentaires, c'est constamment sur l'article supérieur que porte de préféreuce l'oblitération.
DCCCXXV. Les membres pelviens sont ceux qui le plus volontiers s'oblitèrent , ou , pour mieux dire , ne développent point leurs parties squelettiques, parce que, dans la classe des Mammifères, la respiration thoracique est la plus essentielle et permanente , au lieu que la respiration pelvienne est purement transitoire. Chez tous les Mammifères qui répètent la formation des Poissons , ces membres sont réduits à de simples rudiments membraneux, et une circonstance extrêmement remarquable , en ce qu'elle démontre l'homologie primordiale des membres impairs et pairs , c'est que, dans les Cétacés, les rudiments des membres impairs postérieurs, réunis avec l'extrémité du rachis , donnent naissance à une nageoire caudale horizontale ^ de même que^ chez les Poissons , les rudiments impairs , supérieur et inférieur , réunis avec l'extrémité du rachis , produisent une nageoire caudale verticale.
DCCCXXVI. Lorsqu'il se manifeste réellement des parties squelettiques dans ces membres postérieurs, les trois régions essentielles, l'article supérieur, l'article inférieur etl'article terminal, apparaissent sur-le-champ distinctes l'une de l'autre ; seulement V article supérieur persiste plus longtemps que les autres dans un état de développement incomplet , qu'il annonce par sa brièveté, par des incurvations monstrueuses, et parce qu'il reste engagé dans les chairs. Cet état de choses s'observe surtout au fémur des Phoques , dont celui des Solipèdes et des Ruminants se rapproche jusqu'à un certain point sous ce rapport.
Cependant nous ne trouverons plus jamais réduite à la pure expression géométrique la forme diconique proprement dite , qui appartenait primitivement aussi à cet os ( 1 ).
(1) La courbure du fémur des Phoques peut trèsbien, ainsi que la conformation de leur bassin , être comparée aux résultats que le rachitisme entraîne souvent par rapport aux os pelviens et cruraux, ce qui fournit matière à plusieurs considérations par rapport au rachitisme lui-même.
DCCCXXVn. Entre l'article supérieur et l'article inférieur se forme , chez la plupart des Mammifères, un interarticle , une intervertèbre, qui porte le nom Aq rotule , et qui ordinairement conserve la forme sphérique d'un simple point d'ossification , avec peu de modifications. L'absence de cet interarticle , chez les Chéiroptères et chez plusieurs Marsupiaux , est un fait digne de remarque. Elle paraît se rattacher , chez les premiers , à l'oblitération considérable du péroné , car le fémur et le tibia , constituent tous deux des os à peu près pareils et diconiques , s'annexent immédiatement l'un à l'autre , comme les ar ticles d'une colonne vertébrale caudale. Dans les Marsupiaux , l'absence de la rotule semble tenir à ce que ces animaux se rapprochent des Monotrèmes, où le péroné offre une sorte d'olécrâne ( pièce qui , au coude , tient lieu d'interarticle.
DCCCXXVIll. L'article inférieur se divise presque partout en deux tritovertèbres , dont cependant l'interne ( tibia ) paraît toujours être la continuation essentielle et directe de la vertèbre fémorale. Dans les Chéiroptères , l'externe ( péroné ) est presque entièrement oblitérée ; il en est de même , quoique sous d'autres formes , chez les Solipèdes et les Bisulces. Mais les deux os sont fortement développés dans les familles inférieures des Monotrèmes et des Rats , dont les premiers se font surtout remarquer par la longueur extraordinaire du péroné, qui porte , coiume je viens de le dire, une apophyse analogue à l'olécràne.
DCCCXXIX. La division de Varticle inférieur est généralement plus conforme au type primaire que chez les Oiseaux, car elle commence dès la jonction avec l'article inférieur , quoiqu'elle ait lieu d'après des rapports numériques très-diversifiés. Le cas le plus symétrique est celui où le rayonnement des colonnes vertébrales terminales offre deux os tarsiens supérieurs, suivis de deux os tarsiens inférieurs, et de cinq colonnes digitales, qui s'écartent en rayonnant l'une de l'autre , de manière que l'interne et l'externe soient les plus longues , quoique l'interne n'ait que deux phalanges , tandis qu'on en compte trois aux autres. Cette disposition a lieu dans les Phoques.
On trouve un rayonnement analogue dans l'Ornithorhynque , où cinq colonnes vertébrales digitales partent de huit os tarsiens ,
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et comme nous avons vu que la division élémentaire pour ces régions a de la tendance au rayonnement sextuple , l'osselet qui porte l'éperon peut être considéré comme un rudiment du sixième doigt. Or, il n'est pas non plus sans intérêt que ce rudiment soit plus développé dans les mâles que dans les femelles, puisqu'un plus grand développement de la respiration et de la formation des membres est un attribut du sexe masculin.
L'os qui part du calcanéum , dans les Chéiroptères , paraît avoir aussi la même signification , quoique sa direction soit tout à fait différente de celle des autres orteils , et rappelle presque le doigt tourné en arrière des Oiseaux.
Je serais entraîné trop loin si je voulais passer en revue les modifications que ces rayonnements subissent dans les diverses familles, la manière dont ils se réduisent à quatre colonnes digitales dans beaucoup de Pachydermes, à trois dans le Tapir et le Rhinocéros , à une, d'abord simple , puis divisée en deux , chez les Ruminants, à une'^^seule interposée entre deux rudiments, chez les Solipèdes , les diversités qu'offrent les formes de chaque pièce , l'accord qui règne entre le développement de petites intervertèbres ( os sésamoïdes ) et les caractères généraux de la structure du membre , etc.
DCCCXXX. Les membres pectoraux , qui sont les plus essentiels et ne manquent jamais, témoignent leur dignité plus élevée.
1 ° Par une plus grande variété dans la conformation , puisqu'ils s'élèvent de la simplicité absolue , c'est-à-dire de la forme primordiale de nageoire , jusqu'au plus haut degré de développement , la représentation de l'aile.
2° Par une délicatesse en général plus grande, comparativement au membre pelvien, et enfin par leur élévation au rang d'organe de préhension et de toucher , tandis que les membres pelviens demeurent toujours consacrés à la locomotion.
Partout on y distingue un article supérieur, un article inférieur et un aiticle terminal.
DCCCXXXl. Variide siq}érieur est encore oblitéré, jusqu'au point d'en être méconnaissable , dans les Mammifères pisciformcs , précisément parce qu'il n'existait point chez les Poissons. Il est très-court encore dans les Phoques et les Ongulés. C'est chez les Chéiroptè-
res , les Paresseux et quelques singes , qu'il s'étend le plus en longueur.
Ce qu'il offre déplus remarquable, sans contredit , c'est la formation d'un arc osseux au voisinage du condyle interne pour l'articulation de l'article inférieur ; car cet arc , qui enveloppe les nerfs essentiels du membre, comme un arc de vertèbre rachidienne entoure la moelle épinière , est le seul exemple connu , dans le squelette du tronc , d'une deutovertèbre.en partie développée sur une colonne 'vertébrale démembre (pi. XXII, fig. XV F, pi. XXVHIy
fig. V, m). Du reste ce canal vertébral ne se rencontre que dans les familles moyennes de la classe. Il manque encore aux Mammifères pisciformes et aux Ruminants. De même aussi il s'efface peu à peu chez les Singes , et on ne le voit jamais chez l'homme.
Souvent aussi l'article supérieur manifeste déjà une tendance à se diviser par le bas , annoncée par la présence entre les condyles d'une ouverture qui , d'après Meckel , se trouve particulièrement chez les Pachydermes , les Rongeurs , les Carnivores et les Singes..
DGCCXXXII. En général on ne trouve pas d'interarlicle entre l'article supérieur et inférieur, ce qui tient sans doute à ce que la division en deux commence à s'opérer dès la base de l'article supérieur lui-même. Les Chéiroptères sont les seuls Mammifères chez lesquels , l'article inférieur demeurant essentiellement simple , on voit quelquefois se développer une sorte de rotule ou d'olécrâne (par exemple dans la Roussette). Partout ailleurs cet interarticle n'est indiqué que par l'olécrâue , qui doit naissance à un point particulier d'ossification.
DCCCXXXÏII. Une division en deux , mais inégale , règne de nouveau partout dans l'article inférieur. Mais le corps vertébral interne (radius) demeure la pièce essentielle. Quand l'article entier acquiert la plus grande élongation dont il soit susceptible , il est même le seul qu'on trouve , comme dans les Chéiroptères, ou du moins l'externe s'oblitère beaucoup , et son rudiment se soude à l'interne , comme dans les Solipèdes et les Bisulces. Ces deux os sont très-oblitérés , larges et aplatis, dans les Mammifères pisciformes, qui , sous ce rapport , offrent l'inverse de ce qu'on voit chez les Chéiroptères.
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Mais c'est dans la classe des Mammifères que les deux os de l'article inférieur acquièrent pour la première fois (chez les Paresseux et les Singes par exemple ) une mobilité l'un sur l'autre , qui devient ensuite si parfaite chez l'homme, et dont on n'observait pas la moindre trace dans les classes inférieures.
DCCCXXXIV. Uartide terminal offre une prodigieuse diversité de formes , depuis la plus contractée de toutes , celle de nageoire , jusqu'à la plus étalée , celle de l'aile. Ainsi que le pied , la maiu doit être considérée comme un assemblage de colonnes tritovertébrales , dont le nombre de pièces varie de une à cinq , même jusqu'à six , et qui s'écartent les unes des autres en rayonnant, de sorte qu'elles sont plus serrées à leur base que partout ailleurs , d'où résulte pour leurs os une gène réciproque qui les oblige à s'écarter beaucoup du dicône pur ou modifié , et à devenir souvent un peu difformes.
La rangée des corps vertébraux qui viennent immédiatement après l'article inférieur est donc nécessairement la plus resserrée et la plus simple de toutes. Répétant seulement ou redoublant la proportion numérique de l'avant - bras , elle renferme deux ou quatre os.
La seconde rangée , qui succède à la précédente , manifeste déjà plus de tendance à s'étendre en largeur, dès qu'un rayonnement de plusieurs colonnes vertébrales digitales entre dans l'idée d'une formation animale donnée; et lorsque ce rayonnement s'est développé en entier, c'est-à-dire qu'il y a cinq colonnes digitales, le nombre des os de la seconde série s'élève jusqu'à cinq, tandis que, quand le rayonnement se borne à une ou deux colonnes digitales , ces os se réduisent eux-mêmes à deux corps vertébraux (comme dans les Ruminants). Ces deux séries constituent ce qu'on appelle le carpe. C'est une preuve d'oblitération du rayonnement des colonnes digitales quand le carpe l'emporte en longueur sur le métacarpe et les doigts , ainsi qu'il arrive, d'après Meckel, chez l'Eléphant , dont le carpe forme les deux cinquièmes de la main.
DCCCXXXV. Les vertèbres de la troisième rangée {métacarpe) s'écartent encore plus les unes des autres et s'allojigent davantage , quoiqu'en général elles continuent toujours à rester engagées dans les chairs. Le mini-
mum de leur longueur s'observe chez les Cétacés , et le maximum chez les Chéiroptères. Leur nombre varie de une à six. Cependant le métacarpien unique des Bisulces doit être considéré comme résultant de deux pièces soudées ensemble. Quant à ce qui concerne le nombre six , le sixième os métacarpien n'est jamais qu'un rudiment, qu'on trouve en général sur l'os pisiforme , comme par exemple dans la Roussette , mais qui parfois aussi s'observe aussi au côté radial , près du pouce , comme dans la Taupe , où il constitue l'os falciforme. Quelque chose d'analogue a lieu dans l'espèce humaine , chez les individus sexdigitaires , dont le rudiment de doigt occupe en général le côté cubital , mais parfois aussi , et exceptionnellement , se trouve au côté radial.
DCCCXXXVL Le nombre et la conformation des rangées suivantes ( phalanges ) subissent tant de modifications que je dois me borner à signaler quelques-unes des plus saillantes.
Telle est d'abord la conformation de la main des Cétacés , dont les cinq doigts ont de deux à onze phalanges, disposition qui, jointe à l'articulation imparfaite des vertèbres digitales , rappelle la structure des nageoires pectorales dans les Poissons.
Les colonnes vertébrales des doigts sont aussi , à l'instar de celles des nageoires , engagées dans la chair et la peau chez les Phoques , les Taupes et les Chéiroptères , à qui cette organisation permet de nager, de fouiller la terre et de voler.
Enfin des colonnes digitales offrent des oblitérations de genres divers. Elles sont réduites à une seule dans les Solipèdes. On en compte deux dans les Bisulces et l'Unau, trois dans l'Aï , et quatre chez la plupart des Pachydermes.
Par antagonisme avec l'oblitération constante du sixième doigt au côté cubital , le doigt externe du côté radial , ou le pouce , est toujours celui qui s'efi'ace le premier.
DCCCXXXVll. Enfin , je ne puis passer sous silence la conformation si prodigieusement différente des os vertébraux considérés en particulier.
Ils varient à l'infmi sous le rapport de l'extension. Ainsi , par exemple , dans les Cétacés et les grands Ongulés, comme l'Eléphant,
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les vertèbres digitales sont extrêmement oblitérées , épaisses et courtes , tandis que , dans les Chéiroptères, elles sont démesurément longues et grêles.
De petites intervertèbres ( os sésamoïdes ) se développent surtout quand la formation des vertèbres digitales est très-restreinte. Ainsi on en voit chez les Taupes , où elles se trouvent au côté de l'extension , tandis qu'il est plus commun , partout ailleurs, de les rencontrer au côté de la flexion.
Les dernières vertèbres sont coniques. Celles surtout des Mammifères inférieurs , des Monotrèmes , des Paresseux et d'un grand nombre de Rongeurs , ont la forme d'un cône presque parfait , qui est celle que la construction primaire ou géométrique leur assigne. Cependant cette forme conique est presque toujours modifiée , même dans les espèces inférieures , en ce sens que le cône offre une légère courbure. Dans les Mammifères supérieurs (Singes) , un petit bouton arrondi indique déjà le commencement d'une moitié extérieure du dicône , et la vertèbre terminale perd de plus en plus sa simplicité rigoureusement géométrique, ce qui ne pouvait être autrement d'après les motifs que j'ai développés ailleurs.
B. Squelette de la tète.
DCCCXXXVIII. Les Mammifères , en leur qualité de Céphalozoaires proprement dits, sont arrivés au plus haut degré de développement du cerveau qui soit possible chez les animaux en général; la conséquence immédiate en doit être le plus grand développement possible aussi de la structure du crâne et de la tête. Mais un perfectionnement du squelette céphalique en harmonie avec le principe qui préside à la formation spéciale de ce dernier, exige :
1° Que la colonne deutovertébrale en général , et les vertèbres crâniennes en particulier, prédominent sur la colonne protovertébrale de la tète et sur les vertèbres rachidiennes ;
1° Que les divers os provenant d une base cartilagineuse commune se réunissent plus parfaitement en un tout continu ;
3° Que la colonne deutovertébrale céphalique cesse de se continueren ligne horizontale avec celle du rachis.
Examinons comment ces conditions sont remplies dans les diverses familles (1).
DCCCXXXIX. Si nous prenons d'abord la colonne deutovertébrale de la tête, et que nous l'envisagions , abstraction faite des côtes céphaliques , comme une sorte de rachis céphalique, elle nous présente aussitôt deux particularités remarquables :
1° Le rachis, outre qu'il résulte partout des mêmes parties primaires , est beaucoup plus uniforme , dans les diverses familles , que les arcs costaux et les membres qui s'y rapportent, de sorte qu'on trouve déjà en cela une preuve qu'il constitue la partie la plus essentielle de la tête.
2° La division des vertèbres crâniennes est plus uniforme aussi , dans les diverses familles , que celle des vertèbres faciales , ce qui annonce également que ces dernières sont moins essentielles.
DCCCXL. La colonne vertébrale crânienne offre ici , pour la première fois , un développement si pur et si précis , quant à ses vertèbres en particulier, que ce devait être elle aussi qui fît naître la première idée de consi • dérer les os de la tête comme une colonne vertébrale. Parmi les nombreuses particularités qu'elle offre dans sa formation , je ne puis signaler ici que les suivantes.
En général, mais surtout chez les Mammifères inférieurs ou pisciformes , les vertèbres crâniennes , notamment leurs corps , se continuent encore en ligne droite et horizontale avec celles du rachis. Les Singes sont les seuls chez lesquels , le trou occipital se trouvant plus rapproché de la base du crâne , la colonne crânienne tende à se redresser en arcade vers la vertèbre sincipitale , à partir de laquelle la colonne faciale manifeste de nouveau la tendance à s'abaisser.
(1)11 n'est pas sans signification que, dans les Cétacés, qui, malgré leur volume, sont cependant, en égard à l'ensemble de leur organisation, des Mammifères embryonnaires, la masse de la tête en général acquiert une étendue qui la rend presque égale au tronc, ou à la moitié végétative du corps, de telle sorte que la supériorité du type du squelette céphalique s'exprime en premier lieu d'une manière pour ainsi dire matérielle, et par la seule prédominance de la masse. On se rappelle que la série ici commençante de Céphalozoaires était déjà indiquée , dans la classe des Poissons, par une parfaite égalité entre les deux moitiés du corps, notamment entre le cerveau et la moelle épinière.
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Dans le même temps , la cavité crânienne perd sa cylindricité et sa forme de simple canal. Elle se convertit en un espace plus ou moins ovalaire ou arrondi. Cette tendance de trois parties réunies en une à prendre la forme d'une sphère creuse, prototype de toute formation vertébrale , exerce déjà une grande influence sur chaque vertèbre en particulier. Elle s'exprime d'une manièi'e en quelque sorte plus grossière chez les Mammifères pisciformes , par la singulière construction des trois vertèbres crâniennes , qui s'imbriquent l'une sur l'autre pour produire une cavité sphérique , forme à laquelle nous sommes en quelque sorte conduits par l'imbrication de leurs vertèbres cervicales , dont j'ai précédemment parlé.
DCCCXLI. On voit se prononcer de pkis en plus la division de la colonne vertébrale crânienne en 2 : 1 , qui est parfaitement analogue à celle de l'encéphale , puisque l'oblitération de la masse cérébrale moyenne et sa réunion avec l'antérieure pour produire le cerveau proprement dit , déterminent aussi , dans la masse encéphalique , une division en deux portions , le cerveau et le cervelet. Ainsi , la vertèbre occipitale , qui continue toujours à ressembler en quelque sorte à une vertèbre rachidienne , se sépare mieux des vertèbres centricipitale et sincipitale unies ensemble , intimement soudées même dans leurs corps. La séparation se complète même encore par l'apparition de lames osseuses saillantes en dedans (tente ossifiée du cervelet des Chats, Ours, etc.). Et comme, en général , une antithèse plus prononcée exige une synthèse plus forte , l'antagonisme qui résulte de là explique pourquoi la première intervertèbre (vertèbre auditive) , située entre les vertèbres occipitale et centricipitale, acquiert ici un développement plus parfait que partout ailleurs.
Enfin, la colonne vertébrale crânienne arrive à une certaine indépendance dont le rachis ne jouit point , en ce que les corps vertébraux de ce dernier se terminent , du côté de la tête , par le rudiment simplement conique du dernier corps intervertébral (apophyse odontoïde) , et que le corps vertébral de la vertèbre occipitale finit également en cône du côté du cou (pi. xxxi , fig. ui). Ce mode de terminaison , auquel on n'a eu pres-
que aucun égard jusqu'à présent , est donc celui que la colonne des corps vertébraux de la tête alïecte , tant en devant , par la pointe du vomer , qu'en arrière , par le bord inférieur aminci du grand trou occipital , de même que la colonne des corps vertébraux du rachis se tei'mine en avant par l'apophyse odontoïde de la seconde vertèbre cervicale , et , en arrière , par la dernière vertèbre caudale.
Cependant, à mesure que la tritovertèbre parallèle inférieure de l'occiput s'oblitère du côté du cou , et cette oblitéiation va jusqu'au point que , dans le Castor , ce qui est partout ailleurs portion basilaire, ne constitue plus qu'une fosse vide , remplacée même souvent par un véritable trou chez les Phoques , les tritovertèbres parallèles se développent dans la même proportion , comme à la première vertèbre cervicale , et , par antagonisme avec ce qui arrive à celle-ci sous ce rapport, ce sont elles alors qui effectuent l'articulation de la tête avec le cou (condyles de l'occipital). J'ai donc dû être très-frappé de rencontrer dans le Vautour un corps vertébral à l'occiput; cette tritovertèbre y manifeste en effet une tendance prononcée à se bifurquer en arrière, et elle quitte ainsi son état de simplicité , pour passer en quelque sorte à la dualité des condyles occipitaux (1).
DCCCXLII. La vertèbre occipitale a, dans les Cétacées , un développement extraordinaire , et auquel on ne trouve rien de comparable ailleurs. Cette disposition ne peut être expliquée que parce que l'ordre entier des Cétacés répète la classe des Poissons (Âedoiozoaires) , et que, chez ces animaux , le sinciput , le centriciput et l'occiput correspondent aux cavités respiratoire , digestive et génitale du tronc.
Cependant cette vertèbre prédomine proportionnellement plus dans tous les Mammifères que chez l'homme , et ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'elle est la seule à laquelle on trouve non-seulement des apophyses épineuses , souvent très-fortes , maïs même assez fréquemment des tritovertèbres latéra-
(1) J'ai déjà fait remarquer précédemment que cette manifestation de tritovertèbres parallèles latérales à l'endroit où les cordons longitudinaux de la moelle allongée se partagent pour donner naissance au quatrième ventricule, repose sur le parallélisme existant l entre le système nerveux et le système osseux.
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les inférieures, ou des apophyses transverses, qu'à la vérité les anatomistes ont coutume de décrire comme apophyses mastoîdes, mais qui ont une tout autre signification , et n'appartiennent point à l'os temporal (pi. xxxi , fig. m, id). On voit de pareilles apophyses transverses dans le Chevreuil. Chez les Cochons , elles sont si volumineuses , qu'on reste dans le doute de savoir si l'on ne doit pas les considérer comme des côtes.
DCCCXLIII. La vertèbre auditive acquiert, comme je l'ai déjà dit , un développement considérable , attesté 1° par l'indépendance à laquelle ses lames tectrices s'élèvent , chez un grand nombre de Mammifères , les Rongeurs en particulier, sous la forme d'un os wormien (pi. XXXI , fig. ni , ic), que Meckel nomme 05 interpariétal. Depuis longtemps on aurait dû reconnaître que cet os est la lame tectrice de la vertèbre auditive , car il s'unit souvent avec les portions squameuses de l'os temporal , et alors il représente , tant avec ces pièces qu'avec les rochers , une deutovertèbre presque complète.
2° Par la cavernosité de l'apophyse mastoïde ou de la lame basilaire supérieure postérieure de la vertèbre auditive , qui cependant ne commence à s'étendre beaucoup que chez les Singes , mais donne toujours accès dans ses cellules à l'air de l'organe auditif, circonstance qu'on ne peut expliquer non plus qu'en ayant égard à la signification primaire de l'organe auditif (organe respiratoire postérieur de la tête).
3° Par l'induration extraordinaire et en quelque sorte la pétrification de ses lames basilaires inférieures , c'est-à-dire du rocher, à laquelle rien ne peut être comparé dans les classes précédentes (1).
(1) On ne peut concevoir pourquoi cette ossification extraordinaire se développe autour de l'oreille interne qu'en ayant e'gard à ce que chacun des trois grands organes sensoriels, l'œil, l'oreille et le nez, exige primordialement, comme parties essentielles. Je me suis expliqué ailleurs sur ce sujet {Grundzaege dervergleichenden Ânatomie und Physiologie, Dresde, 1C2>3), et j'ai fait voir que partout on trouve essentiellement, dans l'oeil, une extrémité étalée et ramollie de nerf, un milieu aljjumineux transparent, et une substance animale carbonée (pigment); dans le nez, une extrémité ramollie de nerf, un milieu extérieur conducteur, une cavité de réception et du mucus ; dans l'oreille, une extrémité ramollie de nerf, de l'albumine qui propage le son, et des os. Si doue l'organe auditif
DCCCXLIV. La vertèbre centricipitale , dont le corps se soude si intimement, chez l'homme, avec la vertèbre sincipitale, demeure plus distincte de cette dernière chez les Mammifères. Mais ses lames tectrices se réunissent souvent en un arc simple , par exeniple dans les Solipèdes , les Bisulces , plusieurs Pachydermes, etc.
Au total, c'est cette vertèbre qui se développe de la manière la plus pure et la plus indépendante. Son étendue considérable , qui augmente avec le perfectionnement de la voussure du crâne , et qui arrive au plus haut degré chez lliomme , est , comme je l'ai déjà dit, un reflet permanent ou fixe de l'état primaire du cerveau , oii la masse cérébrale moyenne a toujours primordialement une prédominance si marquée.
Il est digne de remarque , et parfaitement d'accord d'ailleurs avec le développement pur de la deutovertèbre , qu'on n'aperçoit jamais ici de tritovertèbres rayonnantes , par exemple de cornes.
La seconde intervertèbre j, qui n'avait point encore acquis jusqu'à présent d'existence indépendante , commence ici pour la première fois à fournir au moins un exemple de développement individuel de ses lames tectrices. Je veux parler des pièces osseuses situées à la suture coronale de la Girafe , et qui portent les cornes postérieures comme tritovertèbres rayonnantes. Il est probable que les cornes postérieures du Tetracerus striaticornis ont la même signification.
DCCCXLV. La vertèbre sincipitale , destinée à envelopper la masse cérébrale antérieure , manifeste aussi une tendance à se fermer complètement, et elle y parvient en effet dans les Mammifères pisciformes , les Dauphins , par exemple , où le canal vertébral finit en elle par l'apparition d'une lame cribleuse appartenant à la troisième intervertèbre. Cependant la tendance à cette formation existe dans la classe entière. De là vient l'ossification de la troisième intervertèbre en lame cribleuse , qui n'existait point encore
réclame l'os comme l'une de ses parties essentielles , il n'est pas surprenant que l'os qui s'y rapporte soit toujours la portion du névrosquelette qui se développe le plus. Il serait bon de rechercher si, dans les fœtus des animaux supérieurs, l'ossification en général ne débute pas par le rocher, comme toute formation de pigment débute par celle du pigment oculaire.
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dans les classes précédentes , et à tracers les trous de laquelle rexlrémilé anlérieure de la grande masse nerveuse centrale {ayant les nerfs olfactifs pour représentants) se divise en fibrilles médullaires d'un organe sensoriel ^ de la même manière que Vextrémité postérieure de cette même masse centrale {représentée par la queue de cheval) se divise, à travers les trous du sacrum, en filets médullaires d'organes locomoteur?).
Il est digne de remarque , en outre , que , par suite de son apposition au-dessus des caiités nasales, c'est-à-dire de l'organe respiratoire antérieur de la tète , la vertèbre sincipitale devient en partie accessible à l'air , qui s'insinue effectivement dans les sinus frontaux , si développés chez certains Mammifères, et dans les cellules sphénoïdales.
Il est très-significatif aussi que la cavernosite s'étende ici jusqu'à une des grandes vertèbres crâniennes elles-mêmes , tandis que , dans l'organe respiratoire céphalique postérieur, ou la cavité auditive, qui ne correspond qu'à la transitoire allantoïde , elle se borne à la seule intervertèbre.
Enfin , il est extrêmement remarquable , comme fait se rattachant à la présence sur ce point d'une région respiratoire qui , par son caractère même, favorise et sollicite toujours l'apparition d'expansions rayonnantes ou de membres , qu'après les intervertèbres antérieures, la vertèbre sincipitale soit, avec la première faciale , celle qui manifeste la tendance la plus prononcée à produire des tritovertèbres rayonnantes supérieures, des cornes ou des bois. On doit cependant établir une distinction essentielle entre ces tritovertèbres, suivant qu'elles appartiennent davantage, soit au dermatosquelette , comme les bois et les cornes des Rhinocéros, soit au névrosquelette, comme les cornes des Ruminants. Dans ce dernier cas , une circonstance encore mérite d'être prise en considération , c'est que la cavernosité de la vertèbre s'étend jusque dans leur intérieur.
Au reste , les rayonnements latéraux pairs se voient ordinairement à la vertèbre sincipitale , et les impairs supérieurs aux vertèbres faciales (pi. xxxi, fig. m).
Dans les classes précédentes , la troisième intervertèbre n'arrivait pas plus que la seconde à entrer dans la composition de la voûte du
crâne , par le moyen de lames tectrices spéciales. Les Mammifères nous en fournissent un exemple également chez la Girafe (S DCCCXLIV) , dont les cornes antérieures sont de petites lames tectrices appartenant à cette intervertèbre , qui , chez les mâles seulement , portent une tritovertèbre rayonnante. Il n'est pas hors de vraisemblance que les cornes antérieures du Tetracerus striaticornis reposent aussi sm^ des lames tectrices de cette intervertèbre.
DCCCXLVI. Les vertèbres faciales se dilatent en cavités du sens de l'odorat , et leur développement reste fragmentaire. Elles perdent tout rapport avec le mouvement , la formation de tritovertèbres parallèles s'éteignant dans la dernière d'entre elles, le vomer. On doit comprendre maintenant qu'il y a parallélisme parfait entre cet état de choses et celui de l'extrémité de la masse nerveuse centrale elle-même (S DCCCXLV).
DCCCXLVII. Dans la direction générale de la colonne vertébrale faciale nous apercevons que , plus l'organisation animale se perfectionne , plus aussi cette colonne s'abaisse , proportionnellement au redressement de la vertèbre occipitale; de là résulte la tendance que l'extrémité de la colonne vertébrale céphalique manifeste à retourner vers celle du rachis. Cet abaissement fait un contraste frappant avec la tendance à se fermer par redressement qui apparaît à l'extrémité de la vertèbre sincipitale. J'ai déjà montré comment cette divergence contribue , avec d'autres causes encore , à faire que les os situés sur la limite du crâne et de la face s'ouvrent , deviennent creux et s'éparpillent en quelque sorte (1).
Chez les Mammifères , l'abaissement des vertèbres faciales en général est fort peu considérable encore. La direction ascendante semble même prédominer dans les Baleines et les Dauphins , ainsi qu'on peut s'en convaincre par la fermeture complète de la cavité crânienne et le redressement du canal nasal , ce qui est en même temps une circonstance très-propre à faire concevoir l'oblitération du centriciput et du sinciput , quand
(I) Il reste même quelquefois dss vicies considérables dans la suhslauce osseuse. Ainsi, d ms le genre Cervus, on en aperçoit au-dessous des lames tectrices [os du nez j et au-devant des côtes nasales fo-v lacvymauc).
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l'occipnt offre de si énormes dimensions ( S DCCCXLII). Mais il est dio'ne de remarque que tout le reste de la colonne vertébrale faciale s'oblitère dans ce cas; il ne subsiste plus, des deuto vertèbres , que les lames tectrices de la première ( os propres du nez ) , et le corps de celle-ci ( vomer ) , qui présente un volume disproportionné , se prolonge fort en avant , dans une direction parfaitement horizontale , de sorte qu'ici , à peu près comme chez les Poissons apodes , le squelette facial n'est réellement formé, à sa partie antérieure, que de protovertèbres, sans nul vestige de deutovertèbres.
DCCCXLVIÎI. A l'égard des vertèbres faciales en particulier, ordinairement il n'y a que la première et en partie aussi la seconde qui soient encore ossifiées. Leur conformation offre d'ailleurs , même dans des espèces voisines les unes des autres, beaucoup moins de fixité que celle des vertèbres crâniennes. Ainsi , par rapport à la première , quelle différence , chez les Pachydermes , entre l'Eléphant , où ses lames tectrices sont si oblitérées (1) , et le Rhinocéros , où elles ont une étendue énorme et portent même des apophyses épineuses I
Cependant la règle perce toujours au milieu de ces anomalies ; car un plus dans le développement du crâne entraîne constamment un moins dans celui de la face , et la sul)ordination de cette dernière va même jusqu'à s'exprimer , chez les Singes , d'une manière pour ainsi dire grossière ou matérielle , par l'oblitération complète des lames tectrices , qui se soudent toutes deux ensemble en un os nasal simple et petit.
, Du reste , c'est un sujet fécond en considérations du plus vif intérêt que de voir cette vertèbre , qui déjà s'écarte de l'autre et se confond par le bas avec la cavité de la cage costale qui lui appartient, se remplir intérieurement de substance osseuse disposée en cellules , qui toutes tendent à se fermer, par un enroulement spiral , plus qu'elles ne le font dans les autres classes (2).
( 1) Voyez mes Tabul. illustr., cali.II.pl.viii, fig. iv, IV c.
(2) Voici commontse produisent toujours ces spirales. Imaginons un cercle formé de substruice élastique , et concevons alors (|ue la cantinnilé de celle lame vienne à cesser sur un point, les extrémités séparées se roule-
Enfin je ne dois point omettre de faire remarquer que , chez tous les Mammifères , les arcs de cette deutovertèbre demeurent si incomplets qu'on n'en aperçoit même pas encore, dans les Singes , les parties essentielles, c'est-à-dire les pièces basilaires supérieures , communément désignées sous le nom de lames papyracées.
DCCCXLIX. La seconde vertèbre faciale n'est ossifiée ni dans sa lame mitoyenne , ni même en général dans ses lames tectrices. Elle n'existe point chez les Cétacés , par des motifs que j'ai développés précédemment. Du reste, ses lames basilaires (cornets du nez) s'ossifient d'une manière très-constante; seulement la substance osseuse y est toujours mince et poreuse , et ces lames , parce qu'elles ne peuvent arriver à se fermer l'une l'autre , se roulent ordinairement en double spirale. Le Bradypus tridactyhis fait une exception sous ce rapport ; ses os nasaux antérieurs sont les lames tectrices de la seconde vertèbre faciale ossifiées à part ( 3 ) . Du reste , on peut se demander si les longs os du nez , surtout chez les Pachydermes , ne résultent pas de points d'ossification antérieurs et postérieurs , si par conséquent il ne s'opère pas là de très-bonne heure une soudure entre les lames tectrices de la vertèbre faciale postérieure et celles de la médiane , à peu près comme , chez beaucoup d'animaux et même chez l'homme , les lames tectrices de la vertèbre auditive se soudent avec celles de la vertèbre occipitale. La longueur de ces os et les deux cornes ou apophyses épineuses qu'ils portent l'une derrière l'autre dans le Rhinocéros bicorne, permettraient au moins de soutenir cette opinion (pi. xxxi, fig. m V c).
DCCCL. La troisième vertèbre faciale est la plus oblitérée de toutes , comme à l'ordinaire. En général, elle demeure purement cartilagineuse. On dit même qu'elle n'existe point chez les Cétacés. Mais comme , de toutes les régions du rachis , c'est la colonne vertébrale caudale qui varie le plus , de même aussi cette vertèbre est, de toutes celles de la tête , celle qui offre le plus de variatinos. Quelle diffé-
ronl cliacune en spirale, car, dans l'histoire de la génération des lignes, la spirale vient immédiatement ai)rès le cercle.
(3) Voy. mes Tabula; illustrantes , cah. !! , pi. vin, fig. C.
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rence infinie dans la forme de ces cartilages , qui soutiennent les bords des narines !
Chez l'Eléphant , ils se continuent avec les tubes intérieurement cartilagineux de la trompe, organe qui, répétant la queue par antagonisme , réunissant en lui les fonctions du toucher et de l'olfaction , et ayant , comme la queue d'autres animaux , une tendance à s'enrouler sur lui-même de dehors en dedans , peut fournir matière aux considérations les plus intéressantes.
Dans les Cochons , la face antérieure de la cloison nasale devient le siège d'une ossification exceptionnelle ( os du boutoir ) , qu'on peut considérer comme résultant de la prolongation enroulée des lames tectrices antérieures ossifiées de la troisième vertèbre faciale (pi. xxxi, fig. in , VI c).
Dans l'Ornithorhynque, unpetitos en forme de lyre, rudiment de la troisième vertèbre faciale, et qu'on rapporte ordinairement à l'intermàchoire , termine réellement la colonne vertébrale faciale , en manière d'os caudal simple.
Cette vertèbre cartilagineuse devient libre dans les Condylures. En faisant ainsi le passage aux formations purement dermatosquelettiques, elle s'entoure de six petits et seize grands rayons cartilagineux , qui émanent d'un centre commun avec une régularité véritablement géométrique (1).
Enfin , que de variétés n'observe-t-on pas dans les replis cartilagineux du nez des Chéiroptères , depuis notre Fer de lance jusqu'aux Phyllostomes !
DCCCLI. Si nous passons maintenant aux arcs costaux céphaliques, nous ne tardons pas à reconnaître que ces productions , destinées à entourer les organes végétatifs de la tête , ont moins d'importance que la colonne vertébrale proprement dite , relative aux masses nerveuses centrales , et nous en trouvons la preuve dans l'inconstance plus grande de leurs formes , qui se manifestent surtout aux arcs costaux de la région faciale, à l'égard desquels règne eu apparence un défaut absolu de règle.
DCCCLII. La meilleure manière de déterminer le rapport de la formation des côtes céphaliques chez les Mammifères à ce qu'elle est
( 1 ) Voy. la figure de ce cartilage remarquable dans /«/«, 1G23, t. I,pî.O.
dans les Oiseaux , consiste à dire que si un certain degré d'isolement et de mobilité , surtout dans les connexions avec le rachis céphalique , était le type de ces derniers , celui des premiers est une solidité plus grande des côtes, qui, d'ailleurs, s'étendent davantage en largeur , et sont immobiles les unes sur les autres.
DCCCLIII. A l'égard des paires de côtes en particulier, la meilleure manière de les étudier est de supposer que nous regardons le squelette céphalique par-dessous , qu'ensuite nous passons successivement en revue les côtes peu développées du crâne et les fortes côtes soudées en voûte palatine de la face , et que nous terminons par l'examen des intercôtes , qui forment une rangée extérieure , comme les précédentes en constituaient une interne. Si alors on se rappelle bien la manière dont ces arcs se comportaient dans l'aperçu général que j'ai donné des parties primaires du système osseux de la tête , il sera facile de comprendre les modifications qu'ils présentent dans les différents groupes. Ici encore nous retrouverons ce balancement entre plus et moins , entre développement et oblitération , que , plus d'une fois déjà, nous avons vu être la cause principale de toute diversification dans la nature.
DCCCLIV. Le?, côtes principales n'existent point, en général. Dans le cas seulement où, en étudiant Thistoire de l'évolution des Mammifères ( S DCCCCXLII ) dont l'os occipital porte de longs appendices si faussement appelés apophyses mastoïdes , l'on reconnaîtrait que ces parties doivent naissance à des pièces osseuses particulières , ce qui semble avoir lieu chez les Cochons , par exemple , peut-être serait-on fondé à admettre que là des rudiments de côte s'unissent avec des apophyses transverses.
Les côtes centricipitaJes ne sont pas plus développées que ces rudiments. Quoique indiquées par des points spéciaux d'ossification , elles se soudent toujours intimement avec la seconde vertèbre crânienne , de sorte qu'elles laissent , à proprement parler , dans le doute de savoir si l'on ne doit pas les considérer comme de simples apophyses transverses, à l'instar des appendices de la vertèbre occipitale.
DCCCLV. Les côtes sincipitales, propor-
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tionnellement plus fortes et plus libres, constituent presque toujours des os distincts aux deux côtés de la terminaison postérieure des cavités respiratoires céphaliques, par conséquent derrière les arrière-narines (pi. xxxi, fig. ni , nig). Quoiqu'elles ne se ferment point encore complètement par le bas , et que d'après cela elles représentent seulement ce qu'on nomme des fausses côtes , cependant elles demeurent la plupart du temps bien distinctes , sous la forme de crochets ptérygoïdiens. Dans rOrnithorhynque même, elles conservent, comme chez les Oiseaux, une articulation mobile avec le sphénoïde. En général leur forme crochue paraît devoir être considérée comme une réminiscence de la classe des Oiseaux , chez lesquels elle indiquait leur union avec la seconde côte crânienne. Or, les Rongeurs, qui répètent à tant d'égards les Oiseaux, sont précisément ceux d'entre les Mammifères chez lesquels leur forme de crochet se prononce le plus : ainsi , par exemple , dans le Castor , le crochet s'étend jusque vers la portion postérieure de la première intercôte ( os du tympan).
DCCCLVI. La première paire des côtes faciales se développe d'une manière parfaite encore. Première des vraies côtes de la tête , celle-ci se réunit par le bas avec celle du côté opposé , et contribue ainsi à former le thorax céphalique. Elle ne varie point essentiellement (pi. XXXI, fig. ui, IV g), si ce n'est dans les proportions relatives de ses parties. Les lames palatines sont quelquefois très-larges , parfois aussi oblitérées. En général , cette paire de côtes nous offre déjà le caractère distinctif du thorax entier de la tête des Mammifères, c'està-dire qu'elle a plus de largeur et de longueur que de profondeur , plus d'étendue de la surface sternale à la surface tergale.
DCCCLVII. La seconde paire de côtes faciales ( maxillaires supérieurs ) est partout la plus développée de toutes, et celle spécialement qui détermine la forme de la face. En elle on voit se manifester pour la première fois dans toute sa plénitude cette diversité de forme à l'égard de laquelle j'ai dit que le squelette costal l'emportait généralement sur la colonne deutovertébrale , à la tête. A la vérité elle a partout cela de particulier (pi. xxxi, fig. m, vg) qu'elle se réunit à la voûte palatine; et qu'ainsi elle contribue plus qu'aucune autre
pièce à la fermeture du thorax céphalique (1); mais quelle énorme différence de grandeur et de configuration n'off're-t -elle pas, quand on compare les mâchoires supérieures prolongées en bec d'oiseau des Dauphins avec les maxillaires épais et massifs du Morse et de l'Eléphant , ou les mâchoires plates et basses de rOrnithorhynque avec les larges et fortes mâchoires supérieures des Carnivores.
DCCCLVm. Une portion du maxillaire supérieur qu'on voit pour la première fois apparaître distinctement chez les Mammifères, mérite de nous arrêter ici, d'autant mieux que je l'ai omise dans l'aperçu général des parties primaires du névrosquelette , où je n'ai pas jugé convenable de m'enfoncer trop avant dans les formations les plus complexes. C'est l'arc osseux qui couvre le trou sous-orbitaire , et qui chez plusieurs Rongeurs , les Cavia, par exemple , comme aussi chez plusieurs Mammifères pélagiens , entre autres le Manati, acquiert une ampleur extraordinaire , de telle sorte qu'il ne se borne plus à entourer une branche principale du nerf trijumeau, mais enveloppe aussi des muscles.
On se demande quelle peut être la signifi cation d'un tel arc osseux , reposant sur le milieu de chaque côté extérieur d'un arc costal , d'une protovertèbre.
Si nous contemplons la figure xv, pi. xxn, nous trouvons que des deutovertèbres doivent virtuellement se développer, sur toute protovertèbre, dans la direction de la division par quatre (BB). Il ne peut donc plus nous rester aucun doute sur la signification de cet arc osseux , principalement lorsque nous trouvons qu'il forme l'enveloppement d'un nerf important , absolument comme le fait , à la tritovertèbre de l'article supérieur du membre pectoral , la deutovertèbre dont j'ai parlé S DCCCXXXI.
Il suffit aussi, pour comprendre cette pièce , de supposer l'arc costal de la mâchoire supérieure séparé des autres vertèbres céphaliques , et ramené aux conditions de la symétrie , comme dans la planche xxxi , fig. m , a , où v c 6 représente la deutovertèbre supérieure fiagmentairement développée , v g l'arc costal des os maxillaires supérieurs fermé
( 1 ) Les Cétacés, chez lesquels il n'y a plus de thorax céphalique, sont les seuls Mammifères où ce rai)port soit moins i)rononcc.
au palais par ses pièces sternales , et v t les deutovertèbres latérales de la vertèbre faciale médiane.
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DCCCLIX. Ainsi donc , au tableau précédemment donné (S CCCLXCIV) des côtes céphaliques , nous devons encore ajouter :
Deutovertèbres latérales de la cinquième protovertèbre céphalique.
Il est très-remarquable , sous ce rapport :
1° Que ces deutovertèbres latérales fermées n'apparaissent que là où la deutovertèbre supérieure n'a pris qu'un développement fragmentaire ;
2° Qu'ici nous voyons se répéter, à la face, entre des protovertèbres et des tritovertèbres , le même rapport qui avait lieu , à l'occiput , entre des deutovertèbres et des tritovertèbres (pi. xxxi, fig. ui, h , avec ui, a). La tritovertèbre inférieure s'oblitérait à l'occiput ; de même la deutovertèbre latérale s'oblitère à la face. Dans l'un et l'autre cas , l'oblitération des vertèbres impaires détermine la manifestation de vertèbres paires.
3° Qu'ici nous trouvons réalisée une fois , aux côtes céphaliques, une formation qui n'a lieu nulle part au tronc (1).
DCCCLX. La troisième paire de côtes faciales {interm-dchoire) participe aux changements de forme les plus essentiels de la précédente, quoiqu'elle soit toujours plus faiblement développée qu'elle. Je dois laisser au lecteur de rechercher les modifications relatives à la forme , depuis l'intermàchoire colossale des Cétacés (où elle s'étend souvent jusqu'à la vertèbre sincipitale , par-dessus les os du nez), des Morses, des Eléphants, et l'intermàchoire proportionnellement trèsgrande des Rongeurs , jusqu'aux faibles arcs costaux qu'elle représente dans les Ruminants , et de trouver la liaison nécessaire qui existe entre ces diverses conformations et la disposition générale du névrosquelette de chaque espèce. Je ne puis m'étendre ici que sur les points qui exigent quelques détails pour éclaircir la signification de certains rapports
(1 ) De pareils fails, qui ne se sont offerts à moi qu'après des recherches longues et multipliées , sont trèspropres à prouver que la structure du squelette de la tête a beau être fort compliquée , les parties primordialement sollicitées s'y manifestent néanmoins d'une manière plus complète qu'au squelette du tronc , ce qui dépend du plus haut degré de dignité de cette moitié du corps en général.
Portions des os maxillaires supérieurs qui foriuent les arcs des trous sous-orbitaires.
d'un intérêt spécial. Ainsi, je vais examiner,
1° Le défaut assez fréquent de fermeture des côtés intermaxillaires au côté sternal;
2" Leurs divers modes d'union avec la côte faciale médiane , et les vides qui restent entre ces deux paires de côtes.
DCCCLXI. Relativement au premier point, il annonce toujours un état d'oblitération de la côte , et ce défaut de fermeture ne s'observe que dans les ordres inférieurs , les Monotrèmes et les Chéiroptères. Chez les Chauves-souris , il en résulte une véritable scission antérieure du palais, semblable à celle qu'on rencontre quelquefois chez l'homme , lorsque , par vice de première conformation , les intermaxillaires demeurent séparés l'un de l'autre. Ce défaut d'occlusion réagit d'une manière remarquable sur les parties molles , qui se perdent au milieu des cartilages de la dernière vertèbre faciale , en produisant les formes les plus bizarres , comme chez les Phyllostomes.
Quant à la réunion avec la mâchoire supérieure , les arcs intermaxillaires ne s'unissent , dans le sens de leur longueur, aux côtes faciales médianes, que chez les Cétacés, les Monotrèmes et les Chéiroptères, où cette paire de côtes ne se ferme point en une voûte palatine séparant les fosses nasales de la cavité orale. Partout ailleurs il reste toujours enti^e eux , de chaque côté, à la voûte du palais , un vide qui , parce qu'il permet des connexions nerveuses et vasculaires plus libres entre les cavités respiratoires sensorielles de la tête et le commencement de la voie alimentaire , font mieux ressortir encore la véritable signification du squelette costal (thorax) de la tête. Là surtout où , comme dans le Lièvre , la première et la seconde côte faciale ressemblent davantage aux côtes du tronc par l'étroitesse de leur portion palatine, on aperçoit l'image complète de la face antérieure du thorax, eu égard aux vides que celle-ci présente , le long du ster-
roo
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num , entre les portions sternales des côtes.
DCCCLXII. Nous arrivons maintenant aux arcs costaux des intervertèbres.
Le premier est représenté par la côte auditive ^ qui se partage en portion postérieure et portion antérieure. Comme toutes les autres côtes céplialiques , celle-ci se soucie avec le rachis de la tête , et il n'y a qu'un petit nombre d'espèces , telles que les Cétacés et le Manati , où la portion postérieure , quoique toujours immobile, soit cependant unie d'une manière très-lâche avec la vertèbre. La différence la plus essentielle entre les Mammifères et les Oiseaux , relativement à cette formalion costale , consiste en ce que la postérieure prend ici, pour la première fois, la forme de cercle tympanique ( d'après la pi. xxxi , fig. ni, ig*). Ce cercle paraît de chaque côté courbé en arrière; ordinairement il produit l'os du tympan et le conduit auditif externe par son élargissement en dedans et en dehors, et c'est également ici que pour la première fois il fournit un membre rayonnant cartilagineux , la conque de l'oreille , qui est l'analogue de l'opercule des Poissons (1).
DCCCLXIII. C'est cette côte auditive postérieure qui entoure la cavité respiratoire céphalique postérieure , la cavité auditive contenant de l'air, et à laquelle s'annexent aussi les osselets de l'ouïe, formation squelettique particulière à l'organe sensoriel , dans laquelle , pour la première fois , ces sortes d'ossifications intérieures , qui répètent le névrosquelette dont elles sont entourées, comme les pierres de la glande pinéale répètent la voûte crânienne (CCCCXIX), s'élèvent jusqu'au type d'un membre du névrosquelette.
( I ) L'étude des monstruosités présente surtout un grand intérêt en ce sens qu'elle nous fait souvent apercevoir avec une précision extrême des formes et des rapports qui semblent plus enveloppés dans la conformation normale. Elle peut donc aussi contribuer à répandre du jour sur la signification de ces côtes auditives. Dans l'état normal, nous les trouvons tellement écartées l'une de l'autre, parle développement considérable du pharynx, que, semblables à des fausses côtes, elles ne se touchent jamais. Mais, quand le pharynx vient à s'oblitérer , comme chez les monstres privés de mâchoire inférieure, leur forme décote devient extrêmement évidente , en ce qu'alors elles arrivent réellement à se toucher, et entourent le pharynx, de même qu'une vraie protovertèbre enveloppe toujours le canal alimentaire. Voyez un travail deWeber, sur la fusion des deux organes auditifs, dans Tiedkmann's Zeitschrift fuer Physiologie , t. II, pag. 3015.
En effet , tandis que les Reptiles et les Oiseaux n'offraient ordinairement dans cet espace qu'un simple os diconique, on voit apparaître ici un arc protovertébral cartilagineux, qui répète la signification de la côte auditive à une plus haute puissance , sous ce rapport que, chez le fœtus, il s'unit réellement avec celui du côté opposé , et entoure le commencement du canal alimentaire (2). Mais, plus tard , il se développe , dans cette protovertèbre cartilagineuse (pi. xxxi, fig. iv), un membre dirigé vers loreille interne , qui consiste en article supérieur (marteau), article inférieur (enclume) et article terminal bifide (enclume). Les espèces les plus inférieures, par exemple l'Ornithorhynque , sont les seules chez lesquelles la segmentation ne soit pas complètement développée. Du reste, cette dernière présente aussi beaucoup de variétés, sur lesquelles je ne puis m'appesantir.
DCCCLXIV. Quant à la côte auditive antérieure (pi. XXXI, fig. ni, \g, ig"), elle se distingue très-bien de la précédente par sa. direction en avant. Toujours elle se soude de la manière la plus complète avec la lame basilaire supérieure de la vertèbre auditive , c'est-, à-dire avec la portion squameuse , pour constituer l'apophyse zygomatique de l'os temporal. Le peu d'intervalle qui sépare la cavité glénoïde (point d'intersection entre les pièces sternales supérieure et inférieure) de la vertèbre auditive, atteste la grande oblitération des pièces tergales de cette côte , circonstance en raison de laquelle on peut par conséquent la comparer aux arcs proto vertébraux destinés aux membres thoraciques.
La forme et la direction de l'apophyse zygomatique présentent aussi un très -grand nombre de différences , à l'égard desquelles je me contenterai de faire remarciuer d'une manière générale qu'elles sont en raison directe du degré de développement qu'acquiert la seconde intercôte.
DCCCLXV. La seconde infercofe (os jugal , pi. XXXI, fig. III, 2g) admet généralement davantage , chez les Mammifères , un type correspondant à celui qui domine dans la classe précédente. Chez la plupart de ces animaux , elle demeure séparée du crâne , parce cjue la seconde intervertèbre n'acquiert
( 2 ) Voy . HusciiKE , dans Isù , t. II , p. 1 103 , pi. ii, fig. V,
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point non plus d'existence indépendante , et elle se rattache davantage aux vertèbres auditive antérieure et faciale médiane. Elle ne manque tout à fait , d'après Meckel , que dans le genre Manis. Cependant elle s'oblitère aussi dans les Fourmiliers et les Taupes, de même que dans les Cétacés, quand on la compare, chez ces derniers, aux énormes côtes faciales.
C'est uniquement chez un petit nombre d'Ongulés, et, d'une manière constante, chez les Singes seuls, qu'au moyen de sa connexion avec la partie de l'os frontal qui avoisine la vertèbre centricipitale, elle indique laprésence d'une intervertèbre médiane , dans des points d'ossification particuliers du sphénoïde.
Du reste , sa force et sa direction offrent une infinité de différences , que je ne puis énumérer, quoiqu'il ne me soit pas permis de passer sous silence que la force extrême et la grande courbure de l'arcade zygomatique chez les Carnivores, dont la digestion est si pressante et si rapide , pourrait fournir matière à bien des considérations diverses.
DCCCLXVI. La troisième intercôle (os lacrymal) est la plus petite (pi. xxxi, fig. ni, S g). En général, elle s'applique immédiatement au bord postérieur de la côte faciale médiane. De toutes les intercôtes , c'est elle qui se développe le moins. Elle manque entièrement chez les Phoques, ce dont on n'a point encore trouvé la raison physiologique.
DCCCLXVII. Il nous reste encore à parler des membres céphaliques, à l'égard desquels nous trouvons des perfectionnements essentiels dans cette classe , en les comparant avec ce qu'ils sont dans les précédentes. En effet,
1° Les impairs ont tout à fait disparu;
2° Les trois articles des membres crâniens latéraux inférieurs sont complètement développés;
3° Il apparaît de nouveau des membres crâniens latéraux supérieurs.
DCCCLXVIII. La disparition des membres impairs du crâne est la suite nécessaire du grand développement des deutovertèbres impaires supérieures, qui, par antagonisme , rend impossible l'apparition d'un membre à cette région , comme on peut en juger d'après ce que j'ai dit précédemment du rapport entre le plus et le moins de développement des parties élémentaires en général.
DCCCLXIX. Quant au perfectionnement des membres pairs, il résulte, par antagonisme aussi, de la disposition des membres impairs , et se rattache en général à la dignité plus élevée de la moitié du corps consacrée à la vie animale, qui exige que toutes les parties compatibles avec son essence soient plus ennoblies et plus délicates. C'est aussi ce dernier motif qui fait que , si jamais le tronc n'offre de membres latéraux supérieurs , on en trouve à la tête une paire , qui sont devenus des membres sensoriels , et dont par cela même le squelette ne dépasse point les conditions du cartilage , ainsi qu'il arrive aux vertèbres faciales antérieures, développées également en parties sensibles.
DCCCLXX. Examinons d'abord les membres céphaliques latéraux inférieurs, c'est-àdire la mâchoire inférieure.
Jusqu'à présent, ces membres n'avaient encore été composés , comme des membres imparfaits du tronc , des nageoires , par exemple, que d'un article terminal et d'un article inférieur. Ici nous voyons apparaître pour la première fois l'article supérieur, qui se montre aussi plus tard que les autres aux membres du tronc , et c'est lui qui produit l'apophyse articulaire ascendante.
La correspondance entre la forme de cette partie de la mâchoire inférieure et celle d'un humérus , ressort non-seulement de la fig. ni , pi. xxxi, ih, mais encore de l'examen des formations naturelles elles-mêmes. On peut s'en convaincre , principalement sur toutes les têtes où la branche ascendante a acquis une longueur considérable , comme , par exemple , dans les Bisulces. Voilà pourquoi elle se développe toujours par un point parculier d'ossification , et pourquoi elle porte toujours le condyle, au lieu que, dans les classes précédentes , la mâchoire inférieure s'articulait toujours par une cavité , comme un avant-bras. Il est surtout digne de remarque qu'on ne la trouve point parfaitement développée dès les dernières espèces de Mammifères , et qu'elle est très-oblitérée dans le groupe répétiteur des Poissons (Cétacés), où la mâchoire semble ne se composer que des seules branches horizontales. La même chose a lieu dans les Monotrèmes , qui répètent les Reptiles , dans les Fourmiliers , etc.
Au reste, je ne puis m'engager ici dans
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îa description de toutes les formes diverses que la mâchoire inférieure présente. Je n'ai à ra'occuper quede la formation des interarticles supérieur et inférieur; car jusqu'ici il n'y en avait eu qu'entre l'article inférieur et l'arc proto vertébral. Je dois aussi parler de la formation du canal dentaire et de sa signification.
DCCCLXXI. Quant à ce qui concerne les interarticles , qui , dans les membres , se rapportent toujours au mouvement musculaire , ils sont représentés par l'apophyse coronoïde et l'angle de la mâchoire inférieure. Plus ce dernier membre €st destiné, d'après la nature individuelle de l'organisme entier, à l'exercice d'une force grossière , plus ces interarticles sont puissamment développés. Voilà pourquoi il est si ordinaire de trouver, non pas seulement l'apophyse coronoïde (interarticle interne) fort grand, et souvent même en forme de long crochet , comme dans les Ruminants , mais encore l'angle de la mâchoire (interarticle exiierne ) très-prolongé , comme dans beaucoup de Rongeurs.
DCCCLXXII. A l'égard du canal dentaire , sa signification a été longtemps pour moi enveloppée de ténèbres, et je ne suis parvenu à m'en former une idée nette que depuis qu'il m'est arrivé de comprendre aussi celle du canal par lequel passe le nerf maxillaire supérieur (§ DCCCCLVIII). La branche ascendante de la mâchoire inférieure correspondant à l'humérus , et certains Mammifères nous offrant à l'humérus lui canal nerveux qui est un rudiment de deutovertèbre , on ne doit point être surpris de voir une formation analogue se présenter à la branche ascendante de la mâchoire inférieure. Et même , comme elle y est plus générale qu'à l'humérus, on doit penser que la formation du bras n'est qu'une répétition de celle de la tête , que par conséquent elle appartient primitivement en propre au squelette céphalique ; car la tête , en sa qualité de moitié du corps prépondérante en dignité , doit , lorsqu'elle acquiert lin haut degré de perfection , manifester au mioins quelque part , d'une manière à la vérité très-contractée , mais en même temps ennoblie , toutes les formations qui sont virtuellement possibles. Or, l'idée de deutovertèbres est toujours comprise primordialement dans celle d'une colonne vertébrale de mem-
bres; elle doit donc se réaliser quelque part, et il est donc très-conséquent que la formation d'une deutovertèbre embrassant un nerf se manifeste constamment à la portion la plus importante des membres céphaliques qui ont également une existence constante. Delà provient l'anneau osseux qui entoure le nerf maxillaire inférieur (pi. xxxi,fig. ni, i/iy), de telle sorte cependant qu'à l'instar de toutes les parties primaires du membre auquel il se rapporte , cet anneau osseux soit absorbé dans l'ossification générale , et que le nerf qui parcourt l'espace compris entre les deux feuillets du membre , ne redevienne libre qu'au côté exteine de l'article terminal (1).
DCCCLXXUI. J'ajouterai encore , eu égard au développement général de cette paire de membres crâniens latéraux inférieurs, que chaque membre est absolument immobile et en quelque sorte enkylosé dans ses divers articles. La faculté en lui de se mouvoir eût impliqué contradiction avec la prédominance que la sensibilité possède dans la moitié animale du corps, dans la tête. Cependant la soudure des deux membres l'un avec l'autre n'est point aussi solide que chez les Oiseaux , où elle tient à la prédominance de l'ossification dans la classe en général.
DCGGLXXIV. Les membres crâniens pairs inférieurs étaient seuls développés dans les deux classes précédentes. Ici seulement la portion postérieure de la côte auditive recommence à porter un membre latéral supérieur. Ce membre est le cartilage de l'oreille externe. Si le peuple donne déjà le nom d'orne* aux opercules des Poissons osseux , la science démontre avec une évidence parfaite que la conque de l'oreille est une métamorphose de l'opercule. Cette conséquence résulte nécessairement de ce que j'ai dit en traitant de la côte auditive , à l'occasion de laquelle j'ai fait voir que sa portion arquée d'avant en arrière, c'est-à-dire le cercle tympanique , d'où provient le conduit auditif osseux externe, est la même chose que la partie postérieure de
( 1 J L'osselet tubuleux de la mâchoire inférieure de3 Oiseaux, que j'ai compris dans le splanchnosquelelte, ne serait- il pas aussi une deutovertèbre , mais qui demeure libre? Cette question mérite d'être examinée , quoique je sois tenté jusqu'à présent d'y répondre par la négative , attendu que le tube n'enveloppe point de nerfs.
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l'os carré des Poissons. Mais , comme l'opercule naît de la partie postérieure de l'os carré, chez les Poissons , de même aussi , chez les Mammifères, la conque de l'oreille naît du conduit auditif osseux externe. Pour mieux saisir encore cette analogie, il suffit de se rappeler que quand l'opercule disparaissait dans la classe des Poissons , il prenait également la forme d'une lame cartilagineuse , par exemple dans le Squale (pi. xxx , fig. vu , I h*; pi. XXXI , fig. m , i /i*) (1).
DCCCLXXV. Mais déjà , chez les Poissons, le membre supérieur du crâne n'apparaissait que comme article terminal , procédant d'une trito vertèbre conique, et étendu sous la forme d'une lame analogue à une nageoire. Ici , où le rudiment entier de ce membre ne consiste qu'en cartilage , il se montre partout sous l'aspect d'une lame ou feuille (pLxxxi , fig-. ui, i^*) , quoique variant beaucoup dans la manière dont il est plissé et développé. Je me bornerai à faire remarquer que comme l'article supérieur de la mâchoire inférieure , propre à la classe des Mammifères , demeurait à un degré extrêmement faible de développement chez les dernières espèces de la classe , de même aussi le membre supérieur est fort oblitéré dans ces espèces , et presque exclusivement borné à la lame cartilagineuse qui constitue le conduit auditif externe.
Je ne puis décrire ici les différentes formes de ce membre , qui parfois ressemble réellement à des lames branchiales , comme par exemple dans les feuillets cartilagineux si minces mais si démesurément grands de l'Oreillard. Il me suffit d'avoir établi la signification de l'appareil entier , qui d'ailleurs devient parfaitement évidente lorsqu'on se rappelle qu'à l'instar de l'opercule et de tous les membres extérieurs, la conque de l'oreille est mise en mouvement par des muscles particuliers.
On verra plus loin que les autres membres céphaliques virtuellement possibles ne sont qu'indiqués , chez certains Mammifères , par de simples productions du dermatosquelette.