MOELLE ÉPINIÈRE ET CERVEAU
La moelle épinière et le cerveau sont développés avec une grande uniformité dans les différents genres d'Oiseaux, et ils le sont beaucoup plus , proportionnellement au corps entier , que dans les classes précédentes. Une forme globuleuse et une plus grande largeur établissent une hgne de démarcation bien tranchée entre le cerveau et la moelle épinière ; la masse du premier surpasse même celle de la seconde , ce qui n'avait point encore eu lieu jusqu'ici. Cependant la moelle épinière et le cervelet continuent toujours à présenter un si haut degré de développement , qu'on ne peut méconnaître le parallélisme entre ce dernier et le déploiement extraordinaire du système locomoteur.
Un pigeon pesait huit onces , et sept sans plumes , ou trois mille trois cent soixante grains ; le cerveau et la moelle épinière pesaient ensemble quarante-huit grains ; le poids de la moelle épinière était de onze , et celui du cerveau de trente-sept.
La moelle épinière , bien que considérablement amincie , se prolonge encore à travers le coccyx ; mais la portion caudale de la colonne vertébrale est en général très-courte , le renflement inférieur de la moelle épinière ne se trouve que dans les vertèbres sacrées , et c'est plutôt un assez gros filet terminal , envoyant encore quelques paires de nerfs par
(3) Anat. comp. nerv. symp. pag, 41.
es
les trous coccygîens, qui parvient jusque dans le coccyx. Du reste , la longueur de la moelle épinière est encore très-considérable en proportion du cerveau (pi. xv , fig. 1 ) , elle a une forme cylindrique , on y distingue Une scissure antérieure et une autre postérieure, enfin un canal étroit la parcourt dans toute sa longueur. Cependant il est un objet qui mérite une mention spéciale; ce sont les renflements correspondants aux nerfs des membres , dont on trouve un supérieur plus petit (fig. I, g) et un autre inférieur plus gros (fig. I, i). A l'endroit du renflement supérieur , la moelle épinière ne change pas de forme, et sa masse devient seulement plus considérable ; mais , à la hauteur de l'inférieur , le canal de cette moelle s'élargit d'une manière extrêmement remarquable, de sorte que les cordons médullaires finissent par se séparer en dessus , précisément comme à la région du quatrième ventricule, et qu'on aperçoit sur ce point un amas de la liqueur du canal médullaire , renfermé par la pie-mère (f ). Cet enfoncement sur la moelle épinière des Oiseaux porte le nom de sinus rhomboïdal.
Une chose digne surtout d'être signalée dans le cerveau des Oiseaux , c'est que ses trois masses principales ne sont plus disposées précisément à la suite l'une de l'autre , comme dans les deux classes précédentes , mais qu'on aperçoit déjà une subordination plus marquée entre elles ; car lorsque l'on regarde le cerveau par sa partie supérieure ; on n'aperçoit plus que deux masses principales , les grands hémisphères et le cervelet , dont il n'est même pas rare que l'antérieure commence à couvrir un peu la postérieure (pi. xv, fig. i, a, c).
La proportion du cerveau au reste du corps a fait aussi de grands progrès ; je l'ai trouvée d'à peu près 1/91 dans le Pigeon, et de 1/19 dans le Pinson; elle était de 1/160 dans l'Aigle et de 1/231 dans le Serin. Je parlerai plus tard de l'exactitude parfaite avec laquelle le crâne enveloppe cet organe.
La première masse , ou l'antérieure , est représentée par les hémisphères, qui sont encore parfaitement lisses , et qui déjà semblent avoir une destination plus relevée que d'être simplement les ganglions des nerfs
olfactifs (fig. i-iv, a). Du reste ils sont toujours formés en grande partie de substance grise , et, de même que dans les classes précédentes, ils tiennent encore l'un à l'autre, principalement par une étroite commissure (commissure antérieure) (fig. v, « ) , à laquelle s'en joint cependant, d'après l'intéressante remarque d'A. Meckel (1) , une autre petite et molle , située au-dessus de la précédente , et que l'anatomiste qui l'a découverte considère comme le premier rudiment de la grande commissure cérébrale qu'on verra paraître dans la classe des Mammifères: suivant mes propres observations , elle semble correspondre spécialement à ce qu'on appelle chez l'homme le genou du corps calleux , partie qui a encore un volume considérable parmi les Rongeurs , dans la classe suivante. Sur les faces par lesquelles les hémisphères se regardent, on aperçoit une membrane médullaire mince et rayonnée (fig. v,/3). Leurs cavités ont beaucoup d'ampleur , mais elles sont très-rapprochées de la superficie ; les ouvertures qui leur servent d'entrée sont tournées en arrière , et assez exactement bouchées par un petit plexus choroïde. On trouve dans leur intérieur un gros renflement, qui correspond au corps cannelé des ventricules latéraux du cerveau humain (fig. v,a*).
Du reste, la forme des hémisphères euxmêmes varie assez , suivant les genres. Dans les Passereaux , ils sont ordinairement longs et larges , et couvrent tout à fait les masses optiques. Dans les Rapaces , au contraire , ces dernières font une forte saillie à côté d'eux et derrière ; mais , en revanche , les hémisphères sont remarquables par leur largeur. Dans plusieurs Palmipèdes , par exemple dans le Canard, ils sont un peu oblongs. De leur extrémité antérieure naissent toujours les nerfs olfactifs j, au moyen de deux renflements , et à la base de chaque hémisphère on aperçoit une bandelette médullaire qui se dirige vers l'origine de ces nerfs (fig. iv, 1).
Pour trouver que la seconde masse cérébrale des Oiseaux s'accorde parfaitement avec la forme que nous avons vu qu'elle revêt chez les Reptiles , il suffit de prendre pour terme moyen le cerveau d'un embryon d'oiseau un
(1) Dans Meckel's Archiv fuer die Physiologie, tom. II , cah. i , pag. 73.
SYSTÈME NERVEUX
peu avancé. Là , où les hémisphères sont encore petits et étroits , comme ceux des Reptiles , on aperçoit aussi les masses optiques appliquées l'une contre l'autre et situées immédiatement derrière les hémisphères (fig. n, a, b), ce qui n'a plus lieu chez l'oiseau parfaitement développé. Dans celui-ci, en effet, où l'on peut, comme la chose était déjà praticable chez les Reptiles, distinguer les ganghons des hémisphères des masses optiques proprement dites , ces dernières sont placées plus de coté et en bas , et écartées l'une de l'autre par l'ampleur plus grande des hémisphères, ( pi. XV ; fig. ni , IV, b ) , mais de telle manière cependant, qu'elles continuent encore à être unies par une membrane médullaire , correspondant au toit de ce qu'on appelle l'aquéduc de Sylvius dans le cerveau humain (fig. V, q). Elles-mêmes sont plus petites, proportionnellement aux autres parties du cerveau , et par là , de même que par l'abondance de la substance médullaire qui couvre leur face externe et leur face interne , elles se rapprochent des tubercules quadrijumeaux antérieurs du cerveau humain , qui , à la vérité, sont encore beaucoup plus petits. Leur cavité est peu ample (fig. v , b* ) , et elle s'ouvre dans l'espace situé sous la commissure médullaire des masses optiques dont il a été parlé plus haut ( dans l'aquéduc de Sylvius) (1).
Quant à ce qui concerne les ganglions des hémisphères ( fig. v , ^ ) , dont les physiologistes ont d'ailleurs donné des interpréta-
(1) Le traducteur anglais de la première édition de ce Traité, a consigné ici une note que je crois devoir rapporter , en réfutation de quelques erreurs qu'on a récemment reproduites. « Les masses optiques , qu'à » tort on a regardées dans les Poissons comme des hé- » misphères, ont été considérées depuis longtemps,
» dans les Oiseaux , comme les couches optiques
» Gall et Spurzheim ont le mérite d'en avoir les pre- » miers découvert la nature, et d'avoir démontré leur » identité avec l'une des paires ou plutôt avec les deux to paires de tubercules quadrijumeaux chez les Mammi- » fères , opinion qu'ont ensuite adoptée Cuvier , Tiede- » mann. Desmoulins, Serres et autres. Mais c'est une » justice qu'on doit rendre à Carus , que de reconnaître » qu'à cet égard , comme aussi sous le rapport de la » détermination des différentes parties du cerveau dans » les diverses classes d'animaux , il a précédé non-seu- » lement Serres , mais même Tiedemann , dont l'ou- » vrage n'a paru qu'en 1810 ( Voyez Ânatomie du cer- » veau, trad. par. A. J. L. Jourdan, Paris, 1821 ,in-8, » figures) , tandis que le sien avait été publié en 1814.»
tions fort différentes, dès qu'on considère avec attention la série des formations cérébrales plus ou moins perfectionnées , il devient tout à fait hors de doute qu'ils correspondent parfaitement à ce qu'on nomme les couches optiques dans le cerveau humain. Ici également ils sont traversés par les faisceaux fibreux qui vont de la moelle allongée aux hémisphères , et forment des masses plates , entre lesquelles descend l'entrée qui mène à l'entonnoir. On doit principalement signaler un faisceau fibreux extérieur et latéral , qui tourne autour d'eux , de haut en bas et de dehors en dedans , et qui finit par se répandre dans la radiation de la paroi interne des grands ventricules latéraux (§114). Dans les espèces où les hémisphères sont très-volumineux , comme dans quelques Passereaux et Palmipèdes , la surface de chacun d'eux offre une élévation grise , et il y en a deux chez l'Autruche , d'après Cuvier. C'est aussi sur eux , à l'issue antérieure de l'aquéduc , et au confluent des gros vaisseaux veineux du cerveau , que se trouve la glande pinéale , qui tient solidement à ces vaisseaux , et qui parfois , comme dans le Pigeon , se compose de plusieurs segments , mais qui la plupart du temps est simple et de forme conique ( fig. VI ). On rencontre en outre, à la face inférieure de la seconde masse cérébrale , un petit amas de substance grise , et à l'extrémité d'un court entonnoir ( comme dans les classes précédentes et chez l'homme lui même) la glande pituitaire , qui repose dans une fosse assez profonde de la base du crâne , et dont le volume , proportionnellement à celui du cerveau , est un peu moins considérable qu'il ne l'était précédemment(2).
(2) Comme j'avais jadis trouvé, dans la Couleuvre à collier, une connexion bien manifeste de la glande pituitaire avec la sixième paire ( V. mon Versuch ueber Nervensystem, pag. 18b), de même H.-A. Meckel (dans JVIeckel's Archiv fuer Physiologie, tom. II, cah. I , pag. 39) a découvert aussi , dans l'Oie , un filet de communication entre cette glande et la troisième paire. Si l'on trouve encore d'autres connexions de ce genre entre la glande pituitaire et des nerfs qui communiquent immédiatement aussi avec le système ganglionnaire , si des observations plus nombreuses confirment l'altération pathologique de cette glande dans les affections mentales , où l'on ne peut méconnaître qu'il y a lésion de la sensibilité générale , du nerf grand sympathique, ne serait-ce point là un argument en faveur de l'opinion déjà émise que la glande pituitaire est le représentant du système ganglionnaire dans le crâne.
TRAITÉ DANATOMIE COMPARÉE.
Déjà dans certains Poissons cartilagineux et Reptiles (§ 97 , 107 ) , nous avons trouvé le cervelet, cette partie principale de la troisième masse cérébrale ^ sous la forme d'une lame plissée en travers et recouvrant le quatrième ventricule ; la même chose a lieu ici , et avec un plus grand développement encore. Le cervelet des Oiseaux ressemble beaucoup au ver ou à la partie moyenne de celui de l'homme : le nombre de ses incisurc'S s'élève de seize à trente environ. La cavité de la moelle allongée (quatrième ventricule) pénètre encore profondément dans sa substance , et ici , comme dans quelques Poissons et Reptiles (S 96, 107) , on trouve des appendices latéraux (1) , qu'on ne peut cependant point considérer comme les analogues des grands lobes latéraux du cervelet humain, mais qui doivent l'être seulement comme celui de ce que Reil appelle les touffes (fig. ni, c*). Ici également les ganglions des nerfs acoustiques sont la plupart du temps très-visibles au-dessous du cervelet. La moelle allongée elle-même forme encore un renflement considérable , convexe en dessous , dont la largeur n'est ordinairement qu'égale au tiers de celle des hémisphères (comp. 96, 106), et sur lequel on peut distinguer clairement les corps pyramidaux et plusieurs autres éminences.