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IL ORGANES LOCOMOTEURS DANS LES

GASTROZOAIRES.

Si la couche musculaire située à la surface du corps a déjà fréquemment acquis un grand développement dans les Oozoaires , le même état de choses a lieu , mais d'une manière plus générale encore , dans les Gastrozoaires. A la vérité les Botryllus et les Biphores, parmi les Apodes , n'offrent encore qu'un système musculaire fort imparfait , dans les fibres déliées qui entourent leur corps transparent. Mais les Ascidies présentent , audessus de leur tégument coriace , un sac musculaire plus fort , qui en est complètement séparé jusqu'au voisinage des orifices du corps , et qui enveloppe tous les viscères (pi. n , fig. IV et V a b , fig. vn). Ce qui mérite surtout d'être noté , c'est que la disposition des fibres de ce sac ressemble parfaitement à celle dusac stomacal des animaux supérieurs.

A l'égard des Pélécypodes , leur système musculaire est plus perfectionné sous ce point de vue : 1° que l'enveloppe musculaire générale se fend en deux ; 2° qu'il s'en forme une particulière autour des viscères ; 3° enfin qu'on voit paraître un appareil musculaire puissant, qui est consacré au dermatosquelette.

L'enveloppe musculaire générale prend ici le nom de manteau (pi. u , fig. xn , c, f, X , f ) , et c'est sur son bord que s'opère la sécrétion du dermatosquelette. Ce manteau est presque toujours délicat , composé de fibres musculaires et tendineuses entrelacées, et tantôt plus ( Spondylus ) , tantôt moins {Solen , fig. XXI , z ) fendu.

On doit surtout noter les prolongements du manteau analogues à des membres, qui partent de l'extrémité postérieure de l'animal, sous la forme de tubes respiratoires simples ou doubles , et qui résultent d'un entrelacement de fibres longitudinales et de fibres circulaires. Quelquefois (par exemple dans le Solen strigilatuSj fig. xxi, K , L. ) , les fibres circulaires sont réunies en faisceaux, et si fortes que leur action peut aller jusqu'à déterminer la séparation d'un certain nombre d'anneaux du tube , qui néanmoins , d'après Poli , reprennent avec promptitude et facilité.

SYSTÈME MUSCULAIRE

L'enveloppe musciileiise des viscères , qui parfois , comme clans le Cardlum et le Solen ( fig. XX , XXI , F ) , s'allonge considérablement en ime sorte de membre , porte le nom de pied. Son tissu musculaire , composé de plusieurs couches de fibres longitudinales et transversales (à l'instar de la langue des animaux supérieurs ) , est très-puissant et fortifié encore par de nombreuses fdires tendineuses , formant quelquefois dans l'intérieur des ligaments remarquables qui reçoivent entre eux les circonvolutions de l'intestin (par exemple dans le Solen Urigilaim , fig. xx , F ) .

Enfin l'appareil musculaire destiné au mouvement du dermatosquelette est le plus fort. On trouve , en effet , un ou deux gros muscles destinés à fermer la coquille , qui , par une disposition fort remarquable , ont ici pour antagoniste non pas la puissance d'un autre muscle , mais la grande élasticité du ligament extérieur de la charnière , dont l'action tend à tenir la coquille toujours ouverte. Aussi , quand ces muscles viennent à être coupés , les valves s'écartent-elles d'elles-mêmes , ce qui arrive également après la mort de l'animal. Lorsqu'il n'y a qu'un seul muscle , comme dans les Huîtres (pi. u , fig. viii , G , H ), il est plus rapproché du milieu des valves. Quand il y en a deux , comme chez le plus grand nombre des Bivalves ( par exemple Unio , Anodonta, Mactra) , l'un se trouve à l'orifice oral , comme muscle scapulaire ( fig. X , xvni , a' ) , et l'autre à l'orifice anal , comme muscle iliaque {Ibid. ^ k' ). En outre, les tendons de plusieurs muscles de la masse du pied s'insèrent aussi à la coquille ( fig. xviii, b,i,l).

L'enveloppe musculeuse simple du corps entier existe également chez les Gastéropodes et les Pléropodes, où il lui arrive même souvent d'être plus développée encore que chez les Pélécypodes. Ainsi , par exemple , dans les genres Âphjsia, Limax, et Clio , elle forme un sac musculeux enveloppant tous les viscères , à la face interne duquel les organes qu'il renferme ne sont attachés que par un tissu cellulaire lâche ( pi. ni , fig. i , Aphjsia, et x, CUo). Sa substance est essentiellement formée de fibres longitudinales , transversales et obliques , fortement entrelacées les unes avec les autres. Cet appareil musculaire est

surtout très-développé lorsque Tanimal est pourvu de l'organe servant à la progression qu'on désigne sous le nom de pied , comme par exemple dans les Limax , M Aphjsia, et en général chez les Gastéropodes. Ce pied agit , au total , comme une ventouse , et il peut tenir l'animal fixé même le long d'une surface perpendiculaire , par la succion qu'il exerce en s'appliquant sur les bords et se soulevant au centre. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que , dans beaucoup de genres , par exemple dans les Patelles et les Boris , sa substance fibreuse a presque la solidité du cartilage.

Chez les Gastéropodes munis d'une coquille , le sac musculeux dont nous venons de parler n'embrasse la plupart du temps qu'une petite portion des viscères , le reste sortant par une fente qu'il présente (à peu près comme dans Fomphalocèle congénitale chez l'homme) , et n'étant entouré que par la coquille.

Au reste , la formation du sac lui-même et celle du pied ne diffèrent point de celle que nous avons décrite plus haut ; seulement le sac est fortifié encore par quelques faisceaux musculaires destinés à opérer la rétraction de la masse entière du pied dans l'intérieur de la coquille (pi. m , fig. m, ii) , et qu'on peut comparer aux muscles du pied des Pélécypodes.

Nous ne devons point omettre non plus de signaler le collier musculeux saillant que le manteau présente à l'endroit où les viscères en sortent pour se plonger dans la coquille, car c'est lui qui est chargé de sécréter cette dernière.

Le système musculaire des Crépidopodes ressemble à celui des Patelles , de même que celui des Brachiopodes et même aussi jusqu'à un certain point celui des Cirripèdes (1) ressemblent à celui des Pélécypodes , par la présence de gros muscles transversaux servant à fermer la coquille.

Nous retrouvons , dans les Céphalopodes , l'enveloppe charnue générale , c'est-à-dire le manteau qui, fermé en bas et en arrière, ouvert en haut et en devant (pi. iv , fig. iv , i) , offre plusieurs couches de fibres musculaires

(1) Voyez Poli, Testacea utriusque Siciliœ, tom. l",

fig. XIII.

très-développées , mais encore incolores. Ici, de même que dans les Pélécypodes , les mouvements de ce sac servent plus à la respiration qu'à la locomotion.

Sur la face antérieure de la tête , le manteau forme l'entonnoir également musculeux (fig. IV , a), dont les rapports avec lui sont les mêmes que ceux des tubes respiratoires des Pélécypodes avec leur manteau. Sur la face tergale, des faisceaux charnus plusforts^ mais à proprement parler appartenant aussi au manteau , s'attachent au squelette , soit calcaire des Seiches , soit cartilagineux des Calmars : on voit là surtout naître des faisceaux particuliers qui se rendent au cartilage céphalique et déterminentles mouvements de la tête. Cependant les appareils musculaires les plus compliqués sont ceux qui président aux mouvements des huit ou dix pieds dont la tête est entourée, et de la membrane infundibuliforme tendue entre ces tentacules, à leur base. Cuvier a donné de très-belles figures représentant la manière dont ils sont disposés dans le Poulpe (1). La membrane est mue par des faisceaux fibreux nés de la base de chaque pied, tandis que la substance de chaque pied lui-même , renfermant un nerf et un vaisseau , forme un tube musculeux , mobile comme une langue , qui présente à l'extérieur des fibres longitudinales (pi. iv , fig. v , a) , et à l'intérieur des fibres transversales. Sur ce tube , on aperçoit des suçoirs également musculeux (pi. iv , fig. v, c), formés défibres excentriques et concentriques , dont le mécanisme se rapproche au fond beaucoup de celui du pied des Gastéropodes (§ 323) , de sorte que le grand nombre de ces organes agissant comme des ventouses permet à l'animal de s'attacher avec une solidité extraordinaire aux corps qu'il embrasse. Au reste , le nombre des suçoirs augmente avec l'âge , et l'on conçoit qu'ils puissent devenir dangereux pour riiomme lui-même , puisqu'on a trouvé des Poulpes qui pesaient jusqu'à cent cinquante livres , et dont les bras avaient plusieurs aunes de long.

Lorsque les Céphalopodes sans coquille nagent , ce sont principalement les bras et leur membrane en forme d'entonnoir qui détermi-

(1) Mémoires pour servir à Vhistoire et à l'anatomie des Mollusques, Paris, 1017, in-4o, pi. letii.

nent la progression , le sac abdominal étendu en avant étant poussé par les expansions et contractions alternatives des organes de la tête.

Parmi les Céphalopodes à coquille , l'Argonaute a un système musculaire semblable à celui du Poulpe (2) ; seulement deux des huit bras de la tête forment de larges plaques dont les bords sont pourvus de petites ventouses , et qui font réellement l'office de voiles quand l'animal s'est élevé à la surface de la mer avec sa coquille.

IIL ORGANES LOCOMOTETJRS DANS LES THORACOZOAIRES.

Enthelminthes. — On retrouve ici de nombreux exemples du mouvement sans structure fibreuse manifestement développée. Ainsi, dans les Vers cystiques , par exemple le Cysticercus tenuicoUis (3) , la grande vésicule qui se resserre et s'étend d'une manière ondulatoire , n'offre qu'une substance animale ponctiforme, sans nulle apparence de fibres. Ceux des Vers intestinaux chez lesquels la structure fibreuse se prononce le mieux , sont les Nématoïdes , par exemple l'Ascaride lombricoïde, où une couche de fibres longitudinales externes et de fibres transversales internes forme l'enveloppe générale extérieure , qui réagit contre les impressions du dehors et opère la locomotion. Plusieurs de ces animaux ont des organes qui leur servent pour se fixer, paf exemple des couronnes de crochets diversement configurés, comme dans les Echinorhynques , ou des ventouse bordées d'épmes , comme dans le Strongylus armatus.

Annélides. — Chez la plupart de ces animaux aussi, l'enveloppe fibreuse commune des viscères , qui s'est développée immédiatement sous la peau , constitue encore le principal et souvent même l'unique organe locomoteur : ce n'est que quand il se développe des organes particuhers analogues à des membres, par exemple des faisceaux de branchies , comme dans le SpirograpMs , ou des soies , comme

(2) Poli , Testacea utriiisque Siciliœ , confin. a Steph. Délie Chiaje, Napoli , 1832 , ia-fol., tom. III ,

fig. XLII.

(3) Voyez mes Tabulée illustrantes, cah. I, pi. i, fig.i.

SYSTÈME MUSCULAIRE

dans les Aphrodites, qu'on voit aussi paraître des muscles particuliers pour ces organes.

Si nous prenons pour exemple la Sangsue, nous trouvons d'abord chez elle , au-dessous des minces anneaux cornés de la peau , une double couche de fibres circulaires obliques, dont les directions se croisent, puis une couche de fibres longitudinales enveloppant le corps depuis la bouche jusqu'à l'anus. C'est avec des moyens si simples que l'animal parvient à exécuter tous les mouvements imaginables. Du reste, nous devons encore faire mention particulière de la structure du suçoir qui entoure la bouche , et dont l'appareil se répète à la région anale. Ce suçoir est composé de fibres circulaires et de fibres excentriques , et il s'applique aux objets extérieurs d'après les mêmes lois que le pied des Gastéropodes ou les ventouses des Céphalopodes.

Le système musculaire est beaucoup plus compliqué chez VAphrodita aculeata , où les faisceaux aplatis des fibres ont en outre une couleur plus foncée et un brillant qui , dans les muscles ti'ansversaux , égale presque celui des tendons. Ici (1) on peut distinguer, de chaque côté , trois plans assez forts de fibres longitudinales pour le dos, le côté et le ventre (pi. V, fig. XXIV ) , tandis que près de quarante faisceaux musculaires transversaux sont tendus entre les plans longitudinaux du dos et du ventre , et donnent ainsi lieu à la division des côtés de la cavité du corps en compartiments destinés à recevoir les appendices du canal intestinal dont nous donnerons plus tard la description. A chaque paire de ces compartiments correspond une paire de faisceaux de soies ou de pieds , portés chacun par un cylindre charnu , et ces pieds sont également pourvus de plusieurs faisceaux musculaires , dont l'action paraît être fortifiée encore, suivant Treviranus, par la turgescence du liquide contenu dans une gaîne membraneuse du pied , c'est-à-dire par un mécanisme analogue à celui dont nous avons parlé à l'occasion des tentacules des Astéries et des Oursins. Les épines même des crêtes épineuses sont mues par des faisceaux musculaires particuliers.

(1) Voyez Pallas , sur les muscles de XAiplirodita aculeata, dans ses Miscellan. Zoolog., avec une figure pl- 7. — Voyez aussi un Mémoire de G.-R. Treviranus, dans Tiedemann's Zeitschrift fuer Physiologie, t. III, cah. II.

Isopodes et Neusticopodes. — Leur appareil musculaire ressemble beaucoup à celui des Annélides supérieures , et comme on commence à observer chez eux tant une segmentation plus prononcée du dermatosquelette que des membres spéciaux , cet appareil passe souvent aussi d'une manière très-prononcée à ce qu'il est chez les Crustacés proprement dits , ou les Décapodes.

Ainsi , Rathke (2) a trouvé , chez VIdotea entomon, à la surface tergale , sur les deux côtés du canal dorsal, une longue bande musculaire , offrant huit échancrures ( une à chaque anneau vertébral ) , qui s'étendait depuis la tête jusqu'à la pièce caudale de forme naviculaire, et à la surface ventrale, des deux côtés du cordon nerveux , un autre plan musculaire semblable , de telle sorte qu'à l'aide de ces quatre cordons longitudinaux, l'animal peut ployer son corps en tous sens. On aperçoit aussi, de chaque côté, plusieurs muscles qui sont destinés à mouvoir les membres.

Parmi les Neusticopodes , les Limules ont le corps conformé absolument comme celui des Ecrevisses , et plus la division de ce coi'ps en segments distincts devient prononcée , plus aussi on voit disparaître , comme organe locomoteur essentiel , la simple enveloppe fibreuse générale , à la place de laquelle apparaissent les muscles des membres.

Décapodes. — Parmi eux , c'est l'Ecrevisse que nous choisirons pour exemple. La tête et la poitrine de cet animal fournissent déjà une preuve de ce que nous avons annoncé à la fin du paragraphe précédent , c'est-à-dire que l'enveloppe musculeuse générale disparaît à la face tergale , où il n'en reste plus qu'un muscle à trois têtes , situé de chaque côté , près du cœur , et destiné au mouvement de la queue. Elle est remplacée , non-seulement par une paire de forts muscles longitudinaux à la surface ventrale , mais encore par des muscles de membres bien développés , qui partent du rudiment de colonne deutovertébrale inférieure , tandis qu'à l'abdomen (appelé ici queue), les trois couches musculaires ordinaires , qu'on rencontre déjà chez

(2) Beitrœge zur Geschîchte der Thierwelt. Dantzick, ltJ20, in-40, re part,, up. 119.

les Annélides , la supérieure , la latérale et l'inférieure entourent le canal intestinal, et se divisent en un grand nombre de faisceaux isolés , dont le plan inférieur se fait surtout remarquer par sa force, que commandait la prédominance des mouvements de haut en bas dans la queue (1).

Quant aux muscles des membres , on peut leur appliquer ce qui est vrai des muscles de tous les animaux pourvus d'un dermatosquelette articulé , sans névrosquelette. En effet , ils sont logés dans l'intérieur du squelette qu'ils doivent mouvoir , et toujours ceux qui occupent soit un segment de tube squelettique, soit un anneau squelettique, s'attachent en dedans de l'anneau qui vient immédiatement après , et servent à le mettre en mouvement. On peut en voir un exemple dans les muscles de la pince de l'Ecre visse (pi. vi , fig. vni) ; m , 1 , représentent les muscles fléchisseurs et extenseurs , encore situés dans la poitrine , et cette disposition se répète à chaque article , de sorte que k , h , f , d , sont les extenseurs et i , g, e, c , les fléchisseurs du membre. Mais les muscles les plus robustes sont ceux de l'article terminal du membre, dont le faible abducteur a , et son vigoureux antagoniste b, occupent l'intérieur de l'avant- dernier segment.

Il n'est pas difficile de comprendre que cette disposition explique la facilité avec laquelle certains membres se détachent du corps, chez les Crustacés (2) , car , dès qu'une forte contraction , par exemple des muscles c , d , fig. vni , brise les tendons **, le moyen essentiel d'union entre les parties d et Ij n'existe plus , et la séparation doit avoir lieu.

Arachnides. — Chez ces animaux , l'enveloppe fibreuse générale du corps est également réduite à de très-faibles dimensions , si on la compare aux muscles des membres. En examinant l'abdomen de l'Araignée diadème, j'ai aperçu , au-dessous de l'épiderme transparent et d'un tissu muqueux de couleurs variées qu'il recouvre , une couche de fibres transversales assez forte , contre laquelle s'apphquent , chez les individus femelles , les deux

(1) Voyez SucKow, Anatomisch-physiologische Untersuchungen der Insekten und Krustenfhiere , p. 64.

(2) On prétend , par exemple , que le Homard laisse tomber de lui-même ses serres , quand il vient à être effrayé par le canon.

ovaires , qui remplissent en outre la cavité abdominale , et dont la texture est également musculeuse , quoique fort délicate. Le long de la face inférieure du corps se trouve une paire de ligaments longitudinaux , à demi cartilagineux et à demi musculeux (3) , qui s'étendent depuis les branchies jusqu'aux filières. Ce sont là les seuls restes des muscles longitudinaux qui , chez les Annélides , enveloppent le corps de toutes parts. Au contraire , la poitrine est entièrement rempUe , si l'on excepte l'œsophage et le cordon nerveux, par la masse musculeuse des pattes et des branchies , dont les fibres se dirigent de haut en bas , tandis que le système musculaire interne des pattes est disposé d'après le même type que celui des pattes del'Ecrevisse.

Hexapodes. — C'est dans cette vaste classe , celle des Insectes proprement dits , que la fibre musculaire acquiert son plus haut degré de développement , et que le système musculaire offre le plus de diversités.

A l'égard du développement plus considérable de la fibre musculaire , il dépend essentiellement de la présence d'une multitude de vaisseaux aériens divisés en ramifications trèsdéliées. C'est un magnifique spectacle, quand on met un petit morceau de muscle d'un Coléoptère , d'une Mouche ou de tout autre Insecte parfait, sur le porte-objet d'un bon microscope, que de voir comment les innombrables ramifications des trachées parcourent la substance musculaire , et comment les extrémités des ramuscules sortent entre les faisceaux fibreux , par bouquets réguliers. La fibre musculaire étant ainsi pénétrée d'air , qui lui fournit de l'oxigène en abondance, on ne peut point être surpris de l'énergie contractile dont elle jouit et des efl'orts énormes , proportionnellement à leur taille , que d'aussi petits animaux peuvent faire pour porter , mordre , sauter , voler.

La segmentation de l'enveloppe fibreuse primaire en faisceaux distincts , qui a permis que Lyonnet comptât quatre mille soixante et un muscles dans la Chenille du saule (4) , le grand nombre de mécanismes singuliers

(3) G.-R. Trevikanus , Ueber den innem Bau der Arachniden , pag. 43.

(4) Traité anatomique de la Chenille qui ronge l6 bois de saule, La Haye, 1760, in-4o, fig.

SYSTÈME MUSCULAIRE

qui servent au mouvement , et la conversion en substance cornée que subissent parfois les tendons , n'annoncent pas moins à quel haut degré de perfectionnement l'organisation est parvenue chez les Insectes. Ce qui contribue encore à multiplier beaucoup chez eux les modifications du système musculaire , c'est qu'ils passent successivement par plusieurs états , à chacun desquels leurs muscles subissent aussi des changements. Une circonstance fort remarquable à cet égard , c'est que , sous la plus imparfaite des formes successives qu'ils parcourent ainsi , se reproduit d'une manière frappante le type des Annélides , non-seulement dans la configuration extérieure et dans la disposition du système nerveux , mais encore dans l'arrangement des fibres musculaires , ce qui se manifeste tant par la plus grande uniformité de l'enveloppe fibreuse extérieure, que par la fréquente absence des membres et de leurs muscles.

Nous nous contenterons maintenant de quelques exemples pour faire connaître la disposition des diverses parties du système locomoteur chez les Hexapodes.

A l'égard des larves , ce sont surtout celles qui n'ont point de pattes, comme dans les genres Formica, Apis, OEstrus, Musca ^ etc. , chez lesquelles on retrouve au plus haut degré de développement la simple enveloppe musculeuse des Annélides, et même des Vers intestinaux, notamment en ce qui concerne les trois faisceaux longitudinaux de chaque côté , c'est-à-dire le long du dos , du flanc et du ventre. Ici également les mécanismes spéciaux de la locomotion reproduisent d'une manière parfaite le type de ces classes précédentes. Ainsi , par exemple , dans la larve de VOEstrus equi , le segment de la tête , qui est armé de deux crochets saillants, et que des prolongements renversés sur euxmêmes de ces muscles longitudinaux du corps peuvent faire rentrer et sortir comme l'oculaire d'une lunette, est une répétition parfaite de la tête des Echinorhynques , comme il est aussi de son côté le prototype des pattes abdominales des Chenilles.

Parmi les larves pourvues de pattes, celles qui subissent une métamorphose complète (Lépidoptères, Coléoptères) diffèrent essentiellement de celles qui n'en éprouvent qu'une

incomplète (Névroptères). Ces dernières ont déjà des membres plus développés , et par conséquent aussi leur système musculaire se rapproche davantage de celui des insectes parfaits (1 ) . Chez les autres , les Chenilles surtout , le système musculaire se compose bien essentiellement de trois paires de rubans longitudinaux allant de la protovertèbre céphalique à l'anale ( deux au dos , deux au ventre et un de chaque côté ) ; mais , outre qu'en traversant chaque anneau du dermatosquelette , chacun de ces rubans longitudinaux s'y attache, ce qui le fait paraître en quelque sorte divisé , chacun d'eux aussi se partage en plusieurs couches , dont la plus intérieure conserve exactement la direction longitudinale , tandis que les extérie ures , plus rapprochées du dermatosquelette , se portent obliquement (2) d'un anneau à l'autre, en se croisant suivant des directions diverses, mais conservent toutefois un arrangement fort régulier et très-agréable à l'œil , et alternent avec plusieurs couches de muscles transversaux qui vont du côté ventral au côté tergal. Les muscles qui meuvent la tête ne sont que des prolongements amincis de ceux du corps. Quant à ceux des pattes, les faisceaux extenseurs et fléchisseurs des trois paires de pattes thoraciques , qui se terminent par un ongle , sont disposés à peu près de la même manière que dans les Décapodes ; mais les pattes abdominales , presque semblables aux ventouses des Céphalopodes , offrent un long faisceaux qui se fixe dans le milieu d'un disque terminal auquel il fait remplir l'office de ventouse , en soulevant son centre , tandis qu'une autre couche , plus extérieure , s'attache à la base de la patte , et tire en dehors les petits crochets dont le disque terminal est bordé.

Le système musculaire des Insectes parfaits fournit une nouvelle confirmation de la loi qui veut que plus l'organisation devient parfaite et plus elle se diversifie. Tandis que , chez la plupart des larves , l'enveloppe fibreuse

(1) Voyez Lyonnet, Loc. cit., et mes Tabulas illustrantes, cah. I, pi. Il, fig. VII.

(2) Suivant Pictet ( Recherches pour servir à l'histoire et à l'anatomie des Phryganides. Genève, 1834, in-4o, fig. col. p. 19) , les muscles des pattes de la larve des Phryganes ne sont point ceux des pattes de la nymphe , dont la formation est tout à fait indépendante de celle des anciens muscles.

est au fond la même par tout le corps ; chez rinsecte parfait , la substance musculaire se concentre presque exclusivement dans la cavité des trois protovertèbres de la poitrine, les faisceaux musculaires du bas-ventre s'effaçant jusqu'au point de devenir méconnaissables. Ainsi , on trouve bien encore , dans l'abdomen des Coléoptères , quelques faibles restes des trois grands faisceaux longitudinaux de chaque côté ; mais , dans la Cigale ( Tetligonia orni) , chez laquelle tous les organes abdominaux même commencent à disparaître après la métamorphose , on ne trouve presque plus aucune trace de l'enveloppe fibreuse générale , si ce n'est les forts muscles des organes de la voix , dont nous parlerons ailleurs. Le système musculaire est , au contraire , assez fort encore dans la Sauterelle , dont l'abdomen contient un appareil respiratoire très-développé , et chez laquelle les arcs cornés des protovertèbres exécutent , pendant la vie , des mouvements bien sensibles et continuels , qui ressemblent à ceux des côtes.

Les faisceaux musculaires de la poitrine ont ordinairement une structure très- perfectionnée chez l'Insecte parfait. Ils apparaissent comme des trousseaux parallèles , d'une teinte foncée ou rougeâtre , faiblement unis ensemble , sur lesquels un fort microscope fait découvrir des côtes transversales extrêmement fines. Ces masses ne forment rien d'analogue à ce qu'on appelle le ventre des muscles , et sont tout à fait privées de tendons, ou bien elles aboutissent à de larges plaques cornées , de la convexité desquelles part alors un tendon corné. -Communément les masses musculaires les plus fortes se trouvent dans les vertèbres postérieures de la poitrine {pectus , ou mésotJiorax et mélathorax ) ; cette règle ne souffre d'exception que dans le cas d'un développement extraordinaire de la première paire de pattes. Ainsi , par exemple , chez le Taupegrillon , qui a en devant de très-fortes pattes pour fouiller la terre , la première vertèbre de la poitrine {thorax , prolhorax) a des dimensions considérables , et si l'on excepte le peu d'espace qu'y occupent l'œsophage et le cordon nerveux , elle est remplie en totalité par de grosses masses de muscles , dont les plus fortes sont celles qui tirent les pattes en dehors.

En outre , chez tous les Insectes qui volent bien , les muscles des pattes sont toujours subordonnés à ceux des ailes , mais n'en offrent pas moins entre eux une foule de différences. Ainsi , d'après Meckel , dans les Coléoptères nageurs , tels que les Ditisques , la portion de la patte que les entomologistes désignent sous le nom de hanche , a entièrement disparu , ainsi que son muscle élévateur^ ce qui rend naturellement le jeu de l'article suivant plus libre. De même , chez plusieurs Insectes sauteurs (par exemple la Sauterelle), la portion de la patte de derrière qui correspond au tibia , et que les entomologistes appellent cuisse, est pourvue d'une masse musculaire très-considérable , particularité fort remarquable d'ailleurs en ce que ces muscles sont comparables à ceux du mollet, qui déterminent aussi le saut chez les Mammifères et même chez l'homme (1).

La disposition de l'appareil musculaire destiné à accomplir le vol (2) mérite d'autant plus de fixer l'attention , que les muscles qui constituent cet appareil ne s'attachent point , du moins en partie , immédiatement aux ailes, mais que le mouvement de celles-ci est déterminé par un changement d'étendue proportionnelle des vertèbres pectorales, d'où en résulte un aussi dans la tension de l'air que renferment les trachées. C'est ce qui s'applique surtout aux forts muscles produits par les faisceaux longitudinaux supérieurs des larves (§ 331 ) , qui s'étendent du bord postérieur de la lame tectrice de l'anneau pectoral postérieur au bord antérieur de la lame tectrice de l'anneau pectoral moyen , raccourcissent supérieurement deux à trois anneaux de la poitrine , et augmentent la convexité de celleci , ce qui entraîne de soi-même l'abaissement des ailes ( muscles dorsaux , d'après Chabrier , abaisseur horizontal des ailes, d'après Meckel) . Ces muscles n'existent point dans les Libellules. Je trouve dans les Locustes qu'ils se prolongent à travers l'anneau antérieur de la poitrine , et qu'ils vont se terminer à la tête ,

(1) J. Millier a inséré un Mémoire fort intéressant sur la locomotion et notamment la marche des animaux articulés supérieurs , en particulier les Insectes, dans VIsis, 1022, cah. I, pag. Gl.

(2) Voyez, à ce sujet, un travail fort étendu de Cha- BuiEK , sur le vol des Insectes , Paris 1822 , in-4'', fig.

SYSTÈME MUSCULAIRE

comme muscles releveiirs. On rencontre ensuite d'autres muscles , rendant l'abaissement ou le battement des ailes plus fort , qui montent de la surface sternale de la vertèbre thoracique postérieure , et s'insèrent en partie à de petites plaques cornées, munies d'un tendon corné , en partie aux ailes elles-mêmes immédiatement ( ce que je remarque , par exemple , aux ailes postérieures du Prionus coriaceus). Les antagonistes de ces muscles, c'est-à-dire les élévateurs des ailes , qui simultanément resserrent la poitrine dans le sens de son diamètre transversal et l'allongent d'avant en arrière, partent spécialement des vestiges de deutovertèbres pour la moelle ventrale ; Chabrier les nomme muscles sternalidorsaux, etMeckel les décrit comme élévateurs antérieurs et postérieurs des ailes. Au reste , il existe souvent aussi , dans les ailes ellesmêmes , des muscles ou des tendons déliés , au moyen desquels s'effectue le plissement des ailes postérieures qui s'observe chez un grand nombre d'Insectes.

Au total , on ne peut se dissimuler qu'il nous reste encore beaucoup de choses à apprendre touchant le vol des Insectes, et c'est surtout à des expériences bien faites cpi'on sent le besoin de recourir pour se procurer les notions qui nous manquent.

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