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I. MUSCLES DES POISSONS

La fibre musculaire est encore molle , gé latiniforme et incolore dans les classes inférieures du règne animal et chez l'embryon humain. Ordinairement aussi elle offre les mêmes caractères dans la classe des Pois-

(1) Il sera question des mouvements que des muscles particuliers impriment aux mâchoires, lorsque nous traiterons des organes digestifs.

TRAITÉ DANATOMIE COMPARÉE.

sons , et comme la couleur rouge et la densité des muscles dépendent de la quantité et de la couleur du sang qui y afflue , on peut conclure de là qu'ils reçoivent ici peu de vaisseaux. En effet, une large plaie faite aux grands muscles latéraux d'un Poisson saigne très-peu. En comparant cette circonstance avec les phénomènes vitaux qu'on observe dans ces muscles, on est tenté de chercher dans le peu d'énergie de l'action vasculaire , la lenteur du travail de la nutrition , et la centralisation peu prononcée du système nerveux , la cause qui fait que l'irritabilité y persiste pendant un laps de temps si long. Cependant la chair de tous les Poissons n'est pas gélatineuse et blanche; chez ceux d'une grande taille (particulièrement le Saumon), je l'ai trouvée d'un rouge assez intense à la région de la tête, sous laquelle presque immédiatement bat le cœur , et elle m'a paru d'un gris noirâtre dans le Petromyzon marinus.

Du reste , il est beaucoup plus ordinaire encore de rencontrer chez les Poissons des couches musculaires composées de plans distincts , que des muscles ayant la forme de ventres arrondis et munis de tendons , particularité dans laquelle on ne peut méconnaître un rapprochement avec les enveloppes charnues des classes inférieures.

L'appareil musculaire est d'une extrême simplicité chez les Cyclostomes , ainsi qu'on doit bien déjà s'y attendre d'après l'absence totale des membres. Une grande masse musculaire, divisée en plusieurs couches par des membranes tendineuses, et suivant la disposition qu'indique la pi. vui (fig. vni , e) , entoure la colonne vertébrale , ainsi que les parois du ventre , et se partage vers la tête en plusieurs petits muscles. Le prolongement des muscles longitudinaux du dos s'insère à l'arc supérieur de la protovertèbre faciale postérieure , et celui des muscles longitudinaux du venlre à la moitié inférieure de la protovertèbre faciale antérieure , c'est-à-dire de ce cartilage annulaire si singulier qui entoure le bord de l'entonnoir oral; ce dernier est fortifié par des muscles plus courts , venant de l'os hyoïde , auxquels s'en joignent encore plusieurs qui font mouvoir les autres cartilages de la tète. Au reste,

l'action de tous ces muscles tend surtout à produire les flexions latérales du tronc , qui sont nécessaires pour la natation , à appUquer le bord de la bouche sur les corps extérieurs, j et à faire élever ou abaisser la région faciale | de la tête (1).

Dans les Poissons osseux , les muscles sont également disposés de telle sorte que , des deux côtés de la colonne vertébrale (qui est encore ici le principal organe du mouvement, et à laquelle ses articulations et ses apophyses épineuses ne permettent que des flexions latérales) , depuis la tête jusqu'à la queue, règne une grosse masse charnue (pi. x , fig. xxi, depuis a jusqu'en a' dans la Perche), divisée par la ligne latérale du corps en deux moitiés, l'une supérieure, l'autre inférieure , et composée d'un grand nombre de faisceaux fibreux descendant en arcades des apophyses épineuses à la ligne latérale. Ces faisceaux sont séparés les uns des autres par des membranes aponévrotiques , qui , aussi bien qu'eux-mêmes , tiennent assez fortement à la peau chargée d'écaillés. A l'endroit des nageoires pectorales et ventrales, ces masses musculeuses se divisent (en b et en c) pour laisser passer les nageoires. On trouve encore deux muscles longitudinaux grêles à la région des apophyses épineuses postérieures et à la face ventrale (en d, e). Il est facile de voir que l'action d'un seul des grands muscles latéraux courbe le corps, etsurtoutramènesurlecôté la queue tenue horizontale , mais que l'action simultanée de ces deux muscles tient le corps étendu.

Des muscles particuhers pour le mouvement de la tête n'existent que dans certains genres , parce qu'ordinairement les muscles latéraux eux-mêmes en tiennent lieu. Les Poissons manquent également de muscles spéciaux pour le mouvement des côtes proprement dites (ventrales); les arcs branchiaux seuls en ont de particuliers, dont nous parlerons lorsqu'il sera question des organes respiratoires. Mais les nageoires , tant pectorales que ventrales , sont pourvues de muscles élévateurs, abaisseurs, adducteurs et abducteurs (g,h), de même que toutes ces nageoires en général ont des faisceaux charnus qui

(1) Voyez des fiffures exactes de cet appareil musculaire dans mes Tabulas illustrantes , cah. I , pi. n, fig. là VI.

SYSTEME MUSCULAIRE

servenrà les déployer (hh pour la dorsale, k pour l'anale, i pour la caudale ).

La ceinture scapulaire (*) est mue aussi par les grands muscles latéraux (a) , comme les 08 pelviens le sont par les muscles longitudinaux inférieurs (e) , tandis que les deux mâchoires sont fermées par un muscle commun , divisé seulement en deux , et que la première intercôte, avec son membre supérieur , l'opercule, est mise en mouvement par plusieurs muscles particuliers.

Cet état de choses a lieu surtout chez les Abdominaux et les Thoraciques; d'autres genres s'en écartent de plusieurs manières. Ce sont principalement les Poissons cataphractés qui offrent de grandes exceptions à cet égard. Ainsi , par exemple dans VOstracion , dont le dermatosquelette immobile enveloppe la région moyenne du corps , les grands muscles latéraux ne s'attachent qu'à la tête et à la queue , selon Cuvier. Le système nerveux du Tetrodonmola est également remarquable en ce que ^ d'après Meckel (1), tous les muscles du tronc sont confondus ensemble.

Au moyen de ces organes , la locomotion s'exécute de telle manière , que le corps du poisson , presque toujours soutenu en partie par une vessie natatoire (2) située sous la colonne vertébrale, est chassé en avant par la résistance que le liquide oppose à la queue dans ses inflexions latérales suivies d'extension. Les nageoires anale et dorsale servent à agrandir la surface du corps, et par conséquent à rendre le choc plus fort , ce qui fait que les Poissons pourvus de longues nageoires , et dont le corps est aplati latéralement , nagent mieux que ceux qui ont le corps arrondi. L'élévation de l'animal au sein de l'eau s'opère en partie par la vessie natatoire , et en partie aussi par le mouvement des nageoires pectorales. Ces dernières deviennent même assez grandes , dans les Poissons volants ( Trigla , Exocœtus) , pour soutenir pendant quelque temps (3) l'animal hors de l'eau, dans l'air;

(1) System der vergleichenden Anatomie, tom. III, pag. 78. Édition française, tom. V, pag. 183.

(2) Organe dont nous parlerons plus au long en traitant de l'appareil respiratoire. *

(3) D'après Home (Lecîwres on comparative anatomy, pag. 117 ) , ces Poissons ne peuvent voler longtemps parce que leurs branchies se dessèchent promptement.

mais, chez les Poissons osseux ordinaires, elles semblent être destinées surtout à tenir le corps en équilibre. L'animal parvient à s'enfoncer en comprimant sa vessie natatoire et condensant ou laissant échapper l'air qu'elle renferme. S'il est privé de cette vessie, comme le sont par exemple les Pleuronectes , tantôt il reste d'habitude au fond de l'eau , ainsi que le font aussi les Poissons à vessie natatoire très-petite, comme le Cobitis fossilis , tantôt il nage et s'élève à la manière de plusieurs Chondroptérygiens , en se mettant sur le côté et se poussant de bas en haut par l'élévation et l'abaissement successifs de sa queue, c'est-à-dire par des flexions latérales , accompagnées de mouvements des nageoires. Du reste , j'ai déjà dit précédemment que , par suite de cette singulière direction du corps , l'un de ses côtés, le supérieur, celui qui porte les deux yeux , se développe beaucoup plus que l'autre, dans les Pleuronectes. J'ajouterai encore que les Poissons parviennent aussi à sauterhors del'eau, en étendantle corps d'une manière brusque, après l'avoir fortement ployé sur le côté , et que ceux dont le corps ressemble à celui d'un serpent, comme par exemple les Anguilles, ont déjà la faculté d'exercer également sur la terre sèche le mouvement de progression qui est le plus ordinaire dans la classe suivante , c'est-à-dire la reptation.

Dans les Poissons cartilagineux supérieurs, la disposition de ces parties musculaires s'écarte beaucoup , à certains égards , de celle qui vient d'être décrite. Chez les Fiaies, en eff'et, les larges nageoires pectorales suppléent à l'absence de la vessie natatoire par les mouvements d'élévation et d'abaissement que leur impriment des couches musculaires puissantes , et donnent ainsi à l'animal le pouvoir de s'élever dans l'eau. Ici l'on trouve également , d'après Cuvier , trois muscles destinés au mouvement de la tête , et dont l'inférieur est surtout remarquable dans la Torpille, où il naît de la portion sternale du scpielette branchial , passe auprès de la bouche par un long tendon, et se fixe à l'extrémité antérieure de la tête (4). Le système musculaire des Squales ressemble , en général , davantage à

(4) Voyez mes Tabulas illustrantes , cah. I , pi. ii , fig. vm, IX.

TRAITE DANATOMIE COMPAREE.

celui des Poissons osseux (t) ; les deux grands muscles latéraux couvrent également ici les moitiés droite et gauche du corps , et ils possèdent une énergie extraordinaire ; car , suivant Home (2) , un Requin nage avec tant de rapidité que, d'après un calcul conjectural, il pourrait faire le tour de la Terre en trente semaines , en supposant qu'il ne prît aucun repos.

Avant d'abandonner les organes locomoteurs des Poissons , je dois encore parler du singulier organe au moyen duquel plusieurs de ces animaux parviennent à s'accrocher avec une grande solidité aux corps étrangers. Cet organe consiste tantôt en une ventouse plate et sillonnée en travers , qui est située sur la surface supérieure du crâne {E chenets rémora) , tantôt en un bouclier pectoral garni de côtes transversales {Cydopterus lumpus). Dans le Rémora , l'organe a une structure très-musculeuse , et Meckel en a donné une description fort exacte (3). Quant à la manière de concevoir une pareille transformation de la nageoire céphalique, il est évident qu'elle tient à une répétition des surfaces aspirantes telles que nous les trouvons souvent chez les Mollusques , en un mot qu'on doit considérer en quelque sorte cet organe comme une ventouse de Céphalopode simple , mais étabhe sur une plus grande échelle.

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