Mollusques
Sens cutané j et, en particulier ^ towcAer. La mollesse de leur corps , en raison de laquelle ces animaux ont reçu le nom classique qui sert à les désigner, fait qu'ils jouissent du toucher et du sens de la chaleur partons les points de leur superficie que le dermato squelette ne recouvre pas. Dès qu'une partie quelconque de la peau acquiert une mobilité spéciale, de manière que divers corps extérieurs puissent entrer en contact intime avec elle^ il se développe une sorte d'organe tactile , auquel manque cependant encore presque toujours ce qu'il y a
(1) Organisation, Systematik und Verbreitung der Infusorien. Berlin , 1»30 , in-fol., pag. 42.
ORGANES DES SENS
de plus essentiel dans un organe sensoriel, la papille nerveuse (S 384 ) , et lors même que des papilles parviennent à s'y former, il se consacre ordinairement à un autre sens : ainsi la papille qui termine les cornes du Limaçon fait les fonctions d'œil ou d'organe olfactif.
INous allons cependant indiquer ici celles des productions de la peau auxquelles la fonction du toucher peut être attribuée , du moins avec une certaine vraisemblance.
Ici se rangent d'abord , dans la classe des Apodes , les six à huit tentacules , semblables aux bras des Polypes , qui entourent l'ouverture branchiale et anale, chez les Ascidies composées.
Chez les Pélécypodes , ce caractère appartient d'abord aux divers prolongements des bords du manteau. Ainsi le bord du manteau offre deux rangées de fdaments dans les Pecten, et il est frangé dans les Mylilus. Suivant Blainville (1) tout le bord inférieur du manteau est garni d'une rangée de petits tentacules dans les vraies Chama, ainsi que dans les Jsocardiiim , Card'mm , Donax , Tellina , et Venus. La même chose a lieu pour l'orifice des tubes postérieurs ou respiratoires. Le prolongement charnu et linguiforme du corps, qu'on désigne sous le nom de pied , agit aussi comme organe tactile , et il suffit de voir une Unio ou une Anodonta vivante ramper sur le sable , dans un vase plein d'eau , pour acquérir la conviction qu'elle emploie habituellement le bout de son pied comme organe de toucher.
Dans les Brachiopodes , les bras mous et frangés peuvent faire office d'organes tactiles, aussi bien que les tentacules cornés , articulés et roulés sur eux-mêmes , des Cirripèdes.
Le sens du toucher paraît être plus parfaitement développé chez les Gastéropodes , dans les tentacules dont la plupart des genres sont pourvus. Il y en a ordinairement quatre , dont deux plus longs , qui presque toujours sont en même temps le siège de l'organe de la vue , et deux plus courts. Tous ont la forme de tubes , et sont pourvus de fibres musculaires disposées en cercles : leur cavité renferme un filet nerveux et un muscle rétracteur , de sorte que l'animal peut les rentrer et les faire
(-1) Principes d'anatomie comparée.
sortira volonté. Ils n'en paraissent pas moins cependant conserver toujours le rôle d'organes tactiles proprement dits.
Au reste, on peutencore considérer comme une sorte d'organe de toucher le pied sensible sur lequel rampe l'animal , et plusieurs genres (par exemple Phasianella , Janlhina , Palella, etc.) portent en outre d'autres organes tactiles tentaculaires sur les côtés du corps.
Enfin les organes les plus mobiles de ce genre sont les bras des Céphalopodes ( g 324 ) ; mais les papilles nerveuses , plus développées en ventouses qu'en organes sensoriels , n'an- , noncent pas que le sens du toucher soit bien exquis. On pourrait plutôt encore le penser des petites papilles semées sur les bras courts des Seiches proprement dites.
Sens intestinal on goût. On pourrait admettre qu'en leur qualité surtout d'animaux aquatiques , les Mollusques ont leur peau molle douée d'une sensibilité spéciale pour les qualités du milieu ambiant, c'est-à-dire d'une sorte de goût. Cependant ce sens semble , en général , se fixer déjà chez eux à l'endroit où la peau se continue avec le canal intestinal , et s'établir dans les expansions de la membrane muqueuse de l'œsophage qu'on rencontre fréquemment sur ce point , et dont nous donnerons la description quand nous traiterons des organes digestifs. Peut-être ce cas a-t-il lieu surtout quand l'œsophage vient à être entouré par l'anse nerveuse.
Du reste , on n'aperçoit aucune trace de ces expansions llnguiformes chez les Apodes , les Pélécypodes , les Brachiopodes et les Cirripèdes , tandis que , dans les Crépidopodes ^ les Castéropodes et les Céphalopodes , on rencontre ou des prolongements ayant la forme de langue (par exemple chez les Oscabrions ) , ou des espèces de lèvres (par exemple à l'orifice de la trompe du Buccinum ) ; mais on y cherche cependant en vain les véritables papilles nerveuses qui seules pourraient en faire des organes gustatifs proprement dits, de sorte qu'ils agissent bien plus fréquemment comme organes d'ingestion , d'autant mieux que souvent ils sont armés de dents ( § 1 50 ). 3. Animaux articulés.
Sens cutané, et, en particulier, toucher.
Les derniers des animaux articulés , les Enthelminthes et les Annélides , sont, à l'égard de ce sens , dans le même cas absolument que les Mollusques des ordres inférieurs , c'est-àdire que la surface entière de leur corps joue le rôle d'organe tactile , et qu'à mesure que la faculté locomotive se développe , certaines parties , notamment la région qui entoure la bouche, deviennent plus spécialement le siège du toucher , d'autant plus que cette dernière porte, dans les Céphalobranches (5a6^//a^ Âmphitrite) , des rangées de tentacules sensibles comparables, jusqu'à un certain point , aux bras clés Polypes.
Chez les articulés supérieurs , au contraire, les Isopodes , les Décapodes et les Hexapodes, où le grand développement du dermatosquelette réduit nécessairement la sensibilité de la surface du corps en général à des dimensions fort exiguës , on voit apparaître des membres particuliers , assez ordinairement déliés , ayant une configuration très-variée , la plupart du temps filiformes, mais parfois aussi pénicillés ou lamelliformes , qui portent le nom d'antennes ou de palpes. Ces membres, dont nous avons déjà eu occasion de parler en traitant du dermatosquelette des animaux chez lesquels on les rencontre , sont généralement considérés comme des organes tactiles, quoique la partie essentielle de tout organe sensoriel, la papille nerveuse, n'y parvienne point non plus à un développement suffisant , et que par conséquent on ne puisse pas encore songer ici à l'existence d'un toucher comparable à celui dont jouit l'homme. Du reste , là précisément où ils se développent beaucoup , par exemple chez les Décapodes , ils sont destinés d'une manière essentielle à d'autres sens, notamment à rouïeetàl'odorat.
Quelquefois aussi on acquiert la conviction que les membres d'ordinaire consacrés au mouvement , les pattes , se chargent en même temps de la fonction du toucher. C'est ce qui arrive chez les Araignées et beaucoup d'insectes.
Cependant les antennes proprement dites paraissent jouer toujours un rôle plus important que les organes analogues , attendu que leurs nerfs viennent immédiatement du ganglion cérébral.
Enfin, je ne dois pas omettre de faire remarquer que , durant les diverses périodes
de leur existence , les hisectes reproduisent , même à l'égard de ces organes sensoriels , le type propre aux animaux articulés des ordres inférieurs ; car il n'est pas rare que les larves se trouvent réduites uniquement et simplement à la surface générale , molle et sensible, de leur corps.
Il n'est pas bien démontré que la corne molle située derrière la tête de quelques Chenilles [par exemple celles des Papilio Machaon et Apollo) , et qui possède la faculté de s'allonger, presque comme les cornes du Limaçon , doive trouver place ici, car ce singulier organe n'a point encore été examiné avec soin ; mais la chose en elle-même n'est pas dénuée de vraisemblance.
Sens intestinal ou goût. Aux animaux articulés inférieurs s'applique aussi , relativement à ce sens , ce que nous avons dit des Mollusques cpii appartiennent aux derniers ordres de la classe , c'est-à-dire qu'il n'existe point d'organes spéciaux pour la gustation des aliments à introduire dans l'estomac.
Il importe même de rappeler que nous ne sommes point en droit d'attribuer le sens du goût à un animal , par cela seid qu'entre divers aUments qu'on lui présente , il choisit uniquement ceux qui peuvent lui convenir; car la plante absorbe les substances appropriées à sa nature , de préférence à celles qui ne le sont point , et des corps même qui ne jouissent pas de la vie , comme le papier, pompent certains liquides (l'eau, l'huile) , tandis qu'ils n'agissent point sur d'autres (mercure).
Quoi qu'il en soit, la membrane muqueuse humide de l'œsophage entouré par l'anse intestinale peut fort bien être le siège d'une sorte de sens gustatif chez les animaux articulés supérieurs. Si , dans la classe surtout des Insectes , par exemple chez certains Hyménoptères, qui , comme les Guêpes , choisissent avec discernement leur nourriture , et accordent la préférence, entre autres, aux fruits mûrs, nous trouvons , à l'entrée même de l'œsophage , un organe linguiforme , saillant , abondamment humecté de salive , mobile , mais non disposé de manière à pouvoir saisir les aliments , nous pouvons le considérer, avec Treviranus (1), comme un appareil
(1) Erschemnngen und Gesetzte des organischen
ORGANES DES SENS
de gustation un peu plus perfectionné. Blainville pense qu'on devrait également rapporter ici le bourrelet charnu et spongieux qui termine la trompe des Mouches. Quant à ce qu'on appelle la spirit rompe des Lépidoptères, ce n'est qu'un simple organe d'ingestion , produit par la métamorphose des mâchoires.