‹ Traité élémentaire d'anatomie comparéeChapitre 72 sur 318 · Poissons · texte numérisé non relu

Poissons

Sens cutané, et, en particulier, toucher. — Les Poissons à peau molle , muqueuse et nue , ou couverte seulement de petites écailles , peuvent bien , h l'instar des Mollusques, percevoir les attouchements et la chaleur ou le froid par toute la surface de leur corps ; mais même alors, et plus encore quand de fortes écailles émoussent la sensibilité extérieure , les alentours de la bouche , c'est-àdire les lèvres et les barbillons qui se développent dans le voisinage , sont le principal siège du toucher. Il paraît que partout où lesjfonctions de la vie végétative jouissent encore d'une grande prédominance , la faculté du toucher se concentre de plus en plus à la région orale , comme si ce sens ne devait avoir d autre but que de mettre Tanimal en état de mieux apprécier la nature des aliments qu'il veut admettre dans son canal intestinal , fonction dont plus tard sera revêtue la langue , qui , bien qu'organe de goût , en est simultanément un de toucher.

Quant à ce qui concerne les barbillons des Poissons , on en trouve de pairs et d'impairs au pourtour de la bouche. Les derniers ne se rencontrent jamais que dans le milieu de la mâchoire inférieure. Le Silurus glanis nous fournit un exemple des dimensions qu'ils peuvent acquérir, de la manière dont ils sont mus par des muscles particuliers , et du volume des nerfs qui s'y rendent (pi. ix , fig. xvni, 5*). Treviranus a trouvé aussi les barbillons de l'Esturgeon parsemés de petites crêtes d'une peau très-fine , que le moindre mouvement de l'eau peut ébranler. Il cite également le cas , observé par Couch , d'un Cabliau auquel les deux yeux manquaient ,

Lehens. tom. II, P. i, pag, 179. — Voyez aussi les belles figures de la langue des Abeilles dans ses Vermùcfite Schriften . tom. II , pi. xiii , xiv.

mais dont la taille et Lembonpoint attestaient que ses organes tactiles avaient fort bien su l'orienter dans la recherche de sa nourriture.

A l'égard des membres du tronc des Poissons , c'est-à-dire des nageoires , ils sont assurément sensibles aux déplacements de l'eau; mais on ne saurait leur attribue)- la faculté de toucher, même lorsque leurs rayons s'isolent les uns des autres , comme dans le Polynemus.

Le système de tubes mucipares situé à la région inférieure et latérale de la mâchoire des Raies et des Squales , que Jacobson décrit comme organe de toucher, ne peut que difficilement non plus jouer ce rôle.

Sens intestinal ou Goût. — Il n'y a non plus qu'un petit nombre de Poissons chez lesquels on puisse admettre avec quelque vraisemblance des organes particuliers pour le sens du goût. Ainsi que nous le dirons plus amplement lorsqu'il s'agira de décrire les organes digestifs de ces animaux (1) , leur cavité orale est presque exclusivement un organe d'ingestion , et elle appartient en même temps à l'appareil respiratoire. Quant à la langue , ce membre terminal impair de la colonne vertébrale sternale du splanchnosquelette de la têit est fréquemment configuré comme à l'ordinaire, par exemple dans les genres Cyprinus , Esox , Scomber, Gadus , etc.; mais il ne possède pas de muscles propres qui le fassent jouir d'une mobilité spéciale. La très-grande langue du Congre fait seule exception sous ce rapport , car on y trouve, d'après Cuvier, une sorte de muscle hyo-glosse. La langue proprement dite n'existe pas du tout chez les Raies. Fréquemment ( par exemple dans le Brochet ) elle est couverte de dents , à tel point que cette circonstance seule , jointe à ce qu'on n'y aperçoit jamais de papilles nerveuses , ne permet point de la considérer comme un organe gustatif.

Il n'est donc pas invraisemblable , d'après

(1) En général, l'étude de l'organe du goût peut à peine être séparée de celle des organes digeslifs , chez les animaux supérieurs;c'est pourquoi si, pour les classes suivantes, je me contente d'indiquer brièvement les parties essentiellement sensibles, le reste trouvera place dans le chapitre consacré à la digestion.

cela , que d'autres parties molles de la cavité orale suppléent quelquefois la langue , relativement à une sorte de fonction gustative. Ici se placent , selon Treviranus , les renflements mous et vasculaires qu'on aperçoit aux deux côtés de l'œsophage dans l'Aiglefin , mais surtout , d'après les recherches approfondies de Weber (1), l'organe blanc , spongieux , richement pourvu de nerfs, et susceptible d'entrer facilement en turgescence, qui existe dans la bouche de la Carpe , au-devant de la grande plaque dentaire située sur les rudiments de côtes de la vertèbre occipitale , et auquel se rend entre autres un nerf tenant la place du glosso-pharyngien.

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