Reptiles
Dès qu'une respiration aérienne par des poumons se développe , on voit aussi s'établir régulièrement une communication entre les cavités olfactives et les voies aériennes. Cette communication a lieu au moyen des arrièrenarines , qui tantôt sont très-rapprochées des ouvertures nasales antérieures , et tantôt en sont séparées par un plus ou moins long canal. Le premier cas a lieu surtout chez les animaux inférieurs , et l'autre chez les supérieurs.
Les conduits nasaux sont , en conséquence , extrêmement courts chez les Reptiles branchies.
(3) Blainyille, Principes d'anatomie comparée.
Dans le Protée on trouve au bout du museau les deux petits trous nasaux triangulaires, dont chacun mène dans une cavité olfactive ovale , oblongue , et revêtue d'une membrane muqueuse plissée , qui s'ouvre de suite , par un petit orifice postérieur , sur le côté de la face interne de la lèvre supérieure.
Les fosses nasales s'ouvrent également à l'intérieur par de petites fentes , dans la Sirène (î).
Déjà donc ici , les qualités particulières du courant d'air qui parcourt les deux conduits nasaux, pour servir à la respiration, sont explorées par un organe olfactif spécial placé à l'entrée des voies respiratoires , de même que la nourriture qui pénètre dans le canal intestinal l'est par des organes de tact situés auprès de la bouche ( tentacules , palpes , barbillons) , ou par un organe de gustation renfermé dans la bouche ( langue ) .
Un fait remarquable , au reste , c'est que ceux des Reptiles qui ressemblent le plus aux Poissons , les Serpents, présentent quelquefois (surtout chez plusieurs espèces venimeuses, comme par exemple les Crotales ) , au coté externe de chaque narine proprement dite , une fossette particulière qu'on pourrait aisément prendre pour une seconde narine , si on ne l'examinait qu'à l'extérieur. Ces fossettes n'ont cependant aucune connexion avec la cavité nasale elle-même (2), et il me paraît qu'on doit les considérer comme une répétition des fosses nasales qui existent chez les Poissons.
Les deux conduits nasaux sont très-simples encore chez les Reptiles , ou l'on n'aperçoit pas de cavités accessoires qui y aboutissent.
Dans les Grenouilles et les Salamandres , ils ne forment , presque comme chez les Reptiles branchies, que deux trous entourés extérieurement d'une membrane musculeuse , d'où résulte une valvule semblable à une paupière, et comparable à celle dont l'orifice des trachées est garni chez certains Insectes.
(1) BLAW\itT.E, Principes d'anatomie comparée.
(2) Voyez à ce sujet Russell et Home {Philos. Trans. 1804, pag. 70). Il est remarquable que ces fossettes ont eu aussi cela de commun avec les fosses nasales des Poissons , que quelques naturalistes ont considéré les unes et les autres comme des organes auditifs extérieurs»
Cette valvule s'ouvre et se ferme avec beaucoup de vivacité pendant la respiration.
Les conduits nasaux sont un peu plus amples chez les Ophidiens. Cependant leurs orifices postérieurs , derrière les os palatins antérieurs , sont encore très-rapprochés des ouvertures percées dans le bord antérieur de la mâchoire supérieure.
Chez les Tortues, au contraire (pi. xii , fig. XV ) , l'orifice postérieur des conduits nasaux est situé presque au milieu du palais ; déjà aussi Ton aperçoit dans leur intérieur quelques lames saillantes ( cornets ) , destinées à accroître l'étendue de la membrane olfactive , dont la couleur est noirâtre ici , comme chez la plupart des Reptiles supérieurs. Dans la Trionyx , en outre , un prolongement cartilagineux , en forme de trompe , s'adapte au rebord osseux de leurs ouvertures antérieures. Enfin, les arrière-narines des Chéloniens présentent quelquefois des séries de longues papilles , déjà signalées par Harwood , qui peuvent empêcher les aliments de s'introduire dans ces ouvertures , et qui par conséquent sont en quelque sorte un rudiment de voile du palais.
De tous les Reptiles , ceux dont les fosses nasales ont le plus de longueur sont , comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire , quelques Sauriens et en particulier le Crocodile, chez qui leur orifice commun se trouve à l'extrémité la plus reculée de la longue mâchoire supérieure (pi. x , fig. XI ) , et où les os demi-cylindriques qui forment le toit des conduits nasaux semblent correspondre déjà aux véritables cornets du nez. Le Crocodile peut aussi fermer ses narines extérieures par le moyen de valvules musculeuses ; et, d'après Geoffroy Saint-Hilaire , son nez extérieur , dans les mâles adultes , se dilate en une vaste cavité proéminente.
Sous plusieurs rapports , les organes olfactifs des Reptiles semblent faire manifestement le passage des organes d'un sens olfactif modifié qu'on trouve chez les Poissons, à l'appareil plus développé qui préside à l'exercice de l'odorat chez les animaux des classes supérieures. Ainsi, les nerfs olfactifs, qui, d'ailleurs , ne traversent encore de véritable lame cribleuse chez aucun Reptile , ont été trouvés
ORGANES DES SENS
par Scarpa (1) , dans la Tortue franche, et par Bojanus , dans la Tortue bourbeuse , formant , comme chez les Poissons , de longs cordons étendus sans se diviser jusqu'aux cornets du nez , où ils se partageaient en fortes fibres , de même que la première paire de nerfs le fait dans les cavités nasales des Poissons (pi. xn, fig. x). Chez les Grenouilles et les Serpents , ces nerfs sont très-courts. Mais ce qui rend plus fiappante encore la transition dont nous venons de parler , c'est que , chez les Reptiles qui , comme les Grenouilles et les Salamandres , vivent d'abord en vrais Poissons , c'est-à-dire en respirant l'air, et plus tard même commencent par respirer au moyen de la bouche (2) et non du nez, nonseulement les parties du têtard qui doivent servir à l'olfaction dans un autre temps de la vie , jouent certainement un rôle plus rapproché de celui des organes de gustation ou de flair des Poissons , mais encore l'animal parfait lui-même conserve la faculté d'apprécier certains états particuliers de l'eau et de sentir à distance certains corps qui peuvent s'y trouver. On est du moins autorisé à admettre quelque chose de semblable d'après les observations de Scarpa (3) , qui a reconnu que les Grenouilles mâles sont promptement attirées dans l'eau par les émanations d'une femelle qui fraie , ou seulement de la main imprégnée de frai.