Animaux articulés
Les derniers ordres de cette classe , ceux des Enthelminthes et des Annélides, ressemblent parfaitement aux Mollusques inférieurs, sous le rapport du sens auditif.
Les travaux de Fabricius , de Minasi , de Scarpa et autres n'ont démontré positivement l'existence de ce sens que chez les Décapodes, ordre dans les diverses familles duquel son organe offre essentiellement la même forme. Dans l'Ecrevisse commune, quand on contemple la tête de l'animal en dessous, on ne tarde point à apercevoir cet organe sous la forme d'une papille conique très-dure du dermatosquelette, qui appartient aux grandes antennes , et qui renferme la partie la plus essentielle , le sac du vestibule. Cette papille n'est point séparée de la cavité céphalique par des os, mais elle n'est point non plus close en dehors, où elle se termine par une ouverture ronde , sur laquelle est tendue une forte membrane , et qu'on peut , jusqu'à un certain point , comparer à la fenêtre ronde de l'oreille humaine. Le nerf qui se rend au petit sac logé dans la cavité de cet organe , est une branche de celui qui appartient à la grande antenne , et , par conséquent , il naît du ganglion cérébral. Le sac lui-même ne contient point de petite pierre (pi. vi, fig. XI , xn).
La cavité auditive n'étant plus ici entière-
(1) En examinant naguère au microscope ce petit corps extrait de l'oreille d'une Seiche, j'ai aperçu en lui la plus belle structure cristalline , le tout étant une géode de prismes coniques , dont la base se dirige en dehors et le sommet en dedans , et autour desquels se trouve une masse arrondie.
ment fermée à l'extérieur , c'est déjà un progrès essentiel que l'organe a fait depuis les Céphalopodes supérieurs.
Un fait assez singulier, c'est que, jusqu'ici , il n'a point encore été possible d'assigner, d'une manière positive, le siège de l'organe auditif des Insectes , quoiqu'on ne doute pas que ce sens ne leur appartienne , d'autant plus que plusieurs d'entre eux produisent des sons à volonté , et qu'on découvre quelquefois une analogie remarquable entre la conformation de ces organes vocaux et celle de l'appareil auditif d'animaux supérieurs (2). Il est vrai que Comparetti (3) a décrit les organes de l'ouïe chez plusieurs Insectes , mais il ne l'a pas fait de manière à ce que d'autres anatomistes pussent constater l'exactitude de ses assertions. Ce qu'il y a de plus vraisemblable, c'est que, quand il se développe de véritables organes auditifs chez les Insectes, leur siège se trouve au voisinage des antennes, comme chez les Décapodes, car on pourrait penser aussi que les dilatations vésiculeuses des trachées , qui , parfois , chez \QLucanus cervus entre autres, entourent en grand nombre le ganglion cérébral, reproduisent les vibrations sonores et les transmettent à la sphère de la sensibilité. En effet, nos gros Coléoptères , tels que Lucanus et Prionus^ présentent , sur une saillie que le dermatosquelette fait au-devant de l'œil , sous l'antenne, et immédiatement derrière la mandibule , une fossette qui peut très-bien tenir lieu d'un organe de l'ouïe , quoique je n'y trouve pas de sac auditif proprement dit, car je vois, dans le mâle du Cerf-volant , une petite branche latérale du nerf antennaire se diriger vers elle. Il serait possible aussi que la membrane qui, chez la Locusta verrucivora, unit les antennes à la tête et présente une surface assez étendue, fût une espèce de membrane du tympan ou de membrane d'une sorte de fenêtre vestibulaire, que le mouvement des antennes pourrait tendre ou relâcher: la persistance de l'ouïe, après qu'on a coupé les antennes , fait qui d'ailleurs a besoin encore d'être constaté , ne prouverait
(2) Voyez mes Analekten fuer Natur-und Heilkunde, 1829, pag. 164.
(3) Observationes anatomicœ de aure interna. Padoue , 1781 , in-40.
rfen contre cette hypothèse , comme le pense 'Weber (1), puisque les antennes sont une condition, non pas de l'existence , mais de la perfection seulement du sens.
D'autres observations encore viennent à l'appui de ces vues ; ce sont celles que Treviranus a faites (2) sur l'organe probablement auditif de laJBlatta orientalis „ qui consiste en une ouverture ovale , située immédiatement derrière l'insertion des antennes , et couverte d'une peau blanche , concave de dehors en dedans; celles de Ramdohr (3) sur l'organe auditif de l'Abeille , qu'il a cru trouver dans une vésicule placée à la racine des mâchoires; une autre remarque de Treviranus (4) , qui rend vraisemblable que la massue antennaire des Papillons diurnes renferme un appareil auditif ; enfin , l'opinion de Straus-Durkheim (5) , qui place le siège de l'ouïe dans les antennes feuilletées du Hanneton. Blainville (6) a cru trouver, chez les Cigales, à la partie postérieure de la tête et des deux côtés , une petite ouverture conduisant dans une cavité qui lui paraît être un appareil d'audition: il saisit l'occasion de dire que cet orifice doit être considéré comme une ouverture respiratoire transformée, comme un stigmate céphalique , ce qui nous semble être applicable aussi aux ouvertures probablement auditives dont il a été parlé plus haut; car cette hypothèse repose sur l'idée que la région respiratoire du tronc doit se répéter également à la tête, mais s'y élever à la dignité d'organe sensoriel, de cavité olfactive ou auditive, idée à l'appui de laquelle nous trouverons des faits bien prononcés dans les classes supérieures. Enfin , Treviranus est tenté de regarder comme des organes d'audition les cavités internes , tapissées de membranes délicates et entourées de vésicules aériennes, qu'on trouve chez quelques Hyménoptères , Diptères et Névroptères (7); et J. Muller
(1) De aure et auditu. Leipzick, 1820, pag.?.
(2) Erscheinungen und Gesetze des organischen Lebens , tom. II , P. l , pag. 104.
(3) Magazin der Gesellschaft naturforschender Freunde zu Berlin. 181 1 , pag. 389.
(4) Loc. cit.
('6) Considérations générales sur l'anatomie comparée des animaux articulés. Paris, 1820 , in-40 fiF. pag. 419.
(G) Loc. cit, pag. 36G.
(7) Loc. cit. p. lOa. — Biologie, tom VI. p. 3iî9.
attribue le même usage, dans le Gryllus hieroglyphicus , à deux enfoncements placés sur le dos de la troisième vertèbre pectorale et fermés par une membrane délicate, derrière lesquels existe une vésicule pleine de liquide , qui reçoit des nerfs du troisième ganglion de la moelle épinière (8).