Poissons
Le rang peu élevé qu'occupent les Cyclostomes s'annonce aussi par le développement extrêmement faible de leur organe auditif. Chez eux , comme chez les Céphalopodes , cet organe est logé dans les boules cartilagineuses qui se trouvent entre la première et la seconde vertèbre crânienne, et dont j'ai parlé déjà en traitant du squelette de la tête (S 175). Chacune de ces boules est creuse et ne communique avec la cavité crânienne que par deux petits trous. L'un de ces trous livre passage au nerf auditif , qui constitue ici un nerf cérébral particulier, l'autre à de petits vaisseaux (1 0) destinés à la poche vestibulaire. Cette dernière est conformée comme dans les Céphalopodes , c'est-à-dire que sa membrane mince renferme une substance animale primaire à l'état liquide; mais elle ne contient pas de pierre, comme dans les Ecre visses, et sa membrane offre , selon Weber, trois petits plis qu'on doit considérer au moins comme les vestiges de trois canaux demi-circulaires, puisque ceux-ci n'existent point encore.
L'organe auditif est un peu plus compliqué chez les Poissons à branchies libres que chez les Cyclostomes ; cependant il se trouve encore renfermé en grande partie dans la même cavité que le cerveau , et il est moins tourné en dehors que ne le sont tous les autres appareils sensoriels.
Les Poissons à branchies cachées , comme les Raies et les Squales , forment une autre catégorie sous ce rapport. Chez eux , le labyrinthe membraneux est entouré de toutes parts d'un cartilage , qui l'isole de la cavité crânienne.
(8) Zur vergleichenden Physiologie des Gesichtssinnes , pag, 438.
(9) Voyez , sur l'organe auditif des animaux verte'brés et de l'homme , un travail fort étendu , de Bres- CHET, dans les Annales des sciences naturelles , 1833.
(10) Voyez Weber, Loc. cit. pag. 16.
ORGANES DES SENS
Tous les Poissons , à l'exception de ceux qui appartiennent au dernier ordre , offrent les dispositions suivantes :
1°. Au sac membraneux simple des formations inférieures s'ajoutent les trois canaux demi-circulaires de l'oreille interne , ce qui , pour la première fois^ complète ou réalise l'idée du labyrinthe ;
2°. Une portion de ce labyrinthe membraneux forme un sac contenant toujours :
3°. Un noyau plus solide, souvent même, chez les Poissons osseux, un ou plusieurs corps pierreux (1), à l'égard desquels on doit citer, comme une particularité remarquable , qu'ils sont composés de carbonate calcaire , avec un peu de matière animale.
C'est à Weber, parmi les modernes , que nous devons les principales observations sur la structure très-diversifiée de l'oreille interne des Poissons.
On distingue ordinairement , dans le sac membraneux et rempli de liquide , deux parties , dont la première , à laquelle aboutissent les canaux demi-circulaires, porte le nom de vestibule {alveus communis canalium semicircidarium , Scarpa) (pi. ix, fig. xxvi, g) , tandis que l'autre , qui contient le noyau osseux le plus considérable, est appelée le sac proprement dit , et n'a point de communication appréciable avec la première. Quelquefois , par exemple dans la Baudroie , selon Scarpa , on peut encore reconnaître deux portions distinctes dans cette dernière (fig. XXVI , c , b). Une chose remarquable , c'est que , chez plusieurs Poissons , comme la Carpe , le Brochet , le Silurus glanis et le Cobilis fossilis , le vestibule membraneux de chaque côté se prolonge postérieurement en un long canal (2) , qui , d'une part , communique avec celui du côté opposé par un con-
(1) L'organe auditif de divers animaux semble nous offrir le même phénomène que nous avons précédemment observé dans l'organisation générale de différents genres, c'est-à-dire un dépôt de masse terreuse à l'intérieur, quand il n'y a point de coquille interne, et à l'extérieur, quand on n'aperçoit pas de squelette interne. Cette remarque coïncide parfaitement avec les conjectures qu'Autenrieth et K erner ( Reil's Arclim, t. IX, pag. 333) ont émises sur l'utilité delà substance pierreuse dans le rocher de l'oreille des Mammifères.
(2) Chez le Hareng un prolongement analogue, mais arrondi, de l'extrémité antérieure du vestibule se dirige vers le bas.
duit transversal impair , et , d'autre part , offre , à son extrémité postérieure ou inférieure , des dilatations communiquant de diverses manières avec la vessie natatoire , d'après la découverte de Weber. En effet , tantôt (Carpe, Silure, Cobilis) ces dilatations reçoivent les ébranlements de l'air contenu dans la vessie natatoire par le moyen des rudiments mobiles de côtes dont j'ai parlé ailleurs (S 181 ) , et qui remplacent en quelque sorte les osselets de l'ouïe , tantôt la vessie natatoire elle-même se bifurque à son extrémité antérieure , et pénètre par plusieurs dilatations de chaque côté dans le crâne , de manière que son extrémité pleine d'air finit par entrer en contact immédiat avec le prolongement remph d'eau du labyrinthe (Ha reng). Dans le poisson Lune et l'Esturgeon, le vestibule et le sac proprement dit ne sont point séparés , selon Cuvier , et les noyaux osseux sont moins durs , analogues à ceux de Poidpe (S 429).
Les noyaux osseux fragiles des Poissons osseux ont des formes très-variées. La pi. ix, fig. 26 , représente le plus gros osselet de la Baudroie. Le plus petit de ces noyaux se trouve ordinairement dans le vestibule (figure XX Yi, en h) (3), le plus gros dans la grande portion du sac (a) , et le second petit dans la plus étroite (b). Les canaux semi-circulaires ( un postérieur , un antérieur et un horizontal ) tantôt sont parfaitement libres , tantôt , comme dans le Brochet ou la Baudroie (fig. xxvi) , tournent autour d'une petite columelle osseuse. Souvent ils offrent un renflement considérable à l'endroit où ils s'ouvrent en arriére et en devant dans le vestibule. Les branches moyennes du postérieur et de l'antérieur communiquent avec le vestibule par un conduit commun. Un fait très-remarquable enfin , c'est que , dans un Poisson osseux, appartenant aux Thoraciques , le singulier lepidoleprus trachyrhynchus, dont nous devons la première description à Giorna etRisso , il existe déjà réellement une sorte de conduit auditif externe , découvert par Otto ; car il descend de la siu'face extérieure de l'occiput , sur l'un et l'autre côté , un enfoncement dont l'extrémité n'est séparée du canal demi-circulaire postées) Le vestibule ne contient pas d'os chez le Hareng.
TRAITÉ D'ANAÏOMIE COMPARÉE.
rieur que par une substance cellulo-gélatineuse. Le sac labyrinthique de ce Poisson se fait aussi remarquer par son ampleur et par le volume de la pierre qu'il renferme (1).
Chez les Poissons cartilagineux supérieurs (Plagiostomes) , le labyrinthe n'est plus libre, mais plongé dans les parois latérales du crâne ; et quoique d'ailleurs sa structure reste la même quant au fond , quoiqu'on y trouve même encore trois germes osseux, mais trèsmous , crétacés et également formés de carbonate calcaire , quoiqu'enfin le cartilage qui l'entoure en entier ne le serre pas beaucoup, cependant il paraît y avoir ici nécessité d'une communication plus directe entre l'oreille interne et le milieu extérieur qui propage les sons. Voici comment cette communication s'établit. Sur la région moyenne et un peu enfoncée de l'occiput des Raies , on aperçoit de chaque côté deux ouvertures, dont la postérieure, close par une membrane mince, mène dans la cavité cartilagineuse et pleine d'eau qui entoure le vestibule du labyrinthe membraneux , mais non dans ce dernier. On pourrait, avec Weber, comparer cette ouverture à la fenêtre ronde de l'oreille humaine. L'antérieure conduit à une dilatation située entre la peau et le crâne , et pleine d'un liquide blanchâtre et calcaire (2) , qui , par le moyen d'une ouverture comparable à la fenêtre ovale de l'oreille humaine , mène dans le sac du labyrinthe membraneux , au moyen d'un canal de prolongation. Du reste, un petit muscle peut tendre plus ou moins cette dilatation extérieure.
Dans le Requin ( Squalus carcharias ) , on ne trouve de chaque côté qu'une ouverture bouchée par la peau , et qui conduit dans la cavité cartilagineuse du vestibule.
Je dois encore faire mention d'un canal qui se développe de chaque côté de la tête, dans ces genres, et qui, répétant sur une plus grande échelle le vestige de conduit auditif externe dont nous venons de signaler l'existence chez le Lepidoleprus , nous offre le rudiment singulier d'un conduit auditif externe réuni avec une trompe d'Eustache. J'entends parler ici de ce qu'on appelle les évents des
(1) Tiedemann's Zeitschrift, tom. II , pag. 86.
(2) Cette dilatation, clans la Raja aquila, s'ouvre à la peau du crâne sur trois points.
Raies et des Squales. Ces évents représentent un canal qui commence à la surface de la tête , derrière les yeux, là où l'orifice auditif se trouve souvent placé chez les animaux supérieurs , par une ouverture garnie d'une sorte de valvule membraneuse frangée (pi. x, fig. IX, c) , se porte directement en bas, et s'ouvre à la partie postérieure de la cavité orale , dans l'endroit où la trompe d'Eustache aboutit chez les animaux supérieurs. Ce canal n'a certainement point encore de connexions immédiates avec les organes auditifs ; il ne fait que descendre le long de la paroi temporale qui revêt ces derniers , et , comme les organes olfactifs oblitérés des Cétacés , il sert à rejeter l'eau ; mais il n'en est pas moins un premier pas fait vers la production d'un conduit auditif externe et d'une trompe d'Eustache , et ce n'est qu'en y ayant égard qu'on peut concevoir la transformation en conduit auditif externe des animaux supérieurs , de cette ouverture , qu'on peut encore considérer ici comme un trou branchial céphahque , en se rappelant ce qui a été dit dans le S 432.