Oiseaux
La structure propre à l'organe auditif des Reptiles supérieurs se retrouve, quant aux parlies essentielles, chez les Oiseaux, qui nous ont déjà présenté d'autres analogies avec ces animaux, tant dans leur squelette que dans leur système nerveux. Du reste , elle ne varie pas beaucoup dans les diverses familles de la classe.
Le labyrinthe se distingue surtout par l'absence de noyaux crétacés dans son intérieur (1) , par la direction de ses canaux demi-circulaires , et par l'application exacte à sa surface de la croûte osseuse , mince , mais extrêmement dure, qui l'enveloppe. Les canaux demi-circulaires osseux ont , relativement à celle du vestibule , une étendue beaucoup plus considérable que chez les Reptiles (pi. XV, fig. xu, pi. xn , fig. xvn). Ils ne communiquent point ensemble , mais seulement avec le vestibule. Du reste , il est assez facile de les mettre en évidence , ainsi que le labyrinthe , dont les dimensions sont grandes , par rapport au crâne , attendu que , très-solides par eux-mêmes , ils sont entourés d'un diploé qui se brise aisément. On n'a même besoin de recourir à aucune préparation pour apercevoir déjà le canal demi-circulaire supérieur dans la cavité crânienne, car il fait saillie au milieu d'une fosse située entre les deux autres (pi. xv , fig. xvn , d d d ), et dans laquelle sont reçus les lobes latéraux
(1) Cette absence paraît être liée aux progrès qu'a faits l'ossification extérieure du labyrinthe (voyez la note au § 434). Mais Huschke a découvert que quand les noyaux osseux intérieurs du labyrinthe n'existent point ( Froriep , Notizen fuer Natur-und Heilkunde, 1832 , n" 707 ) , les enveloppes membraneuses du vestibule sont entourées d'une innombrable quantité de cristaux de carbonate calcaire , visibles seulement à l'aide des plus forts grossissements, semblables au fond à ceux des Reptiles (§ 438), et de forme ovalaire oblongue. J'en ai représenté (pl.xv, fig. xx) un groupe tiré, à un grossissement de six cents diamètres, de l'oreille interne d'un jeune Pigeon; ils sont plus petits et moins serrés les uns contre les autres chez les jeunes Oiseaux fjue chez les adultes.
du cervelet (§117) (2). Les deux canaux demi-circulaires externes se croisent d'ailleurs complètement. Il est digne de remarque , en outre , que , comme l'a dit Scarpa (3) , chaque canal demi-circulaire de l'Oiseau est large à l'une de ses extrémités et considérablement rétréci à l'autre. Le rudiment de limaçon paraît à l'extérieur sous la forme d'une corne légèrement recourbée (pi. xv, fig. xnetxvu,e). Il ressemble presque à celui du Crocodile , et , suivant Cuvier , l'Autruche est de tous les Oiseaux celui chez lequel il est le plus petit. J'ai déjà eu l'occasion de dire que nous devons à Treviranus (4) la découverte d'une conformation intérieure très-remarquable de ce rudiment de limaçon. En effet , deux minces cartilages (pi. xv, fig. xiv, v et x' o) le partagent toujours , dans le sens de sa longueur, en une chambre supérieure et une autre inférieure : la fenêtre ronde conduit à la première , et la fenêtre ovale à la seconde. Au bout du cartilage , et à l'extrémité libre du cône osseux , se trouve un réservoir cartilagineux ( p ) , que Treviranus appelle la bouteille , et par lequel cet organe commence chez les Serpents , d'après Windischmann. Il reçoit une branche particulière du nerf cochléaire ( n ). Entre les deux plaques cartilagineuses on aperçoit une ouverture oblongue, par laquelle pénètre la plus grosse branche du nerf cochléaire (a) , et de chaque côté de cette ouverture , se trouvent , au-dessus des cartilages cochléaires , les feuillets auditifs (q), sur le côté convexe desquels un réseau de vaisseaux sanguins se répand , d'après Windischmann. Nous avons donc ici un organe fort compliqué , qui représente en quelque sorte la lame spirale du limaçon humain dans ses nombreux rephs , et , quant à la forme totale du limaçon , figure au moins le commencement d'un premier tour.
(2) L'insertion constante de ces appendices latéraux ou touffes dans l'organe auditif, qui a lieu aussi chez le fœtus humain , comme je l'ai fait voir déjà dans mes Recherches sur le système nerveux , est intéressante sous plusieurs rapports , et semble révéler une destination particulière de cette partie cérébrale , en ce qu'elle rappelle que les tubercules olfactifs du cerveau se logent également dans les fosses de l'ethmoïde.
(3) Loc. cit. pag. 33.
(4) DansTiEDEMANN's Zeitschrift, tom.T, pag. ICO, et en extrait dans Erscheinungen und Gesetze des organischen Lebens , tora. II , P. i , pag. 110.
Chez les Oiseaux, la caisse du tympan est bornée en devant par la côte auditive (os carré). Elle s'ouvre, sur plusieurs points, dans le diploé celluleux et plein d'air des os du crâne , par l'intermède duquel s'établit même une communication entre les caisses des deux côtés. Cette caisse communique en devant avec la cavité gutturale , par le moyen de la trompe d'Eustache. La trompe ellemême est presque entièrement logée dans l'os; elle commence , dans la caisse du tympan , par un orifice un peu évasé , se rétrécit ensuite , et s'ouvre , immédiatement en face de celle du côté opposé , au fond d'une large cavité , sécrétant beaucoup de mucus , qui se trouve à la voûte de l'arrière-gorge , derrière l'orifice postérieur du conduit nasal , et à peu de distance de cet orifice. En dehors la caisse est fermée par une mince membrane du tympan, à laquelle (pi. xv, fig. xvu , c) s'attache , comme dans les Chéloniens et les Sauriens , une petite colonne osseuse (pi. xv , fig. XVI ), dont la plaque ovale interne, qui est mobile , ne remplit qu'à demi la fenêtre ovale du vestibule , mais dont l'extrémité externe tient ordinairement à la membrane du tympan par le moyen de trois cartilages flexibles. Un muscle venant de l'occiput peut la tendre , ainsi que la membrane du tympan , et sa forme varie dans les divers genres (1).
La membrane du tympan , bombée de dedans en dehors, se dirige obliquement en bas. Quoiqu'elle ne soit plus aussi à nu sur la surface extérieure du crâne que chez la plupart des Reptiles, cependant elle n'est encore cachée que par un court conduit auditif, purement membraneux, à l'orifice duquel se trouvent des plumes raides , en général courtes et rarement longues. Les Oiseaux n'ont point non plus d'oreille externe charnue et cartilagineuse ; cependant on doit regarder comme s'en rapprochant la grande valvule membraneuse de plusieurs Chouettes ; en effet, elle occupe le bord postérieur d'une grande conque divisée en plusieurs compartiments , qui est formée en partie par les os du crâne couverts seulement de la peau , en
(1) Voyez PoHL, Loc, cit. pag. 21. — Blainville {Loc. cit. pag. b'30) a rapporté encore plusieurs différences, mais toutes fort peu essentielles , dans les autres parties de l'oreille.
partie aussi par le bord postérieur du globe de l'œil et par plusieurs ligaments tendineux transversaux (pi. xvi. fig. i).
Enfin les nerfs de l'oreille interne se com- , portent déjà essentiellement comme chez l'homme. Une branche particulière du nerf acoustique va au rudiment de limaçon , les trois autres gagnent les canaux demi-circulaires, et le nerf facial traverse l'organe auditif.