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Reptiles

L'œil des Reptiles se rapproche encore assez de celui des Poissons , sous plus d'un rapport, notamment à l'égard des parties qui le protègent , du volume de la lentille , du peu de développement des procès ciliaires et de la mobilité peu prononcée de l'iris.

La forme du globe oculaire est ordinairement plus sphérique , par exemple dans les Grenouilles, les Salamandres, les Serpents et les Crocodiles ; seulement la cornée est un peu aplatie , quoiqu'elle le soit moins que chez les Poissons.

L'œil est encore assez gros , surtout eu égard au cerveau. Quant à sa situation , il est toujours placé sur les côtés de la tête, et logé dans des cavités orbitaires encore peu fermées en partie (2), dont j'ai donné la description précédemment (pi. xi , fig. ii , iv ; fig. xn, xvn).

(1) Diss. de. ganglio ophthalmico.hanàshut, 18IS, in-i", fig. pag. 61.

(2) Ainsi, par exemple, chez la Grenouille, les yeux font saillie tout entiers clans la cavité orale (pi. xiii, fig. VII, c) ; l'animal même les cache en les abaissant à l'aide d'un muscle particulier , et les refoulant dans sa bouche.

Suivant Cuvier , il est fixé, dans les Tortues et le Crocodile , non seulement par les six muscles qui appartiennent déjà aux Poissons , mais encore par quatre autres plus petits, qui embrassent le nerf optique; mais, dans la Grenouille , il l'est par un muscle en entonnoir et divisé en trois portions , qui entoure le nerf optique , ainsi que par un droit inférieur et un oblique antérieur.

Quelquefois aussi , chez les Reptiles , la peau couvre les yeux si complètement, qu'on les aperçoit à peine. C'est ce qui a lieu, par exemple, dans le Proteus anguinus , qui est cependant très-sensible à l'impression de la lumière, ainsi que j'ai pu m'en convaincre sur le vivant.

Les paupières semblent manquer entièrement chez les Serpents; mais J. Cloquet (3) a démontré , et je m'en suis également assuré , qu'il est plus exact de les considérer comme adhérentes , la peau se prolongeant sur l'œil en trois couches , l'une extérieure , cornée , que l'animal rejette avec son épiderme , quand il mue , la seconde composée de fibres déliées, et la troisième qui constitue le feuillet externe de la conjonctivCi, Ces trois couches sont transparentes. On trouve ensuite une cavité qui reçoit le liquide sécrété par une glande lacrymale placée derrière l'œil; ce liquide coule dans le nez par un point lacrymal situé à l'angle antérieur de l'œil. Vient alors le feuillet interne delà conjonctive, qui tapisse la cornée. Ainsi nous voyons ici, avec le caractère d'organisation permanente , un état de choses qui n'a lieu que durant les premières périodes de la vie chez ceux des animaux supérieurs qui viennent au monde aveugles, c'est-à-dire avec les paupières réunies. On doit également remarquer la petite bourse qui , selon Home (4) , existe à l'angle antérieur de l'œil , chez certains Serpents, et qui peut être comparée aux larmiers des Mammifères, à moins qu'on ne soit tenté delà considérer comme une répétition des fosses nasales en cul-de-sac des Poissons (§ 414).

La Salamandre a bien deux paupières en

(3) Mémoire sur l'existence et la disposition des voies lacrymales dans les Serpents. Paris , 1821 , in-4'>, fig.

(4) Philos. Trans. 1804, pag. 73, où la bourse du Serpent à sonnettes est figurée.

ORGANES DES SENS

en bourrelet, l'une supérieure et l'autre inférieure; mais ces paupières ne suffisent point encore pour couvrir entièrement l'œil. Je crois aussi ne devoir admettre que deux paupières dans la Grenouille , car ce que Cuvier a décrit sous le nom de troisième paupière , ou de paupière verticale , n'est évidemment que la paupière inférieure elle-même amincie, qui, étant ordinairement plus large et plus active dans les classes inférieures , forme, lorsque l'animal l'abaisse pour ouvrir l'œil, une duplicature à laquelle seule Cuvier impose le nom de paupière inférieur. La troisième paupière paraît ne pouvoir jamais se mouvoir que d'avant en arrière, c'est-à-dire horizontalement , et il ne faut point oublier que , dans les Seiches et les Poissons , elle apparaît avant la supérieure et l'inférieure. Chez les Tortues et les Sauriens, le Crocodile surtout (pi. xn. fig. xni, B), cette troisième paupière (a) est visible dans l'angle antérieur de l'œil, et l'action d'un muscle particuUer qui entoure le globe de l'œil (fig. xi, b) la rend susceptible de couvrir la cornée comme d'une mince membrane , à travers laquelle on voit cependant percer toujours la pupille. Enfin la grande paupière circulaire et musculeuse du Caméléon mérite aussi une mention spéciale. Elle adhère tout autour à la sclérotique, à environ une ligne de distance de son bord antérieur , porte à sa face interne inférieure un disque cartilagineux lisse , blanc et concave , et ne s'ouvre que par une très-petite fente transversale, vis-à-vis de la cornée, qui est délicate et d'une petitesse frappante en proportion du bulbe. Le Caméléon possède également , au bord supérieur et antérieur de la cavité de la conjonctive , une glande lacrymale aplatie , réniforrae et d'un volume proportionnel considérable ; il a aussi, dans l'angle interne de l'œil , une troisième paupière perpendiculaire et très-forte (membrane nictitante ) , qui est située en dedans de la grande paupière circulaire.

La cornée transparente se comporte à peu près déjà comme chez l'homme. Cependant il y a plusieurs Reptiles , tels que la Tortue franche et l'Iguane , d'après Albers (1) , chez

(1) Denkschriften der Muencher Ahademie , 1808, pag. 83.

lesquels son bord antérieur oflFre des anneaux de lamelles osseuses minces (pi. xu , fig. xn), qui m'ont néanmoins paru être cartilagineuses dans l'Iguane. La moitié antérieure de la cornée a aussi la consistance du cartilage dans le Caméléon.

Cette membrane est plus bombée que dans la classe précédente , quoique du reste elle n'ait point une épaisseur considérable , et, de même que celle des Poissons, elle ne devient pas opaque par l'immersion dans l'alcool , ce qu' Albers a remarqué (2) chez la Tortue. J'ai constaté le même fait dans les Salamandres , les Grenouilles , les Serpents et le Caméléon.

Il m'a été impossible de distinguer plusieurs feuillets à la choroïde des petits Reptiles indigènes , ni même à celle d'une Iguane. Cependant la surface externe de cette membrane a encore le brillant de Targent , dans la Grenouille comme chez les Poissons. La partie antérieure de la choroïde s'infléchit vers l'axe de l'œil , et devient ainsi l'iris , qui est également argentin dans beaucoup de Reptiles , de même que chez les Poissons (3) , quoique d'ailleurs sa couleur varie beaucoup; il est verdâtre dans le Crocodile , brunâtre , avec l'éclat de l'or , dans la Grenouille , et parfois tacheté chez les Serpents , où son hémisphère inférieur est d'un brun foncé, et le supérieur jaune. La pupille est ordinairement ronde, par exemple dans les Salamandres, les Sauriens, les Ophidiens , les Chéloniens; mais, dans la Grenouille, elle a la forme d'un rhomboïde situé entravers , et dans le Crocodile, celle d'une fente verticale ( pi. xn , fig. xi , xni , B ) . Ses mouvements sont déjà sensibles ici , quoique lents. Je l'ai toujours vue , chez la Grenouille , se rétrécir quand elle venait à être frappée d'une lumière vive. Albers a trouvé aussi que la pupille de la Tortue franche se contractait avec force aux rayons du soleil (4).

Les procès ciliaires n'existent point dans les Salamandres, les Serpents et plusieurs Sauriens. Cuvier les a vus en forme de fils allongés dans une grande Rainette étrangère.

(2) HiMLY , Ophthalmolog. Biblioth. t. II , cah. II , pag. 179.

(3) Ehrenberg n'a cependant plus retrouvé ici les cristaux dont j'ai parlé précédemment ( § 464 ).

(4) HiMLY, Loc. cit. tom. II , cah. II, p. 134. Je n'ai rien vu de semblable sur une Testudo elephantopus longue de trois pieds.

Dans la Grenouille, j'ai remarqué seulement, à l'endroit où la choroïde devient l'uvée, un anneau blanchâtre auquel adhère fortement la couronne ciliaire. Ils existent chez les Tortues (pi. XII , fig. X , b) , mais sont petits. Je les trouve très-bien développés dans le Crocodile; mais, dans l'Iguane et le Caméléon, les procès ciliaires proprement dits disparaissent , et l'on n'aperçoit plus qu'un anneau de la choroïde , large , lisse , appliqué à la circonférence antérieure et plus dure de la sclérotique , et remarquable par sa couleur plus grise, dont le bord libre, plus étroit que l'autre , se tourne vers le cristallin , et se continue ensuite immédiatement avec l'uvée. Le nerf optique paraît percer la sclérotique en ligne droite chez tous les Reptiles , et former en dedans une plaque arrondie , qui produit la rétine par son épanouissement. Cette entrée du nerf optique dans l'œil est très-remarquable chez l'Iguane , où j'ai vu naître , du milieu de la plaque, un petit prolongement noirâtre de la choroïde (pi. xn , fig. xiv), que nous retrouverons beaucoup plus développé encore dans la classe des Oiseaux , et dont, là comme ici, la présence tient à ce que le nerf optique offre des plis longitudinaux , entre lesquels marchent des vaisseaux sanguins , qui passent ensuite de l'origine de la rétine dans le corps vitré. On rencontre aussi chez le Caméléon un prolongement analogue et noir de la choroïde vers le cristallin ; mais il est un peu plus petit. Le corps vitré luimême continue toujours à être fort petit ; le cristallin est encore très-convexe , mais cependant sa forme se rapproche moins de celle d'une sphère que dans la classe précédente. Chez les Grenouilles , de même que dans le Caméléon , il a un volume considérable, tandis qu'il est petit , au contraire , dans la Tortue franche (fig. x , f ) , et plus convexe en devant qu'en arrière. Le cristallin des Grenouilles et des Salamandres m'a offert , dans son intérieur , un noyau solide , que les acides ne rendaient point opaque , et qui ressemblait à celui qu'on trouve chez les Poissous.

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