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Poissons

L'œil des Poissons ressemble parfaitement à celui des Seiches , analogie qui se prononce surtout eu égard au volume, à la situation et à la forme des globes oculaires , comme aussi pour ce qui concerne la forme du cristallin , la proportion des humeurs, etc.

Les Poissons ont, en général, de très-gros yeux. Il n'y a que les espèces vermiformes , comme les Anguilles, les Lamproies, les Gastrobranches, qui lésaient petits (2). Ces organes reposent ordinairement sur un coussinet de graisse à demi-liquide , des deux côtés de la

(1) Muller , Loc. cit. pag. 331.

(2) Le Gastrobranchus cœcus serait même privé d'yeux , selon Bloch. Mais il est probablement dans le même cas quela Murœna cœca et le Silurus cœcutiens. Chez ce dernier, Rudolphi a trouvé l'œil de la grosseur d'un grain de millet et tout-à-fait caché sous la peau. Cependant Blain ville n'a pu découvrir d'yeux dans la Myxine, avec quelque soin qu'il la âisséquàl {Principes d'anatomte comparée, tom. I , pag. 428 ).

tête ; plus rarement ils se dirigent en arrière ou en haut , par exemple chez l'Uranoscope. Ce qu'il y a de plus rare , c'est de les trouver tous deux du même côté , comme dans les Pleuronectes(Sl80).

La forme de l'œil des Poissons est presque toujours arrondie en arrière et aplatie en devant (pL ix, fig. xv). Les Poissons à petits yeux, mais surtout le Blennius viviparus, suivant Cuvier , et plusieurs Cartilagineux , d'après Rosenthal (3), font exception à cette règle.

On pourra juger de la forme des orbites d'après la description du crâne et d'après les figures (pi. vni, fig. v et fig. xii). L'œil y est fixé, dans les Poissons osseux, par six muscles assez courts, dont quatre droits et deux obliques (4). Mais, dans les Raies et les Squales, il l'est en outre par un pédicule cartilagineux implanté sur le globe et au fond de l'orbite qui rappelle le pédicule oculaire des Crustacés (S 456).

Chez les Poissons aussi la peau se continue sur l'œil , et parfois elle change si peu de nature en couvrant cet organe , qu'elle le soustrait entièrement à la vue , et que l'animal doit être presque insensible à la lumière. C'est le ras du Gastrobranche et de la Murœna cœca. Dans plusieurs Poissons , notamment l'Anguille commune, on parvient aisément à détacher la peau du globe de l'œil , et alors la portion correspondante à la conjonctive se montre sous la forme d'une tache claire et transparente. Quand la conjonctive se distingue si peu des téguments communs, on ne trouve non plus aucun vestige de paupières^ de même que chez la Seiche. Dans beaucoup d'autres Poissons , au contraire , où l'œil est plus gros et la conjonctive plus fine , outre un petit bourrelet qui entoure l'œil entier , on aperçoit encore , dans l'angle postérieur , mais surtout dans l'antérieur , un repli semi-lunaire , semblable à celui que j'ai signalé chez le Poulpe ( § 454 ) , mais qui est sans mouvement, et qui couvre peu l'œil. Cuvier a trouvé , dans le Poisson Lune ( Tetrodon mola ),m\e véritable paupière circu-

(3) Voyez son Mémoire sur l'œil des Poissons , dans Reil's Archiv , tom. X , pag. 39o.

(4) La Coryphoena equiselis a quatre muscles obliques et deux droits , suivant Albers.

laire , susceptible de se fermer à l'aide d'un sphincter , et pouvant être ouverte par cinq muscles rayonnes.

Les Poissons paraissent être encore dépourvus de glandes lacrymales , comme le sont les animaux des classes inférieures.

La membrane extérieure du globe de l'œil est dure , élastique et de nature aponévrotique. Elle embrasse un ou plusieurs disques cartilagineux , tantôt plus et tantôt moins grands, disposition dont j'ai trouvé l'analogue dans la Seiche (§ 454 ). Il n'est point rare que ces plaques s'ossifient sur plusieurs points, à leur partie antérieure. Dans la Carpe, le disque cartilagineux est mince , et il ne s'étend en arrière que jusqu'un peu au-delà du milieu du globe oculaire. Mais, dans l'Esturgeon, il est extrêmement épais , égale la sclérotique en étendue , et ne laisse qu'une ouverture en arrière pour l'entrée du nerf optique (pi. ix^ fig. xxm , c). Divers anatomistes ont rencontré les ossifications dont je viens de parler dans l'Espadon ( Xiphias gladius ) , la Baudroie {Lophius piscatorius) ,le Cyprinus aspia et la Coryphœna equiselis ; elles formaient tantôt une seule pièce , comme dans les premiers genres, tantôt trois plaques distinctes, comme dans les derniers , et tantôt enfin deux osselets demi-circulaires , insérés au bord du cartilage , comme dans l'Esturgeon.

La cornée transparente est ordinairement plan-convexe à l'extérieur ; mais Rosenthal a reconnu qu'en dedans sa forme se moule sur celle du cristallin, et qu'elle y est un peu plus concave (1). Elle se compose de trois feuillets membraneux. Le Brochet montre très-clairement qu'elle a plus d'épaisseur à la circonférence et qu'elle s'amincit vers sa partie moyenne. En général, l'immersion dans l'alcool la ternit moins que celle de l'homme (2). Dans le Cohitis anableps^ elle est formée, d'après Sœmmerring, de deux hémisphères transversaux , entre lesquels se trouve un ligament délié, quoique d'ailleurs sa courbure reste simple ; à cette division en correspond une de la pupille, produite par un

(1) Reil's Archiv, lom. X, pag. 398.

(2) Dans le Brochet , on trouve , derrière la cornée , une membrane muqueuse particulière d'un jaune vif, qui est la cause de la couleur verte de la pupille de ce Poisson.

prolongement de l'iris , qui n'est point encore tout-à-fait fermé chez les jeunes individus ; de là résultent deux pupilles , l'une supérieure plus grande , et l'autre inférieure plus petite. Une chose remarquable, c'est qu'ici cette division de l'œil en deux moitiés est même indiquée par deux prolongements falciformes de la choroïde qui s'avancent dans la rétine, et par un étranglement du cristallin qui donne presque la forme d'une poire à ce corps (3). Il est très-facile de distinguer trois feuillets dans la choroïde des Poissons. L'externe a le brillant de l'argent et est assez ferme ; arrivé au bord antérieur de la sclérotique , à laquelle il adhère peu d'ailleurs , il se réfléchit vers l'axe du globe oculaire ; mais , une fois parvenu au bord de la pupille , il subit une nouvelle inflexion de dedans en dehors , qui est très prononcée , au moins chez la Carpe , et forme ainsi l'étroit iris, à reflets également argentins ou dorés , qui s'accole ensuite au bourrelet dont la cornée est bordée en dehors. Le feuillet le plus intérieur de la choroïde (membrane de Ruysch) est noirâtre , mou et couvert de pigment noir à sa face interne ; cependant je le trouve pourpre dans le Brochet , de même que dans la Seiche. Il se courbe avec l'autre en dedans, pour se réfléchir dans l'intérieur , quand il est arrivé au bord de la pupille , et former ainsi l'uvée ( pi. IX. fig. xxn , e , b ). Entre ces deux membranes , on trouve , tout autour du nerf optique , une masse rougeâtre , presque glanduleuse ( glande choroïdienne ) , qui , suivant les uns (4) , sert à la sécrétion du mucus noirâtre répandu à la face interne de la ruyschienne, selon d'autres (5), constitue une sorte de réseau admirable (§ 123) , et suivant d'autres encore (6) , fait l'office d'un muscle. Cette masse est surtout très-apparente dans la Carpe ( fig. xxii , g ) , où elle a une couleur rouge intense , et entoure presque circulairement le nerf optique. De son bord externe part une troisième choroïde moyenne ( membrana vasculosa Halleri ) ;, qui s'étend sur la ruyschienne.

(3) De oculorun hominis animaliumque sectione horizontali. Goîltingue , 1818, in-fol. , fig., pag. G8.

(4) Rosenthal , loc. cit. pag. 400.

(5) Albers , dans Gœtting. Anz. 1806, pag. 687. (C) Hallek , Elem.physiologiœ , V. 364 et 316.

ORGANES DES SENS

D'après les recherches très-exactes , mais encore inédites , de Ritterich , cet organe est essentiellement un foyer des veines choroldiennes, par conséquent un appareil jusqu'à un certain point analogue au foie , et l'on pourrait dire qu il joue , par rapport aux hranches de ces veines, le même rôle que le renflement terminal du nerf optique de la Seiche à l'égard des fibres de la rétine. Blain ville lui a donné le nom très -convenable de ganglion vasculaire choroïdien.

Les Raies et les Squales sont privés de cet organe , et leur choroïde ne se divise pas aussi évidemment en plusieurs feuillets. Du reste , la choroïde nacrée de la Raie perce , au fond de l'œil , à travers la membrane ruyschienne , et comme cet effet ne tient qu'à ce/]u'il n'y a point de pigment noir sur ce point , nous pouvons y voir le premier vestige de ce qu'on appelle le tapis chez un grand nombre de Mammifères. Dans plusieurs Squales ( Squalus galeiis , calulus , glaucus, acanthias ) ^ la choroïde est entièrement argentine , à l'exception d'un petit point de son étendue. Elle a une couleur nacrée chez l'Esturgeon.

L'iris des Poissons est étroit , lisse et toutà-fait immobile. Lacépède parle cependant d'espèces chez lesquelles il peut se contracter en une fente verticale. Il jouit d'mi vif éclat métallique. Une chose digne de remarque , c'est qu'Ehrenberg (1) a rencontré , tant ici que sur le feuillet externe également nacré de la choroïde , des cristaux aciculaires déliés, qui ne contiennent pas de chaux et consistent uniquement en une matière animale particulière. Ceux de l'œil de la Carpe nous offrent la plus belle couleur nacrée.

La pupille est ordinairement ronde et grande. Dans les Raies seulement, d'après Cuvier , son bord supérieur se prolonge en plusieurs lanières étroites, disposées enrayons, et représentant ensemble unepalmette. Les lanières sont dorées en dedans et noires en dehors. Elles peuvent fermer la pupille comme une jalousie. Dans le Cobilis anableps^ la pupille est complètement double , quoique le cristallin soit simple (S 462 ) .

(1) Dans Poggendorff's Annalen , tom. XXVIII , cah. m, pag. 469.

Les procès ciliaires manquent chez les Poissons osseux. On ne les rencontre que chez quelques Squales, où ils ne sont toutefois point aussi grands que dans les Seiches. Après avoir formé de courtes saillies qui touchent à la capsule du cristallin , ils se continuent avec les stries de l'uvée. Cependant les procès ciliaires sont remplacés , jusqu'à un certain point , par les autres vaisseaux ou membranes vasculaires allant à la capsule cristalline , qui , sous la forme de prolongements falciformes , pénètrent au bord antérieur de la rétine , par une fente que cette capsule y présente, et sont surtout bien marqués chez le Brochet (pi. ix, fig. xxiv, c), où l'on voit pénétrer dans la capsule , d'un côté le prolongement falciforme noir , de l'autre un petit faisceau vasculaire. Il n'est pas rare qu'on trouve encore , entre les feuillets de ce prolongement falciforme , un petit corps pyriforme {campanula de Haller), dont on ne connaît pas bien la structure. On a comparé ces organes à un procès ciliaire isolé , et peut-être n'était-il pas possible d'en donner une meilleure idée (2).

Le nerf optique pénètre ordinairement dans l'œil sous la forme d'un petit disque arrondi , comme chez l'homme. C'est ce qu'on voit par exemple dans la Carpe (pi. ix, fig. xxu). De son centre partent les vaisseaux centraux de la rétine, qui se répandent sur le corps vitré, pour se réunir en une couronne vasculaire à son extrémité. Chez d'autres Poissons, par exemple le Brochet (pi. ix, fig. xxiv) , le nerf perce obhquement la sclérotique, et forme , comme dans la Seiche, une ligne blanche, des bords de laquelle naît la rétine. Cette perforation est plus oblique encore dans l'Esturgeon , où le nerf parcourt une certaine distance entre la rétine et la choroïde avant de s'épanouir pour donner naissance à la première des deux membranes (pi. IX, fig. xxni).

La rétine elle-même se divise aisément, chez ces animaux , en deux feuillets , l'un interne fibreux, l'autre externe non fibreux, et se termine par un bord libre à l'origine de l'uvée (pi. IX, fig. xxii, f ).

Parmi les parties transparentes , l'humeur

(2) ROSENTHAL , Loc. cU. pag. 406.

aqueuse , chez les Poissons, comme chez les Seiches, manque presque entièrement d'enveloppe spéciale ; elle est plus mucilagineuse aussi. Le cristallin, entouré d'une mince capsule 5 est presque parfaitement sphérique , de même que dans les Seiches (lig. xxui, xxiv). En le faisant sécher , on y aperçoit de petites côtes qui vont d'un pôle à l'autre , et à l'intérieur plusieurs couches; le noyau central conserve sa transparence , même dans les acides , suivant Rosenthal. Le volume et la forme globuleuse du cristallin font que le corps vitré ne constitue qu'une petite masse. Sa membrane n'est unie en devant à la capsule cristalline qu'à l'aide de deux ligaments, qui, lorsqu'ils sont fortifiés par des prolongements de la ruyschienne, comme dans le Brochet , forment bien manifestement deux axes auxquels le cristallin est suspendu.

Relativement aux nerfs externes de l'œil , les observations de Muck (1) nous ont appris que les Poissons n'ont pas de ganglion ophthalmique pour les nerfs ciUaires.

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