Dermatosquelette
DCXCVIil. Nous avons vu que , chez plusieurs Ophidiens , les formations squelettiques cutanées répétaient encore avec une grande précision les anneaux protovertébraux du névrosquelette. La même chose a lieu aussi dans les Sauriens , où les rangées d’écailles, celles surtout du ventre, correspondent très-sensiblement aux arcs protovertébraux , et où les écailles cornées elles-mêmes représentent des parties qui ne sont point développées comme telles au névrosquelette. Tel est le cas , par exemple , des crêtes pectinées qui garnissent le dos et la queue de certains Sauriens , qui ne sont point soutenues par des parties osseuses , et qu’on doit considérer en quelque sorte comme des répétitions des membres impairs supérieurs et inférieurs ( nageoires dorsale et anale ).
Du reste , dans les Sauriens , comme dans les Ophidiens , le dermatosquelette est recouvert partout d’un épiderme corné , bien plus développé que chez les Reptiles branchiés , et dont l’animal se dépouille aussi d’une manière régulière.
DGXÇIX. Quant à la structure du dermatosquelette, la forme d’écailles prédomine ici, mais avec les plus grandes modifications. Dans quelques genres , tels que les Gecko et le Caméléon, les écailles sont à peine visibles, et ressemblent à de petits durillons arrondis, non disposés en anneaux , presque comme dans les Cécilies ou dân&Y Jlcrochordus ; dans d’autres, les Stellions par exemple , les écailles s’élèvent en épines dirigées de dedans en dehors. Mais , chez la plupart des Sauriens, ces écailles sont fortes et cornées , parfois même osseuses , et elles entourent le corps entier de l’animal , par conséquent
aussi le névrosquelette , sous la forme d’anneaux réguliers ; qui correspondent aux protovertèbres de ce dernier.
Du reste , leur forme n’est plus aussi rigoureusement géométrique que chez les Poissons. Le carré long et l’ovale, ou, ces deux formes réunies , comme on le voit surtout très-bien sur les écailles des jeunes Crocodiles , déterminent ordinairement la segmentation des anneaux du dermatosquelette , qui ne se présentent plus nulle part sous l’aspect de grandes plaques demi-circulaires et indivises , comparables aux plaques ventrales des Ophidiens.
Ce qu’il y a de remarquable , c’est qu’ici , comme chez les Serpens , la forme des écailles ou des plaques' céphaliques est un reflet de celle des masses cérébrales et des vertèbres crâniennes. L’endurcissement du dermatosquelette semble déjà même exercer souvent ici , sur la forme et la largeur de la tête , une influence que nous trouverons plus prononcée encore dans les Chéloniens. En effet, dans les points où le dermatosquelette repose immédiatement sur le névrosquelette , et qui sont surtout les os de la tête , l’enveloppement général que le squelette cutané fournit au squelette nerval détermine ce dernier à prendre une extension dans le sens de la largeur qui n’appartient d’ailleurs point au type de l’ordre. C’est ainsi qu’on explique les larges recouvremens que les fosses temporales présentent chez plusieurs Sauriens , principalement chez les individus très-avancés en âge , et dont on ne peut souvent point se rendre raison par le type seul des vertèbres crâniennes.
B. Reptiles a vertèbees rachidiennes immobiles ( Chéloniens ).
DGC. Cet ordre termine la classe des Reptiles, si riche en formes diverses. Si l’on réfléchit qu’ici la forme totale du corps révient à la simple forme de l’œuf , avec une segmentation intérieure très-développée , et que non-seulement l’accroissement extraordinaire du dermatosquelette , mais encore sa soudure avec le névrosquelette établissent une affinité plus prononcée avec la formation de l’œuf, on se trouvera reporté en quelque sorte à l’état de choses existant chez les animaux des classes inférieures , et dont je n’ai besoin derap-
peler ici que le rapport existant entre la forme des Cancérides et' celle des Isopodes et des Squillaires.
Du reste, on ne pourra méconnaître, en étudiant celte structure squelettique , qu’il est impossible de bien comprendre ce qu’elle offre de particulier quand on ne prend pas pour point de départ la distinction entre le névrosquelette et le dermatosqüelette. C’est ainsi seulement qu’on voit disparaître cette disposition, contradictoire avec toutes les lois de formation du squelette , d’os de l’épaule et du bassin placés en apparence sous les côtes.
devais examiner d’abord le névrosquelette pur, et abstraction faite du dermato squelette , qui s’unit étroitement avec lui sur un grand nombré de points. En isolant Énsi ces deux squelettes l’un de l’autre , il sera facile d’apercevoir une structure parfaitement harmonique avec celle de toutes les autres formés de squelette.
le Névrosquelette.
a. Squelette du tronc.
DCCI. Puisque la classe des Reptiles, envisagée d’une manière générale, a la signification de Gastrozoaires , la région ventrale doit nécessairement, dans l’ordre le plus élevé de la classe , exprimer ce caractère par sa prédominance sur toutes les autres régions du tronc. En effet, au premier coup d’oeil, quand on considère la largeur des côtes , qui ne se ferment point par des pièces sternales, et qui passent comme une voûte par dessus l’épaule et le bassin , le squelette du tronc de Ces animaux , dont le milieu est rempli par un foie volumineux , organe caractéristique de la région épigastrique , mais qui embrasse en même temps les poumons , l’intestin et les organes génitaux, ‘parait n être presque qu’une région èpigastrique ( pl. xxvn , fîg. xix ) , au-delà de laquelle saillent seulement un cou et une queue. Il est remarquable aussi que le nombre normal des vertèbres rachidiennes soudées ensemble paraisse être partout ici de dix ( fig. xix , 1 à 10 ) , c’est-à-dire le minimum connu pour ces vertèbres , et le même que dans les Grenouilles et Crapauds, dont le tronc n’était encore qu’un ventre sans cou ni queue.
DCCII. La colonne deutovertèbrale du rachis , partie la plus essentielle du squelette du tronc , doit nous occuper d’abord.
Les rapports numériques de ses vertèbres paraissent ne plus tant osciller. Presque tous les Chéloniens ont vingt-quatre vertèbres rachidiennes. Ils offrent en outre une queue , ou un membre terminal impair , dont la colonne reproduit ce même nombre , plus celui des vertèbres céphaliques , et comprend par conséquent trente vertèbres caudales. Ces dernières varient beaucoup plus que les rachidiennes; car , par exemple, il n’y en a que quinze dans la Chelone Mydas.
La division des vertèbres du tronc a lieu évidemment , et dans des rapports^très-réguliers , d’après les nombres 3 et 6. Ainsi on compte 6 vertèbres cervicales , 3 thoraciques , 6 épigastriques, 3 hypogastriques, et six pelviennes, dont 2 sacrées et 4 coccygiennes. De ces vertèbres , une thoracique , les six épigastriques et les trois hypogastriques se soudent ensemble et sont immobiles , répétant en quelque sorte de cette manière la colonqe rachidienne à dix segmens des Grenouilles. Et de même que les deux vertèbres sacrées, assez intimement unies l’une avec l’autre , s’adjoignent aux vertèbres hypogastriques, de même aussi les deux vertèbres thoraciques supérieures , qui sont mobiles l’une sur l’autre (1) , se rattachent par là aux vertèbres cervicales.
DCCIII. Ces vertèbres présentent plusieurs particularités fort remarquables , sous le rapport de leur formation.
A l’égard des vertèbres cervicales , c’est ici qu’on voit pour la première fois se prononcer d’une manière formelle le rapport entre la première et la seconde qui se développe ensuite complètement chez les Mammifères et chez l’homme. La tritovertèbre parallèle inférieure se développe faiblement comme partie intégrante de la seconde vertèbre cervicale , parce que l’organisation s’élève à un plus haut degré du côté dedatête , et qu’un grand développement de la tritovertèbre parallèle inférieure est incompatible avec celui de la deutovertèbre. En revanche , il apparaît des tritovertèbre s parallèles la-
(i) Aussi les comprend- on ordinairement parmi les vertèbres cervicales. V. à ce sujet îa note au § DCXLVI.
térales ( pi. XxVlï , fig. xxii, 1 b), à la vérité assez petites. Mais comme le corps de la seconde vertèbre cervicale {2 a) est encore très-développé , il résulte de là un vide soudain , que la nature ne souffre point , et qu’elle remplit par une intervertèbre ( 2* ) , développée seulement comme corps vertébral ou tritovertèbre parallèle inférieure. Cette formation correspond alors parfaitement à la vertèbre occipitale ( A ) , où les tritovertèbres parallèles latérales se sont également développées , bien qu’ encore tout auprès de l’inférieure.
Chez les animaux supérieurs , comme chez l’homme , la tritovertèbre parallèle inférieure disparaît entièrement à la première vertèbre cervicale et à la vertèbre occipitale.
La succession de ces formes et la manière dont l’idée de Fintervertèbre se répète seulement 'comme corps au tronc , tandis quelle n’apparaît que comme arceaux à la tête , sont assurément un des phénomènes les plus remarquables que puisse nous offrir l’histoire du squelette.
Bojanus a le premier appelé l’attention sur cette intervertèbre libre , qu’à la vérité il désigne seulement sous le nom d’os odontoïde (1).
Les autres vertèbres cervicales se rapprochent beaucoup de celles des Ophidiens. Si ces derniers nous ont offert pour la première fois la plus grande liberté possible du mouvement latéral des vertèbres , nous trouvons aussi pour la première fois , chez les Chéloniens , la plus grande liberté possible de la flexion antéro-postérieure du rachis en forme d’S : toute la portion cervicale de la colonne vertébrale se redresse , et par là elle abandonne entièrement la situation horizontale du rachis des Reptiles inférieurs.
DCCIY. Les tritovertèbres parallèles présentent aux dix vertèbres rachidiennes soudées , et surtout aux postérieures, une autre particularité , que je crois être unique dans la série entière des Céphalozoaires , et qui consiste , à proprement parler , dans une apparence d’inversion complète de la vertèbre.
Pour comprendre cette formation , il faut se rappeler que
(ï) Anal, teslud., fasc. I, pi ix, fig. 285 pi, xiv, fig. 5i, 3,
4go squelette des reptiles.
quatre tritovertèbres parallèles peuvent se développer sur une deutovertèbre , en haut , en bas , à droite et à gauche. En général , l’inférieure seule se développe à la vertèbre rachidienne , et elle y constitue ce qu’on nomme le corps. Ici la droite et la gauche apparaissent aussi à la première vertèbre cervicale ; mais l’inférieure , la droite et la gauche s’effacent aux vertèbres allongées du dos , où il ne se développe que la supérieure ( pl. xxvii, fig. xxm, c ) ; il résulte de làqu’ici les arcs sont au dessous des corps , et comme les arcs, qui toujours empiètent un peu sur les corps , se soudent entre eux , les points de sortie entre les vertèbres apparaissent sous la forme de trous ronds , clos tout autour ( fig. xxih ) , et le rachis entier semble réellement retourné , quand on le compare avec celui d’un autre animal. On conçoit, du reste , que les apophyses épineuses supérieures doivent manquer absolument, de même que les inférieures n’existent pas non plus quandles tritovertèbres parallèles inférieures ou les corps ordinaires de vertèbres sont très-développés.
La dernière vertèbre thoracique et la dernière hypogastrique sont les seules sur lesquelles on aperçoive des corps inférieurs.
Les sacrées , les coccygiennes et les caudales se comportent à peu près comme chez les Sauriens (1).
DCCV. Les arcs protovertébraux du tronc ne se présentent ici que sous trois formes , celle de côtes non fermées et sans pièces sternales ( fausses côtes ) , celle de ceintures d’os dé membre , et celle de rudimens costaux contractés qui enveloppent le prolongement de l’aorte.
DCCVI. Les côtes se développent à la dernière vertèbre thoracique, aux six épigastriques et aux trois hypogastriques. Il y en a donc , dans la règle , dix paires , que le dermatosquelette réunit en bouclier tergal ou carapace ( pl. xxvii , fig. xviii, 1 à 10). Pour les reconnaître comme côtes, il faut les examiner sur de jeunes sujets, où le dermatosquelette
(i) Les plaques osseuses qui couvrent les vertèbres tergales , et qui, en s’étendant latéralement sur les côtes , forment la carapace , appartiennent au dermatosquelette c’est pourquoi je n’en parle point ici.
SQUELETTE DES BEPTILES. 49 1
n’est point encore ossifié (1). Toutes ces côtés sont entièrement dépourvues de pièces sternales. Elles ne consistent qu’en pièce tergale supérieure et pièce tergale inférieure ( pl. xxvii , fig. xxi, 3, 4). Elles se bifurquent comme celles du Crocodile, de sorte qu’entre les pièces tergales supérieure et inférieure, on aperçoit une ouverture qui forme , le long du rachis entier, comme une sorte de canal vertébral accessoire , à droite et à gauche ( fig. xxi ,oo) , pour le nerf grand sympathique. La branche appartenant à la pièce tergale inférieure qui est unie au corps vertébral supérieur ( analogue du tubercule de la côte) se soude complètement avec le dermatosquelette ( fig. xxi, 3 ) ; l’inférieure , au contraire , est libre partout.
DCCYII. Les arcs protovertébraux destinés au développement de membres se partagent en ceinture scapulaire et ceinture pelvienne. Le type de leur segmentation est très-voisin de celui qu’on observe dans les Salamandres , surtout en ce que la ceinture scapulaire ne se ferme point par un sternum scapulaire.
La protovertèbre qui forme la ceinture scapulaire se divise, dans le sens de sa longueur , en trois parties , savoir : un os petit et simple (2) , qui tient au sternum thoracique médian , et qu’on doit considérer comme un rudiment de la portion tergale supérieure oblitérée de cette protovertèbre ( pl. xxvii , fig. Six, y); un os plus long , simple et cylindrique , qui se contitinue immédiatement avec la branche antérieure de la pièce sternale inférieure, et qui représente la pièce tergale inférieure et la pièce sternale supérieure , ou l’omoplate (fig. xix, p) ; enfin, la pièce sternale inférieure, ayant pour représentant un os divisé en deux ( à peu près comme dans les Grenouilles ), dont la portion antérieure correspond u la vraie clavicule (fig. xix, «'), et la postérieure à la fausse clavicule et à l’os coracoïde ( fig. xix, a ) (3).
DCCVIII. La ceinture pelvienne est plus exactement fermée
(1) Voy. mes Tabul. illustr., cah. II, pl. iv, fig. xnr, Boja.itus , Anal, testud., fasc. I, pl. m, fig. 8.
(2) Bojanus , loc. cic. , pl. vi , fig. 12 b , pl. xiv, fig. 53 b.
(3) La signification des deux clavicule^ comme telles ( ou comme pièce
/fQT, SQUElfcTTË DES TtEPTlLEST
par le bas que la précédente , mais également divisée en trois parties, dans le sens de sa longueur.
Celle de ces parties qui tient aux vertèbres sacrées se partage à son tour en deux pièces , l’une antérieure , l’autre postérieure ( pl. xxvi , fig. xix et fig. xxiv , 7i, y] ' ) , indiquant que la vertèbre sacrée résulte de deux protovertèbres soudées ensemble. Ces deux pièces doivent être considérées chacune comme pièce tergale supérieure , de même que le petit os intermédiaire qu’on voit à l’épaule.
La partie qui vient après ( analogue de l’omoplate ) est à la fois pièce tergale supérieure et pièce sternale inférieure, et toujours simple.
Enfin , la troisième se divise en deux pièces , antérieure et postérieure , à peu près égales en force et en largeur (fig. xix et fig. xxiv. S, 5) . Elle a la signification de pièce sternale inférieure divisée, et ses deux pièces sont , l’antérieure le pubis; la postérieure l’ischion , qui , ainsi que le pubis , se réunit avec celui du côté opposé , par le moyen d’une symphyse (1);
DCCIX. Les petits arcs entourant l’extrémité de l’aorte figu: rent les rudimens contractés de la protovertèbre , absolument comme chez les Sauriens , mais sous un moins grand nombre de vertèbres caudales , et même plus oblitérés.
DCCX. Maintenant, s’il pouvait exister déjà un sternum scapulaire chez les Salamandres et les Grenouilles , malgré l’absence totale du sternum costal , le vestige de cette tritovertèbre sternale ne saurait manquer non plus chez les Cheloniens , dont la protovertèbre des membres a pris un si grand
sternale inférieure) est si claire , et saute tellement aux yeux, pour peu qu’on contemple les os de l’épaule d’une Grenouille ou d’un Oiseau , elle devient même si évidente par la comparaison avec les os pelviens des Tortues elle»mêmes, qu’on conçoit à peine comment üojanus a pu prendre l’os coracoïde pour la clavicule dans son excellente Anatomie de la Tortue d’Europe.
(î) On aurait peine à trouver une autre formation qui fût plus apte à mettre sous les yeux la division légitime (pl. xxn , fig. xv) d’uné protovertèbre d’après le nombre six , que le bassin des Chéloniens , qui se segmente absolument selon le type pl. xxvir , fig. xxrv. — Voyez les os de l’épaule et du bassin d’une jeune Tortue dans mes Tabul. illustr cah. II, pl. iv, fig. xni,
développement. En effet , elle est indiquée de la manière que j’ai décrite à l’ôccasion du sternum scapulaire des Pipa et du sternum pelvien des Crocodiles , quoique son étroite union avec le dermatosquelette la masque un peu.
Le sternum scapulaire du Pipa (1) et le sternum pelvien du Crocodile (2) montraientles tritovertèbres étalées en larges plaques. La même chose a lieu pour ces deux sternum chez les Chéloniens. Tous deux ne sont que des branches osseuses plates et transversales , situées à la région scapulaire et pelvienne (pl. xxvii, fig. xx , x, xx ) , et leur distinction d’avec le dermatosquelette qui, en s’ossifiant , ne tarde pas à les fermer complètement tous deux , ne peut être reconnue que chez de très jeunes individus (3); car ils s’ossifient bien avant le dermatosquelette , qui plus tard produit le plastron de concert avec eux. Mais, comme, chez les autres Reptiles , et en général , le sternum scapulaire se développe davantage que le sternum pelvien, de même aussi le sternum scapulaire des Ghéloniens , même au milieu de son ossification avec le dermatosquelette , est plus reconnaissable que le pelvien , et lorsqu’on démonte le plastron de l’animal adulte , il forme une pièce impaire , terminée en pointe par lèbas (4), qui a exactement le type que nous retrouverons partout dans le sternum scapulaire des Oiseaux.
CCXI. Membres. Si l’on excepte le membre terminal impair de la colonne vertébrale caudale , le tronc des Chéloniens n’offre plus aucune trace d ç, membres impairs. Mais les membres pairs se trouvent partout, et à peu près au même degré de développement; ce qui , joint à la variabilité moins grande de la formation squelettique générale dans les divers genres de cet ordre, annonce qu’il occupe un rang supérieur à ceux des Ophidiens et des Sauriens.
DCCXII. Les modifications individuelles des membres thoraciques et abdominaux ayant peu d’importance sous le point
(i) Voyez pl. xxxii, fig. xtn.
(a) Voyez mes Tabulée illustrantes , cah. II, pl. iv, fig. nr.
(3 Voyez mes Tabul. illuslr., cah. II, pl. iv, fig. xvi l i
(4) Foy. Bo janüs , Anal, test., fasc. i?pl. iv? fig, n. LV.
de vue physiologique , je me bornerai à faire les remarques suivantes relativement au type de ces membres.
1° Dans tous les Chéloniens , ils se divisent régulièrement en article supérieur , article inférieur et article terminal.
2° Ordinairement aussi ces articles diminuent par degrés ; le supérieur est le plus long , et le terminal est le plus court.
3° Partout la division dans le sens de la largeur est parfaitement légitime , l’article supérieur est simple , l’inférieur est double (mais formé de deux parties inégales) , le terminal est quintuple ; au membrepelvien seul il est parfois divisé en quatre ( par exemple dans le genre Testudo ).
4° La forme diconique simple fait encore manifestement la base de chaque os de membre ou de chaque tritdvertèbre ; mais une circonstance déjà exprimée chez les Sauriens, et surtout chez les Crocodiles , celle de modifications diverses causées par l’introduction de courbures , notamment de doubles courbures , ou de flexions en deux directions différentes , devient extrêmement prononcée dans les Tortues. On pourrait même dire qu’elle y est portée à un point monstrueux , puisque les os des articles supérieurs ne sauraient être comparés qu’à des os humains distordus par l’effet du rachitisme, ce qui explique aussi la forte torsion des membres en dehors.
5° Les interarticles manquent , et la rotule seule est indiquée , d’après Bojanus (1).
6° A l’égard de l’article terminal , le type de nageoire n’est plus indiqué dans les Chéloniens que par l’adhérence des doigts.
7° On voit , au contraire , cesser partout la progression semblable à celle des nageoires qui avait régné jusqu’alors dans le nombre des vertèbres digitales , et nulle part on ne trouve dépassé le nombre légitime de ces vertèbres, qui est de trois ; loin de là même, un ou deux doigts n’en ont que deux seulement.
8° Les articles carpiens sont toujours forts , disposés légitimement sur deux rangs , et développés dans une progression assez régulière ; au membre pelvien , la première ran-
(i) toc, cit, , pl. vt , fig. su 29.
gée contient un ou deux os , et la seconde cinq ; au membre thoracique , la première rangée 'est de trois , plus rarement de cinq , et la seconde de quatre ou de sept.
b. Squelette de la tête.
DCCXIII. Colonne deutovertëbrale. D’après les détails dans lesquels je suis entré précédemment , c’est dans cette colonne que doit surtout s’exprimer la dignité de la formation entière de la tête , et si nous sommes fondés à considérer les Chéloniens comme les plus parfaits des Reptiles , les particularités de leur colonne vertébrale crânienne doivent en fournir la preuve. Le développement du cerveau ne donne point encore de conditions suffisantes pour justifier un rapport bien parfait des vertèbres crâniennes proprement dites ; maïs les trois grands organes sensoriels de la tête ont acquis un haut degré de perfection , et de là résulte un développement plus avancé des intervertèbres, notamment de la première, la vertèbre auditive , dans les cavités aériennes de laquelle se répète la respiration pelvienne du tronc, et qu’il serait à peine possible de trouver ailleurs aussi bien développée , eu égard à la fermeture. Or , c’est précisément la permanence des vessies allantoïdiennes des Tortues qui , en fondant une respiration pelvienne, justifie le placement des animaux de cet ordre comme représentai des Géphalo-gastrozoaires.
Du reste la colonne deutovertëbrale continue toujours à être horizontale , et les rapports particuliers des vertèbres ressemblent beaucoup à ceux qu’on observe chez les autres Reptiles.
Je ferai encore remarquer que la solidité de la colonne vertébrale crânienne correspond parfaitement ici à celle de la colonne vertébrale rachidienne.
DCCXIV. La vertèbre occipitale , munie d’un corps inférieur très-fort ( pi. xxx, fig. ix, i a ), n’a que des arcs médiocrement développés (i Z>) , dans lesquels on ne distingue pas bien encore la division en lames tectrices et basilaires , quoiqu’il se soit développé des tritovertèbres parallèles latérales (condyles latéraux, b b ), mais si rapprochées de l’inférieure, qu’elles constituent avec elle le condyle trifide , approprié à la forme
de la vertèbre cervicale supérieure ( § DCCIII , pl. xxvii , fig. Xxii). On trouve, ën outre, des tritovertèbres inférieures rayonnantes latéralement sous la forme d’apophyses transverses (pl. xxx , fig. xiv , id).
DCCXY. La vertèbre auditive occupe la plus grande partie de l’occiput. Elle est très-propre à nous donner l’idée de cette deutovertèbre , comme vertèbre complètement fermée , au moins en dessus.
On aperçoit d’abord ( pl. xxx , fig. xv , i b , 1 1* ) les grandes et fortes lames basilaires des portions postérieure et antérieure delà première intervertèbre, quine m’ont jamais offert leur pièce inférieure (la) et leur pièce supérieure (I b) séparées par des sutures. En bas , les lames basilaires restent séparées par le corps de la vertèbre occipitale.
A l’égard des lames tectrices (ie), elles se réunissent intimement avec la forte tritoverlèbre rayonnante supérieure ou épine (i f), et cette pièce épineuse, tout à-fait simple, couvre les arcs ib , ib* , comme on le voit surtout très-bien dans la Chelonia midas.
L’organe auditif lui-même est entouré par la vertèbre auditive, delà même manière que chez les Sauriens ; entre lui et ses arcs costaux se forme une ossification interne particulière de la caisse du tympan , sous l’apparence d’une columelle manifestement diconique (pl. xxx., fig. x vin , B). Au contraire les points intérieurs d’ossification du labyrinthe n’ont ici qu’une consistance amylacée.
DCGXYI. Invertébré centricipitale ne se distingue pas moins par son grand développement. Déjà donc ici , mais plus encore dans les classes supérieures et surtout chez l’homme , la grandeur de cette vertèbre représente sous le type osseux une période antérieure de formation où la masse cérébrale correspondante au centriciput était la plus volumineuse des trois, quoique plus tard la vertèbre centricipitale ne soit plus remplie uniquement par cette masse médiane , mais le soit en grande partie par l’antérieure, c’est-à-dire par les hémisphères.
La tritovertèbre inférieure est surtout très-développée (pl xxx, fig. xv, na). Les lames basilaires ( » b ) et les lames
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tectrices ( n c ) sont fortes aussi, quoiqu’elles enveloppent moins complètement le canal de la vertèbre (1).
DCCXVII. Les seconde eX troisième intervertèbres , de même qùe la seconde et la troisième vertèbre faciale, ne sont plus développées à l’état d’os ; cependant on les trouve en partie indiquées , ce qui s’applique surtout à la troisième intervertèbre et à la seconde faciale , dans les cartilages de la cavité nasale ; mais la présence seüle de leurs côtes, dont je parlerai plus loin , annonce qu’elles existent là en puissance.
La vertèbre sincipif ale elle-même n’est complètement développée que dans ses lames tectrices ( pl. xxx, fig.xv, ni c) ; les basilaires et le corps manquent , quoique , dans les Chéloniens de grande taille, la troncature de la surface articulaire du corps de la vertèbre centricipitale autorise à conclure qu’il existe au moins tendance à produire un corps de vertèbre pour le sinciput.
La première vertèbre faciale est plus complètement développée. Ses lamés tectrices (os du nez , pl. xxx,fig. xv, iv c), soudées aux lames basilaires ( iv b ) , s’adaptent exactement aux os frontaux. Son corps même est sensiblement prononcé (Vomer, iv«).
Les lames mitoyennes du canal des vertèbres faciales, en tant quelles existent, ne sont également que cartilagineuses.
DCCXVIÏI. Les arcs protovertèbraux ou côtes de la tête des Ghéloniens sont aussi remarquables par leur largeur et la solidité dé leurs connexions , qu’ils l’étaient , chez les Serpens, par leur forme élancée et leur mobilité, circonstance qui , parce quelle est une expression de synthèse , indique également le rang plus élevé auquel l’ordre se trouve placé.
Ici, comme presque partout, l’occiput manque d’arcs costaux , résultat d’un pur antagonisme avec la vertèbre céphalique antérieure , ou troisième faciale, qui n’ést ordinairement représentée que par des arcs protovertébraux, sans deutover-
(i) Le toit osseux qui, de la crête médiane, descend vers les deux parties latérales et les côtes, et qui forme une voûte au dessus de la fosse temporale, dans la Tortue françhe^surtout, sera examiné lorsque je parlerai du dermatosquelelte.
tèbrë ni IritovCrtèbré. Toutes les autres vertèbres céphaliques, à l’exception de la troisième intervertèbre, ont des côtes trèsfortes. Si la troisième intervertèbre (os lacrymal) n’en offre point ; c’est encore par un effet d’antagonisme, à cause du grand développement qu’ont acquis les arcs costaux de la vertèbre auditive (1).
DCCXIX. La pi. xxx , fig. xv , indique la forme et les dimensions proportionnelles des autres côtes , dont il me restera par conséquent peu de chose à dire.
Lés côtes centricipitale et sineipitale (ug , nig) sont unies en une seule pièce, solidement fixées aux vertèbres crâniennes, et très- écartées l’une de l’autre par le bas.
La première côte faciale ( os palatin, iv g ) est large. Dans le Chelonia,e\\e entoure le canal nasal, én s’appliquant par le bas au vômer. De même que les côtés crâniennes , elle s’écarte à plat en dehors.
La troisième côte faciale (intermâchoire, vig) est petite et réunie avec celle du côté opposé.
Quant aux intercôtes , la portion antérieure et la portion postérieure de la première sont très-distinctement développées. La postérieure entoure en manière d’arc l’ouverture tympanique par derrière (ig* ). L’antérieure, qui ne fait qu’une pièce , comme la précédente , entoure cette ouverturé sur le devant et par le haut , en même temps qu’elle s’étend vers la seconde intercôte (comme apophyse zygomatique du temporal , i g'" ) , et qu’ auparavant elle formé , de sâ pièce sternale supérieure (ig"), le condylé pour la mâchoire inférieure.
Comme les côtes auditives entourent la cavité auditivé , de même la seconde intercôte ( côte oculaire ) forme autour de l’orbite un arc complètement fermé et ordinairement large , qui se divise d’une maniéré bien évidente en pièce tergale (2g) ét pièce sternalé (2g/ ). La pièce tergale est très-large dans lé Chelonia (2) ; la sternale , Ordinairement Un peu plus petite , se fixe à la mâchoire supérieure.
(i) V. to'm. x, § 23 1 , pour la rectification de quelques passages de cè paragraphe et dii précédent.
(a) Ulrich la nomme os frontale latérale , tandis queBojanus la rapporte déjà très-justement au jugal.
Je ne puis décider si la troisième intercôte manque toujours, te canal lacrymal existe bien positivement , et, dans une Tortue , franche , j’aperçois au bord de la mâchoire supérieure , là où elle s’applique à l’ethmoïde , derrière le canal lacrymal , Une pièce assez distinctement séparée , qui ne peut être autre chose qu’un os lacrymal. Ulrich a très-bien démontré que l’os auquel Spix donné ce dernier nom est un os palatin.
DCCXX. Parmi lès membres céphaliques , les Chéioniens n ont , comme les Sauriens , que la paire antérieure des membres crâniens proprement dits , c’est-à-dire les deux arcs qui forment lamâchoire inférieure. On ne trouve chez eux aucune trace ni de membres crâniens postérieurs ou supérieurs (opercule ou conque de l’oreille) , ni de membres faciaux.
La mâchoire inférieure elle-même est très-manifestement composée, dans chaque moitié , de cinq pièces ( pl. xxx, frg. xv) (1), un article inférieur , interne et externe {$$" ) , un interarticle interne et externe ( ô , 7 ) , et un article terminal interne et externe (s , «); l’interne de ce dernier est soudé de la manière la plus intime avec celui du côté opposé.