‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 2)Chapitre 31 sur 129 · Boissons · texte numérisé non relu

Boissons

LXVIIÏ . La première circonstance , et la plus essentielle , qui annonce que la formation du système nerveux des Poissons est encore imparfaite , consiste dans l 'égalité et l'horizontalité du cerveau, et de la moelle épinière , ces deux parties principales de la masse nerveuse centrale.

Si l’on n’a égard qu’à la masse , la moelle épinière l’emporte encore de beaucoup sous ce rapport. En revanche, cependant, la balance penche un peu en faveur du cerveau , parce que sa structure est plus complexe. Il se trouve néanmoins quelques espèces ( Tetrodon mol a , par exemple) où la moeUe épinière et le cerveau sont véritablement presque égaux, la pre^ mière , dont la longueur ne dépasse pas celle du second , s’élevant jusqu’à produire de forts renflemens ganglionnaires au côté lumineux. Quelquefois aussi ces renflemens se montrent au voisinage du cerveau , sur une moelle épinière d’ ailleurs beaucoup plus longue , et alors (pl. xxi , fig. xvii , h... n) ils répètent le nombre des masses cérébrales, c’est-à-dirfi le nombre six. C’est le cas de la Trigla lyra, d’après Arsaky, Toujours aussi la cavité est encore développée dans la moelle épinière des Poissons ( à l’exception de celle des Cvciostomes , qui est rubanée.) , et le nombre de ses paires de nerfs varie presque dans chaquè genre , mais en général il est très considérable.

LX1X. L’infériorité du type du cerveau des Poissons s’exprime 1° par la petitesse extraordinaire du cerveau entier , en proportion du corps ; par la simple formation des trois masses cérébrales -, 3° par la prédominance de la niasse cérébrale moyenne (comme étant la primaire) (pl. xxi , fig. xvii , b) , sous le rapport du volume , de la cavernosité et de la structure, 4° par fa tendance à représenter le nombre six essentiel au cerveau , et qui n’a point encore été atteint par la seg-

mentation des trois masses cérébrales , en répétant celles-ci en avant du cerveau proprement dit , c’est-à-dire à l’origine du nerf olfactif (pl. xxi , fig. xvii , e, f, g) (1).

Voilà pourquoi , chez la plupart des Poissons , on trouve la masse cérébrale antérieure (à proprement parler la plus élevée de toutes en dignité ) petite encore et dépourvue de ventricule, souvent même tout-à-faït indivise (Torpille), ou divisée et réunie par une commissure simple (commissure antérieure) (comme chez tous les Poissons osseux), et n’offrant un plus grand volume , avec des ventricules , que chez les Poissons les plus supérieurs (par exemple les Squales).

De même, le développement de l’autre masse essentielle du cerveau, c’est-à-dire de la postérieure ou du cervelet, est encore fort arriéré ici. Dans les Cyclostomes , le cervelet ne consiste guère qu’en une simple commissure entre les deux bords du quatrième ventricule produit par le déploiement du canal de la moelle épinière. Dans les Poissons osseux, où la duplication des trois masses cérébrales tombe encore à la région de la masse antérieure ( comme chez les Anguilles ) , le cervelet n’est qu’un simple ganglion impair. Là , au contraire, où le cerveau est simple (par exemple dans les Cyprins), le cervelet a de la tendance à se séparer en plusieurs segmens. Les Poissons supérieurs (Squales) sont les seuls chez lesquels il s’élève à un plus haut degré de formation, par suite d’un plissement plusieurs fois répété.

La masse cérébrale moyenne , celle des tubercules quadrijumeaux , est en antagonisme avee le cerveau et le cervelet. Aussi la trouve-t-on grosse chez la plupart des Poissons , et toujours déployée en une belle formation. Il n’y a que les Poissons supérieurs ( Squales ) , chez lesquels elle se rapetisse beaucoup par rapport au cervelet et au cerveau ; mais elle conserve toujours des ventricules.

De tout cela il résulte donc qu’on peut assigner au cerveau des Poissons un cinquième caractère , qui atteste également son infériorité , et qui consiste en ce que sa conformation est extrêmement variée dans les diverses espèces.

(t) V; aussi le cerveau de la Muræna corrger et Arsaky , ïoc. rit., pl. î , fig- h

Enfin , le volume de la glande pituitaire ( troisième paire non développée des nerfs accessoires) et le non-dëvelôppement de la glande pinéale ( tenant à ce que le cerveau ne se partage pas encore au point qui exige la présence de cet organe comme point d’intersection) sont un sixième caractère essentiel de la formation cérébrale chez les Poissons.

LXX. Quant aux nerfs cérébraux, d’une part ils sont encore peu distincts les uns des autres , et d’une autre part ils sont moins subordonnés au cerveau, sous le rapport de la masse. Les nerfs de la masse cérébrale moyenne paraissent être ceux qui sont le plus uniformément développés : de cette masse naissent partout , au côté supérieur , le nerf optique et son accessoire , au côté inférieur , la troisième , la cinquième et la sixième paire. La seule septième paire, souvent non distincte encore, n’est même point développée, suivant Desmoulins. A la masse cérébrale postérieure , son nerf sensoriel le plus essentiel , l’auditif, n’est point encore aussi libre que l’exigerait sa signification dans les organismes supérieurs. A la vérité, d’après les recherches de Treviranus, Weber et Desmoulins , on ne doit point le considérer comme une simple branche du nerf maxillaire (trifacial ) ; mais il est bien distinct encore de son nerf accessoire (la paire vague ) , car des nerfs auditifs accessoires naissent souvent encore près de la paire vague , et Je nerf auditif lui-même paraît sinon confondu , du moins réuni par des branches nerveuses avec le nerf accessoire essentiel de la masse moyenne. A l’égard du nerf olfactif, j’ai déjà parlé de plusieurs paires de ganglions qu’on y observe dans quelques espèces , et qui le font apparaître comme une répétition de la moelle épinière , attendu que , quand cette disposition a lieu , il offre le même état de choses que celui qui arrive au commencement de la moelle épinière , par la répétition des ganglions cérébraux. Sa ressemblance avec cette dernière augmente encore lorsqu’il devient creux (comme dans les Squales), en admettant dans son intérieur un prolongement des ventricules du cerveau , qui ne sont euxmêmes qu’un résultat du déploiement de la cavité de la moelle épinière.

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