‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 2)Chapitre 49 sur 129 · TRONC · texte numérisé non relu

TRONC

DË hk CONSTtTCTioN GÉOMÉTRIQUE/

l68 APPLICATION DE LA CONSTRUCTION GÉOMÉTRIQUE.

CCXVTII. Je ne dois point omettre de rechercher quelle peut encore être en particulier l’influence du développement des membres sur la respiration.

La respiration est un conflit de l’organisme avec ce qui l’ entoure , et à cette occasion je ferai remarquer en passant que , précisément à cause de cela , c’est-à-dire parce qu’elle consiste en un conflit d’une individualité avec une totalité , elle doit animer spirituellement davantage l’individu , par le rapport quelle établit entre lui et un tout supérieur , mais en même temps contribuer à le détruire matériellement, tandis que l’inverse a lieu dans la digestion , où l’individualité jouissant pleinement de la vie réagit contre une autre individualité mise à mort , d’où il doit résulter pour elle vivification matérielle , mais en même temps dégradation spirituelle.

Mais , de ce que la respiration est un conflit avec une substance originairement et absolument extérieure , il s’ensuit que les organes respiratoires se forment primordialement à la surface extérieure de l’animal. Une grande activité de la fonction respiratoire ne peut donc s’exprimer que par le prolongement de la surface extérieure de l’animal dans le milieu ambiant , c’est-à-dire par la production d’appendices.

CCXIX. Les prolongemens qui partent de la surface extérieure de l’animal ont donc pour destination primordiale d’être des organes respiratoires, des branchies; et, ce point bien établi , nous sommes fondés à dire aussi que les prolongemens arrivés à un plus haut degré de développement qui émanent de la surface du corps , et qui , en tant qu’ils sont mobiles et articulés , reçoivent le nom de membres , doivent être considérés comme des branchies métamorphosées. L’élude des gradations par lesquelles les membres passent , dans la série unimale , en se développant , confirme pleinement cette proposition ; car nous voyons déjà chez les Mollusques (par exemple Clio , Cleo dora , etc.) les lames branchiales apparaître comme premiers membres locomoteurs pinniformes. La chose est plus évidente encore chez les animaux articulés, où les membres naissent des feuillets branchiaux , et où les plus par-

APPLrcATIOÎÏ DE LA COKSTatrCTION GioMÉTr.IQtrE; 169 faits d’entre eux , les ailes, ne se montrent à nous que comme des lames branchiales desséchées (1).

CCXX. Ceux d’entre les Céphalozoaires chez lesquels l’opposition des squelettes cutané, splanchnique et nervalse dessine , sont, par cela même, ceux des animaux chez lesquels les prolongémens du dermatosquelette conservent de la manière la plus complète la signification de branchies, et la plume, en sa qualité de plus parfait des prolongemens du squelette cutané, est une branchie complète , d’abord riche en vaisseaux, et qui plus tard se dessèche . Un fait fort remarquable , et parfaitement d’accord avec ce qui précède , c’est que , même dans le névrosquelette, ce sont les colonnes de deutovertèbres rayonnantes d’après le nombre six qui déterminent la formation des membres , mais que ces mêmes deutovertebres proviennent d’une répétition périphérique de la protovertèbre, c’est-à-dire (d’après lé § CXLYI) d’une multiplication partant de la surface extérieure de la sphère primaire.

CCXXL Tous les détails réunis dans lesquels je viensd’ entrer expliquent d’une manière satisfaisante pourquoi les 'membres se développent surtout, d’après une progression astreinte à des lois, dans les régions spécialement consacrées à la respiration /pourquoi ils acquièrent leur plus haut degré de développement au tronc , où toutes les fonctions végétatives et par conséquent aussi la respiration jouissent d’une plus grande énergie, pourquoi enfin ils sont plus petits, et en partie élevés au caractère d’organes sensoriels, à la tête, où la respiration , comme toutes les fonctions végétatives, est faible en elle-même,

(1) Veut-on avoir nn exemple Lien sensible de l'identité des ailes et des lames branchiales, il suffît de jeter les yeux sur la figure de la larve de l'Éphémère, dans Swaromerdam [Bibel der Natur, pl. xiv). Mais la preuve la plus péremptoire de cette proposition, qui jusqu’à présent n'avait été admise que d’une manière pour ainsi: dire rationnelle, est fournie par les larves des Libellules, chez lesquelles j’ai découvert le premier une véiitable circulation. Chez ces animaux , le sang circule à travers les branchies des ailes, absolument de même qu’à travers des branchies, tandis que, dans l’insecte parfait, l’aile parait entièrement desséchée et n’offre plus aucune trace de circulation.

170 Application de la construction géométrique. mais se montre ennoblie et en quelque sorte spiritualisée par ses rapports avec la fonction sensorielle (odorat et ouïe ).

ÇCXXII. Mais ce n’est pas assez que ces diverses considéralions fassent concevoir la nécessité de la formation des membres en général , elles rendent encore raison de leurs modifications particulières , sujet à l’égard duquel je n’examinerai ici qu’un point important , les autres devant être traités dans l’histoire spéciale du squelette. Le point dont il s’agit concerne :

dQ La différence des membres antérieurs et postérieurs du tronc , qui est déterminée par la respiration individuelle et génitale de ce dernier. En effet , si nous examinons les diversités que ces respirations du tronc offrent dans les différens animaux , nous trouvons que l’une d’elles , la respiration individuelle ou pectorale , est aérienne ou pulmonaire , et l’autre, la respiration génitale ou pelvienne, aqueuse ou branchiale. La première est essentielle pour l’état de l’individu parfait et arrivé à la vie indépendante ; la seconde l’est pour la période d’évolution , pour l’état fœtal. Cette différence doit exercer la plus grande influence sur les membres qui se développent à l’un et à l’autre point. Les deux sortes de membres doivent avoir en commun de commencer par être des lames branchiformes , des nageoires, quoique, par les progrès du développement , cette apparence pinniforme s’efface de plus en plus , et qu’en dedans du membre natatoire ( auquel on donne plus tard le nom de segment terminal), il s’en forme encore d’autres médians ( appelés segment supérieur et segment inférieur). Même dans l’embryon humain , les premiers germes des membres sont ainsi des lamelles pinniformes. Mais ces lamelles doivent être différentes , parce que les unes , les membres thoraciques , auront la tendance à se développer en organes d’un mouvement délicat, en organes de toucher, même en organes aériens proprement dits ( ailes ) , tandis que les autres , les membres pelviens , auront celle à se déployer en organes d’un mouvement grossier , purement locomotif , en membres terrestres , même en membres aquatiques proprement dits (nageoires ).

CCXXIII. 2° La différence entre les membres qui rayonnent en dessus ( vers la lumière ) et ceux qui rayonnent en dessous

application ï»e la construction géométrique; 17*

{ vers la terre ). On a vu précédemment que les colonnes vertébrales des membres rayonnent dans la direction de l’hexagone. Il peut donc se développer à la circonférence de la colonne protovertébrale six membres , savoir , un médian supérieur (pl. xx , fig. xv , G) , deux latéraux supérieurs (EE') , deux latéraux inférieurs (FF'), et un médian inférieur ( G').

Or , le côté de la lumière se montrant déjà supérieur à l’autre dans le développement du système nerveux , il devra y avoir, entre les membres tournés vers la lumière et les membres tournés vers la terre, un rapport comparable à celuiqui existe entre les membres de la tête et ceux du tronc (§ CGXIY), et entre les membres antérieurs et les membres postérieurs (§ CCXXII). Donc , lorsqu’il se développe simultanément des membres dirigés vers la lumière et des membres dirigés vers la terre , les premiers doivent l’emporter en dignité sur les seconds. Ainsi , dans les Insectes , les membres latéraux supérieurs deviennent des ailes , et les inférieurs des pattes. De même, dans la tête des Céphalozoaires , lés supérieurs deviennent parties intégrantes d’appareils sensoriels , par exemple cartilages de l’ oreille , et les inférieurs , membres locomoteurs , par exemple arcs de la mâchoire inférieure. Mais comme le tronc est plus particulièrement destiné aux organes végétatifs et au développement vers le côté terrestre , les membres dirigés vers la lumière s’y développeront aussi d’une manière moins constante qu’à la tête (1).

CGXXIV. Les preuves de toutes ces assertions doivent être renvoyées à l’examen spécial des formes particulières du squelette. Cependant je crois en avoir dit assez pour que le lecteur attentif puisse concevoir comment l’apparition réelle de certaines parties primaires du squelette est déterminée essentiellement par la disposition spéciale des parties molles de

(1) C’est donc une proposition fondée en philosophie , que la forme humaine elle-même s’ennoblit beaucoup par V apposition au tronc de membres dirigés vers la lumière , c’est-à-dire par celle d’ailes au côté tergal de la poitrine (pl. xxii , fig. xx), et la science démontre que les prévisions de l’art étaient parfaitement fondées lorsque, guidé par une sorte d’instinct prophétique , il accordait des ailes aux anges.

172 Application de ni construction géométrique.'’ ^organisme , tant de celles qui appartiennent à la vie animale que de celles qui entrent dans le domaine de la vie végétative. Or tel était précisément le but que je me proposais ici.

CGXXY. Nous avons appris à connaître trois circonstances qui exercent une influence essentielle sur la formation du squelette réel, la dignité des diverses partiesprimaires idéales du squelette , la, nécessité mathématique de telles ou telles d’entre ces parties , enfin le rapport qu’elles ont avec les parties molles en général et le système nerveux en particulier . En ayant égard à ces trois circonstances , nous pouvons déjà construire d’une manière assez complète le type d’un squelette normal qui s’accorde assez bien avec celui que la nature nous offre de la forme la plus parfaite du squelette. Mais il en reste encore une, qui ne doit pas jouer un rôle moins important que les pré' çédentes dans la réalisation d’une formation squelettique; c’est Celle de l’ antagonisme.

CCXXVI. J’ai déjà dit précédemment que , dans les formations naturelles , nous étions toujours conduits à la considération d’un plus et d’un moins , et que , par suite des oppositions qui régnent dans toute formation naturelle quelconque , le développement plus considérable d’un des membres d’une opposition entraînait toujours un développement plus faible de l’autre membre. Celte loi , . qu’on ne peut mieux désigner qu’en l’appelant loi de l’ antagonisme , exerce aussi l’influence la plus prononcée sur la production du squelette , dans lequel les parties qui sont en antagonisme les unes avec les autres s’expriment par un plus ou un moins de développement.

CCXXVII. Si l’on demande à quoi peut être reconnu , dans un squelette, le plus ou le moins de son développement, nous trouvons surtout les points suivans qu’il me paraît à propos de mettre en regard les uns des autres :

Le développement plus con- Le développement le plus sidérable d’une partie sque- faible (oblitération) d’une parlettique s’annonce par tie squelettique s’annonce par

1° Accroissement suivant une 1° Diminution suivant une ou plusieurs dimensions ; ou suivant toutes les dimen¬

sions (disparition ).

%° Division en parties diffé- 2° Non-apparition des divii

rentes , et par conséquent inul- sions qui lui appartiennent estiplication; sentiellement.

3° Développement plus par- 3° Développement plus imfait de sa structure intime ; parfait de sa structure intime.

4° Manifestation plus pure de 4° Manifestation plus gros-

rapports potentiels , numéri- sière de nombres arithmétiques et linéaires supérieurs ques simples et de lignes géodans sa forme extérieure. métriques simples dans sa forme extérieure.

5° Dignité plus élevée des 5° Grossièreté plus grande substances chimiques et des des substances et de leurs mocombinaisons de ces substances, des de combinaison, qui entrent dans sa composition.

GCXXVTII. Si maintenant no us voulons apprendre à connaître V effet qu’un tel antagonisme produit dans le squelette , nous avons d’abord à nous occuper de résoudre le problème suivant : quelles sont les oppositions les plus essentielles dans le squelette en général P . Yr;,; / ?

Mais nous trouvons bientôt que nous avons ici quatre sortes d’antagonismes à distinguer : 1° l’antagonisme de la dignité des diverses parties primaires considérées en elles-mêmes; 2° l’antagonisme du lieu qu’occupent les diverses parties primaires, du point où elles se développent dans la protovertèbre et à ses dépens ; 3° l’antagonisme des parties primaires , suivant qu’elles se développent dans telle ou telle région du corps entier de l’animal ; 4° l’antagonisme des diverses parties primaires, suivant qu’ elles se développent dans le dermatosquelette, le splanchnosquelette ou le névrosquelette.

CCXXIX. 1° Antagonisme de la dignité des diverses parties primaires.

Ici nous devons d’abord examiner l’antagonisme primordial qui a lieu entre les principales espèces de ces parties primaires en général , c’est-à-dire entre les vertèbres primaires , secondaires et tertiaires. Comme tout produit est nécessairement dans un certain antagonisme avec ce qui le donne , et comme, par suite de cet antagonisme primordial, la nature rattache fort souvent la mort de l’individu vivant à la génération d’une nouvelle individualité , la partie qui se développe d’une

autre est en antagonisme avec celle-ci , et son développement plus considérable entraînera l’oblitération de la partie primaire (1). ,

CCXXX. Par suite de cette loi , le degré de développement de la deutovertèbre est en antagonisme avec celui de la protovertèbre , et celui de la tritovertèbre avec celui de la deutovertèbre. ,

On trouve à chaque instant des applications de cette loi dans les diverses formes évolutives de l’ensemble du squelette osseux. Ainsi , jamais nous ne voyons le plus haut degré de développement des arcs proto vertébraux ( côtes ) coïncider avec un grand développement de la deutovertèbre ( par exemple tergale ). Jamais , quand les trito vertèbres se développent de la manière la plus complète , les deutovertèbres n’acquièrent un développement considérable, ce dont la preuve est fournie surtout par les membres , dont les colonnes osseuses, uniquement formées de tritovertèbres (corps vertébraux ) , dans le névrosquelette , excluent toute manifestation de deutovertèbres. Jamais non plus on ne rencontre une deutovertèbre bien développée (par exemple, comme vertèbre crânienne ) qui offre en même temps un grand développement de tritovertèbres ( par exemple , comme corps vertébraux ou apophyses vertébrales ).

CCXXXI. 2° Antagonisme entre les parties primaires , suivant le point où elles se développent dans la deutovertèbre , et à ses dépens.

Si nous contemplons l’image d’une protovertèbre complètement développée dans tous ses membres (pi. xxii, fig. xv), nous voyons que l’antagonisme le plus essentiel en elle est celui qui a lieu entre les côtés supérieur et inférieur, tergal et ventral , ou plus exactement lumineux et terrestre; car terre et univers , pesanteur et lumière , sont les deux circonstances qui exercent l’influence déterminante la plus puissante sur le développement, c’est-à-dire sur la segmentation de l’orga-

(i) Ainsi les cotylédons meurent lorsque la plante se développe, les corolles et les étamines périssent quand le fruit s’accroît, l’oeuf s’anéantit quand l’animal arrive à pouvoir vivre par lui-même,

nisme. Mais ce premier antagonisme , dans lequel chaque membre est déterminé par une chose differente , donne l’idée des deux côtés comme étant égaux ; car , droit et gauche , envisagés en ce sens , sont soumis à des influences parfaitement égales de la Terre et de l’ univers , et doivent par conséquent aussi se former d’une manière égale. En un mot , le premier antagonisme relatif h l’espace nous donne aussi la première symétrie.

ÇCXXXII. Or il résulte de là une loi dont nous trouvons l’application dans tout squelette complet , savoir : que , dans le développement d'une protovertèbre quelconque , toutes les parties qui se déploient avec la même signification et à la même région, sur la droite et sur la gauche, doivent être , d’après leur nature intime , paires , c’est-à-dire parallèles , tandis que toutes celles qui naissent de la protovertèbre , de manière à laisser apercevoir un antagonisme entre haut et bas , soit dans la direction verticale , soit dans la direction oblique , doivent également offrir V antagonisme d’un plus et d’un moins.

Ainsi , parmi les diverses parties primaires qui procèdent à’ une protovertèbre , un arc protovertébral droit est pareil au gauche , un deutovertébral droit au gauche , un membre droit au gauche , une apophyse transverse ou articulaire droite à la gauche correspondante. En outre , les diverses parties qui se développent latéralement les unes des autres doivent être, les unes avec les autres dans un certain rapport d’égalité , et le degré de développement des membres latéraux ou des apophyses latérales doit par conséquent être proportionné à celui des arcs protovertébraux ou deutovertébraux d’où ces membres ou ces apophyses procèdent (pi. xxii , fig. xv, B = B', p = p', <p = y , s = s' ).

GCXXXIII. Parmi les parties qui procèdent d’une protovertèbre , les suivantes se développent avec antagonisme , c’est-àdire qu’un plus grand développement de l’une entraîne un moindre développement de l’autre : les deutovertèbres supérieures et inférieures , les moitiés supérieures et inférieures de la protovertèbre et des arcs deutovertébraux, lestritovertèbr es supérieures et inférieures ,les membres et apophyses qui rayonnent vers le haut et vers le bas , les colonnes vertébrales rayonnantes

Ij6 APPLICATION DE LA CONSTRUCTION GÉOMÉTRIQUE. en général , et celles qui sont parallèlesà la protàvertèhre (pl . XXII , fig.XV, 2 : 3, z- : FF', 7 : «, G' : G, F' =E' : F, s' : y=zs' : 7 , et 2. 3 : F.E. )

CCXXXIY. On trouve à faire les applications les plus variées de cette loi , en parcourant les diverses formes particulières de squelettes.

Ainsi , par exemple , en ce qui concerne les antagonismes f elle explique pourquoi le développement des deutovertèbres parallèles , arrivé au point de produire un crâne , entraîne l’oblitération totale des deutovertèbres inférieures qui, idéalement , devraient leur appartenir ; pourquoi le développement considérable des deutovertèbres inférieures empêche celui des supérieures; pourquoi le développement simultané des deutovertèbres parallèles supérieures et inférieures rend impossible celui des deutovertèbres parallèles latérales ; pourquoi un grand développement des portions tergales des arcs protovertébraux ne permet aux portions sternales que de se développer faiblement , et vice versa pourquoi le développement considérable des membres et apophyses qui rayonnent vers la terre ( c’est-à-dire des tritovertèbres) entraîne l’oblitération ou l’absence des membres et des apophyses qui rayonnent vers le côté lumineux , et vice versa , etc.

A l’égard de la symétrie , c’est sur l’existence par paires des parties primaires dont j’ai fait l’énumération, que repose la conformation symétrique qui s’observe dans tous les squelettes parvenus à un haut degré de développement.

CGXXXY. 3° Antagonisme des parties primaires , suivant qu’elles se déploient dans telle ou telle région de l’organisme , et procèdent par conséquent de protovertèbres différentes.

Pour bien l’apprécier , il faut partir de la considération des antagonismes qui ont lieu entre les diverses régions de l’organisme entier.

Si l’on jette les yeux sur le tableau que j’ai donné plus haut (§ CXGIX )des principales segmentations du corps animal , on trouvera un premier antagonisme entre la tête elle tronc, dont la première renferme le foyer de l’activité animale , le cerveau , et l’autre le foyer de l’activité végétative , le cœur.

CCXXXYI. De ce premier antagonisme résulte, pour la ma-

nifestation du système osseux supérieur , la nécessité que les deutovertèbres , qui ont particulièrement rapport à la vie sensible , se développent davantage à la tête , où elles deviennent vertèbres crâniennes, tandis que les protovertèbres et les tritovertèbres , qui ont trait à la vie végétative , prennent plus de développement au tronc , où elles deviennent arcs costaux et membres. Il s’ensuit aussi qu’en général le développement du squelette de la tête est plus idéal que matériel ( dans l’espace ) , et celui du squelette du tronc plus matériel qu’idéal ; ainsi la tête est sphérique , et ses membres sont en partie soudés sous la forme d’arcs (mâchoires) , tandis que le tronc est cylindrique, avec des membres rayonnans libres ; la tête a en outre des membres plus délicats , qui rayonnent vers le côté lumineux (cartilages auriculaires, palpes), tandis que le tronc n’a que des membres rayonnans vers le côté terrestre , etc. Il s’ensuit encore qu’une légitimité plus rigoureuse est observée dans les rapports numériques de la tête , et qu’une imprécision plus grande règne dans ceux du tronc : ainsi , on trouve le même nombre de vertèbres céphaliques chez tous les Céphalozoaires , tandis que le nombre des vertèbres du tronc varie prodigieusement. Ce premier antagonisme entraîne encore , pour la formation du squelette , plusieurs autres conséquences , dont l’exposition doit être réservée à l’anatomie spéciale.

CCXXXVII. Nous apercevons un second antagonisme entre les points centraux et les deux points terminaux OU pôles de leur moitié de corps. On peutl’exprimer de la manière suivante :

Moitié de corps animale. Moitié de corps végétative.

TÊTE. TRONC

De cet antagonisme résulte la nécessité que le squelette acquière son plus grand développement au voisinage du milieu

ni. iri

tj8 application de LA construction géométrique. de chaque moitié du corps , qui est le centre vital de cette dernière , et qu’il aille en s’oblitérant vers les deux extrémités. Ainsi les parties primaires les plus essentielles du squelette de la tête , les de uto vertèbres , prendront leur plus par fait développement au voisinage de la glande pinéale , c’est-àdire aux masses cérébrales moyenne et antérieure , tandis qu’elles s’oblitéreront vers la face et vers le cou : de même, les parties primaires les plus essentielles du squelette du tronc , les protovertèbres, arriveront à leur plus haut degré de développement dans le voisinage du cœur , c’est-à-dire à la région thoracique , où elles produiront les arcs costaux, tandis qu’elles s’oblitéreront vers la tête et vers l’extrémité inférieure (lu tronc.

Mais les protovertèbres et les deutovertèbres ne sont pas seules soumises à cette loi : elle s’applique aussi aux tritovertèbres, et non moins aux colonnes vertébrales parallèles qu’aux rayonnantes ( membres ). Ces parties vont toujours en diminuant à partir du point où se trouve le foyer de leur vie, et de là vient aussi que les colonnes de dicônes se terminent par un os simplement conique , comme je l’ai déjà dit précédemment ( § CLI).

CCXXXVIII. Un troisième antagonisme a lieu entre les deux points terminaux ou pôles, non-seulement de X organisme entier ( a etb', dans le tableau précédent ), mais encore de chaqm moitié du corps ( a et b , a' et 7/ ).

Sous le premier point de vue, le développement du système nerveux nous a déjà présenté l’antagonisme entre les extrémités antérieure et postérieure de la masse centrale nerveuse, qui se sont converties entièrement la première en organes purement sensibles (nerfs du sentiment), la seconde en organes réactionnaires ( nerfs du mouvement ). De là un antagonisme correspondant dans le squelette parfait, celui qui se rapporte au système nerveux. La colonne deuto vertébrale qui correspond à la moelle épinière ( rachis et vertèbres céphaliques ) doit donc ne plus offrir à son extrémité antérieure aucune trace de tritovertèbres , qui correspondent au mouvement, et y dégénérer en cartilages nasaux , formés par des deutovertèbres pures et n’enveloppant que des organes sensibles *

AKPLIGÀTIÛN BE Là eOHSTÏUJCTIOsr GÉOMÉTBIQUE. Ï^Q

tandis que les ares deutovertébraux , correspondans aux parties sensibles , doivent disparaître à son extrémité postérieure ou inférieure , et celle-ci ne plus consister qu’en une série prolongée de tritovertèbres ( corps de vertèbres).

CGXXXIX. Sous le second point de vue( l’antagonisme de a et b et de a' et h'), cet antagonisme doit déjà être important et influer sur la formation du squelette , en ce que les pôles tournés l’un vers l’autre de la tête et du tronc ( b a ' ) ne peuvent manquer , précisément parce qu’il y a conflit organique entre eux, d’avoir plus d'importance que les deux autres pôles de la tête et du tronc {ah'), qui séparent l’individu du monde extérieur. Cet antagonisme s’exprime donc toujours de la manière la plus prononcée dans les squelettes supérieurs ; et , à cet effet , les parties essentielles du squelette céphalique sont plus développées du côté du tronc que vers l’extrémité antérieure de la tête , c’est-à-dire que le dévelop pement de la vertèbre occipitale est beaucoup plus parfait que celui de la vertèbre faciale antérieure, comme aussi le squelette du tronc est plus développé du côté de la tête que vers l’extrémité opposée ,1a vertèbre cervicale antérieure ayant acquis un développement bien plus complet que la dernière vertèbre caudale.

CCXL. Un quatrième antagonisme est celui qui existe entre les différentes formes de squelette. Celui-là est double à son tour ; car 1° deux formes de squelette ( le dermatosqueiette et le splanchnosquelette ) séparent l’organisme du monde extérieur; 2° une autre ( le névrosquelette ) sépare le système nerveux du reste du corps animal , de sorte qu’il doit y avoir, 4° antagonisme entre le dermatosquelette et le splanchnosquelette pris ensemble et le névrosquelette; 2° antagonisme entre le dermatosquelette et le splanchnosquelette.

CCXLI. Les conséquences de cette loi sont très-muîtipliées aussi dans les différentes formes de parties animales solides. Ainsi , par exemple , quand le dermatosquelette est trës-développé , jamais le splanchnosquelette ne parvient à un égal degré de développement. Il arrive bien moins encore que, quand le dermatosquelette s’est développé beaucoup, et le splanchnosquelette autant que le permet l’antagonisme entre eux ?

l8o APPLICATION DE LA CONSTRUCTION OÙOMÉTÏUQÙÈ.

un névrosquelelte puisse apparaître , tandis qu’au contraire le développement parfait d’un véritable névrosquelelte entraîne de toute nécessité un faible développement du dermatosquelelte et du splanchnosquelette , et souvent même ne permet à ces deux derniers d’apparaître que là où cesse le premier. Ainsi , par exemple , chez l’homme, les restes du dermatosquelelte des membres, c’est-à-dire les ongles , ne commencent à se manifester qu’à l’endroit où cessent les segmens terminaux des colonnes tritoverlébrales du névrosquelette, c’est-à-dire les os proprement dits.

CCXLII. Après avoir parcouru les divers antagonismes qui influent sur la formation du squelette , en tant qu’ils s’expriment par un plus ou un moins d’un ou d’autre côté, il reste à prendre en considération qu’au milieu de tous ces antagonismes on peut encore concevoir un terme moyen dans lequel les deux termes de l’opposition soient parfaitement égaux entre eux , où par exemple la tête et le tronc soient développés au même degré , où le dermatosquelelte et le splanchnosquelette, tous deux aussi pris ensemble, et le névrosquelette, se déploient également , de sorte qu’il y ait parité absolue entre les deux membres ou facteurs. En pareil cas, il arriverait que , dans la supposition d’une certaine quantité de force et de substance plastique suffisante pour produire le plus grand développement d’un des membres s’il y avait antagonisme, le développement de tous deux serait uniforme, c’està-dire qu’aucun des deux ne pourrait s’élever au-delà d’un certain état moyen.

CCXLIII. Nous trouvons déjà dans cette circonstance la cause au moins qui fait que, dans les animaux supérieurs, dont l’organisation doit se distinguer précisément par la perfection plus grande de leurs organes essentiels , ce développement égal de deux membres antagonistes l’un à l’autre ne peut jamais avoir lieu. Des lois d’un ordre plus élevé établissent d’une manière bien plus explicite encore l’impossibilité d’une formation parfaitement symétrique de deux membres du corps animal en général entre lesquels il y ait antagonisme. En effet, si nous considérons que la vie de la nature tient à l’inégalité des antagonismes contenus en elle, qu’un équilibre absolu de

Application de la construction géométrique. i8ï forces opposées devrait nécessairement avoir pour résultat un repos absolu , c’est-à-dire la mort , et qu’au contraire la prédominance tantôt de l’un, tantôt de l’autre facteur, est la source éternelle de toute diversité et de tout mouvement parmi les êtres naturels , on arrive, à conclure que, dans la formation aussi du squelette , une égalité absolue de toutes les parties antagonistes les unes aux , autres qui le constituent , est une chose absolument impossible. Or l’étude de toutes les formes individuelles de squelettes qu’on rencontre dans le règne animal ne nous offre pas un seul exemple de cette égalité absolue d’élémens antagonistes , et elle nous force , au contraire , de reconnaître qu’il y a toujours du plus ou du moins dans ces divers antagonismes.

GCXLIY. Ayant appris à connaître d’une part les élémens géométriquement construits des parties solides du corps animal, de l’autre les influences spéciales qui modifient leur configuration et qui deviennent cause que certaines parties primaires se réalisent, tandis que d’autres restent sans se développer, dans certaines individualités animales, il serait possible , à l’aide de ces élémens et au moyen de ces modifications , de trouver , par une construction pure , la forme, de squelette qui , correspondant de la manière la plus parfaite à toutes les exigences de la raison et de la légitimité , mériterait le nom de forme normale , de squelette normal. Je m’étais d’abord proposé de faire succéder aux considérations précédentes la construction de ce squelette normal. Mais , ayant réfléchi depuis que la réalisation la plus complète de la loi rationnelle dans l’organisation animale a lieu chez l’homme seulement, de sorte qu’on peut prévoir par avance que l'idée d’un squelette normal devrait se rapprocher du squelette humain autant qu’il est possible ici-bas à une formation naturelle de se rapprocher d’une loi purement rationnelle , j’ai renoncé à mon projet primitif , et j’ai jugé plus convenable de passer immédiatement à l’étude des formes réelles du squelette.

CCXLV. Je terminerai ici les considérations générales et préparatoires, pour passer à l’examen des différentes formes de squelette que la nature nous offre. Mon but va être

1° de poursuivre , d’après l’ordre précédemment tracé , le

182 application de la construction géométrique. développement d’une forme parfaite de squelette à travers la série des diverses classes du règne animal ;

2° de peindre à grands traits le squelette humain , pour faire voir qu’il est celui qui correspond le mieux à la légitimité , et en même temps pour montrer quels sont les points où la construction géométrique pourrait exiger que celte forme de squelette , la plus parfaite qui nous soit connue , fût plus ennoblie encore et exprimât une légitimité d’un rang plus élevé ; y

3° de faire connaître le développement individuel des formes supérieures de squelette, en prenant l’état embryonnaire pour pointdedépart,etde montrer le retour à des formes inférieures ou moins parfaites dans l’état pathologique.

S’il ressort de cette discussion que les différentes formes du squelette animal ne sont en réalité que des tendances à réaliser plus ou moins une loi dont toutes présentent le reflet , et que le squelette humain seul répond parfaitement aux exigences d’une légitimité supérieure , ce sera une preuve scientifique rigoureuse que je n’ai point erré dans ce que j’ai dit précédemment ( § 19, 20) à l’égard de la signification de l’organisation humaine.

CONSIDÉRATIONS spéciales sur lé squelette. iB3

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