CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE CE SQUELETTE
CCCLXIX. Dans la première partie de cet ouvrage , lorsqu’il a été question des circonstances qui déterminent certaines formes de squelette à se réaliser de telle ou telle autre manière dans certains animaux , j’ai déjà touché beaucoup de points qui expliquent le type et la segmentation des squelettes supérieurs. Cependant ceux qui caractérisent une formation squelettique d’ordre supérieur n’ont pu être traités qu’à titre d’exemples, et en quelque sorte par fragmens. Mon but ici est de les examiner en détail et d’une manière suivie.
Je commencerai par présenter l’ensemble des particularités de la formation du squelette dans les Cèphalozoaires en général.
1° De même que les espèces inférieures de squelette , le dermatosquelette et le splanchnosquelette, prédominent dans les classes inférieures , de même aussi les classes supérieures doivent être caractérisées par la prédominance et le développement essentiel du névrosquelette.
2° Le développement du névrosquelette ayant procuré un isolement plus complet des parties nerveuses essentielles dans l’intérieur de l’animal , celui-ci a moins besoin d’être isolé du monde extérieur , de sorte que le dermatosquelette s’oblitère d’autant plus que les portions principales du système nerveux s’enferment davantage. Yoilà pourquoi les animaux supérieurs nous l’offrent réduit presque au seul épiderme , par la formation duquel il avait commencé dans la série animale (1).
(i) Les classes Inférieures nous ont offert des passages du dermatosquelette au névrosquelette , comme efforts isolés pour arriver à une formation supérieure. C’est ce que nous avons vu, par exemple, dans le dermatosquelette de beaucoup de Crustacés et d’insectes. De même on rencontre aussi, dans les classes supérieures , des passages du névrosquelette au dermatosquelette ; mais ils sont alors l’indice d’un type inférieur.
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3° A mesure que le dermatosquelette s’efface devant les progrès toujours croissans du développement du névrosquelette , nous trouvons que , par antagonisme avec le squelette cutané , le splanchnosquelette est proportionnellement développé davantage dans les classes supérieures des Géphalcjzoaires.
4° La séparation entre le système nerveux et le reste de la substance animale étant une répétition de celle entre l’animal et le monde extérieur , cette dernière étant désignée par la protovertèbre , et la deutovertèbre étant une répétition de la protovertèbre , les deutovertèbres , en cette qualité de premières répétitions de la protovertèbre , et après elles les protovertèbres , doivent être aussi caractéristiques et aussi essentielles pour le névrosquelette que la protovertèbre pour le dermatosquelette (1).
5° L’animal supérieur étant toujours une unité , c’est-à-dire une réunion composée de plusieurs parties , et non pas un simple un y le squelette , qui caractérise sa formation en général, doit, de même que son système nerveux, avoir pour caractère d’être composé d’une pluralité de parties primaires, c’est-à-dire , en ce qui concerne le squelette , de colonnes vertébrales. Il s’ensuit aussi de là que , comme les deutovertèbres sont essentielles aux animaux supérieurs , les deutovertèbres parallèles, qui établissent l’unité d’une série de protovertèbres, doivent être précisément celles qui prédominent et qui sont essentielles (2).
(i) Ainsi, comme nous avons trouvé des squelettes de Corpozoaires qui ne consistaient, qu’en protovertèbres ( par exemple le corps d’une Scolopendre, d’une Chenille , etc.) , nous rencontrons des squelettes de Cépbalozoaires qui sont formés presque uniquement de deutovertèbres ( de vertèbres tergales et crâniennes) (par exemple le squelette de la Lamproie, delà Murène, etc.), quoique, dans ce dernier cas , il ne puisse pas manquer d’indices au moins des formations primordiales antécédentes ( c’est-à-dire de protovertèbres ).
(a) C’est pourquoi tous les Céphalozoaires sont essentiellement caractérisés par la colonne deutovertébrale parallèle du dos, et nous en trouvons, parmi eux ( par exemple les Lamproies ) , chez lesquels manque encore toute trace de colonnes deutovcrtébrales rayonnantes. On ne voit même jamais de
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6° Quant à ce qui concerne les tritovertèbres, comme , en arrivant à les produire , la nature est parvenue au plein et entier développement du troisième squelette , le névrosquelette , elles-mêmes , dans leur plein et entier développement, doivent apparaître d’abord sous la forme pure dé dicônes. Mais à l’égard de la diversité des colonnes tritovertébrales , ce que j’ai dit des protovertèbres s’applique également à elles. Celles qui, en qualité de tritovertèbres parallèles, c’est-à-dire de corps vertébraux , réunissent les colonnes deutovertébrales , prédominent toujours. Là même où la colonne deutovertébrale, j comme telle , ne s’est pas du tout développée , on trouve cependant la colonne tritovertébrale qui lui est parallèle, et celle-ci est d’autant plus prononcée que l’idée du mouvement s’est moins développée dans la colonne deutovertébrale , et que l’idée delà sensibilité y prédomine davantage (1).
7°. Le névrosquelette étant le plus élevé des trois en dignité, ! sa substance doit offrir le troisième degré des mélanges qui
colonnes dentovertébrales parfaites chez ceux des Céphalozoaires qui ont des colonnes vertébrales rayonnantes, c’est-à-dire des membres , tandis que les j Oozoaires nous ont offert des exemples ( par exemple les Astéries ) dans lesquels les colonnes dentovertébrales étaient purement et uniquement rayonnantes.
(1) Yoilà pourquoi les Céphalozoaires sont les premiers animaux chez lesquels on voie paraître des colonnes tritovertébrales diconiques , tant comme colonnes de corps vertébraux , que comme os solides de membres. Voilà pourquoi aussi les corps vertébraux sont ce qu’il y a de plus développé au rachis chez tous ces animaux , dans la classe desquels le rachis de certains Poissons et plus encore la colonne vertébrale caudale des Mammifères sont encore presque exclusivement formés de corps vertébraux. Voilà pourquoi les colonnes vertébrales rayonnantes ou les membres, qui , chez les Corpozoaires , se composaient entièrement de deutovertèbres , consistent uniquement en corps de vertèbres. Les tritovertèbres rayonnantes, où les apophyses vertébrales, ne se prolongent jamais en colonnes vertébrales, mais prennent tout au plus la forme de longues pointes. Plus , au contraire, le pur rapport aux parties sensibles , ou l’idée proprement dite du névrosquelette , prédomine dans la deutovertèbre , plus aussi l’on voit disparaître les tritovertèbres , tant parallèles que rayonnantes (corps vertébraux et apophyses vertébrales). C’est ce qui arrive au crâne , où souvent on ne trouve que les anneaux latéraux , formant des trous destinés à la sortie de nerfs ? comme rudimens dçs tritovertèbres latérales , apposées verticalement,
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entrent dans la composition des squelettes ; elle doit consister en albumine condensée, en cartilage , et se convertir en os par un dépôt de phosphate calcaire , opération pendant laquelle la structure se caractérise moins par des formes cristallines que par une configuration organique intérieure.
8? Le névrosquelette des Céphalozoaires doit également offrir , sous le point de vue de son origine et de son accroissement , le troisième et suprême degré delà formation squelettique. 11 doit naître par un dépôt régulier de parties terreuses dans l’intérieur du tissu de parties molles riches en vaisseaux; et, une fois produit , il ne doit pas cesser un seul instant de se mo difier et de continuer à se perfectionner .
9° Mais, comme c’est une loi pour toutes les séries de formations organiques , que le membre supérieur reçoive en lui et répète les membres inférieurs , il faut aussi , dans la formation générale des Céphalozoaires , où le névrosquelette arrive à son plus haut degré de développement , qu’à côté de ce dernier se reproduisent le dermatosquelette et le splanchnosquelette, de telle sorte cependant qu’à l’échelon le plus élevé, la proportion entre ces systèmes soit absolument inverse de celle qu’on trouve chez les Corpozoaires inférieurs, c’est-àdire que le dermatosquelette , qui dominait chez ces derniers animaux, s’oblitère, et que le splanchnosquelette , qui paraissait moins développé chez ces mêmes êtres , acquière la prépondérance sur lui. Du reste , ce qu’il y a d’essentiel dans le type , tant du splanchnosquelette que du dermatosquelette, doit nécessairement rester le même à ce haut degré de l’organisation, qu’il s’est montré aux degrés inférieurs ( § ccl ), c’està-dire que la protovertèbre doit être la formation prédominante dans tous deux, que , parmi les deutovertèbres et les tritovertèbres , les rayonnantes sont les seules qui puissent essentiellement se développer , que la substance de ces squelettes doit rester essentiellement corne et cartilage , et que même, soit dans leur origine, soit dans leur accroissement , ils doivent encore se rapprocher des degrés inférieurs de formation , notamment le dermatosquelette , où l’on doit retrouver la formation par coagulation de sucs exhalés , ainsi
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que par rejet et reproduction périodiques des parties une fois produites.
GGCLXX. Après ces considérations sur la structure des trois squelettes des Céphalozoaires , il est nécessaire que je donne un aperçu général du type du névrosquelette dans les quatre classes de ces animaux , ainsi que je l’ai fait pour le type primitif du système nerveux en général ( § li ). On remarquera par là combien est parfait le parallélisme existant entre le système nerveux et le névrosquelette. La seule circonstance à l’égard de laquelle nous le verrons fléchir, consiste en ce que , des divers degrés parcourus par le système nerveux , dans son développement progressif, les premiers ou les inférieurs se fixent davantage dans le névrosquelette que i les derniers ou supérieurs (1).
ARTICLE IL