FORMATION PRIMAIRE DU NÉVROSQUELETTE DES CÉPHALÔ- 20A1RES
GCCLXXI. Comme le système nerveux des Céphalozoaires est essentiellement caractérisé par la chaîne de ganglions située le long du dos , de même leur névrosquelette l’est également par une série ou colonne de deutovertèbres développées le long du dos, et en nombre égal à celui des ganglions. La seule
(i) Quelques exemples fixeront le sens (le cette remarque, dont la zootomie descriptive confirme si souvent la justesse. Les nerfs rachidiens , répétitions incomplètes et non closes au côté ventral des anneaux nerveux primaires, correspondent aux arcs protovertéhraux ou côtes; et cependant, sur certaines régions du corps des animaux supérieurs , ces côtes se joignent anssi complètement aux vertèbres pectorales, que les anneaux nerveux primaires des animaux inférieurs le font aux ganglions situés à la face ventrale. De même , dans le crâne des animaux supérieurs , les frontaux correspondent à la masse cérébrale antérieure, et les pariétaux à la masse cérébrale moyenne. Or, chez l’embryon humain , la masse cérébrale moyenne est la plus grosse de toutes , comme chez les Poissons ; tandis que , par les progrès du développement des hémisphères, elle devient la plus petite; cependant les pariétaux n’en demeurent pas moins plus grands que les frontaux, chez l’adulte, et de cette manière fixent en quelque sorte la conformation primordiale du cerveau.
BlÉVROSQUEL ETTE DES CÉPIlALOZOAJRES. 2^3
différence consiste en ce que les ganglions de la moelle épinière se réunissent de manière à ne constituer qu’un tout simple , tandis que la colonne vertébrale forme toujours un tout composé de vertèbres distinctes.
CCCLXXIL De même que la masse nerveuse centrale du dos se partage en cerveau et en moelle épinière par la prédominance , ou des ganglions , ou des cordons longitudinaux , de même aussi la colonne deutovertébrale du dos se partage en crâne et en rachis par la prédominance , ou de ses arcs , ou de ses tritovertèhres parallèles , c’est-à-dire de ses corps.
CCCLXXIII. Le crâne correspondant dans ses vertèbres aux masses ganglionnaires du cerveau , le rapport primaire de ces masses doit déterminer le nombre et le rapport primaires des vertèbres crâniennes.
Or nous avons trouvé trois masses cérébrales essentielles s’élevant à la manifestation du nombre six, qui appartient en idée à chacun des six principaux segmens du corps animal , tant par la répétition de cette triade en avant des trois masses cérébrales essentielles , que par une division intérieure de ces dernières elles-mêmes, dont la première se partage en trois , et la seconde en deux, tandis que la dernière reste simple.
La première de ces deux circonstances , ou la répétition du nombre trois des masses cérébrales , donnerait par conséquent trois vertèbres crâniennes essentielles ou principales • ( sincipitale , centricipitale et occipitale ) et trois vertèbres faciales (V. pl. xxvi, fig. i — vi). Les premières ne circonscrivent qu’un canal simple , comme les vertèbres rachidiennes , tandis que les secondes, qui correspondent à trois répétitions des masses cérébrales, aux doubles nerfs olfactifs, doivent contenir aussi un double canal.
La seconde circonstance, ou la division intérieure des masses cérébrales , entraînerait la division des trois vertèbres crâniennes essentielles , de manière que l’antérieure se partagerait en trois, et la médiane en deux , tandis que la postérieure resterait simple. Il résulterait donc de là , entre les trois vertèbres crâniennes essentielles, trois nouvelles vertèbres, que nous serions obligés d’appeler intervertèbres crâniennes , et m. 18
2^4 HÈVROSQTJELF-TTE DES CÉPHALOZOAlRES.
dans lesquelles se manifesterait en même temps un rapport essentiel avec les organes sensoriels situés entre ces vertèbres , l’ oreille , l’œil et l’organe olfactif.
^Xes deux considérations réunies fourniraient donc le tableau sui vant :
Vertébrés crâniennes
Vertèbres faciales Vertèbres principales et intervertèbrès
ante- me- posté- inter- vertè- interver- vertèbre inlerver- vertèbre rieure , diatte , rieüre vertèbre bre tèbre centri- tèbre occi-
anté- sinci- me'diane cipitale posté- pitale.
CCCLXXIV. Mais comme il est caractéristique, dans les classes supérieures d’animaux, que les trois masses cérébrales essentielles , avec leur division intérieure , se développent jusqu’ à devenir parties cérébrales dominantes , attendu q ue les trois paires de ganglions situées en avant du cerveau se retrouvent seulement chez les derniers d’entre les Céphalozoaires, de même aussi les vertèbres principales et les intervertèbres crâniennes seront toujours d’autant plus dominantes que l'animal aura acquis plus de développement intérieur. Cependant les trois vertèbres faciales, précisément parce qu’un degré inférieur de formation se trouve fixé en elles {voy. la note au § CCCLXX), ne disparaissent jamais entièrement , quoiqu’en général elles se développent plutôt comme parties intégrantes de protovertèbrës que comme deutovertèbres proprement dites.
CCCLXXV. Mais, d’un côté, les vertèbres principales et lés intervertèbres étant la partie essentielle et caractéristique dit crâne entier , en quelque sorte le crâne tout court, et, d’un autre côté , le crâne et le rachis constituant , comme le cerveau et la moelle épinière , ou comme la tête et le tronc , deux moitiés essentiellement égales ou symétriques , il résulte dé là une tendance à exprimer par des divisions en nombre pair cette égalité qui subsiste en idée. Chaque vertèbre crânienne a donc en elle une tendance à se diviser encore , et à le faire d’après les nombres générateurs primordiaux deux et trois.
MÉVROSQU ELETTE DES CÉPHALOZOÀIRES. 2^5
Cependant cette séparation ne se réalise point dans les vertèbres crâniennes essentielles. Elle ne se manifeste que dans les intervertèbres , et seulement même dans celles d’entre'ces dernières qui sont le plus développées.
CCCLXXVI. Le développement de toute partie organique ayant pour condition un antagonisme quelconque, celui des intervertèbres, au crâne, a aussi pour condition leur antagonisme avec les vertèbres crâniennes principales. Donc, plus ces dernières se développent , plus aussi les intervertèbres doivent s’oblitérer, et vice versa. Mais, parmi les trois masses cérébrales, l’antérieure, éîantla plus essentielle , est destinée à se développer plus que les autres ; la perfection de la formation crânienne doit donc s’exprimer aussi par le plus grand développement possible de la vertèbre sincipitale. Par conséquent, ïïntervertèbre appartenant au sinciput doit être celle qui reste le plus en arrière dans son développement , tandis que celle qui est située entre l’occiput et le centriciput peut se développer plus librement qu’aucune autre. Elle est donc aussi la seule qui se subdivise , et elle se partage en deux , avec des indices d’une division de chaque moitié en trois. La formation crânienne n’est donc parfaite que quand elle arrive à cette troisième puissance, c’est-à-dire quand nous voyons se réaliser la troisième manifestation du nombre six , comme dans le tableau suivant :
Série de nombres première ou fondamentale de la colonne vertébrale céphalique (1).
!vi V IV III II i
vertèbre vertèbre première vertèbre vertèbre vertèbre
faciale faciale vertèbre sincipitale centricipitale occipitale antérieure médiane faciale
Seconde série de nombres de la colonne vertébrale céphalique , ou base de la colonne vertébrale crânienne.
13 III 2 II I i .
intervertèbre vertèbre seconde vertèbre première vertèbre
antérieure sincipitale intervertèbre centricipitaleintervertèbre occipitale (vertèbre (vertèbre .(vertèbre
olfactive) optique.) auditive)
II), Pour plos.de clarté, j’ai conservé partout la désignation des vertèbres crâniennes proprement dites par les chiffres romains, et celle des intervertèbres par des chiffres arabes. Je compte aussi les vertèbres crâniennes.
N ÉVROSQTJ EMETTE DES CÉPHALOZOAIItES.
Troisième série de nombres delà colonne vertébrale céphalique, ou nombre fondamental de l’intervertèbre divisée;
Première intervertèbre 1" 1' segment antérieur de la première segment postérieur de la première intervertèbre intervertèbre
6^ 5"' ~~ lf' T'" ’ ?' ~ " 4T
CCCLXXVII. Après avoir étudié la division de la colonne vertébrale céphalique, qui est le résultat d’une nécessité intérieure , passons à la formation et à la division ultérieure des vertèbres crâniennes.
Quant au premier point, c’est-à-dire àleur formation, le développement de la deutovertèbre pure doit prédominer , précisément à cause de la nature sensible de cette portion du corps. Les tritovertèbres ne peuvent essentiellement s’y offrir que comme vertèbres parallèles unissantes, comme corps de vertèbres , et doivent même finir par s’oblitérer peu à peu. Des tritovertèbres rayonnantes sous forme d’apophyses ne se concilient point avec l’idée d’un développement pur de la tête , et quand on les rencontre ( constituant les crêtes des os du crâne , des cornes , des nageoires ou des épines crâniennes , etc. ) , elles annoncent toujours une tête à un degré inférieur de formation.
A l’égard de la proportion de développement entre les vertèbres crâniennes , pour trouver celle qui correspond au plus haut degré de développement , il faut chercher la masse eérébraie la plus développée. Mais celle qui porte le caractère le plus pur de masse cérébrale est l’antérieure ou la troisième, c’est-à-dire le cerveau proprement dit , dans lequel la formation ganglionnaire se déploie plus librement que partout ailleurs. C’est donc là aussi que doit se trouver le point vital pour le développement de la colonne vertébrale crânienne. Là vertèbre sincipitale est donc le foyer proprement dit delà for-
comme les masses cérébrales , à partir du- point d’intersection entre la tête et le tronc, attendu que là se trouve le point d’indifférence entre deux pô^eg opposés , ou deux moitiés dti corps.
JtÉVROSQEELETTE DES CÉPHÀEOZOAlRES. §77
mation crânienne. La supériorité de^son développement doit annoncer celle du crâne entier. A partir d’elle, les vertèbres crâniennes doivent , par l’ effet de l’antagonisme, aller en diminuant de développement vers les deux extrémités de la tête , et au nombre de quatre dans chaque direction. Du côté du rachis, elles deviennent semblables aux vertèbres rachidiennes, en se rapetissant et par l’effet du renforcement de leurs trito vertèbres. Vers l’ extrémité antérieure de la tête , elles éprouvent un rapetissement et un ramollissement ( cartilaginification), qui les convertissent en simples cavités sensorielles (voy. § CCXXXVIII ) , et la protovertèbre devient dominante.
CCCLXXVIII. Quant à-la division des vertèbres crâniennes, dans une deutovertèbre , de même que dans une protovertèbre (§ CLXXXI) , il peut se manifester huit parties ou arceaux, dont quatre forment chaque côté latéral de la vertèbre entière. Nous avons donné aux deux supérieures de ces parties latérales le nom de parties épineuses ou lames tectrices, et aux deux inférieures le nom de corps ou parties basilaires : comme les vertèbres crâniennes’n’ont ordinairement point de tendance à former des tritovertèbres rayonnantes, et que par conséquent la division d’après le nombre six y prédomine moins que celle d’après le nombre quatre , la bisection de chaque portion tectrice et de chaque portion basilaire, qui repose sur la division par six ou rayonnante , ne s’observe en général point dans les vertèbres crâniennes principales, où il ne reste par conséquent que les parties essentielles de toute vertèbre du crâne, savoir deux lames tectrices , l’une à droite, l’autre à gauche, et deux lames basilaires , également l’une à droite , l’autre à gauche , auxquelles peuvent se joindre encore des tritovertèbres parallèles ou des corps vertébraux, tantôt plus et tantôt moins développés. Les intervertèbres , et notamment la postérieure, qui , par les motifs précédemment exposés, se divise et se subdivise , sont les seules dans lesquelles on observe aussi la division en lames basilaires ou corps vertébraux inférieurs et supérieurs ( voy. § CGLXXXI ).
Mais les parties épineuses, ou mieux les lames tectrices d’une deutovertèbre correspondant principalement aux renflemens ganglionnaires du côté lumineux de la masse ner-
2^8 névrosqtjelette des céphAlozoàires.
veuse centrale , et cesrenflemens étant précisément ceux qui, d’après leur nature, prédominent dans le cerveau , il faut aussi que , dans toute vertèbre crânienne principale , le développement des lames tectrices l’emporte sur celui des lames basilaires.
Du reste , quand le canal vertébral devient double , comme dans les vertèbres faciales , on conçoit qu’une lame mitoyenne de séparation s’ajoute à ces diverses parties.
CCCLXXIX. Maintenant , après avoir ainsi retracé en général la formation des vertèbres crâniennes , il est nécessaire de la présenter dans ses détails , afin de pouvoir en disposer les parties sous la forme de tableau , et mettre en regard de chacune les dénominations que l’usage a consacrées pour elles. On pourra comparer avec ce tableau les figures des planches xxvi , xxvii , xxviii -, xxix et xxx ( surtout pl. xxix , fig. rii et v ) , et l’on remarquera que partout les trilovertèbres parallèles inférieures sont désignées par a , les lames basilaires ou portions de corps des deutovertèbres secondaires par b, et lés lames tectrices ou portions épineuses de ces mêmes vertèbres par c. Les divisions dans les portions tectrices et basilaires supérieures et inférieures le sont par a et p.
Colonne deutovertébrale de la tête , ou colonne vertébrale crânienne.
Dénominations primaires.