III
386 squelette des poissons.
crâne et à une tubérosité radiale , et deux terminaux , beaucoup plus volumineux , qui reçoivent souvent un nombre considérable de dents ( ih a s ) , et qu’on peut comparer à des rudimens de doigts. Dans la nature, ces six pièces ne sont pas toujours bien distinctes. Geoffroy Saint-Hilaire les a démontrées le premier dans le Bicliir, où chaque moitié de la mâchoire inférieure rappelle déjà, par sa forme, celle d’un avant-bras. Cependant on les trouve aussi séparées en grande partie dans le Brochet; elles le sont moins dans les, Cyprins , où le membre entier est en quelque sorte retiré snr lui-même et subordonné au membre du côté lumineux.
DXIII. %° Membres céphaliques antérieurs. Ils ne peuvent arriver à un développement complet , tant parce que toulesles parties de la tête sont peu développées, en. devant , où se termine la colonne vertébrale céphalique, que parce qu’il m'existe point ici de conduits nasaux , la région respiratoire antérieure manquant à la tête, tout aussi bien, que la région respiratoire, antérieure ou thoracique à la poitrine. Il n’en existe donc que des vestiges , qui même apparaissent moins sous la forme d’os que sous.celle de barbillons.mous. Cependant, comme s’il devait au moins s’en trouver une fois des traces réelles dans le squelette, nous voyons , dans le Silurus glanisf pl. xxix, fig. ni, y h), les petites et mobiles côtes faciales moyennes fournir aux barbillons mpus, des traces d’os, de membres, céphaliques antérieurs qu’avec un.peude soin on retrouvera probablement dans d’autres genres encore.
DXIV, Avant d’abandonner le névrosquelette des . Poissons osseux , dont nous venons de passer en revue les formes primaires légitimes , il nous reste encore à parler d’une forme qui mérité une attention spéciale , parce qu’elle est unique en son genre parmi les Çéphalozoaires. C’est la conformation non symétrique de certaines parties du squelette , notamment delà tête , qui a lieu chez les Pleuroneçtes.
Quant à ce qui concerne d’abord la signification d’une conformation qui semble être contradictoire avec toute idée de légitimité dans le névrosquelette , nous devons nous reporter par la pensée à ce qui caractérise le développement de ce dernier chez les Poissons osseux en général. Or , nous avons
trouve ( § CCCCLVI, en note) qu’une particularité essentielle était la division du corps en moitiés droite et gauche , par la prédominance de la dimension en hauteur. Mais cette division ^poussée à l’extrême , né peut manquer de modifier le type d’une espèce au point que les individus deviennent complètement unilatéraux , qu’il ne se développe que le côté gauche dans certaines èspècês, OU le côte droit dans certaines autres, de sorte qu’à proprément parler , et en idée , un individu ainsi dextre ou sénestre serait un animal parfaitement symétrique (ï).
DX\r. Maintenant la nature s’v prend d’une manière extrêmement remarquable pour exprimer l’idée de cette unilatéralité , sans porter atteinte à celle de la symétrie , expression d’une légitimité nécessairement inhérente à toute formation animale supérieure. Commè dans une foulé d’autres circonstances , c’est à l’aide dès moyens les plus simples qu’elle produit ici lès plus grands résultats. La cause proprement dite de tout ce développement dextre OU sénestre dans la formation du corps , est Une petite torsion vers là droite ou vers la gauche que la massé cérébrale Subit autour de son axe longitudinal. La symétrie de là moelle épinière et du cervean n!èn demeure pas moiris mfàcte ; seulement ceUx des ganglions cérébraux que cette torsion amène davantage vers le côté lumineux, deviennent un peu plus gros.
Du reste, la masse cérébrale moyenne ( masse optique ) étant la plus forte dans les Doissons osseux , comme dans les autres ammatix de cette classé , c’est On elle aussi que le déplacement se pronOricé davantage , et le résultat en est que ses nerfs se tournent un peu plus vers fe côté opposé, que par conséquent les deux yeux sé trouvent reportés à gauche, quand le cerveau se tourne un peu à droite , et vice versa.
Mais, de même que la nature peut arriver à produire cette unilatéralité en conservant la symétrie essentielle de la structure intime du système nerveux, de même aussi, sans altérer
(i) On peut dire, sous ce rapport, que la conformation des Plenron'/rfes est tout aussi caractéristique pour les Poissons munis de membres cépûali- ■ ques essentiels , que la formation du Tetrodon mola (§ CCCCLX ~) était significative 'à l’égard du rapport entre la tête et le tronc.'
338 SQUELETTE DES EOÏSSOKS.
la symétrie essentielle du névrosquelette , elle parvient à déterminer extérieurement une très-grande dissemblance entre ses deux côtés. La première vertèbre crânienne (i), la première intervertèbre (1) et la seconde vertèbre crânienne (n) conservent leur type ordinaire ( pl. xxix , fi g. v ). Mais la seconde intervertèbre , qui est toujours relative à l’œil , n’a pu se développer que d’un seul côté, et son arc costal (2g) ne s’est développé non plus que d’un côté , mais doublement , pour former la cloison entre l’orbite supérieure et l’orbite inférieure. La troisième vertèbre crânienne ( m) est comme à l’ordinaire; seulement le frontal du côté oculaire doit s’oblitérer un peu. La troisième intervertèbre (B) est parfaitement symétrique , avec des cornets olfactifs pairs, distribués à droite et à gauche ; cependant celui qui appartient au côté visuel amplifié est plus grand, comme aussi le nerf olfactif de ce côté est plus gros. Les quatrième (iv) , cinquième (v) et sixième (vi) vertèbres céphaliques se comportent absolument comme de coutume.
Ainsi , malgré la gravité apparente de cette déformation , il n’y a que les deux intervertèbres correspondantes aux nerfs optiques et olfactifs qui aient cessé d’être symétriques.
Au tronc, il n’y a non plus que les arcs protovertébraux du côté lumineux qui soient un peu plus voûtés , et les deutovertèbres sont parfaitement symétriques.
DXYI. Quiconque aura suivi pas à pas ces recherches sur le névrosquelette des Poissons osseux , se sera convaincu que les nombres et les formes de ce squelette sont assujettis primordialement à une légitimité parfaite , et que ces diverses parties renferment des élémens à l’aide desquels la nature produit les formes souvent les plus monstrueuses, soit en les étendant et multipliant à l’infini , soit en les contractant et les simplifiant.
Bi Sl'LANCHNOSQUELEXTE.
DXVII. Si l’on excepte le mince épithélion de l’intestin, qu’on ne peut même isoler qu’au voisinage de la tête , les Poissons osseux n’offrent point non plus ; dans leur tronc, de splanchnosquelette qui soit distinct du névrosquelette. On rencontre même parmi eux quelques espèces, étrangères néanmoins à cel-
SQUELETTE t>ËS POISSONS. SBq
les dont le squelette proprement dit offre les proportions les plus simples et les plus légitimes, qui présentent une disposition déjà fréquente chez les Poissons apodes, c’est-à-dire dontle névrosquelette du tronc prend lui-même , sur certains points , l’apparence du splanchnosquelette. C’est ce qu’on voit aux apophyses transverses des vertèbres thoraciques des Cobiles (1) , qui, se renflant en sphères creuses , entourent la vessie natatoire, comme les rudimens de côtes rentrés en dedans des Apodes circonscrivent le cœur , et par cette disposition rappellent déjà parfaitement le splanchnosquelette dont les voies aériennes sont enveloppées chez les animaux supérieurs.
DXVIII. Un splanchnosquelette dur est bien plus formellement développé dans la tête, ou dans la moitié animale du corps; il l’est même à tel point , qu’on aurait peine à trouver d’autres animaux ou la colonne protovertébrale de ce squelette ait acquis un plus haut degré de perfection. Les Poissons réguliers à d’autres égards , comme par exemple les Cyprins , sont aussi ceux qui conviennent le mieux pour apprendre à connaître la strùcture légitime et primaire du spîanchnosquelette céphalique. Celui-ci doit se composer, ici comme partout, d’arcs proto vertébraux et de vestiges de membres ray onnans en dedans et en dehors. Il est toujours placé entre le névrosquelette et l’épithélion interne qui tapisse le commencement du canal alimentaire.
DXIX. Les anneaux protovertèbraux OU splanchnocotes correspondent partout exactement en nombre aux vertèbres essentielles de la tête , c’esLà dire qu’il n’y en a que six (pi. xxix, fig. iii). Il n’est pas moins général qu’ils se partagent en protovertèbres appartenant aux voies digestives et protovertèbres appartenant aux voies respiratoires , puisque les voies digestives et aériennes , comme étant celles par lesquelles s’effectue la pénétration dans l’intérieur des élémens du dehors, sont les conditions déterminantes de l’apparition du splanchnosquelette , et qu’ici ces deux voies se confondent encore presque ensemble , la respiration s’accomplissant dans le pharynx lui-même (parles ouvertures des branchies).
(i) Voy. Weber , De aure et auditu, p!. vi, fig. xeviii.
Les protovertèbres qui appartiennent entièrement à la respiration (les arcs branchiaux) outrepassent déjà ici, dans la proportion de % 1 1 , celles qui se rapportent à 1’ingcStion des alimens (branches de l’hyoïde et mâchoires pharyngiennes). Cependant , comme la voie respiratoire est encore entièrement ouverte dans la voie alimentaire , les côtes digestives englobent encore les côtes respiratoires , et l’ordre est partout le suivant côte digestive, (branches de l’hyoïde) (pl. Xxix, fig. ni, vi, 7), quatre côtes respiratoires (ares branchiaux , vy, iv y, m y , 117), côte digestive ( mâchoires pharyngiennes ,17).
Il nous faut examiner ces arcs en particulier; mais auparavant je dois faire remarquer que , d’après des motifs qui ont été discutés, précédemment , la division primaire pour tous les arcs costaux doit s’effectuer d’après le nombre quatre.
BXX. Première splanchnocôte (mâchoires pharyngiennes , os pharyngiens ). C’est celle de toutes qui a pris le moins de développement. Dans aucun genre que |e, connaisse, - elle n’offre de divisions, intérieures. Mais, chez les. Cyprins,, elle l’emporte sur les autres splanchnocôtes , quant à la force delà substance osseuse (pl. xxix , fig. 111 , 1 rt\-
DXXI. Seconde , troisième, quatrième et cinquième sglanck? nocotes. Elles sont partout moins grossières , la plupart du temps formées de la substance cartilagineuse qui appartient en propre au splanchnosquelette , e,t régulièrement divisées d’après le nombre quatre , de sorte qu’on peut y distinguer des parties sternales inférieures (pl. xxix, fig. ni -, 000), qui sont les plus petites dans les. Poissons réguliers ; des parties sternales supérieures (0?); des parties lergales inférieur es (o), et des parties tergales supérieures (o')., auxquelles il arrive quelquefois de se souder plusieurs ensemble (1).
DXXII. Sixième splanchnocôte {cornes de l’hyoïde). Çes arcs costaux s’ossifient partout davantage que les arcs bran-
(1) "Oken a déjà très-bien éclairci la structure des ares branchiaux et de l’hyoïde ( lus, 1819 , cah. IX, p. i53i, pl. xvnr ,fig. xiv et xv), Il a remarqué aussi lent- métamorphose en larynx et.en parties de la trachée-artère, chez les animaux supérieurs, dont il sera parlé plus tard , et que reconnaissent également Bojanus, Spix et Geoffroy Saint-Hilaire.
SQUELETTE DES POISSONS. 3g I
çhiaux , et ne se divisent pas moins régulièrement en quatre , quoique les quatre parties n’arrivent point dans tous lès génrës à se manifester réellement. On y distingue donc, 1° une partie tergale supérieure (pl. xxix , fig. iv, fff* ) , qui, dans la Carpe , paraît être confondue en une seule pièce avec la suivante ; %° une partie tergale inférieure ( fff '), qui est ordinairement beaucoup plus large et plus forte; 3° une partie sternale supérieure {ff)i qui devient communément plus longue encore, mais cependant se rétrécit quelquefois Un peu ; 4° une partie sternale inférieure [fi,f 2) , qui est ordinairement la plus courte , et presque partout divisée èn deux pièces , l’ufiè postérieure , l’autre antérieure (1).
DXXIII. Gomme une formation un peu complète de colonnes protovertébrales sollicite toujours la manifestation de deutover-tèbres ou de tri lover tèbr es parallèles / par lesquelles seules tes anneaux protovertébraux peuvent être réunis en une colonne protovertébrale , il se développe aussi , à la série dés pFOtovertèbres de ce splanchnosquelette , des corps vertébraux
(i) Les pa ïties tergales ,sup'éri eu re et inférieure ,' que nous rencontrons âussi dans lés classes supérieures , comblé ehez les Poissons réguliers, constituant' un os à part ( l’apophyse slyloïdey le stylhyal' dë Geoffroy Sâi’rit- Hilaire ne sont considérées , par Geoffroy, , comme anàlogue.dètfds sî jrloïde^ ;chez, les. Poissons , qn’autant que. la supérieure- se troHve^Ubrefqijïàjïtf à la partie tergale inférieure et à la partie sternale supérieure, il voit, en . elles , par un rapprochement forcé et contraire à la nature , des parties latérales du sternum , appelées par lui hyosternal et hyp'osternal , ce qui entraînerait que l’apophysè styloïde'de l’os hyoïde dut s’insérer aux parties latérales dti sterhiim. Hr regarde aussi les Taÿons brariebibstéges qui' s'insèrent là, et dont1 je parletai bifentôt, comme des rudiinëns de côtes thoraciques, tés’ deux portions situées Vune à coté de l’autre de la partie sternale inférieure sdn't' ensuite comparées par lui aux deux pièces des cornes hyoïdiennes situées Yune derrière l’autre , et appelées apohyal el stylhyal. 11 suffit dé jeter un coup d’œil sur les figures que Geoffroy Saint-Hilaire. a données lui-même, pour sé convaincre que ce qu’il nomme apohyal, dans l’hyoïde (les Oiseaux et des Mammifères, n’est antre chose que la partie sternale inférieure de la sixièrne splanchnocôte ou de la grande corne hyoïdienne des Poissons, que son céràtohÿal est' là partie sternale supérieure, et que le stylhyal est là réunion des parties tergales supérieure >t inférieure (déjà soudées dans la Carpe) de l’hyoïde dés Poissons.
parallèles , à l’aide desquels ces splanchnocôtes sont réunies ensemble , comme les côtes thoraciques le sont avec le rachis et le sternum. Mais , par antagonisme avec le névrosquelette, où les formations de vertèbres parallèles essentielles ont toujours lieu au côté tergal , ces corps vertébraux sont essentiellement situés ici au côté ventral. L’inverse avait lieu dans
le squelette de l’Écrevisse , où les arcs du splanchnosquelette se forment au côté tergal , parce que les arcs fermés du néyrosquelette étaient placés au côté ventral.
Les six arcs costaux demanderaient , à proprement parler, six corps vertébraux ou sixtritovertèbres parallèles ; mais des anomalies régnent à cet égard , tantôt parce qu’il arrive quel* quefois que plusieurs des parties exigées restent rudimentaires, ou même ne se développent pas, surtout du côté du tronc,
où les splanchnocôtes deviennent plus complètes, tantôt parce que la colonne de corps vertébraux se prolonge autant audelà de la colonne protovertébrale , que la colonne vertébrale caudale le fait au-delà des anneaux costaux , mais toujours
aussi par antagonisme avec le névrosquelette , de sorte que ce prolongement en avant apparaît comme membre terminal impair antérieur (os hyoïde) , de même que le prolongement du rachis en arrière apparaît comme membre terminal impair postérieur ( vertèbres caudales ) (pl. xxix, fig.vi, DXXIV. De cette colonne de corps vertébraux , la nature offre ordinairement trois ou quatre faisant office de corps vertébraux sternaux des trois splanchnocôtes antérieures, et un autre , quelquefois avec le vestige d’un second, représentant un membre terminal impair (os lingual). Dans les Cyprins, il y a trois vertèbres sternales, un corps vertébral figurant le membre terminal , et le rudiment cartilagineux d’un second. Les choses sont à peu près dans le même état chez YEsoce , où le corps vertébral terminal est plus faible, mais où Ton aperçoit , en revanche , le vestige d’un quatrième corps vertébral sternal. Geoffroy Saint Hilaire a représenté cés pièces d’après plusieurs autres genres, en leur donnant des noms bizarrement composés (1). Ainsi , il appelle la vertèbre
(ï) Anat. philos. T. I, pi. ni, fig.
, xxvtv , xxxï.
SQUELETTE DES POISSONS. 3f)3
terminale glossohyal , la vertèbre sternale antérieure basihyal , la médiane entohyal, et la postérieure ùrohyal.
DXXV. Le splanchnosquelette n’olïre en général pas plus que le dermatosquelette de deutovertèbres, qui, en leur qualité de formations supérieures , se rapportent toujours essentiellement au névrosquelette. Tout au plus en voit-on paraître de faibles indices.
Une formation qu’on rencontre précisément Chez les Poissons les plus réguliers , doit cependant paraître remarquable , comme indice de ce genre, attendu quelle fait de nouveau ressortir l’antagonisme pur qui a lieu entre le névrosquelette et le splanchnosquelette. En elfet , il existe , chez les Cyprins, au corps vertébral sternal médian de ce dernier , deux arcs deütovertébraux dirigés de haut en bas, c’est-à-dire à l’opposite des arcs deütovertébraux du névrosquelette , qui se portent de bas en haut au dessus dès côtes du névrosquelette , et ces ares vertébraux (pl. xxix, fig. iiï, b m) embrassent l’artère branchiale , ainsi que le commencement de l’artère principale du corps (comme les arcs des vertèbres rachidiennes du névrosquelette enveloppent la moelle épinière), de sorte qu’ils sont jusqu’à un certain point analogues aux arcs protoverté- ;braux oblitérés du névrosquelette qui entourent l’aorte aux vertèbres caudale et occipitale.
. DXXVI. Rayonnemens des splanchnocotes , OU indices de membres du splanchnosquelette céphalique. Dans la règle , le splanchnosquelette ne dirige ses rayonnemens qu’en dedans, c’est-à-dire vers la surface libre tournée du côté des ëlémens qui pénètrent dans le corps , et les Considérations générales nous ont appris déjà que les dents ont la signification primaire d’épines ainsi dirigées vers l’intérieur.
Mais le splanchnosquelette de ces têtes de Poissons, en tant que, comme le dermatosquelette dans beaucoup de genres, il ne se sépare point encore complètement du névrosquelette (ce qui explique son ossification plus considérable), se trouve libre aussi du côté externe dans une partie de son étendue , c’est-à-dire dans ses cinq arcs costaux antérieurs , et par cela même susceptible de produire des rayonnemens dirigés vers 'l'extérieur. Mais la forme primaire de tout rayonnement en dehors des
anneaux protovertébraux , est , d’après les motifs qui ont été développés plus haut, celle de la franchie ; c’est ainsi, en effet, qu’ils se présentent à nous comme rayons branchiaux, et en pluralité indéfinie , presque au pourtour entier de l’arc protovertébral , ou sous la forme de rayons ossifiés mobiles , dans lesquels on ne saurait méconnaître une métamorphose de rayons branchiaux. Ils nous fournissent donc une nouvelle et palpable preuve de la parfaite légitimité des formations squelettiques.
DXXVII. Quant à la formation des dents, comme rayonnemens dirigés en dedans du splanchnosquelette, il est extrêmement significatif que les Poissons les plus réguliers , ceux du genre Cyprin par exemple , soient précisément ceux chez lesquels la formation des dents demeure bornée uniquement àu splanchnosquelette , de sorte qu’il aurait déjà pu suffire de cette seule circonstance pour prouver que la formation dentaire. ne procède point primordialement du névrosquelette , ni surtout des mâchoires , mais qu’elle peut seulement se continuer à sa surface ou dans son intérieur.
Dans ce genre , comme dans quelques autres , toute la région antérieure de la cavité orale est dégarnie: de dents, c’està dire que les membres céphaliques antérieurs manquent: au splanchnosquelette , comme au névrosquelette ; la splanchnocôte antérieure n’envoie pas de ces rayonnemens vers l’intérieur , et les quatre splanchnocôtes moyennes sont couvertes en dedans, sur toute la largeur de leurs arcs, dé dents coniques extrêmement simples , disposées sur deux séries, qui ressemblent parfaitement à celles des Poissons apodes (pi. xxix , fig. iii , ? ). Mais l’endroit où les dents se développent avec le plus de force , mieux formées et plus complu quées., est la splanchnocôte postérieure (pl. xxix, fig. ni , £); elles ne se bornent même point là, et sont dispersées en outre, comme des villosités ossifiées , sur la membrane voisine du pharynx , de telle sorte qu’indépendamment dë celles qui sont adhérentes à cette membrane et mobiles, on en observe encore (comme une sorte de preuve de la possibilité d’une union entré le splanchnosquelette elle névrosquelette ) qui tiennent aucorps vertébraiglernalde la. côte occipitale ( § CGC<3XGX¥I ) , sousîa
SQUELETTE DES POISSONS. 3g5
forme d’une forte plaque triangulaire, rappelant les splanchnodents plates et cartilagineuses des Aplysies ( pl. x:xiX,fig. in, iv, 4»-). Cette dent singulière , attachée au rudiment d’une protovertèbre occipitale , est connue sous le nom de pierre de cyrpê(l).
DXXVIIL Le tableau suivant , dans lequel sont mises en regard les formes les plus régulières des rayonnemens internes et externes du splanclinosquelette , fera mieux ressortir l’antagonisme qui existe entre ces deux ordres, de formations.
Splanclinosquelette de la tête.
Rayons. Protovertèbres.
Rayponernens de f VL V IV III II I
la prolovertèbre < — petites petites petites petites fortes
tournes en dedans * dents dents dents dents dents
Ou voit d’après cela que les rayonnemens extérieurs sont le plus développés sur les points on il n’y en a pas d’intérieurs , qu’ils manquent sur ceux où ces derniers ont pris le plus de
(i) Les dents des Poissons varient prodigieusement pour la forme, mais elles ont .toujours pour type un cône creux , et rarement prennentrelles la for tue hémisphérique. Ce. qui mérite surtout d’être remarqué , c’est, que , dkns lit majorité des autres genres , tantôt elles se développent à la splancbno. eôte antérieure et à son membre5 terminal impair,, tout aussi bien qu’aux autres côtes du splanclinosquelette , tantôt elles se répandent sur la région orale, antérieure comme membres antérieurs du spla'ncliriôsqtiélettè céphalique, dernière cil constance dans. laquelle illeur arrive non' seulement dé rester, adhérentes à la membrane molle de la bouche ( ow touj.ou>:s elles se forment^ primairenteni)^, ma,is encore d’adhérer aux parties, vjpjsjjqes? du névrôsqaelette (vomer, maxillaire supérieur , intermaxijlaire, palatin, mâchoire inférieure), parties que , dans VEsox , le Salmo et autres, on trouve tontes garnies de dents, ainsi que la langue. Au reste, il est facile dé constater que lès dents des Pèissdns naissent dé là membrane orale interné (cpithéliori) , en s’attachant surtout aux genres dont lês mâchoires sont armées unique, ment de plaques d’émail (d’une sorte d’épithélion pétrifié) ; tels sont , par exemple, les Diodqn. Lest dents globuleuses et semblables à des. payés qui, se voient dans les Spares, font manifestement le passage de ces simples plaques aux dents coniques des autres Poissons.
3ç)6 SQUELETTE DES FOISSOHS.
développement, et que , quand ces deux ordres de rayonnemens coexistent ensemble , tous deux ne sont que faiblement développés.
DXXIX. A l’égard des formations rayonnantes en particulier," les rayons branchiaux offrent le type le plus simple, puisqu’ils ne sont autre chose que de simples rayons purement cartilagineux , sur lesquels les vaisseaux branchiaux sé ramifient. Les rayons de la membrane brancliiostéga (pl. XXIX, fig. ni , a a) présentent au contraire un développement plus considérable et plus varié, car iis s’ossifient partout et offrent des rapports numériques divers. Chez les Poissons les plus réguliers comme les Cyprins et aussi les Cobites , on n’en compte, de chaque côté , que trois , fixés à la seule pièce sternale supérieure. Dans d’autres espèces, le nombre trois se répète pour la pièce sternale supérieure et la pièce tergale inférieure de la corne de l’hyoïde, ce qui donne alors six rayons de chaque côté, comme dans le Synodus; ou bien le nombre trois se répète deux fois à chaque pièce , d’où résultent douze rayons, comme dans XAmia. Le nombre de ces rayons peut s’élever ainsi, par l’adjonction de rapports numériques divers , jusqu’à quatorze ( Esox ) ou trente ( JËlops ) ; ils peuvent même offrir des rapports qui ne soient pas purs , comme lorsqu’on en compte sept [Scorpœna porcus), ou onze ( Salmo salar). Du reste, ils sont ordinairement plus forts lorsque l’hyoïde ne porte point de dents [Cyprinus], et plus faibles dans le cas contraire {Esox){{).
DXXX. J’ai démontré plus haut que , parmi les rayonner mens d’une proto vertèbre , outre les latéraux , il tend encore à s’en produire d’impairs, supérieurs et inférieurs. Ces formations ne peuvent pas non plus manquer ici ; loin de là même, quand on trouve au moins un rayonnement impair inférieur , il fournit une nouvelle preuve de l’antagonisme entre le splanchnosquelette et le névrosquelette , celui-ci n’offrant que rarement des rayonnemens impairs supérieurs (nageoires céphaliques , § DIV ) , mais n’en portant jamais d’inférieurs.
(x) J’ai déjà fait voir précédemment qu’on ne peut admettre l’opinion de Geoffroy Saint-Hilaire , qui regarde ces rayons comine correspondant ans cartilages costaux du sternum.,
SQUÈLETTE DES POISSONS. %7
On doit considérer comme rayonnement impair inférieur de là première splanchnocôte , l’os qu’Oken appelle pédicule de l’hyoïde et Rosenthal sternum. Cet os naît ordinairement, par deux racines , des pièces sternales antérieures des cornes de l’hyoïde ou de leur corps vertébral , et conserve absolument le même type que les rayons de la membrane branchiostége , en sorte que souvent ( par exemple dans les Cyprins) il semble être produit par la soudure de deux rayons de cette membrane (pl. xxix , fig. ni , h**). Généralement il se dirige fortement en arrière. Lorsque les rayons de la membrane branchiostége manquent , par exemple dans VAcipenser , on ne: rencontre pas non plus cet os , que nous devons considérer comme le dernier développement du splanchnosquelette.