III. aG
4o2 squelette des poissons.
DXXXVlï. Une seconde particularité de la structure dés Poissons ■Cartilagineux supérieurs , é?est le changement qui s’opère chez eux dans la division des moitiés animale et végétative du corps. Dans les Poissons osseux, ces moitiés étaient caractérisées par la répartition entre elles deux des organes végétatifs essentiels (branchies et vessie) et par le placement dans le milieu ( à la région jugulaire) de l’organe végétatif du corps , le cœur. Chez les Poissons cartilagineux supérieurs, un plus grand développement des organes sensoriels et du cerveau , et la suppression de la respiration branchiale , annoribèïït que èelle-ci se rapproche déjà davantage de la prépondérance idéale , tandis que la prépondérance matérielle est acquise au tronc , par l’apparition d’une double région respiratoire , la dépression du cœur au dessous de la poitrine, et le développement de membres pairs particuliers.
DXXXVHL Ces changemens généraux doivent influer aussi sur la division de la tête et du tronc en régions spéciales. Le tronc continue toujours à être essentiellement tronc génital , et , comme tel , il se signale par les testicules et les ovaires, qui sont encore placés au voisinage de la tête ; mais sa segmentation devient plus complexe. Chez les Poissons osseux, la région respiratoire n’est qu’indiquée par d’imparfaites vertèbres thoraciques, et il n’y a qu’une seule vessie respiratoire , qui même n’existe pas partout. Ici le tronc offre partout une région respiratoire supérieure , la poitrine , où la fonction s’est développée sous la. forme de respiration branchiale; mais de plus on voit apparaître , à la région pelvienne et sous la forme de fentes anales conduisant dans l’intérieur du sac péritonéal , l’indice d’une seconde respiration du tronc , d’une respiration d’eau dans des cavités vésiculeusès (respiration allantoïdienne) (1). Tandis que les fonctions végétatives du
(t) C’est mie question de savoir si des recherches pins approfondies sur Thistoire du développement de ces anizpanx ne démontreront , pas mieux encore l’existence d’un organe allantoïdien spécial. Dans un jeune' Squalus eeriiïina, long de sept pouces et demi, d.ont le sac vitellin est encore’ fort gros , je n’aperçois , il est vrai, aucune trace d’allantoïde proprement dite , mais les ouvertures qui conduisent du dehors dans la ‘cavité péritof néale son* déjà très-distinctes, sous la forme de fentes anales.
SQUELETTE DES POISSONS. 4 o3
tronc prennent ainsi un développement plus considérable et plus manifeste, les fonctions sensorielles de la tête se dessinent également mieux , et l’on voit en même temps cesser la fonction respiratoire spéciale (respiration branchiale ) de cette moitié du corps. L’indice d’une respiration céphalique antérieure, élevée à la dignité d’organe sensoriel de l’olfaction, se développe davantage que dans les Poissons osseux , et l’élévation de la respiration céphalique postérieure à celle de cellules auditives se trouve au moins préparée; car, au lieu des branchies céphaliques , il y a de chaque côté un simple canal aquifère , qui , conduisant du dehors dans la cavité pharyngienne , n’est , à proprement parler , qu’une trompe de Fallope , dépourvue seulement encore de connexion avec l’organe auditif interne.
J. Squelette du tronc.
DXXXIX. Chez les Poissons apodes et chez ceux à membres céphaliques, par un accord parfait avec les lois de la formation squelettique en général , le développement d’une colonne deutovertébrale , c’est-à-dire d’une colonne de corps vertébraux , caractérisait essentiellement le squelette du tronc envisagé dans son ensemble. Il en est de même chez les Poissons qui ont la tête et le tronc munis de membres. Lés circonstances qui établissent la supériorité des Raies et des Squales sur les Poissons osseux , par rapport au rachis , sont les suivantes :
1° Les tritovertèbres parallèles diconiques ont une forme plus pure , attendu qu’ elle est moins altérée par des tritovertèbres rayonnantes (apophyses épineuses, obliques et transverses). La forme diconique des corps vertébraux èst surtout d’une pureté presque géométrique dans les Raies , spécialement chez les jeunes individus (1).
2° La vertèbre rachidienne fournit peu de rayonnemens. De là la disparition des apophyses épineuses , dés apophyses transverses, des arêtes musculaires (§ CCCCLXII).
3° La deutovertèbre se développe d’une manière plus pure,
(t) Voy. mes Tabules illustrantes , cah. II , pl. vi, fïg. 3.
ce qui s’exprime par le développement plus parfait des corps vertébraux et par l’enveloppement plus complet de la moelle épinière.
DXL. Quant à la division des régions du rachis et aux rapports numériques des vertèbres , il résulte de ce qui précède que le tronc renferme toujours :
1° Une région génitale , qui englobe encore l’épigastrique et l’ hypogastrique , de sorte que les régions épigastrique , hypogastrique et pelvienne n’en font qu’une.
2° Une région pectorale , mais sans aucune trace encore de région cervicale.
3° Ici également la colonne vertébrale es't susceptible de se prolonger d’une manière indéfinie , ce qui produit un membre terminal impair.
Ainsi , l’on doit distinguer , en général , des vertèbres thoraciques , ventrales ou sexuelles, et caudales. Cependant ces vertèbres diffèrent peu les unes des autres ; seulement, celles de la poitrine des Raies sont plus étroites et plus intimement unies ensemble , ce qui , du reste , avait déjà, lieu dans les Poissons osseux. (§ CCCCLXIII).
La prédominance matérielle du tronc fait que le nombre des vertèbres rachidiennes dépasse de beaucoup les proportions simples qui doivent primordialement le déterminer , et d’après lesquelles (§ CCCCLXIII) il devrait y avoir ici 4X6=24 vertèbres au tronc proprement dit , et 24 ou 30 à la queue. Au lieu de 48 à 54 , comme nombre total , on en compte souvent deux ou trois cents. Les Raies sont encore ceux de ces Poissons qui se rapprochent le plus des nombres fondamentaux. Ainsi je compte, dans une jeune Raie bouclée, 3X7 vertèbres ventrales et génitales ; mais , au lieu de six thoraciques, il y en a bien une vingtaine , qu’à la vérité on ne peut guère distinguer les unes des autres, parce qu’elles sont soudées ; quant aux vertèbres caudales , leur nombre dépasse 80 (1).
(i) Le volume matériel n’étant jamais sans importance pour la dignité d’une espèce , à tel point que de très-gros animaux supposent toujours uns formation déjà fort élevée , il est digne de ramarque que les Squales sont les plus gros de tous les Poissons, et les seuls chez lesquels on trouve , entre
DXLI. Les protovertèbres du tronc ne se présentent ici que sous trois formes différentes , et leur développement imparfait doit être considéré comme un phénomène d’antagonisme tenant à ce que les deutovertèbres sont plus développées.
La première forme est celle de côtes , qui toujours sont ici d’une seule pièce. Elle n’est exprimée , dans les Raies, que par des rudimens extrêmement courts de côtes abdominales ; de même aussi, dans les Squales, ces côtes abdominales sont très-peu prononcées et réduites à la condition de minces bandelettes cartilagineuses (pl. xxx, fig. i, g), qui parcourent les parois latérales de la cavité abdominale , tandis que les côtes thoraciques ( g' ) embrassent extérieurement les côtes respiratoires du splanchnosquelette (arcs branchiaux) , sous la forme d’anneaux cartilagineux, tantôt plus. et tantôt moins forts, égalent ces dernières en nombre , et sont par conséquent au nombre de quatre ou cinq , parce qu’il n’y a ordinairement que quatre ou cinq des six splanchnocôtes qui se développent en arcs branchiaux.
DXLII. La seconde forme est celle des protovertèbres oblitérées ou contractées qui embrassent seulement des vaisseaux sous les vertèbres caudales , et qui se comportent ici comme chez les Poissons osseux , à cette seule différence près , qu’ayant leurs arcs plus larges , elles enveloppent mieux les vaisseaux , et que leurs apophyses épineuses plus courtes , mais plus larges , les rendent plus analogues aux arcs deutovertébraux correspondans qui enveloppent la moelle épinière.
DXLIII. La troisième forme est celle des côtes de membres, ou des ceintures scapulaire et pelvienne.
La ceinture des membres anterieurs est plus développée que l’autre , par correspondance avec le rôle plus important de la respiration antérieure du tronc. Elle réunit donc l’idée de plusieurs arcs protovertébraux du tronc. Dans les Raies , où il n’existe point de côtes proprement dites , cette réunion de plusieurs arcs protovertébraux en une ceinture scapulaire transversale est plus prononcée que chez les Squales. Du reste,
chaque couple de corps vertébraux, tme cavité diconique , pouvant contenir plusieurs livres de liquide albumineux.
4o6 SQUELETTE DES POISSONS-
la ceinture scapulaire est toute d’une seule pièce ; seulement ses parties latérales se divisent , dans le sens de la largeur (pL xxvii , fig. viii, 123), entroisarcs, ce qui me fait penser que déjà ici le concours de trois arcs protovertébraux pour constituer une ceinture scapulaire doit être considéré comme une circonstance légitime et normale. Quant aux divisions primaires dans le sens de la longueur de la protovertèbre , ü n’y a que les pièces tergales supérieures (fig. vin, 0,0 ) qui soient des parties distinctes. Ces parties tergales supérieures manquent dans les Raies , dont la ceinture scapulaire , plus comprimée d’un côté à l’autre, ne tient par conséquent à la colonne vertébrale que par des ligamens et des muscles. Elle est plus sensiblement aussi partagée en deux arceaux latéraux chez ces Poissons , où il se développe des côtes thoraciques.
/ DXLIV. La ceinture des membres postérieurs ressemble parfaitement à la précédente ; seulement elle est , en général , plus faible , et les portions tergales supérieures manquent tout-à-fait , de sorte qu’elle n’est attachée au rachis que par des muscles et des ligamens. Au reste , lorsqu’on la trouve développée , elle est indivise , et ne constitue qu’un arc cartilagineux simple.
Il n’y a , dans les Raies et les Squales, aucune trace d’une colonne tritovertébrale inférieure ou sternale du tronc.
DXLV. Membres du tronc. De même que dans les Poissons osseux, ils se divisent en impairs et pairs. Mais, tandis que , dans les Poissons osseux , les membres impairs , supérieurs et inférieurs , étaient ceux qui se développaient le plus , au point même d’acquérir des dimensions réellement monstrueuses dans le Pteraclis velifer , par exemple , parce que la dimension en hauteur est caractéristique pour ces animaux, comme celle en largeur pour les Poissons cartilagineux supérieurs, de même aussi les membres pairs ( par exemple les nageoires pectorale&sdes Raies ) acquièrent un développement énorme dans ces derniers , chez aucun desquels , en revanche, les membres impairs ne deviennent remarquables par leur étendue.
DXLVI. A l’égard de la structure des membres impairs ( nageoires dorsale, anale et caudale), elle. ne.diffière point essen-
bellement de la description que nous en ayons donnée dans les Poissons osseux. Ici comme là, on -voit quelquefois des rayons isolés acquérir un grand développement. La CMmæra arctica nous en offre un exemple frappant (1) . De même , dm&l&Squpluf glaucus, les nageoires dorsales, antérieure et postérieure , portent chacune une forte épine à leur bord antérieur.
DXLYÏLLes membres pairs n’ont ..point entre eux les mêmes proportions dans tous les genres. Dans les Raies , où les membres céphaliques sont le moins développés,, les nageoires pectorales ont d’énormes dimensions, pans les Squales , où les membres céphaliques , surtout l’opercule et la mâchoire inférieure , sont plus développés , les membres antérieurs et postérieurs du tronc conservent davantage d’égalité entre eux.
On peut toujours distinguer, dans ces nageoires , un porterayon simple et des rayons, articulés et divisés ( pl. xxvn , fig. vin, x , x').
DXLVIII. Les nageoires pectorales des Raies sont surtout remarquables par la lumière qu’elles répandent sur la signification des parties du squelette osseux. JNpus avons déjà vu précédemment , à l’occasion de la structure des membres en général, quelle repose sur l’idée d’une colonne vertébrale plusieurs fois divisée. Ce caractère devient saillant ici, où chaque rayon dé nageoire représente parfaitement une colonne vertébrale composée seulement de corps vertébraux , c’est-à-dire une colonne vertébrale caudale ( pl. xxvii ,
fig, VIII, X[ );
Du reste, les Squales offrent aussi , à leurs membres pelviens , quelques rayons détachés des autres et plus développés qu’eux , qui forment une sorte de moignon de pied.