‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 2)Chapitre 95 sur 129 · Squelette de la tête · texte numérisé non relu

Squelette de la tête

DXLIX. Le squelette de la tête est composé , comme dans les Poissons osseux , d’une colonne deutovertébrale , d’arcs proto vertébraux et de membres.

La colonne deutovertébrale comprend le même nombre de vertèbres que dans les Poissons osseux ët dans tous les Cépha-

(i) JT Schultz, dans Meckel’s Jrchip.i tom. I, pî. iv, fig. 3-

4o8 squelette des PÔ1SSOHS.

lozoaires. Elle se distingue surtout par la non-séparation de ses diverses parties , par la fusion intime des vertèbres crâniennes , des intervertèbres et de la première vertèbre faciale , ou de l’ethmoïdale , en une simple boite cartilagineuse, et par l'implantation dans la substance de la première intervertèbre des organes auditifs , qui , par là , deviennent plus distincts de la cavité crânienne (1).

DL. D’ailleurs, cette boîte cartilagineuse (pl. XxX, fig. Vil, î — iv ) enveloppe le cerveau plus étroitement que ne le fait le crâne des Poissons osseux. Elle est lout-à-fait dans le même plan que le rachis , ou bien elle se trouve un peu au dessus , lorsque celui-ci s’abaisse , comme dans les espèces les plus régulières ( Cyprins). Elle s’élève au dessus du crâne des Poissons apodes par la clôture complète de ses arcs, attendu que, jusqu’à la troisième vertèbre crânienne , les deutovertèbres du crâne sont fermées. Cependant, en cet endroit, par conséquent à la région de la troisième interver lèbre ( dont les grands arceaux conchiformes et percés embrassent également ici les nerfs olfactifs ) ( pl. xxx , fig. vi , 3 , b ) , et à celle de la première vertèbre faciale , la formation des arceaux cesse , et l’on voit apparaître un grand vide couvert par la peau , une sorte de fontanelle. A cette fontanelle antérieure correspond, dans plusieurs genres( par exemple dans le Squalus centrim), une fontanelle postérieure , située au dessus de la première intervertèbre, dont les arceaux enveloppent le labyrinthe, et qui acquiert une très-grande extension sur le côté. Dans les Poissons qui n’ont point de fontanelle proprement dite sur la première inlervertèbre , comme dans ceux qui en sont pourvus , nous apercevons en outre , sur ce point , une double ouverture des organes auditifs , que Weber a bien décrite et figurée (2), et qui , chez les Raies , apparaît même sous la forme d’un double orifice conduisant dans le labyrinthe.

Du reste, plusieurs Raies, au lieu de la fontanelle postê-

(1) Le crâne cartilagineux simplement fermé de ces Chondroptérygiens est donc au crâne cartilagineux ouvert des Cyclostomes, ce que le crâne ossifié en une seule pièce du vieillard est au crâne encore ouvert et eu partie cartilagineux de l’embryon de deux mois.

(2) De aiire , p. 92 , ro3 ,fpl. xx, fig. 74 ; pl. x , fig. 87,

SQUELETTE DES POISSOKSr 4°9

rieure , en ont une grande médiane , qui correspond à la grande fontanelle de l’homme (1).

DLL En outre, toutes les vertèbres crâniennes ressemblent à celles dés Poissons osseux, sous ce rapport qu’elles sont essentiellement développées dans les arcs , et que les tritover- ,tèbres parallèles , ou corps vertébraux , sont oblitérés. La vertèbre occipitale seule , ici comme partout , ressemble encore à une vertèbre rachidienne , en ce que le corps y a pris plus de développement. Du reste , la /partie, qu’on doit considérer comme première vertèbre faciale , ou vertèbre ethmoïdale , et qui se trouve en avant de là grande fontanelle antérieure , est dépourvue de toute cavité , et se montre sous la forme de lame perpendiculaire de l’ethmoïde. On est cependant frappé du nombre extraordinaire de tubes mucipares qui recouvrent ce cartilage dans les Raies et les Squales. Ces tubes sont les organes excrétoires de la peau ( c’est-à-dire de l’organe respiratoire et perspiratoire primaire ) portés à une plus haute puissance , par la seule raison que la région qu’ils occupent est la représentation de la poitrine dans la tête , et parce qu’une manifestation plus prononcée de la région pectorale dans la tête ( comme transition aux Reptiles ) se rattache à l’idée entière de l’ordre, attendu qu’il y a la plus étroite connexion entre elle elle développement plus considérable des membres (2).

PLU. A l’égard des yertèbres céphaliques antérieures, la

(i j Tandis que le labyrinthe est mieux enveloppé ici à l’extérieur, il cesse d’offrir des ossifications ( § CCCCXCIj) dans son intérieur, ou plutôt celles-ci n’y sont indiquées que par des noyaux cartilagineux mous.

La plus remarquable de toutes, les têtes est celle du Martean ( Squalus zygœna)r à cause de l’énorme extension des arceaux de la troisième intervertèbre, dont on pourrait presque dire qu’ils sont tont-à-fait reponssés en dehors et rejetés delà série des vertèbres crâniennes. V. Rosekthal , [oc. cit., cah. VI, pl. xxn, fig. i. 2.

(a) Il suffit d’avoir va une seule fois les remarquables faisceaux de tubes wucipares des Squales, surtout de ceux à long museau , comme le Squalus carehanas , et des Raies, pour être convaincu qu’ils sont , à proprement parler, le prototype des cellules ethmoïdales des animaux supérieurs. Ils deviennent cellules de l’ethmoïde chez ces derniers, en devenant accessibles à l’jtjir qui les traverse.

4lO SQUELETTE DES POISSONS.

maxillaire et Y intermaxillaire , elles sont fort oblitérées ici de même que dans les Poissons osseux. Le seul rudiment qui en existe , chez les Raies , est un simple cartilage allongé , terminé en pointe et faisant corps avec le crâne. Lorsqu’il se prolonge beaucoup ( comme dans le Squalus pristis ) , il constitue une sorte de membre terminal antérieur , de même que la colonne vertébrale caudale immobile de certains animaux représente un membre terminal postérieur. Du reste, outre l’épine médiane inférieure , on aperçoit souvent encore , dans les Squales , deux branches accessoires , qui s’attachent aux arcs de la troisième intervertèbre ( pl. xxx, fig. vu, iv— vi), et qui doivent être considérées comme des vestiges d’arceaux latéraux. Dans le Squalus centrina , le rudiment des deux vertèbres faciales est un cartilage presque en forme de fer à cheval , détaché du crâne , et qui ne tient qu’aux parties molles , dans le voisinage de la fontanelle antérieure.

DLIII. Côtes ou arcs protovertébraux céphaliques. Comme la plupart des Poissons osseux , ceux-ci sont dépourvus d’arcs costaux à la vertébré occipitale.

La première intervertèbre, dont les arcs, en enveloppant le labyrinthe , font une saillie considérable des deux côtés, porte pour intercôte un rudiment tout simple de l’os carré , c’està-dire un cartilage oblong et presque horizontal ( pl. xxx , fig. vu , i g ,i g* ) , qui ne ressemble à rien mieux qu’à la portion tergale simple de cette intercôte chez les Poissons osseux (pl. xxix, fig. viii , i g*, i g ). La division primaire de cette côte en deux n’est nullement indiquée , et on ne la reconnaît que d’après la manière dont se comportent les membres céphaliques.

DLIV. La seconde vertèbre crânienne est sans côtes , comme la première ; deux seules lamelles cartilagineuses latérales , qui élargissent la voûte du palais , et que je trouve dans le Requin , mais qui manquent dans les autres espèces , pourraient être comparées à des rudimens de côtes Oc’est-à-dire à des os palatins postérieurs , ou crochets ptérygoïdiens ) ; cependant, elles ne font qu’un avec le crâne , et ne sont point séparées comme l’os carré.

Là seconde intervertèbre n’afpour rudiment de côtes qu’un

appendice cartilagineux non distinctement séparé du crâne ( pl. xxx , fig. vu , 2 g), qui (os zygomatique incomplet) entoure l’orbite en arrière , et auquel même il arrive souvent , dans les Raies surtout, de n’être qu’incomplétement développé. C’est dans le Marteau que cet os zygomatique paraît avoir acquis le plus de développement (1).,’;

DLV. La troisième vertèbre crânienne se comporte parfaitetement comme la première et la seconde , c’est à-dire quelle n’a point de côtes.

La troisième interver lèbre est dans le même cas. A la vérité , on pourrait regarder comme un rudiment de côte ( os onguis ) une lame cartilagineuse qui n’est cependant point non plus séparée ,et qui , dans quelques Squales , fait une légère saillie d’avant en arrière , vers l’orbite , derrière les cornets olfactifs. Ce cartilage costal s’aperçoit mieux dans les Raies ( par exemple dans la Raie bouclée ) , où il s’écarte de chaque côté, et augmente la largeur de la tête ( pl. xxx, fig. vii , 3 g ), \

DLVI. Les côtes faciales sont plus développées que les crâniennes , et parmi elles celles surtout de la vertèbre faciale postérieure, c’est-à dire les os ou cartilages palatins, ce qui donne à cette partie de la tête une grande ressemblance avec celle des Poissons osseux à mâchoire supérieure immobile , du Brochet , par exemple» L’analogie devient plus frappante encore , en ce qu’il n’y a non plus ici que les os palatins qui portent des rudimens de membres céphaliques antérieurs du splanchnosquelelte , c’est-à-dire des dents.

DLVII. Les cartilages palatins, ou côtes de la première vertèbre faciale , sont donc simples , fortement arqués , et courbés en arrière , ce qui fait qu’ils arrivent à se joindre avec le cartilage carré ( pl. xxx , fig. vii , iv g ), tandis que, dans les Poissons osseux , les premières intercôtes parviennent à s’unir avec la quatrième côte céphalique en s’allongeant elles mêmes. Par là ces cartilages palatins deviennent aussi semblables à la mâchoire inférieure que l’os maxillaire l’est chez les animaux supérieurs , et c’est ce qui a souvent conduit à leur donner le nom d’os maxillaire , comme l’a fait entre autres Cuvier. Ce-

(i) PiOsKJîïHâr, , loc. cit,, cah. VI, pl. xxir

, fig» i, a ,

4l2 squelette des poissons.

pendant leur véritable signification devient évidente dès que l’on compare ensemble une tête de Brochet et une tête de Serpent; elle est même quelquefois dévoilée déjà par la nature des dents qui , dans le Squalus centrina surtout , diffèrent totalement de celles de la mâchoire inférieure. Au reste , le défaut de développement des deutovertèbres faciales fait que ces arcs protovertébraux se touchent immédiatement par le bas , comme les deux côtés d’une mâchoire inférieure ; il n’y a que le Squalus centrina chez lequel on distingue supérieurement une lame médiane de jonction , qui doit être considérée comme la réunion des deux pièces tergales supérieures de cette protovertèbre.

DLVIII , Les cartilages maxillaires supérieurs , ou côtes de de la seconde vertèbre faciale , manquent dans les Raies , et ne sont développés dans les Squales , que sous la forme de faibles arcssans dents , offrant néanmoins cela de remarquable , qu’on ne peut méconnaître en eux une tendance à représenter la protovertèbre complète , à peu près comme il arrive à la protovertèbre céphalique antérieure des Lamproies ( pl. xxx, fig. vu, vg). La chose est surtout bien sensible dans le Squalus centrina , où le maxillaire supérieur, consistant de chaque côté en deux moitiés , contourne le cartilage palatin et la mâchoire inférieure, absolument comme le ferait une côte, de sorte que ses deux extrémités se touchent presque au dessous de la mâchoire inférieure. On aperçoit très-distinctement la division de cette protovertèbre en portion tergale et portion sternale.

DL1X. Je n’ai non plus trouvé aucune trace des cartilages intermaxiliaires, ou des côtes de la troisième vertèbre faciale, dans les Raies. Ces côtes sont même si petites dans les Squales, le Requin par exemple , qu’on peut fort bien ne point y faire attention. Dans le Squalus centrina , elles sont un peu plus fortes , mais toujours petites à proportion , et absolument privées de dents (1).

(i) Kuhl fut le premier qui démontra, en 1820, que la prétendue mâchoire supérieure de ces Poissons cartilagineux est un os palatin, et qui fit connaître les rudimens du maxillaire supérieur et de l’intermaxillaire.

Une formation très- remarquable , mais dont les détails ont besoin d’être

DLX. Membres de la tête. Il y avait des membres céphaliques impairs et pairs dans les Poissons osseux. Chez les Poissons cartilagineux supérieurs on n’aperçoit d’autre membre céphalique impair qu’un prolongement plus ou moins considérable de la colonne vertébrale sous la forme d’un membre terminal conique de la tête (§ DLII). Nous n’avons donc à nous occuper que des membres pairs. Or , comme ici la respiration se rapporte davantage au tronc , dont les membres ont par cela même pris une plus grande extension , ceux-là sont moins développés aussi que dans les Poissons osseux.

DLXI. J’ai fait voir précédemment qu’il y avait à proprement parler deux régions respiratoires à la tête, et qu’ elles s’y élevaient à la dignité d’organes sensoriels. Dans les Cyclostomes, la région respiratoire antérieure était seule développée , sous la forme de cornet nasal analogue à une branchie : dans les Poissons osseux , cette région antérieure a pris complètement le caractère d’une double respiration branchiale. Dans les Chondroptérygiens, les fosses nasales se développent plus que partout ailleurs, et la respiration postérieure se convertit d’une manière extrêmement remarquable en un organe sensoriel, c’est-à-dire en cavités auditives,, carelle prend presque la même forme qu’avait l’antérieure chez les Cyclostomes , c’est-à-dire celle d’un canal inspirant et expirant l’eau , ouvert à la surface supérieure de la tête , mais qui cependant ici est double et non pas simple. Ce canal ne communique point encore avec l’oreiîle interne, mais il descend immédiatement au devant d’elle , et , en s’ouvrant dans la ca-

encore étudiés, est la scie du Squalus pristis. Chez ee Poisson, où, comme dans les antres Squales, les cartilages palatins représentent une mâchoire snpérieure , on voit apparaître de plus en dehors une formation dentaire qu’on ne peut concevoir qu’en admettant qu’ ici lés cartilages maxillaires supérieurs et intermaxillaires , ou peut-être seulement une paire de ces cartilages , se réunissent avec un très-long bout de museau, qui lui-même ne saurait être , comme dans les autres Squales et l’Espadon, qu’une colonne vertébrale faciale prolongée et soudée. Les dents maxillaires supérieures doivent alors se montrer comme dents de la scie (pl. xxix, fig. vi). Si l’on considérait le cartilage palatin comme maxillaire supérieur, de quelle manière expliquerait-on ces dernières dents ?,

44 squelette ûes POISSONS,

vite gutturale , il indique déjà l’organe auquel il donne naissance chez les Reptiles , c’est-à-dire la trompe d’Eustache.

DLXII. Dans les Poissons osseux, la région respiratoire postérieure avait des membres développés au côté tergal et au côté ventral.

Le membre du côté tergal était l’opercule, qui , plus tard, devient la conque de l’oreille. Dans les Chondroptérygiëns , l’organe tient le milieu d’une manière remarquable entre ces deux formes. Comme opercule , il est oblitéré et caché dans les chairs; comme conque de l’oreille, il n’est point encore développé. On reconnaît encore en lui un rudiment d’opercule dans les Squales (pl. xxx, fig. vi , ih*).

Le membre du côté ventral , ou la mâchoire inférieure , ne diffère dè ce qu’il est chez les Poissons osseux qu’en ce qu’on n’aperçoit point de pièces distinctes dans les deux moitiés , et que celles-ci , leurs arcs surtout, ont plus de force et dé largeur , à cause du grand nombre d’articles onguéaux du splanchnosquelette , ou de dents , qu’ils supportent.

3S. Splanchnosquelette.

DLXIII . Comme dans les Poissons osseux (§ DXYIII et suiv.), le splanchnosquelette n’existe ici qu’à la tête, se partage en anneaux protovértébraux et en rayonnemens de ces anneaux, et se forme entre Tèpithélion et le névrosquelette; ses protovertèbres elles-mêmes correspondent , pour le nombre , aux vertèbres essentielles du tronc , et se rapportent les unes davantage à la respiration , les autres plus spécialement à la digestion. Il n’y a qu’une seule différence essentielle , c’est que les protovertèbres qui servent à la respiration se retirent en arrière vers le tronc , et représentent ainsi le premier indice d’un splanchnosquelette du tronc , tel que les anneaux delà trachée-artère le figurent chez les Reptiles , etc. Le but de cette formation est évidemment de débarrasser la moitié animale du corps des fonctions purement végétatives. Elle ne doit pas plus exercer la respiration , qu’elle n’exerce la digestion : aussi verrons-nous peu à peu ceux des anneaux protovertébraux de ce splanchnosquelette qui appartiennent à la digestion et représentent lés branches de l’hyoïde et les mû-

ehoirès pharyngiennes , se développer en pièces de support de l’appareil gustatif , tandis que celles qui appartiennent à la respiration, comme arcs branchiaux, deviendront des organes vocaux.

Au reste, quant à ce qui concerne les Chondroptérygiens, la formation de leur splanchnosquelette ne peut être considérée que comme une transition à ce type, qu’elle n’a pas encore atteint.

DLXI V. Première splanchnocote (mâchoires pharyngiennes des Poissons osseux ). Ici elle diffère peu des autres arcs branchiaux; dans lés Raies , elle surpasse même ces derniers en force , et se glisse supérieurement au dessous de la ceinture scapulaire. Mais, dans le Squalus centrina , elle ne tient point en dessus au rachis , comme font les arcs branchiaux proprement dits , et n’a de connexions qu’avec le dernier arc branchial.

DLXV. S econde , troisième quatrième et cinquième splanchnocôtes ( arcs branchiaux , ici comme chez les Poissons osseux). Dans les Raies , elles sont encore situées près de la partie postérieure du crâne et faibles ; mais , dans les Squales , elles sont reculées en arrière sous les vertèbres thoraciques du rachis , et forment un véritable thorax , de sorte qu’on pourrait aisément les confondre avec de véritables côtes appartenant au nëvrosquelette , ce qui a lieu en effet.

DLXVI. Leur fonction ressemble à celle des arcs branchiaux des Poissons osseux. Dans le Squalus centrina , je trouve chaque arc branchial composé de quatre parties primaires, dont l’inférieure se soude avec le vestige d’une colonne vertébrale sternale qui lui appartient (pl. xxx, fig. vu, ''f’ffŸf", O*, O. 00, 000 ).

DLXVII. Sixième splanchnoccte ( branches de l’hyoïde, ici comme dans les Poissons osseux ). Chez les Squales , ces côtes sont très-fortes , et forment des arcs simples, dans lesquels on ne peut point distinguer de pièces tergales et sternales. Elles se glissent supérieurement au dessous de la première intercôte (os carré). Dans les Raies , elles sont beaucoup plus faibles, mais d’ailleurs conformées delamême manière (pl. xxx, fig. vu, F).

DLXVIII. Ii n’y a point non plus ici le moindre indice de deutovertèbres parallèles du splanchnosquelette , mais il se développe des tritovertèbres , comme chez les Poissons osseux.

Nous distinguons là ( § DXXIY ) le vestige d’un corps vertébral de membre terminai antérieur ( os de la langue, ou corps de l’hyoïde ) , qui , dans les Squales , est assez fort et presque semblable à un corps ordinaire de vertèbre , tandis que, dans les Raies, on ne le trouve indiqué que par une large lame cartilagineuse.

On aperçoit, en outre, des corps vertébraux d’arcs branchiaux , qui se développent également beaucoup dans les Squales , mais plutôt sous la forme de plaques transversales que sous celle de dicônes proprement dits. Or nous verrons plus loin que cette forme aplatie se répète également dans les vertèbres sternales du névrosquelette, chez les Reptiles et les Poissons.

Dans le Squalus centrina, je compte autant de corps vertébraux que de splanchnocôtes , c’est-à-dire cinq*, le premier et le second sont simples -, le troisième est divisé en deux moi tiés latérales , division que nous retrouverons aussi dans les vertèbres sternales du névrosquelette des Oiseaux ; le quatrième est très-grand et en forme de carré oblong ; le cinquième est plus petit, et termine celte colonne vertébrale (1).

Dans la plupart des Raies, une simple plaque rhomboïdale paraît remplacer la colonne des corps vertébraux branchiaux.

DLXIX. Rayonnemens du splanchnosquelette. Déjà, dans les Poissons osseux ( § DXXYI ) , nous avions pu distinguer :

1° Des rayonnemens au pourtour de la cavité céphalo-viscérale antérieure, c’est-à-dire de la cavité orale, d’où résultaient les dents des régions maxillaires supérieure et inférieure, mais qui n’avaient point de proto vertèbres splanchniques spéciales à la région antérieure de la tête , et manquaient aussi chez les Poissons réguliers;

2° Des rayonnemens des splanchnocôtes de la région postérieure de la tête , les uns en dehors ( rayons de la membrane

(i) V, mes Tabula illustrantes , eabf tt , pl, ur , fîg. iv.

branchiostége et rayons branchiaux ),' les autres en dedans ( dents des arcs branchiaux ).

La même division est applicable aussi aux Chondroptérygiens.

DLXX. 1° Rayonnemens du splanchnosquelette de la cavité orale. Comme les Diodon , parmi les Poissons osseux, n’avaient qu’un épithélion lisse et en quelque sorte pétrifié aux mâchoires supérieure et inférieure , au lieu de rudimens proprement dits de membres rayonnans , c’est-à-dire au lieu de dents , de même aussi les Raies n’ont point de véritables dents, mais seulement des plaques d’épithélion pétrifié, qui garnissent les côtes palatines et la mâchoire inférieure. Ces plaques sont sillonnées de différentes manières, et font ainsi manifestement le passage aux dents squamiformes et sériées des Squales , dont chacune représente un cône , et qui sont de véritables articles onguéaux d’un splanchnosquelette.

Au reste, la formation dentaire demeure exclusivement restreinte ici aux côtes palatines et à la mâchoire inférieure. C’est donc une preuve de soumission à une légitimité plus précise que les dents cessent d’être irrégulièrement répandues sur toute la membrane orale (1).

DLXXL 2° Rayonnemens des splanchno côtes de la région postérieure de la tête. Ils peuvent se diriger en dehors et en dedans.

Les rayonnemens internes sont , comme chez les Poissons osseux, des dents branchiales plus petites et plus rares, circonstance dans laquelle on doit voir un phénomène d’antagonisme , à cause du développement considérable et général des dents de la bouche. Je ne trouve les dents branchiales indiquées, dans le Squalus glaucus, que par quelques dentelures molles , et dirigées en dedans, des arcs branchiaux.

(i) Les dents de . la Scie de mer sont extrêmement remarquables en ce qu’on doit les considérer comme des dents, puisqu’elles s’implantent à la manière de ces productions dans les rudimens des mâchoires supérieures, tandis que, d’un autre côté, ne regardant plus la cavité intestinale, mais étant tournées en dehors comme les épines du dermatosquelette, elles sont devenues entièrement des épines cutanées, lîeusinger a déjà signalé cette singulière transition.' lit.

4l8 SQUELETTE DES POISSONS.

Les rayonnemens externes sont les rayons de la membrane branchiostége aux branches de l’hyoïde; ils manquent généralement , parce que l’hyoïde ne se trouve plus placé aussi en dehors que dans les Poissons osseux : cependant Oken les a figurés dans le Squalus centrïna. Ici se rangent encore les rayons branchiaux, qui ressemblent à ceux des Poissons osseux, maïs demeurent dans l’intérieur des trous branchiaux.

CS. Derma.tosqtjei.ette. !

DLXXII. En général, le dermatosquelette des Chondroptérygiens ressemble au premier aspect à celui des Poissons apodes ; car , ordinairement , on n’aperçoit , dans les haies et lès Squales , qu’une peau , tantôt molle et tantôt rude , mais toujours privée d’ écailles. Cependant, si l’on y regarde de plus près , surtout chez les Squales , on reconnaît que la peau est , garnie sous l’épiderme de petites écailles osseuses pointues , très-serrées les unes contre les autres , qui la rendent rude au toucher. Les granulations sont moins sensibles dans les Raies, et surtout dans les Torpilles, circonstance remarquable, en raison du plus grand développement de la sensibilité chez ces derniers Poissons,

On ne trouve donc plus, dans les Chondroptérygiens , de plaques squelettiques proprement dites ayant la forme de protovertèbres. Leur disparition indique une formation supérieure , comme elle le faisait déjà dans les Poissons osseux.

Les rayonnemens du dermatosquelette sous la forme d’épines ne sé voient également plus que dans quelques régions du corps. Les plus remarquables sont les pointes de certaines grosses écailles osseuses que porte la Raie bouclée , et les espèces d’ongles pointus qui garnissent les rudimens isolés de membres aux nageoires dorsales et ventrales de certains Squales. L’une des formations les plus considérables de ce dernier genre est le long dard dentelé en scie qui garnit la queue de la Pastenaque en dessous , et qu’on ne peut considérer que comme un rayon isolé appartenant au dermatosquelette , de la nageoire anale , ou comme le rudiment d’un membre impair inférieur de ce dermatosquelette (1).

f Il y a un os dont j’ai négligé de parler, surtout à l’occasion du sqae-

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