‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 2)Chapitre 97 sur 129 · I. Névrosquelette · texte numérisé non relu

I. Névrosquelette

DLXXYI. En général , mais surtout dans les Protéides , il rappelle très-positivement celui des Poissons apodes , tant par le peu de fragilité de ses parties, que par son homogénéité avec le splanchnosquelette. Ce qui caractérise spécialement ce groupe , c’est que les diverses régions essentielles de la colonne vertébrale ne sont point encore distinctes , que les deutovertèbres du crâne diffèrent encore peu de celles du rachis, et que les tritovertèbres parallèles et rayonnantes ont une forme manifestement diconique , surtout dans les Protéides.

A« Squelette du tronc.

DLXXYII. Rachis. Les deutovertèbres et les tritovertèbres parallèles du dos offrent plusieurs particularités remarquables. Occupons-nous d’abord de leur nombre et de leur répartition.

A l’égard du nombre , le rachis des Grenouilles est d’une haute importance , en ce qu’il représente le minimum possible du nombre des vertèbres dans tous les animaux pourvus d’un cerveau et d’une moelle épinière. Des motifs d’un ordre supérieur faisant que le tronc et la tête doivent toujours être primordialement considérés comme une répétition l’un de l’autre, et par conséquent le tronc , du côté duquel se trouve la prédominance matérielle , de même que la prédominance idéale appartient à la tête , devant être déterminé par les mêmes nombres fondamentaux que ceux qui président à la formation

de la tête , le minimum possible du nombre des vertèbres rachidiennes a lieu quand il ne s’en forme pas plus qu’on n’en compte à la colonne vertébrale crânienne , c’est-à-dire 6 -j- B.

Or le rachis des Grenouilles et des Crapauds n’offre en réalité que neuf vertèbres, dont huit libres comme vertèbres rachidiennes , et l’autre adhérente comme vertèbre sacrée; à quoi s’ajoute immédiatement une longue tritovertèbre immobile ( rudiment de la colonne vertébrale caudale existant dans la larve ) , qui constitue un membre terminal impair postérieur , à peu près comme l’épée de l’Espadon est un membre terminal impair antérieur (1).

DLXXVIII. Le nombre des vertèbres du tronc augmente déjà dans lés Salamandres, et les diverses régions delà colonne vertébrale , qui , chez les Grenouilles , ne pouvaient être dis- , tinguées les unes des autres jusqu’à celle du bassin , cherchent au moins à se mettre en évidence par la répétition du nombre des vertèbres céphaliques. Je compte exactement seize vertèbres au tronc dans la Salamandre terrestre ; Schultze en indique dix-sept, et Cuvier quinze. En tout cas, il est vraisemblable que le nombre varie ici d’un individu à l’autre , ce qui est également un indice d’organisation inférieure . Les Protéides ont davantage de vertèbres encore , sans que pour cela les régions du tronc deviennent beaucoup plus distinctes. Ainsi leur nombre s’élève à quarante-cinq dans la Sir en lacertina , d’après Cuvier et Humboldt , à trente-un dans le Proteus anguinus , selon Rusconi et Schultze. Ce dernier se rapproche donc beaucoup de SX6 , qui est le nombre primaire des vertèbres du tronc.

DLXXIX. La forme des vertèbres se rapproche souvent encore de celle que ces os affectent dans les Poissons. L’analogie est surtout frappante dans les Protéides, dont les tri to vertèbres parallèles sont presque aussi purement diconiques que celles des Poissons. Les Salamandres ont également leurs corps ver-

' (i) On voit même , dans le Pipa , les deux vertèbres supérieures se confondre en nnc seule, de sorte cpi’on n’en trouve plus que sept. Ce qui prouve que cette réduction dépend réellement d’une soudure , comme le dit déjà Schneider , c’est que les apophyses transverses sont au nombre de sept, sur chaque côté du corps, comme dans les antres Batraciens.

tébraux creusés en dessus et en dessous de fossettes infundibuliformes ; seulement la masse géîatiniforme qui remplit ces cavités dans les Poissons , ainsi que dans la Sirène et le Protée, se convertit en une épiphyse d’abord cartilagineuse , mais qui, avec le temps, s’ossifie au moins en partie, remplit l’entonnoir du corps situé à l’extrémité supérieure de la vertèbre , et lui donne la forme d’une tête reçue par la fossette infundibuliforme de l’extrémité inférieure de la vertèbre suivante. De plus , la dimension en largeur domine ici, comme dans presque tout ce qui tient au squelette des Reptiles , de sorte que , parmi les tritovertèbres rayonnantes ou apophyses vertébrales , il n’y a que les transverses qui acquièrent un certain développement , les apophyses épineuses n’existant pour ainsi dire point.

DLXXX. Quant au membre terminal du rachis , ou à la colonne vertébrale caudale , j’ai déjà parlé plus haut de celle des Crapauds et Grenouilles. L’oblitération , chez l’animal parfait, de la colonne vertébrale caudale mobile des Têtards , est du reste un fait extrêmement remarquable , car on voit ici un seul et même individu offrir ce qui , parmi les animaux supérieurs , a lieu seulement dans une longue succession d’espèces jusqu’à l’homme , diminution de la colonne vertébrale caudale à mesure que l’organisation s’ennoblit. Dans les Salamandres, cette colonne ressemble presque à ce qu’elle est chez les Poissons réguliers , de sorte que sa longueur et le nombre de ses vertèbres répètent à peu près le nombre et la longueur de la colonne vertébrale du tronc et de la tête , c’est-à-dire qu’elle comprend de vingt-sept à trente vertèbres. Du reste , les nombres varient considérablement ici. Mais ce qui mérite surtout d’être remarqué , e’est que les cavités deutovertébrales qui enveloppent la moelle épinière s’étendent encore ici ( comme chez tous les autres Reptiles ) dans la longueur entière de la Colonne vertébrale caudale , de sorte que l’antagonisme entre ces vertèbres et les autres vertèbres du tronc , s’exprime encore d’une manière fort incomplète , de même que chez les Poissons. Le coccyx des Grenouilles et Crapauds est également remarquable en ce qu’il ne se composé que de rudimens d’une colonne de corps vertébraux.

DLXXXI. Arcs protovertèhraux. On les trouve au tronc sous

iyi 4 squelette des reptiles.

la forme de côtes , de côtes contractées en apophyses épineuses inférieures et de protovertèbres de membres. Comme Je développement des arcs protovertébraux est principalement déterminé par la fonction respiratoire, mais que, précisément chez ces Reptiles , la respiration du tronc est subordonnée à celle de la tête, soit pendant la vie entière, soit au moins pendant les premières périodes , il résulte aussi de là que les arcs protovertébraux du tronc , ou les côtes , se développent peu. Ceci est vrai tant des Protéides , que des Salamandres , des Grenouilles et des Crapauds.

Le Proteus angwinus n’a qu’un faible vestige des six paires de côtes aux vertèbres sternales , qui d’ailleurs sont à peine indiquées. Douze à quatorze vertèbres offrent de cesrudimens chez la Salamandre terrestre. Dans les Grenouilles, il n’y en a aucune trace , et le Pipa seul offre de petits appendices costiformes aux apophyses transverses de la seconde et de la troisième vertèbres rachidiennes.

Des côtes contractées, formant une apophyse épineuse (inférieure des vertèbres caudales (comme chez les Poissons), ne se voient que dans les arcs protovertébraux qui entourent la continuation de l’aorte , chez les Protéides , le Proteus an guinus par exemple.

Ce défaut de développement des côtes entraîne aussi de toute nécessité celui d’une colonne vertébrale ventrale ou sternale , dont on ne trouve non plus , chez ces Reptiles , qu’un vestige qui se rapporte aux arcs des membres.

DLXXXII. Quant aux arcs protovertébraux des membres, ils ne se développent que lorsque la fonction respiratoire se retire davantage dans le tronc. C’est pourquoi on n’en voit point dans les larves, où la tête seule encore respire, de même qu’ils sont très-faibles chez les Protéides à branchies permanentes. Dans la Salamandre et la Grenouille parfaites, on les rencontre sous la forme de ceintures scapulaire et pelvienne ayant rapport aux poumons et à la respiration allantoïdienne., qui se manifeste ici.

Voilà pourquoi les os du bassin manquent encore entièrement dans la Sir en lacertina ; mais il leur arrive souvent, ainsi qu’à ceux de l’épaule, d’acquérir un développement très;

complet dans les Salamandres et les Grenouilles , attendu qu’ils sollicitent en même temps l’apparition d’indices de corps vertébraux ventraux constituant un sternum scapulaire ou pelvien.

DLXXXHI. La ceinture scapulaire se divise, de chaque côté , en portion sternale et portion 1er gale.

La pièce sternale supérieure forme le col de l’omoplate ; l’inférieure, développée en une plaqu e -cartilagineuse , représente les clavicules, dans les Protéides et les Salamandres. Cette formation , qui correspond aux pièces sternales inférieures simples de l’épaule des Poissons , est très-remarquable. Dans les Grenouilles , la pièce sternale inférieure est bien manifestement divisée en clavicule furculaire et en clavicule postérieure , du double plus volumineuse que l’autre ( apophyse coracoïde ). '

La portion tergale de la ceinture scapulaire se divise également en pièces supérieure et inférieure. L’inférieure constitue une plaque , simplement cartilagineuse dans les Salamandres , mais osseuse dans les Grenouilles , qui élargit l’omoplate. La supérieure , au contraire , tantôt est oblitérée , tantôt est réduite à un vestige qui augmente la force des appendices costaux de la vertèbre rachidienne correspondante , circonstance propre à expliquer , par exemple , la largeur des rudimens de côtes de la première vertèbre thoracique dans les Salamandres.

DLXXXIY. Les Protéides paraissent n’avoir aucun vestige de sternum, scapulaire . Dans les Salamandres , on trouve, entre les plaques cartilagineuses représentant les clavicules mobiles l’une sur l’autre , une petite pièce cartilagineuse , rhomboïde et située au devant du cœur, qui est l’indice d’un sternum de ce genre. Cette pièce , qu’on ne peut jamais considérer ( § DXI J ) que comme î’analogue de la portion supérieure de la poignée du sternum humain , a pris plus de développement dans les Grenouilles et dans les Crapauds ; elle s’y sépare d’une manière bien manifeste en corps vertébral antérieur et corps vertébral postérieur , correspondant aux paires antérieures et postérieures de clavicules (pl. xxvii , fig. xn , où x représente le corps vertébral antérieur , qui correspond à la clavicule antérieure ou vraie, et .x' le corps vertébral

4^6 SQUELETTE DES EEPÏILES.'

postérieur , qui correspond à la fausse clavicule ). A ce corps vertébral postérieur s’annexe encore une plaque appendiculaire (æ) ', qu’il faut considérer comme un vestige de la portion supérieure du sternum pectoral. Les parties du sternum scapulaire sont plus développées , mais' en même temps plus aplaties que partout ailleurs , dans le Pipa. Cette conformation , au milieu de laquelle les corps vertébraux du sternum scapulaire se divisent en deux moitiés latérales (as, as), est très-digne de remarque , en ce quelle fait le passage à celle qu’on voit chez les Chéloniens.

DLXXXV. La ceinture pelvienne manque dans la Sir en lacer 2 tiw, comme je l’ai déjà dit; mais le bassin est bien développé dansles Salamandres et les Grenouilles, où la grande allantoïde, qui persiste toute la vie, est connue sous le faux nom de vessie urinaire. De ses arcs , dont on ne voyait presque que les pièees sternales inférieures chez les Poissons , on aperçoit ici , nonseulement partout les pièces sternales supérieures, mais même quelquefois les pièces tergales. Ainsi, la Salamandre terrestre offre , de chaque côté , à la vertèbre sacrée , une pièce tergale simple, analogue aux rudimens de côtes des vertèbres rachidiennes supérieures ( pl. xxvn , fig. xi , ç' ) , puis une petite pièce sternale supérieure ( iîion , e ) , enfin une large pièce sternale inférieure , analogue à la pièce sternale inférieure de la ceinture scapulaire (ischion et pubis), dans laquelle on peut très-bien distinguer une partie antérieure et une partie postérieure (S, S'), mais unies ensemble d’une manière trèsintime-, à peu près comme le sont également , dans les Salamandres , l’os coracoïde et la clavicule.

Dans les Grenouilles , ces parties se présentent sous un autre aspect ; on ne distingue plus la portion tergale , ou elle se soude avec les apophyses transverses de la vertèbre sacrée. Mais la loi de l’antagonisme fait aussitôt valoir ses droits , car la pièce sternale supérieure (ilion) est énormément allongée , et les pièces sternales inférieures ( ischion e£ pubis ) , soudées ensemble , s’oblitèrent à tel point, qu’il semblerait que les humérus fussent articulés immédiatement à la symphyse pubienne.

DLXXXVI. Les Salamandres et les Tritons présentent des

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traces évidentes d’un sternum pelvien , ayant la forme d’un cartilage , presque toujours en Y, qui se porte en avant , au devant delà symphyse pubienne (pl. xxvii, fig. xi,xx), de même qu’au sternum scapulaire des Grenouilles ', la vertèbre postérieure fait saillie en arrière , à partir de l’ articulation des clavicules. Meckel a déjà reconnu ce cartilage pour un sternum ; seulement il ne s’est point élevé à l’idée d’un sternum pelvien , quoiqu’il y ait nécessité absolue que quand les ceintures scapulaire et pelvienne sont semblables , le sternum se répète aussi.

DLXXXVII. Membres OU tritovertèbres rayonnantes du tronc. Nous avons trouvé, chez les Poissons, des membres impairs et pairs , qui tous s’en tenaient encore à répéter les lames branchiales , prototype de toute formation quelconque de membre, c’est à-dire qu'ils avaient la forme de nageoires, dont seulement on voyait de temps en temps un rayon se détacher et devenir libre. Dans les Reptiles , les membres sont moins nombreux , mais ils demeurent libres; on n’en voit non plus que de pairs , toujours relatifs uniquement à la respiration antérieure et postérieure du tronc. Si l’on excepte la colonne vertébrale caudale , il n’v a trace nulle part de membres impairs du tronc dans le squelette , quoique les Protéides et les Tritons aient , principalement à la queue , des nageoires membraneuses , supérieures et inférieures , qui rappellent la dorsale et l’anale des Poissons.

Du reste, tous les Reptiles branchiés ont des membres thoraciques. Mais les Sirènes sont privées de membres abdominaux.

Une chose remarquable, c’est l’antagonisme qui existe, chez les Grenouilles et les Crapauds , entre la formation de nageoires a la queue , et les membres pelviens , les nageoires commençant à s’effacer dès que ces derniers poussent (1).

(i) Nous voyons souvent la nature produire , comme monstruosités , certaines formes qui ne peuvent plus avoir lieu régulièrement à certains degrés d’organisation. Les Reptiles nous en fournissent des exemples en ce qui concerne la formation des membres. Je citerai entre autres le cas d’une Grenouille , conservée dans le cabinet de Zurich, entre les pattes de derrière

DLXXXVIÏI. Membres thoraciques et pelviens en général. Chez les Poissons ; ees membres n’étaient encore composes que d’ articles inférieurs , imparfaitement développés , et d’articles terminaux. Ici , au contraire , la division en trois articles se prononce pleinement partout , et , au lieu de s’étendre d’une manière indéfinie , comme dans les Poissons , elle suit une marche plus pure ou plus régulière , par exemple , une progression arithmétique, 1 * 2 ! 3 , dans le Protée , et une progression géométrique, 1 ; 2 ! 4, dans les Salamandres. Cependant on rencontre aussi des écarts considérables de ces rapports simples , tantôt des oblitérations (par exemple 1:2:2 dans les membres pelviens du Protée), tantôt des divisions plus fortes , qui tiennent à ce que chaque moitié de l’article inférieur se partage autrement que l’autre , par exemple ,

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