‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 3)Chapitre 15 sur 71 · Œsophage et estomac des Poissons · texte numérisé non relu

Œsophage et estomac des Poissons

Le canal intestinal des Poissons est extrêmement court en proportion du corps , car souvent il ne fait que suivre en ligne droite la longueur de la cavité abdominale , et par conséquent n! égale pas, à beaucoup près, celle de l’animal entier , puisque l’anus se trouve à l’extrémité antérieure de la colonne vertébrale caudale. La même chose avàit lieu déjà chez les Annélides et les Insectes. Ce peu de longueur du canal intestinal rendrait la digestion presque impossible , s’il n’était compensé par le très-long séjoup qu’y fait la nourriture généralement animale des Poissons (ï>. Du reste , il est plus que probable que ces animaux ne se sustentent pas uniquement des alimens grossiers qu’ils admettent dans leur appareil digestif ; la faculté qu’ils ont de vivre long-temps et même de croître dans l’eau pure, sans prendre autre chose que les Infusoires qui s’y trouvent , le prouve assez , et nous rappelle les Oozoaires , dont tant d’espèces s’alimentent par l’absorp-

(i) Home (/.eclarci on compative atiatomy ^ pag. 34o) parle d’une Perche qui ne mangea qu’nne seule fois dans l’espace de dis à quinze jours.

tion générale , n’ayant point de canal intestinal proprement dit.

Dans les Poissons dont le canal intestinal traverse la cavité abdominale en ligne droite , on ne peut ordinairement évaluer la longueur de l’estomac que d’après l’insertion du 'conduit biliaire , de sorte que , dans les Lamproies , par exemple , on est obligé de considérer comme œsophage la portion étroite qui est située au dessus de l’organe respiratoire ou derrière, et comme estomac , celle peu dilatée qui se trouve derrière le foie , et qui n’est séparée de la précédente que par une petite valvule interne. Cependant la structure du canal intestinal n’est aussi simple que dans un petit nombre d’espèces ; chez le plus grand nombre , on rencontre un œsophage d’une ampleur considérable , et intérieurement garni de plis longitudinaux (pl. IX , fig. XIX , q , XX , XXI) , qui , d’une manière insensible , et après un court trajet , se dilate pour produire l’estomac , dont la structure ressemble assez à la sienne tf) , et dans lequel s’ouvre communément le conduit excréteur de la vessie natatoire ( la trachée-artère ). Mais Celui de tous les Poissons dont , suivant Home (2) , l’oesophage s’éloigne le plus de la fonne ordinaire , est la Myaine , chez laquelle , indépendamment des six trous branchiaux latéraux , on en trouve encore un impair par lequel ce canal s’ouvre au dehors, et qui , suivant toutes les apparences , a principalement des connexions avec la fonction respiratoire. If est très-remarquable aussi que le canal alimentaire naît de la çatité branchiale dans r^mmocce^esimOTcMaZis ( pl. IX, fig. XVII ) , car cette disposition rappelle celle que nous avons décrite chez les Ascidies ( § 494). Suivant Rathke (3) , le canal alimentaire

(1) Il n’est pas rare qae les Poissons rapaces , comme le Brochét , conservent encore dans l’œsophage- une portion de la proie qa’ils ont avalée , tandis que le reste se trouve dans l’estomac; ils commencent par digérer cette dernière portion , après quoi ils refoulent l’autre dans l’estomac.

(2) /iw, i8i7,cah. I.pag. aS.

{3) Beitrcege zur Geschichte der Thierwelt , tom. II, cah. II , pag. 87.

5o traité d’anatomie comparée.

( îcyil , 20 ) naît dans un pli postérieur de la eavité branchiale ( fig. XVII , 18 ), par une ouverture si petite quelle pefinet à peine l’introduction d’une sonde capillaire ; il n’y a point d’estomac , et l’oesophage se continue de suite avec l’intestin.

ba forme de l’estomac lui-même varie à l’infini dans les divers genres et espèces de Poissons. Cependant sa cavité est généralement simple, et on ne connaît que la Baudroie {juophius piscatorius) oh. elle soit , au dire de Home , partagée en deux compartimens par un étranglement d’ailleurs peu profond. Sa forme la plus ordinaire , par exemple dans le Brochet , la Lote ( pl. IX , fig. xvi ) , l’Esturgeon ( fig. xix ), l’Anguille , le Gymnote , la Truite saumonée ( fig. xxi ) , etc. , est celle d’un cul-de-sac , qui, en remontant vers le haut et se rétrécissant , communique avec l’intestin par un pylore rarement trés-pontracté. L’estomac est surtout d’une ampleur considérable ches les jeunes Poissons , à tel point que , dans vfïi Silmus grZams très-jeune , j’ai trouvé qu’il remplissait toute la cavité abdominale. Sous le rapport de la structure de ses parois , il ressemble assez déjà à celui de l’homme ; la tunique musculeuse , en particulier , est bien apparente , et souvent même très-déyeloppée ; on aperçoit peu de glandes ; la membrane interne forme ordinairement de nombreux plis longitudinaux , surtout dans le fond du viscère , mais parfois aussi elle offre plusieurs plis transversaux, ou une texture faiblement réticulée.

Je signalerai encore , comme ayant une forme remarquable , l’estomac du Congre et du Tetrodon oUongus , décrits par Cuvier . Chez ce dernier , un ample sac globuleux constitue l’estomac , offrant deux orifices opposés , l’un en haut , pour l’oesophage , l’autre en bas pour l’intestin. Dans le Congre , le cul-de-sac stomacal se recourbe bien de bas en haut, comme à l’ordinaire, pour se continuer avec l’intestin après s’êlre rétréci ; mais , inférieurement , il est pourvu

organes de dA digestion.

d’un long appendice terminé en pointe. JL’estomac du Pleuronectes flesus a la forme d’une bouteilîe ( fig. xx ) , et ' celui de ï Ammodytes tphianus (1.) est extrêmement long. Quant à l’estomac des Raies et des Squales , il est construit d’après le type ordinaire , c’est-à-dire qu’ü a la forme d’un boyau dilaté et recourbé de bas en haut , de sorte qu’il ne mérite point de description particulière (pl. x,fig. n etiii). Le Squalus maximus seul diffère des autres, suivant Home {%}, en ce que la cavité stomacale ordinaire communique par une ouverture fort étroite avec un second estomac arrondi et plus petit , qui s’ouvre daos l’intestin par un pylore également trèsrétréci. L’estomac lui-même contenait une grande quantité de pierres. Les Squales sembleraient donc suppléer à l’absence ^es dents molaires par ces corps étrangers qui, chez eux , tiendraient lieu des dents stomacales observées chez les Mollusques et autres.

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