Intestin des Poissons
Ayant déjà signalé plus haut le peu de longueur du canal alimentaire en général, et par conséquent aussi de l’intestin en particulier, nous aurons d'abord à parler ici des cæcums qu’on , rencontre si souvent au voisinage du pylore , et qui répètent , d’une manière bien précise ceux qu’on trouve tant dans les Mollusques que dans les Insectes ( § 440 ). Chez certains Poissons ^ ces appendices sont extrêmement courts et en petit nombre. Ainsi , par exemple , d’après Cuvier , plusieurs Pleuronectes n’en ont que deux courts (pl. ix, %. xx, a), et il n’y en a non plus que deux, mais plus longs , dans la Baudroie. Dans d’autres espèces^ au contraire, telles que le Gymnote électrique et la Truite saumonée ( pl. ix, fig, xxi ) , ils sont bien plus nombreux, acquièrentparfois une longueur con-
(t) Rathke , Loc. cit. pl. it , fig. t,
(py Philos. Trans. xZoÿ
5a THÀi TÉ d'anatomie comparée.
sidérablé , comme dans la Lole (fig . xvi , t ) , et finissent même par se confondre en une seule masse presque glanduleuse, comme dans l’Esturgeon ( fig. xix, c) , où cette masse représente un appareil très-remarquable de cryptes muqueuses (1). Au reste , la sécrétion muqueuse fournie par ces cæcums étant fort abondante , et le liquide s’épanchant au même endroit que le suc pancréatique chez les animaux supérieurs , nous pouvons considérer comme suffisamment établie l’opinion déjà exprimée ( § 50i ) à l’égard de ces organes , et voir réellement èh eux les analogues du pancréas de l’homme,
Cependant il est beaucoup d’autres Poissons chez lesquels on ne retrouve plus ces appendices. Tels sont les Carpes, les Brochets , les Anguilles , les Lamproies , les Raies et les Squales. Mais on rencontre , chez ces derniers , une organisation fort remarquable; la membrane interne de l’intestin forme , immédiatement derrière l’estomac , un large pli , qui se continue en spirale dans l’intestin et se termine au rectum ( pl. X , fig. Il , III , h , vu en dehors ). Si l’on ouvre l’intestin par lé bas , ces spirales prennent la forme d’une rose. Dans un Squalus maximus long de trente pieds et demi, l’estomac était suivi d’une dilatation de l’intestin dans laquelle s’ouvrait le conduit biliaire : l’intestin grêle , pourvu d’une valvule , avait quatre pieds dix pouces de long , et la valvule spirale était très-ferme (2). Cet organe semble surtout destiné ici à compenser l’excessive brièveté du canal intestinal , et à ralentir un peu le cours des alimens.
Le reste du trajet de l’intestin varie à l’infini dans les divers genres, tant sous le rapport dès circonvolutions, que sous celui de la structure , la surface interne étant garnie de plis longitudinaux ondulés, comme dans l’Anguille, ou réticulée , comme dans l’Esturgeon , etc. J’ai trouvé la couche mem-
(î) Il es! figuré aussi dans mes Tàbiitœ illustrantes ^ cah. IV, pl. iv.
(à) Homk, LecUUes on comparative anatomj, pag. Sgr,
braneuse externe de la première moitié de l’intestin extrêmement épaisse et d’une consistance presque cartilagineuse dans le Brochet. Chez V Ammocœtes hranchialis on est frappé du renflement considérable que le canal présente, après avoir commencé par une portion presque aussi déliée qu’un cheveu (pl. IX , fig. XVII , 22 ).
L’intestin ne décritpoint de circonvolutions quand il marche en ligne droite vers l’anus , comme dans les Lamproies , les Raies et les Squales. Mais, dans la plupart des autres genres, il offre quelques flexuosités , rarement considérables , par exemple dans l’Esturgeon (pl. ix, fig. xix) , la Lpte , la Baudroie , l’Anguille de Surinam, les Pleuronectes (fig. xx) , etc. Dans l’Anguille de Surinam , le rectum remonte Vers la région stomacale , suivant Home (1) , et l’anus est placé fort en avant, du côté de la tête, disposition remarquable en ce qu’elle nous rappelle la marche de l’intestin chez plusieurs Mollusques , par exemple chez les Céphalopodes.
Enfin , chez la plupart des Poissons , le canal intestinal se dilate à son extrémité postérieure , et y forme , comme chez les Insectes (2) , un gros intestin , auquel l’intestin grêle s’insère souvent par un renflement charnu annulaire ( pl. iv , fig. XVI ,1, où ce renflement est représenté tel qu’on le voit dans la Lote ). Il est rare que le renflement manque tout-àfait ; cependant on n’en trouve aucune trace dans la Carpe , par exemple. Chez d’autres Poissons, les Spares entre autres, d’après Cuvier , il est fort considérable , et parfois même , ^’ljômme dans l’Esturgeon , il est muni d’une valvule en spi-
Chez les Squales , une bourse glanduleuse s’ouvre dans le rectum par un petit cariai excréteur. Home compare cet organe à la bourse du noir dans lès Céphalopodes. Ainsi qu’un grand nombre d’autres sécrétions qui s’opèrent au voisinage
(1) Ibidi.T^ag. 387.
(2) Voyez § 5x8, où la signification primitive de cette formation a . été discalée.
S'4 ' traité d’anatomie comparée.
de l’anus , il nous rappelle que cette région du corps , par laquelle s’échappent les résidus de la digestion , a d’étroites connexions avec l’organe respiratoire ( appareil volatilisateür de la masse organique ) , qu’il y a une affinité intime entre les organes de la respiration et ceux de la sécrétion , et que ceux-ci ne peuvént être considérés que comme des répétitions de ceux-là , sujet sur lequel nous reviendrons plus amplement en traitant des sécrétions.
Le rectum dés Poissons s’ouvre en général tout simplement par un anus rond, situé immédiatement au devant de l’ori* fice des organes urinaires et génitaux, dans une cavité oblongue qui se voit en avant de la nageoire anale ( pl. ix , fig. XVI , X). Celte cavité est plus profonde dans les Raies et lesSquâles, où elle ressemble davantage à un renflement terminal de l’intestin (cloaque), par lequel l’animal se débarrasse des éxcrémens, des œufs ^ du sperme et derUrine, tomme les Céphalopodes le font par leur entonnoir .
Quant aux attaches de l’intestin , elles ont lieu , non plus seulement par des vaisseaux , comme dans les classes précédentes , mais par un véritable mésentère. Les Cyclostomes seuls font exception , car leur intestin , qui traverse la cavité abdominale en ligne droite, n’est retenu en place que par des vaisseaux (pl. ix, fig. xvii, 23). Les feuillets généralement très-minces de ce mésentère , sont formés par une dUplicature du péritoine , et naissent ou de la colonne vertébrale , ou de la vessie natatoire , lorsque cette dernière est solidement fixée à la colonne , comme dans la Lote (fig. xvi).
Lé canal intestinal entiér est enveloppé , avec le foie et la fàte , par le sac péritonéal , qui tapisse intérieurement la cavité abdominale , et que nous avons déjàtrouvé dans les Gastéropodes et les Céphalopodes. Le péritoine a néanmoins cela de particulier , dans les Raies et les Squales , que l’eau y afflue libreraent, au moyen de deux petites ouvertures situé es sur les côtés de l’anus, circonstance sur laquelle nous re-*
viendrons en décrivant les organes de la respiration èt èeux de la génération.