Zntesim des ILeptiles
L’analogie la plus formelle entre les Reptiles et les Poissons règne à l'égard de l’intestin , comme sous le rapport de l’estomac. L’intestin, ordinairement situé plus à droite qu’à gauche , est cpurt et peu contourné. On peut presque toujours le distinguer en intestin grêle et gros intestin. Ce dernier est proportionnellement très long et très-fort. Le rapport de la longueur de l’intestin grêle à celle du gros intestin est de 7 1/2 à 1 dans la Tortue d’Europe , suivant Meckel (2), tandis que, dans la Cheloniamydas, le gros intestin est plus long que
(i)Reil’s tom. VIII, cah. 2.
(a) Megrei’s Archtv,, toin, III, pag. 204.
OSGATîES DE EA DlGEÊTIOir. " 65
l’autre. Dans lés Batraciens et les Sauriens , la proportion est de deux ou trois à un; mais, dans les Ophidiens, elle est cornmunëment plus élevée, et de quinze ou vingt à un. A Tendroit où les deux intestins s’abouchent ensémble , où observé un renflement ou plutôt une petite intussusception.
Telle est la manière dont l’intestin Se comporte èn général dans les Grenouilles, les Salamandres (pl. xin, fig. i,c, d), les Tortues (fig. v, 1, m, n), et les Sauriens (pl. xii, fig. XIX, r , s , t). Cependant Hoiùe nous apprènd que lé gros intestin de quelques Chéloniens présente un rétrécissement à sa partie inférieure , et qu’où y trouve aussi un petit cæcum à l’insertion de l’intestin grêle. En outre , d’après Cuvier , la partie supérieure de la face interne de rïntéstin grêle du Crocodile du Nil est garnie de petites villosités , et sà partie inférieure couverte d’une couche glanduleuse , etc.
En général , la face interne de l’intestin oflre plusieurs particularités , que Meckel, a décrites , et dont il a même figuré quelques unes. On remarque d’abord la fréquence des cellules réticulées ( fripera naja fChamœleoTv vulgaris) , OU dès plis longitudinaux ( Testudo grœca ' Iguana delicatissima ) , formation qu’on ne retrouve plus portée à ce degré de développement que chez les Mammifères , dans la famille des Ruminans. On est frappé aussi de l’analogie que la structure celluleuse de la membrane interne de l’intestin (par exemple dans la Viper a naja) établit entre celle-ci et la face interne du poumon des Serpens.
Ceux de tous les Reptiles qui ont l’intestin le plus court , sont le Protée , où il ne forme point , à proprement parler , de circonvolutions , et les Serpens , où sa longueur n’égale ordinairement pas celle du corps , et où il gagne l’anus en ligne droite ( par exemple dans la Couleuvre à collier) , à tel point même qu’on ne reconnaît le gros intestin qu’à la saillie plus forte des plis longitudinaux. Cependant Home (1) a
(i) Lecturès on comparative anatomy, pag.
66 TRAlTÉ.D’AWATOMIfi COMPARÉE. -
trouvé l’intestin long et très-contourné dans les Serpens aquatiques , et il ’a vu un long cæcum chez un grand Serpent d.’ Afrique. Ceceecum existe égjalement dans le Tortriæ scytah-, (pl. xïi , fig. yin, d’aprè^ Meckel) et dans les ÂmpMsbènes. Ôn ie rencontre aussi dans le ^eps tridactylus , le Gecko œgyptiacus^ 'iQ§ Stellions et les Lézards, parmi les Sauriens, ainsi’ que çljez^ plusieurs Çhélonieus ; niais il paraît n’en exis? ter aubji^né tcqcc chez les^ Batraciens.
ïmmcdiatenienî. au deyant ifc l’anus, l’intestin des Reptiles fojçme 5 pomine çîiez les Rai§s et les Squales , un cloaque , c’est-à-dire une dilatation , souvent considérable , dans laquelle: s’ pnytènt, ayeç le rectum , les organes urinaires et ceux de la génération (pl. Xii , fig. xix, z, pl. xin, fig. v, o), L’anu§ lui-n|éme a la fqrme d’nn T dans les Grenouilles, d’une fente longitudinale garmc de deux lèvres renflées dans les Salamandres , .et d’une fente transversale dans les Ophidiens éî les. Sauriens. .
Le canal intestinal est toujours soutenu par un mésentère délicat , à peu près comnte^chez les Poissons. On sait que la transparence de ce mésentère le rend très-propre , surtout chez les Grenouilles , à servir aux observations qui ont pour but de constater le phénomène de la circulation.
ÎV. Organes digestifs des Oiseaux.
i. Organes dj? nsastiçatl.on ^ dp gustation j de succion et de déglutition des Oiseaux.
Comme les organes digestifs (des Reptiles se rapprochent de ceux des Poissons, ainsi ceux des Oiseaux ont des rapports très r^ro^rquables. avec l’appareil de la digestion ehez les Reptiles.
La forme de la bouche et de l’appareil masticatoire des. Oiseaux est facile à déduire des détails dans lesquels nous! sommes entrés précédemment sur celle des os maxillaires de ces animaux , en traitant du squelette. En effet, ce sont les
ORG4.HE5 DE Lii DIGESTION. 67
deux côtes faciles les plus antérieures , ayec le membre céphalique essentiel, qui , revêtues de plaques cornées , à peu près comme les phalanges onguéales iJes orteils , constituent le bec , c’est-à-dire l’organe avec lequel l’Oiseau saisit ses alimens sans les mâcher.
La forme du bec exerce une si grande influence sur le genre de vie tout entier des Oiseaux , qu’on a toujours pensé que c’était à elle surtout qu’on devait avoir égard dans l’établissement des classifications ornithplogiques. Ayant déjà fait connaître les particularités les plus importantes qu’offrent la structure et les mouvemens des deux moitiés du bec , et les différences qui roulent uniquement sur la configuration étant plus du ressort, dp la zoologie que de la zootomie physiologique , je me bornerarà discuter ici quelques points de l’histojre de ce bee , dans lequel nous trouvons d’ailleurs une fépétition frappante de celui des Céphalopodes.
Nous ayons déjà vu que, la plupart du temps, le bec est entièrement enveloppé de corne , mais que, dans certains cas, par exemple chez les Oies , les. Canards , les Bécasses , il est revêtu d’une membrane molle et nerveuse , qui , tenant ieu des lèvres, doit servir comme organe tactile. D’un autre côté, il est remarquable aussi que, fort souvent, par exemple dans les Oies , les Canards, les Faucons, les Pies-grièches , et surtout le Mer gus serratpr, l’ enduit corné du bec ofire des saillies parfaitement semblables à des dents , et tantôt isolées, tantôt formant des rangées entières. Cependant, comme ces dentelures ne tiennent point aux os maxillaires eux-mêmes , on peut plutôt les comparer à celles des mâchoires des Insectes qu’aux dents proprement dites des animaux supérieurs, et elles appartiennent encore en grande partie au dermato. squelette , tandis que ces dernières se rattachent exclusive ; ment au splanchnosquelette.
Le mouvement des deux moitiés du bec est surtout remarquable en ce qu’il ne se réduit pas à l’abaissement et à
68 TPaiTÉ d’ànàtomie comparée.
l’élévation de la mâchoire inférieure , car la supérieure a la faculté de se mouvoir aussi sur le crâne ( § 253 ) , et non pas en même temps que lui , comme il arrive chez le Crocodile (§ 537 ).
L’abaissement de la mâchoire inférieure a lieu principalement , de mêîne que chez les Reptiles ( § 537 ), par l’action d’un ou plusieurs muscles , dont le plus grand et le plus constant a été appelé pyramidal par Hérissant. Ces muscles s’insèrent à l’apophyse située derrière l’articulation et àl’os occipital ( pl. XV, fig. VIII, 48;, fig. X, b.), et par conséquent ilsouvrent le bec en faisant baisser sa pointe. Son élévation dépend d’un grand muscle , analogue au temporal et au masséter ( pl. xv, fig. VIII , 49, fig. X b ), et d’un à deux autres muscles provenant des os palatins ( ptérygoïdiens ). Du reste , quand les branches de la mâchoire inférieure ont une articulation , comme dans l’Engoulevent ( § 254 ) , les muscles pyramidaux paraissent produire Rélargissement du bec , et les ptérygoïdiens son rétrécissement , de même qu’un certain mouvement latéral de la mâchoire entière peut être aussi le résultat de leur action.
Quant au mouvement de la mâchoire supérieure, il résulte en partie de la puissance musculaire , en partie de l’élasticité des os nasaux et intermaxillaires. En effet, les apophyses zygomatiques de la côte de la vertèbre auditive et des côtes palatines font que, quand l’Oiseau ouvre le bec, la mâchoire supérieure se trouve soulevée par l’action de quelques muscles fixés à l’os carré, mais que, quand il le ferme, c’està-dire quand l’os carré reprend sa situation primitive , cette même mâchoire est tirée de haut en bas , mouvement que favorise l’élasticité de la plaque par le moyen de laquelle seule la moitié supérieure du bec tient au crâne.
Le mécanisme des mouvemens du bec dans le Bec-croisé ( Loæia curvirostra ) est fort remarquable , et il a été observé avec soin par Townson (1) ; chez cet Oiseau , l’inégalité des
(i) Tracts and ohscrvâlions in natüral hislory, Londrès , 1799,
OR&AMES DE LA DIGESTIOîî. (jg
deux branches de la mâchoire inférieure permet un mouvement latéral particulier des deux moitiés du bec.
L’hyoïde des Oiseaux ( pl. xiv^ fîg. tu, b ) rappelle encore, à beaucoup d’égards , celui des Reptiles. Il consiste en un corps étroit , mais long , situé, dans la direction de la colonne vertébrale , et auquel s’insère de chaque côté une longue corne recourbée en arrière et en haut. Ces cornes sont ordinairement formées d’une pièce antérieure osseuse et d’une pièce postérieure cartilagineuse ; cependant je trouve, dans le Faucon , que cette seconde pièce est également ossifiée , et qu’elle en supporte encore une troisième cartilagineuse.
La^ disposition des cornes de l’hyoïde est fort singulière dans le Pic , dont la langue longue et vermiforme rappelle celle des Serpens ( § 640 j. Chez cet Oiseau , en effet , les cornes sont très-longues et filiformes , comme dans les Serpens ; elles s’insèrent sous un angle aigu à l’extrémité la plus postérieure du corps de l’hyoïde, s’élèvent des deux côtés de la colonne vertébrale vers la face postérieure du crâne , s’engagent dans des gouttières particulières que celui-ci leur offre , arrivent ainsi jusqu’à la base du bec , et finissent par s’attacher, au moyen d’un tendon fendu à la base, mais simple à l’extrémité, dans un canal situé au côté droit du bec. Le corps de l’hyoïde , qui porte un os lingual étroit et lancéolé, est également presque filiforme dans le Pic ; il n’offre pas en arrière cette apophyse droite ( pi. xvi, fig. iii ) qu’il présente chez la plupart des autres Oiseaux, et qu’on rencontre fréquemment aussi dans les Poissons et les Reptiles.
Cuvier a reconnu que , dans le Pélican et la Spatule , le corps de l’hyoïde a la forme d’une plaque pentagone , qui rappelle l’hyoïde aplati des Grenouilles et des Crocodiles.
La langue est ordinairement soutenue par un os ou cartilage qui s’unit de diverses manières avec le bord antérieur d^ l’hyoïde. Dans l’Oie , par exemple , c’est une sorte d’arti-
70 TRAITÉ d’ahAtoMÏE COMPARÉE.
culation en charnière ( pl. siT, Bg. vu, 7 ), qni, rétenuè cependanjt par une apophyse très-saillante de la partie ântè-^ rieure et supérieure de l’hyoïde , ne permet qu’un mouvement de haut en bas et des flexions latérales à l’os de la langue , dont la forme est allongée et semblable à celle d’üne lancette. Dabs le Faucon, au contraire, je trouve un os lingual plus petit , dont, là partie postérieure se partage éndeux branches , entre lesquelles est reçu le corps de l’hyoïde.
Plusieurs muscles servent à mouvoir l’hyoïde et la langue elle-même. La langue est portée en avant par une sorte de génîo-giosse ( pyramidal de Vicqd’Azyr) (1) (pl. xv, fig. x, f ), qui se contourne autour des cornes de l’hyoïde , prend son attache en devant à la mâchoire inférieure , et offre une longueur considérable dans lé Pic. Elle est ramenée dans la bouché surtout par une espèce dé muscle stylo-hyoïdien, qui se porté ici de l’apophyse coroffoïde de la mâchoiré inférieure à l’os lingual (fig. X, e)j et dont l’action est appuyée encore, dans le Pic , par celle d’ün autre muscle allant des cornes de l’hyoïde à la trachée-artère. On trouve , en outre, un mylohyoïdien , un cérâto-hyoïdiëh ( fig. x , g ) et un laryngohyoïdien.
La langue en elle-même a peu de mobilité , comme on peut en juger d’après la manière dont l’os lingual est fixé ; aussi n’y a-t-il que peu de muscles qui lui appartiennent en propre.
La forme de la langue est très-variée, et se rapproche souvent de celle que cet organe affecte dans les classes précédentes.
On doit surtout remarquer là langue du Colibri (2) , qui est longue , tubuleuse , propre à sucer le suc des fleurs , et
(1) Mémoires de Vaead. des sciences , 1772, 1773.
(2) Tiedemann’s Zoologie, tom. Il , pag. 116.
ORGÂHES DË tA ï)IGESTÏOBr. ^ I
qui rappelle si bien la trôiripe des Abeilles (i) et âes Papillons.
Celle des Pics ( pî. tti , fig. iiï ) réssembré à un dqrd ; sa partie antérieure esi cornée , la postérieure niolle , puante , et garnie de soies dirigées en arrière. Le niéçanismé que nous avons décrit plus haut pe'rihêt que l’oiseau la fasse àprtir de plusieurs pouces, et S’en Sérvê pour aÜér cTiércher lès insectes sous l’écorce déS âÀbrès.
Dans plusieurs feapaces , la langue est un pèu fènduè , de ïUêineque chez divers Reptilés. Èiléést lrahgèé âféxlrémité dans les Ëtournéàüi , les Grives et surtout lés Pliitédons , où èiie Se terminé par une sor te de pincë^^
Assez souvent elle est garnie de pointes aigiies et tournées ën ârrière, qui rappeilent lés dents linguales des Poissons. C’est ce qu’on observé chez plUsièû'rs Palmipèdes et même à la base de la langue de la plupart des Giselux.
Elle est charnue et molle dans les Perroquets, où l’on peut la considérer comme un organe gustatif , tandis que ^ chez tâtit d’aùtréS Oiseaux, elle ne Joue évidemment que le rôle d’un simple ôrgàne d’ingestion.,
A l’égard des autres parties des cavités orale et gutturale des Oiseaux , nous devons faire observer qu’ici encore ces deux cavités né sont pas suffisamment distinctes l’une de l’autre , attendu qu’il n’existe pas de voile du palais , et que rôüvertüre postérieure des narines et la glotte représentent seulement deux fentes longitudinales’ qui se corre^ondent é't qui sont ordinairement garnies de papilles fort inclinées.
ïl a déjà été dit plus haut que les deux trompés .d’Eiistache aboutissent à une cavité mucipare , derrière l’ouverture postérieure des narines.
Enfin , nous trouvons dans quelques Oiseaux des âppen-
(i) On se rappelle que, chez les Âheilles , les raâchoires prolongées servent de fourreau à la langue, à peu près comme font ici les deux moitiés du hec.
TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
dices sacciformes de la cavité orale semblables à ceux que nous avons déjà décrits chez plusieurs Reptiles. Tels sont la vaste poche placée à la partie inférieure du bec des Pélicans, et le sac laryngien de l’Outarde , qui s’ouvre en devant sous la langue. Tiedemann (1) assure que ce dernier sac existe chez les mâles comme chez les femelles , et Home (2) prétend cependant qu’on ne le trouve point chez les jeunes individus. Dans la classe des Reptiles , ces dilatations paraissent servir à permettre que l’animal prenne plus d’air , quand le besoin de la respiration devient plus impérieux chez lui , comme par exemple pendant la colère ; mais les Oiseaux ne les emploient que pour mettre en réserve des alimens ou de l’eau. La seule Ardea argula a, suivant Home, un sac laryngien uniquement rempli d’air , et qui communique non avec la cavité orale , mais avec les cellules aériennes du cou.