‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 3)Chapitre 21 sur 71 · ïntestm des Oiseaux · texte numérisé non relu

ïntestm des Oiseaux

Le canal intestinal des Oiseaux sort de Fëstomac à droite.

fl décrit une anse oblongue (3), qui embrasse le pancréas, et dont la seconde branche revient presque toujours jusque

(1) HomA. Loc.cit. pag. 27 r.

(2) Voyez mes Ta bulœ illustrantes , cah. IV, pl. vr.

(3) Je ferai voir pins loin que celle anse lient à ce que , chez le Poulet) toute celle portion de l’inteetin se U’ouve hors du rentre,

vis-à-vis du pylore (pl. xv , fîg. ix, m). Lui-mêipe est souvent d’une force considérable ep cet endroit, smUout cbe? les jeunes sujets. A partir de là , il décrit de nombreuses circonvolutions (n) , et finit par marcher en figue droite , le long. du saçrum , pour gagner l’anus. Gependant l’anse primitive se répète plusieurs fois dans la Procellarm glqpia-- Ks (i) , et ce’ n’est qu ensuite qu’on voit commencer le gros intestin.

Cette seconde, portion (z,;s) ofire fréquemment un ou deux çœçums , se dilate ensuite un peu , et représente ainsi le gros intestin , dont le voluine. n’apprpcfie cependant pas de celui qu’il a chez la plupart des Reptiles.

En général, le canal intestinal dps Oiseaux se rapproche plus , par sa longueur peu considérable , de celui des classes inférieures que, de celui des Mammifères. On le trouve surtoutArès-cOtUCt cbez la plupart des Rapaces, .Çependant il a une longueur extraordinaire dans V Ajpfenodytes demersa, d’ après les observations de Quoy et Gahnard ; restomac de cet Oiseau , long d’un pied environ , descend très-bas dans la cavité aMpminale , et Fintestiu lui-même a vingt-quatre pieds , de sorte que sa longueur est à celle du corps dans la proportion de ; i.

Les parois musculeuses de l’intestin sont ordinairement fort épaisses , et la plupart du temps la membrane interne est couverte de villosités très-longues, qui en garnissent toute l’étendue,, à l’exception seulement des cæcums.

Chez plusieurs Palmipèdes , l’Oie par exemple , la partie antérieure du canal intestinal est couverte de plis longitudinaux ondulés, qu’on rencontre fréquemment uussi chez les Passereaux , et à la place desquels on voit paraître des villosités dans la partie postérieure , même dans les cæcums.

La structure réticulée ou celluleuse des Reptiles (§ 544 ) paraît être fort rare ici.

(i) Voyez mes Tahiîœ illustrantes , cah. IV, pl..vi, %. xiv«

So traité d’anatômir comparée.

A l’égard de l’intestin grêle en particulier , on a observé chez plusieurs Oiseaux, tels que Bécasse, Héron, Poule (pl. XVI, fig. ix),Oie, etc., un petit cæcum, qu’on doit évidemment considérer comme un rudiment du conduit qui va du sac vitellin a l’intestin dans le poulet ( ductus mtellointestmalis ) , puisque , suivant Macartney (1) , le sac vitellin lui -même ne s’efface jamais entièrement chez le Rossignol.

Le gros intestin ou rectum est très-court , excepté dans l’Autruche. On ne connaît que quelques Oiseaux granivores, les Gallinacés par exemple , chez lesquels il soit séparé de l’intestin grêle par une sorte de valvule. Je le trouvé d’mie ampleur extraordinaire dans le Striæ flammea ( pl. xv ,

fig. VII, b).

Les cæcums qui y aboutissent , et qu’il vaudrait peut-être mieux appeler appendices cæcaux, présentent des différences , dont les suivantes sont à peu près les plus importantes d’après Tiedemann (2). Ils sont très-longs dans les Oiseaux qui vivent de substances végétales , comme les Poules , les Faisans, les Paons, les Pintades , les Oies , les Cygnes ; plus courts dans la Chouette , le Coucou, la Grue^ la Bécasse , le Pélican , etc. ; plus courts encore dans les Pigeons (pl. XV, fig. IX, r), les Corbeaux, les Pie-grièches , les Moineaux, etc.; très-courts enfin dans les Accipitrea, les Mésanges, la Cigogne, les Mouettes, etc. Il n’y a qu’un seul cæcum , parfois roulé en spirale , comme celui des Seiches, dans le Héron, le Butor , le Harle. On n’en trouve aucune trace dans les Perroquets, les Pics, la Huppe, le Martin-Pêcheur , le Cormoran , etc .

Ordinairement ces cæcums sont lisses à l’intérieur , un peu rétrécis à leur embouchure dans l’intestin , et en grande partie pleins de matières fécales. Cependant , ceux de l’Au-

(1) Philos. Trans. i8rï , pag. 207.

(2) Zoologie, tore. II, pag. 456.

organes de la digestion. 8 i

truche dilTèrent de tous les autres , en ce qu’on y trouve une valvule spirale , semblable à celle qui existe dans l’intestin stomacal des Raies et des Squales , ou dans le gros intestin de l’Esturgeon.

Home (1) compare ces cæcums aux organes sécrétoires qui se voient dans le voisinage de l’anus , chez beaucoup d’animaux , par exemple à la bourse du noir des Céphalopodes. Oken (2) les considère comme des cornes de la vessie ; mais , pour que ce rapprochement fût fondé , il faudrait que l’allantoïde naquît d’eux et non pas du cloaque.

Une particularité remarquable , à l’égard du rectum luimême , c’est que , dans l’Autruche , suivant Perrault , un faisceau de fibres longitudinales y produit des poches ou boursouflures semblables à celles que cet intestin offre chez l’homme.

Quant à sa terminaison , elle se comporte presque entièrement de la même manière que chez les Reptiles. L’intestin s’ouvre , entouré d’une lèvre charnue ( pl. xv , fig. vu , c ) , dans un cloaque ( pl. xv , fig. ix , s , pl. xvi , fig. vu , a ) , c’est-à-dire dans une poche de forme très- variée suivant les espèces , mais le plus souvent globuleuse , par laquelle s’évacuent aussi l’urine , la semence et les œufs (3). Ce cloaque est entouré de fortes fibres musculaires , et il communique au dehors par une ouverture transversalement ovale , comme dans les Sauriens.

C’est ici l’endroit le plus convenable pour parler d’un organe sur la signification duquel nous reviendrons plus tard , en faisant connaître les diverses périodes que parcourt le développement de l’Oiseau , mais qui , chez l’animal parfait ,

(i) Lectures on comparative anatomy , pag. 4o4*

(a) tom. II, pag. 357.

(3) L’ Autruche senle, d’après Cavier, peut , en. raison de la sitnation qn’occnpe sa verge, se débarrasser séparément de l’arine et des matières fécales.

jr.

Sa traité d’anatomie comparée.

se rapproche , par ses fonctions , d’autres organes sécrétoires glanduleux qu’on rencontre au voisinage de l’anus.

On l’appelle bourse de Fabricius. G’ est une poche arrondie , parfois aussi oblongue , et à parois épaisses , qui se trouve au dessus du cloaque , avec lequel elle communique par une ouverture garnie d’une valvule ( pl. xvi , fig. vi , fig. vu , g).

A l’intérieur , elle est couverte de mucus visqueux. Son volume paraît diminuer avec l’ège de l’Oiseau, observation que Blumenbacli avait déjà faite , et dont j’ai reconnu la justesse sur les Poules , les Oies et un jeune Héron.

Le canal intestinal des Oiseaux est maintenu par un mé- • sentère , qui n’offre rien de particulier. Quant aux parois des sacs aériens de l’abdomen , qui déterminent ici la situation tant du canal que du mésentère , nous en traiterons lorsqu’il sera question des organes respiratoires. ,

¥îî. Organes digestifs des Mammifères.

1 . Organes de mastication , de gustation , de succion et de déglutition des Mammifères.

C’est une répétition très-significative des formations dévolues aux classes antérieures , que nous retrouvions ici les organes chargés de s’emparer des alimens constitués de manière à pouvoir être employés comme appareil de succion , seul office même qu’ils remplissent durant la première période de la vie. Cette disposition est générale dans tous les Mammifèrès. Cependant il mérite d’être remarqué que la succion n’est opérée , chez eux , ni seulement par la bouche, les lèvres et les muscles du pharynx , comme dans les Zoophytes , les Mollusques , les Yers et quelques Poissons, ni seulement non plus par la langue , comme chez les Insectes et plusieurs Oiseaux , mais à la fois par les lèvres , les muscles dès joues et la langue , qui , avec l’appui des organes respiratoires, y concourent tous comme parties essentielles. Il y a même des cas où la petite et ronde ouver-

ture de la bouche exerce en quelque sorte une succion continuelle sur le mamelon ; tel est celui des jeunes Marsupiaux renfermés dans la bourse maternelle (1).

L’ouverture orale elle-même se rapproche déjà beaucoup du type humain ; car c’est ici , pour la première fois , qu’on voit paraître de véritables lèvres, contenant des muscles propres à clore et ouvrir la bouche. Parmi les formes diverses qu’affecte cette ouverture , nous signalerons ici les suivantes,

La bouche des Vampires ( ) demeure toujours

propre à exercer la succion. Les lèvres ^ qui se dilatent en Une ouverture parfaitement ronde, rappellent d’une manière frappante' la bouche en suçoir des Lamproies (§ 625) , par les saillies glanduliformes qu’on aperçoit sur leur bord et principalement sur leurs parties latérales (2).

Une autre forme intéressante , sous le point de vue physiologique , est celle qu’on rencontre dans un grand nombre de Maramifères (Souris, Lièvres , Chauve-Souris , Chats, Chiens, Brebis , etc. ) , où la lèvre supérieure offre une fente dirigée vers le nez. Cëtte fente prouve que la région maxillaire supérieure , dont lé déveropipement , semblable à celui d’arcs costaux , part des deux côtés du crâne ^ est moins complètement fermée que. chez l’homme par exemple , fait attesté d’ailleurs par ce que nous avons dit plus haut de la scission complète de l’intermâchoire. On sait que la même fente se présente aussi quelquefois chez l’homme , comme vice primitif de conformation , et qu’on là. désigne alors sous le nom de hec de lièvre.

La bouche des Mammifères diffère presque toujours de cèllè de l’homme par sou allongement d’avant en arrière , et par sa largeur , qui la rapprochent tant du bec des Oiseaux

(r) Voyez mes Tabules illuitrantes , cab, III,

(2) Voyez la fignre de la bonche da phyllostoma perspîcillattnn dans mes Tabulée illustrantes , ,-ÿ\. vit, lig. i.

84 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

que de la bouclie des Reptiles et des Poissons. Cette disposition tient à la largeur de l’os maxillaire supérieur , et à ce que les mâchoires sont extrêmement longues en proportion du crâne. Mais ces dernières étant bien plus petites chez les jeunes sujets ( § 299 ) , il suit de là que ceux-ci doivent avoir aussi la bouche moins fendue que les adultes , ce qui lui permet de prendre plus aisément la forme ronde nécessaire pour exercer la succion.

Enfin nous devons signaler, comme répétition remarquable d’une forme de bouche propre à la classe précédente , celle del’Ornithorhynque, dont les mâchoires semblables à un bec n’ont point de lèvres proprement dites , et sont seulement couvertes d’une peau nerveuse analogue à celle qui tapisse le bec du Canard.

A l’égard de l’armure des mâchoires dans les Mammifères, elle varie au plus haut degré , et reproduit de diverses manières les organisations qui ont] été décrites précédemment.

Nous trouvons d’abord quelques genres , par exemple les Tourmiliers, qui n’ont pas de dents du tout, comme l’Esturgeon parmi les Poissons.

D’autres, semblables à plusieurs Poissons, le] Brochet entre autres , ont des dents au palais et à la langue , mais n’en portent pas aux mâchoires ; tel est, d’après Home (1) , le cas de l’Échidné , qui a la base de la langue garnie de vingt petites dents cornées , auxquelles correspondent sept rangées de dents pareilles au palais.

D’autres encore ont des dents maxillaires , mais non enclavées, et composées en quelque sorte de fibres cornées perpendiculaires. C’est ce qu’on voit dans la Vache marine ( § 311 ) et dans l’Ornithorhynque. Ce derniér porte une dent molaire dans chaque moitié de mâchoire. Pendant le

(î) lectures on comparative anatompi pâg. 3o3.

OUGAhÊs de la DIGESTIOK. 85

jeune âge , il en a deux . qui , avec le temps , se soudent ensemble. Sa langue est chargée aussi de deux pointes dirigées en avant.

Ailleurs, nous voyons les os palatins et maxillaires supérieurs garnis , à peu près comme les deux mâchoires des Tortues , de plaques cornées imbriquées , dont les fibres sont perpendiculaires et pendent librement à leur extrémité inférieure. C’est le cas des Baleines (1), dont les fanons {%) ont déjà été décrits précédemment.

Enfin, le cas le plus ordinaire est celui des dents proprement dites , semblables à celles qui arment les mâchoires des Poissons et des Reptiles. Quoique, chez les Mammifères, elles soient en général implantées dans des cavités de la mâchoire, au lieu de naître sur cette dernière, comme elles le font chez certains Reptiles et Poissons, elles n’en appartiennent pas moins au splanchnosquelette ; aussi avons-nous fait connaître leurs principales formes en traitant de ce dernier ( § 311 à 314).

Les détails dans lesquels nous sommes entrés sur l’articulation de la mâchoire inférieure ( § 297, 298 ) , sur l’os zygomatique (§ 294 ), sur les fosses temporales et les crêtes musculaires du crâne ( § 301 ) , ont déjà éclairé quelques points relatifs aux divers mouvemens que la mâchoire inférieure exécute pour mordre et pour opérer la mastication , qu’à proprement parler nous commençons seulement à rencontrer dans la classe des Mammifères. Nous avons dit aussi quelque chose ( § 369 ) des muscles qui accomplissent l’ac-

(r) Geoffroy Saint-Hilaire rapporte un fait remarquable, c’est que les jeunes Baleines ont aussi quelques germes de dents , mais dans la mâchoire inférieure seulement.

(a) Quoique cette masse semble entièrement composée de poils feutrés elle diffère cependant des poils, sons le point de vue chimique, en ce qu’elle ne contient pour ainsi dire pas de gélatine, étant presque entièrement formée d’albnmiiie et de phosphate calcaire (Voy. Home, loc, cit, p. 266)*

86 traité d’anatomie comparée.

tion de mordre et de mâcher , et qui déjà ressemblent pai^faitement à ceux de l’homme, quant aux circonstances essentielles. Nous avons trouvé que là où les molaires agissent plutôt comme des ciseaux que comme des meules , c’est-à-dire chez les Carnivores proprement dits , les muscles temporaux surtout ont un volume énorme , tandis qu’au contraire , chez les Herbivores , notamment leà Ruminans , où les mâchoires servent plus à broyer qu’à couper et déchirer , ces muscles sont proportionnellement petits ( pl. xviii , fig. xvii , b ). Le masséter se porte quelquefois un peu plus obliquement d’avant en arrière que chez l’homme ( fig. xvii , 7 ). Les ptérygoïdiens sont surtout importuns pour les mouvemens latéraux de la mâchoire inférieure , par exemple chez les Ruminans. Enfin , indépendamment de ces muscles, il en est encore un autre , chez beaucoup de Rongeurs , par exemple les Cochons d’Inde , les Écureuils et les Rats , qui élève la mâchoire inférieure et la porte en avant ; ce muscle , dont on doit la première description à Meckel, s’attache aux racines de l’apophyse malaire de l’os maxillaire supérieur.

L’abaissement de la mâchoire inférieure est opéré, comme chez l’homme , non-seulement par quelques muscles de l’hyoïde , mais surtout par un muscle correspondant au digastrique , qui cependant n’est réellement composé de deux ventres que chez un très-petit nombre de Mammifères , quelques Singes , par exemple , et qui , suivant Cuvier , n’existe point dans le Fourmilier , non plus que dans les Tatous.

Nous devons passer maintenant à la description de l’hyoïde ; mais ses principales formes ont déjà été indiquées à l’occasion du splanchnosquelette des Mamrnifères ( § 310 ), de sorte qu’il nous reste peu de chose à ajouter ici relativement au rôle qu’il joue dans les mouvemens de la déglutition, d’autant plus qu’en général cet os offre le prototype presque parfait de celui de l’homme.

Nous avons vu que sa forme se rapproche de celle qu’il affecte dans les classes inférieures , sous ce rapport que , dans beaucoup de Mammifères , par exemple les Ruminans , les Solipèdes et les Cochons , les parties auxquelles on donne chez l’homme le nom de petites cornes , tantôt sont plus longues^que les cornes postérieures , ou composées de deux pièces , tantôt s’unissent à la base du crâne par le moyen d’un long os aplati , et non à une apophyse styîoïde par l’intermédiaire d’un ligament, comme on le voit chez l’homme. Ces os plats sont donc réellement les grandes cornes de l’hyoïde des Poissons ou des Reptiles , tandis que les grandes cornes, ou cornes postérieures, correspondent à celles des Oiseaux et sont des métamorphoses de la partie antérieure 4’ arcs branchiaux. Au reste, les cornes antérieures et les os qui les fixent au crâhe (os styloïdes) se font remarquer, chez les Carnivores, par leur minceur et leur forme cylindrique.

Pour ce qui concerne le corps de l’hyoide , je puis ren • voyerau§310.

Quant aux muscles de cet os., ils sont très-nombreux, chez .les Mammifères comme chez l’homme. Ils aboutissent les Uns au sternum et à l’épaule (1) , les autres à la mâchoire inférieure et au crâne , quelques uns au larynx et à la langue. Cependant, comme leur marche ressemble assez à celle qu’ils affectent chez l’homme , je puis me dispenser d’en parler longuement , et je me contenterai de dire qu’on ne trouve presque jamais celui qui correspond au stylo-hyoïdien percé par le tendon du digastrique.

La langue des Mammifères a également été examinée déjà comme organe du goût ( § 400 , 401 ). Je n’ai plus à l’envisager que sous un seul point de vue , celui des fonctions qu’elle remplit comme organe d’ingestion.

(i) Cuvier dit que l’omoplat-hyoïdien manque chez les Mammifères privés de clavieules. Cependant Meckel l’a trouvé dans la Loutre , où. il naissait toutefois^ non des os de l’épaule, mais d:a muscle trapèze.

88 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

Ce rôle est joué aussi , mais d’une manière peu active, par la langue épaisse , charnue , lardacée (1) et peu mobile des Cétacés, qui, fixée à la base de la cavité orale , rappelle celle de certains Poissons. Il n’est pas rare que le bout de cet organe soit fendu en deux , comme chez plusieurs Reptiles ; c’est ce qu’on voit , par exemple , dans le Dromadaire , mais surtout dans le Phoque ( pl. xx , fig. iii ). La langue déchiquetée sur -les bords des Sarigues est également une répétition de la langue frangée de certains Oiseaux ( § 486 ). La langue vermiforme du Fourmilier et de l’Échîdné a de même beaucoup d’analogie avec celle desSerpens ( § 549 ) , tant par sa forme et ses mouvemens , que parce quelle paraît n’être qu’un simple organe d’ingestion. Enfin nous retrouvons encore , dans la classe des Mammifères , les armures de la langue qui ont été décrites à l’occasion de celle des Poissons. Ainsi les piquans dont la langue des Felis, notamment du Tigre et du Lion , est garnie , ressemblent parfaitement aux dents linguales des Poissons , puisqu’ils consistent de même en gaines endurcies, pointues et recourbées en arrière ( pl. xx, fig. IV ), dontles papilles molles de l’organe sont enveloppées, et qu’on sait qu’ils procurent à ces animaux la faculté de lécher jusqu’au sang. Il a été parlé précédemment des dents linguales dé l’Ornithorhynque et de l’Échidné. Les Phyllo stomes ont aussi la langue presque entièrement couverte d’écailles tranchantes et dentelées , qui font d’elle un organe d’ingestion.

Sous le rapport de la forme , la langue des Mammifères diffère de celle de l’homme en ce qu’elle est ordinairement plus étroite, plus longue , plus mince et plus mobile.

En général , ses mouvemens sont opérés par les mêmes muscles que chez l’homme. Cependant il n’est pas sans inté-

(2) Dan» la Baleine, elle fournit souvent trois tonnes d’huile. Voyez , Zoologie i tom, II,^ pag. 667.

rêt pour la physiologie de faire remarquer que le muscle lingual, en sa qualité d’organe appartenant à la sphère de la reproduction, diffère toujours de ceux qui servent à la locomotion, par une plus grande mollesse et une plus grande délicatesse de ses fibres.

Au reste, le mécanisme des mouvemens de la langue vermiforme du Fourmilier et de l’Échidné mérite de nous arrêter un peu. Suivant Cuvier , un long muscle pair , né du sternum , s’enfonce dans le corps de la langue ; comme le font les fibres longitudinales des bras d’un Céphalopode ou des cornes d’un Limaçon ; c’est lui qui retire l’organe et le fléchit latéralement, tandis que sa protraction et ses autres flexions sont le résultat de fibres circulaires qui constituent la couche charnue extérieure. Blumenbach a trouvé la langue longue de deux pouces et demi dans le Fourmilier didactyle, dont le corps n’en a cependant qu’ environ huit de longueur.

Le mouvement de la langue étroite , plate et longue de plusieurs Carnivores est favorisé par un ligament élastique, arrondi et entouré d’une gaine , qui a l’apparence d’un ver, et qu’on a souvent considéré comme la cause de la rage. Ce ligament, qui est situé à la face inférieure de la langue , le long de la ligne médiane et assez près de la superficie , s’aperçoit surtout très-bien dans les espèces du genre Chien; mais Blumenbach l’a trouvé aussi (1) dans les Sarigues. Je l’ai découvert également dans la langue de la Taupe , sous la forme d’un ligament long de trois lignes et d’une grosseur égale partout. Enfin , Otto l’a figuré tel qu’il apparaît dans celle de l’Ours (2). Ce n’est qu’un rudiment de l’os ou du cartilage lingual qui existe ordinairement dans les classes précédentes.

Quant à ce qui concerne le reste des cavités orale et gut-

(1) Handbuch der vergteichenden Anaiomie , pag. 535.

(2) Voyez mes Tabidts illustrantes IV, pl. vir, fig. yv.

go TRAITÉ b’aNATOMIE COMPARÉE.

turale , un fait important c’est qu’elles sont maintenant bien séparées îune de l’autre par un voile du palais. Ce voile diffère , en général, fort peu de celui de l’homme ; mais la luette n’existe ordinairement pas. Cependant les Singes ne sont pas les seuls Mammifères qui en aient une , car je l’ai aperçue très-distinctement , par exemple dans le Lièvre , où cependant elle est plutôt membraneuse que musculeuse.

Le voile du palais est surtout remarquable chez les Cétacés et l’Éléphant. Dans les premiers de ces animaux il forme une voûte placée au dessus du pharynx, et offrant une ouverture vers le larynx élevé en manière de cône. Le larynx fait même saillie à travers cette ouverture , et il peut y être serré avec tant de force par le voile du palais , que quand la cavité gutturale est pleine d’eau, l’air trouve un accès libre de la cavité nasale à la glotte. Mais, d’un autre côté aussi, lorsque , le larynx étant fermé , l’eau pénètre à travers l’ouverture du voile du palais , les muscles puissans de ce dernier peuvent la soulever dans les cavités nasales , et la rejeter au dehors par l’appareil qui est placé en cet endroit (§ 419) (1).

Dans l’Éléphant , le voile du palais descend également jusqu’au dessous de l’épiglotte, qui est prolongée et soudée avec les cartilages aryténoïdes , ce qui permet à l’animal de souffler en même temps qu’il avale sa boisson , chose dont il a besoin, par exemple , quand il a commencé par aspirer cette dernière dans sa trompe.

Je remarque , enfin , dans la Chauve-Souris fer-de-lance une troisième conformation qui , d’un côté , se rapproche des précédentes , et de l’autre rappelle le rapport existant entre les narines postérieures et la glotte des Oiseaux.. A l’ouverture postérieure du canal nasal , au lieu d’im voile du palais , on trouve un rebord membraneux saillant , correspondant de la manière la plus parfaite à l’ouverture du la-

(i)yoyez-en la figure dans mes Tabules illustrantes ^ cah. IV , pl. viij

fig. IV.

rynx, entourée d’un rebord semblable, qui se prolonge par devant en forme d’épiglotte ( pl. xix, fîg. xxii ).

Cette répétition jusqu’ici inaperçue d’une ouverture nasale postérieure simple , se retrouve même parmi les Rongeurs ; car , dans le Rat , par exemple , je n’aperçois à la voûte gutturale qu’un simple trou ovale, conduisant dans la cavité nasale , sans voile du palais libre.

Enfin, le voile du palais présente une singulière conformation dans le Dromadaire (1). Les deux piliers de chaque côté sont distans l’un de l’autre de cinq pouces ; les postérieurs embrassent l’ouverture de la cavité orale dans la cavité gutturale (isthme du gosier) , dont la forme diffère peu de celle qui lui est ordinaire , si ce n’est qu’à sa partie supérieure elle est très-reculée en arrière; mais, entre les antérieurs, on aper- -çoit , toutefois chez le mâle adulte seulement , une excavation dirigée en avant de la partie molle du palais , à laquelle Savi donne fort improprement le nom de luette , car elle représente plutôt une sorte de sac à air , ayant quatorze à quinze pouces de long , et susceptible de sortir par la bouche de l’animal, à l’époque du rut , sous la forme d’une vessie charnue rouge,

A l’égard du passage de la cavité gutturale à l’oesophage ou au pharynx , je rappellerai qu’il est garni de fortes couches musculaires, dont la direction diffère d’ailleurs fort peu de eellè qu’ elles affectent chez l’homme,

Dans la classe des Mammifères , comme chez les Reptiles et ies Oiseaux, la cavité orale est souvent munie d’appendices sacciformes, appelés abajoues, qui servent principalement à mettre des alimens en réserve , mais qui cependant , d’a-

(i) Voyezla description et la figure par P. Savi, dans le Oiornale Pisaiio, 1824, et dans ses Memorie scientifichc , de.c, 1. Pise, i828,pag. 147, Voyez aussi Richter , Anaîecta ad anatomen cameli dromedarii spectantia, Kœ-

nigsberg, 1824*

9*4 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE,

près la découverte de Geofifroy (1) , remplissent d’une manière remarquable le rôle de réservoirs à air dans certains Chéiroptères du genre Nycteris. Ces animaux ont, de chaque côté de la cavité orale, une ouverture qui conduit entre la peau et les muscles du corps , de manière qu’en fermant leur canal nasal par le moyen d’un mécanisme particulier , ils peuvent pousser l’air qu’ils expirent sous leur peau , et se rendre ainsi le vol plus facile.

A l’égard des abajoues proprement dites , elles représentent , par exemple dans le Hamster, deux vastes sacs , ayant depuis deux pouces et demi jusqu’à quatre lignes d’épaisseur, qui marchent sous la peau, des deux côtés de l’articulation de la mâchoire. Ces sacs sont tapissés en dedans par la membrane de la bouche et couverts à l’extérieur d’une membrane musculeuse qui s’insère à la nuque, aux apophyses épineuses des vertèbres. De pareilles abajoues existent dans XArctomys citillus; seulement leurs muscles s’attachent ici au sternum (2). On en trouve aussi dans l’Ornithorhynque, les Babouins, les Cynocéphales et les Cercopithèques. Elles remplissent en partie le même office que le jabot chez les Oiseaux.

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