‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 3)Chapitre 4 sur 71 · I. Apodes. 2. Pélécypodes · texte numérisé non relu

I. Apodes. 2. Pélécypodes

Chez ces animaux aussi , la bouche n’est encore qu’une simple ouverture absorbante , sans mâchoires , langue , ni dents. Cependant, chez les Tarets, quelques pièces coquillières détachées tiennent lieu de dents , et , dans les Ifnio , de petits feuillets branchiformes à la bouche remplacent les lèvres ( pl. ii , fig. xii , b ) , de même que , dans les Balanes , les tentacules qui entourent la bouche , et dans les Huîtres ou autres Bivalves , les plis transversaux du pharynx , font office de langue. Du reste , l’organisation de l’appareil digestif est extrêmement diversifiée ici.

Dans la classe des Apodes , cette organisation est fort simple encore chez les Biphôres ( pl. u , fig. i) car l’ouverture

OUGAHES T>E LA DTGESTION.

buccale, placée à l’extrémité antérieure de la cavité générale du corps conduit à nn petit estomac en cul-de-sac , allongé et tourné en avant ( figu i , c ) , ainsi qu’à un large intestin droit et dirigé en arrière , qui s’ouvre extérieurement à l’extrémité postérieure ( tt ) .

Dans les Ascidies , le court tube de la boucbe dégénère , au moyen d’une ouverture valvulaire , en un large sac à parois minces ( pl. n , %. ïv , e , f , v , k ) , qui semble être en partie une sorte de jabot, et en partie surtout une cavité respiratoire. Au fond de ce sac s’ouvre l’œsophage , qui se continue avec un estomac un peu ample , auquel succède l’intestin. Les circonvolutions de ces organes sont situées entre le sac branchial et le sac musculaire^général ( § 321 ), soit libres, soit plongées au milieu de la Substance du foie , comme c’était le cas dans une grande espèce que j’ai disséquée (1). Le rectum se termine vis-à-vis de la seconde ouverture du corps , qui est ordinairement placée sur le côté.

A l’égard des PéUcypodes , il est à remarquer que le canal intestinal des Tarets offre de grandes particularités , d’a- ' près Home (2). En effet , de la bouche part un œsophage étroit , qui n’est pas très-long , et qui descend dans le corps vermiformè. Cet œsophage se dilate en un estomac cylindrique , d’une longueur considérable , qu’une cloison perpendiculaire divise en deux cavités, communiquant ensemble^ par le bas , et qui , d’après les recherches de Hatchett , contient des débris très-minces de bois chez les individus logés dans le bois ( par conséquent une nourriture végétale ). Cet estomac est suivi d’un long et étroit intestin , qui descend d’abord , puis remonte , passe supérieurement au dessus du muscle^ digastrique des coquilles térébrantes , pour parcourir ensuite le corps , le long des organes respiratoires,

(i) Voyez Mecblei-’s , tom. II, cah. IV.

{%) Philos. i8o6,pag. 283.

12 TRAITÉ d’anatomie COMPAUÉE.

et s’ouvrir , à sa partie postérieure , dans le plus court -des deux tubes qui s’y trouvent.

Dans les Bivalves , par exemple la Moule des peintres ( Unio picforum), l’oesophage est très-court, mais assez large ; l’estomac et les circonvolutions intestinales ( fig. xix , t ) se trouvent dans la masse de ce qu’on appelle le pied. L’estomac , presque comme chez les Méduses ( § 492 ) , est à peine formé par une membrane particulière , mais plutôt creusé dans la substance du foie , et l’on y aperçoit plusieurs orifices assez larges de conduits biliaires. L’intestin décrit ensuite cinq tours dans la substance du pied , entre elle et l’ovaire , et marche enfin au dos de l’animal , d’avant en arrière , au dessous de la charnière et au dessus de l’organe respiratoire , en passant à travers le cœur. Il s’ouvre au dessus du muscle postérieur de la coquille et au dessous du petit tube du manteau (fig. xviii , s; fig. xm ).

Cette description s’applique , en général , à la plupart des Bivalves. Cependant , chez l’Huître , dont l’estomac et l’intestin sont représentés pl. ii , fig. viii , le rectum ne traverse point le cœur; et chez beaucoup de ces Mollusques, par exemple les Pholades , les Tellines et les Cœurs , d’après Poli, on aperçoit, au commencement du canal intestinal, sur sa surface extérieure , un stylet ou dard cartilagineux ( stylus crystalUnus ) , dont la pointe perce une cloison particulière et la paroi de l’intestin (fig. xi ) , et dont il a déjà été parlé en , traitant du splanchnosquelette (§ 147 ).

Il est digne de remarque encore que les circonvolutions intestinales des Bivalves sont parfois en quelque sorte entrelacées dans les nombreux faisceaux musculaires tendus en travers du pied. C’est ce qui a lieu particulièrement dans le Solen strigüatus ( fig. XX , F ), et en partie aussi dans la Venus cliione ( fig. X ) , OÙ la perforation du cœur par le rectum se retrouve à un degré bien marqué.

OUGAîîES DE DA DIGESTIOIT. I j

O. Gcistéropodes. 4. Crépîdopodes. 5. jPtéropodes.

La manière de s’emparer des alimens est déjà beaucoup plus parfaite dans ces ordres que dans lès précédens, puisque ce ne sont plus seulement des organes absorbans qui accomplissent la fonction , et qu’on trouve des organes de mastication et des organes plus parfaits de déglutition.

Ceux d’entre ces animaux qui, sous ce rapport, se rapprochent encore le plus des précédens , sont les Gastéropodes munis d’une trompe ( Buccinum , Mureæ , Voluta ). Cuvier (1) a surtout examiné avec soin la trompe du Buccinum undatum , qui , semblable aux cornes du Limaçon , peut être allongée en un cylindre creux par des fibres circulaires , et retirée en dedans par des muscles longitudinaux, et dans la cavité de laquelle se trouve l’orifice de l’œsophage , avec une langue parsemée de crochets ( dents ).

Chez les Gastéropodes sans trompe ( par exemple Helios , Limaæ , Aplysia ) , la bouche est dépourvue de lèvres , et l’on trouve à l’intérieur , tantôt ( par exemple dans le Limaçon des vignes et la Limace ) une sorte de mâchoire supérieure , avec plusieurs skillies qui ressemblent à des dents ( pl, iii , fig. IV ) , tantôt ( d’après Cuvier , par exemple dans les Tritonies ) une mâchoire semblable des deux côtés de la bouche.

Du reste , le Buccinum undatum n’est point non plus dépourvu de langue. A la base de la cavité buccale , derrière les mâchoires , on aperçoit une petite élévation garnie d’épines déliées.

Mais la denture de la langue est surtout bien prononcée chez les Oscabrions , où Poli (2) l’a parfaitement représentée. La cavité oral^ elle-même , dans laquelle s’ouvrent les conduits salivaires dont je parlerai plus tard , est ordinairement

(1) Annales du Iduséum, tom. XI , pag. 447*

(2) Testacea vtriusque Siciîice, tom, I, pl. ui, fî?. 9.

l4 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

très-charnue , et représente un pharynx arrondi , mis en mouvementpar plusieurs muséles ( pl. iii , fîg. i , a, fig. vu, viii, p ).

La marche du canal intestinal varie extrêmement dans les divers genres de ces trois ordres. Tantôt le canal est simple, ettantôtil est très-composé, mais toujours il est formé de membranes particulières. Quelquefois il est logé , avec les autres viscères abdominaux , dans le sac musculeux commun , comme, par exemple, chez les Limaces et les Aplysies (pl.iii, fig. i), parmi les Gastéropodes , et chez tous les Ptéropodes ( fig. x ) et Crépidopodès. Parfois aussi il se trouve hors de ce sac, entouré seulement du péritoine , et forme une sorte de hernie dans la coquille , comme chez les Gastéropodes à coquille (pl. III , fig. VII , VIII). Il n’y a pas de mésentère proprement dit. Un fait remarquable aussi , c’est que presque partout les organes respiratoires et le rectum sont appliqués l’un contre l’autre ( comp. § 493 , 495 , 497 ).

Le Limaçon des vignes et la Limace , qui ont été étudiés avec beaucoup de soin par Swammerdam , sous ce rapport , nous fournissent l’exemple d’une conformation plus simple. Dans le premier , l’œsophage descend à travers le collier nerveux ( pl. Il, fig. lïi, £ ) ; il se dilate ensuite en un estomac membraneux divisé par un léger étranglement ( a « ) , et dans l’extrémité postérieure duquel ( a! ) s’épanche la bile. Vient plus loin l’intestin, qui décrit un tour sur le foie ( p ) , marche de là le long de la cavité branchiale ( f g ) , et va, se terminer au bord du trou respiratoire. Le même état de choses , quant au fond , a lieu aussi dans la Limace et plusieurs espèces voisines , par exemple dans la Paludina vivipara , dont l’estomac et les circonvolutions intestinales sont représentés fig, viïi. Cependant, l’estomac àn Lymnœus stagnalis s’éloigne de la forme qui vient d’être décrite , en ce qu’il est beaucoup plus petit , mais pourvu de parois charnues d’une épaisseur extraordinaire. Cuvier parle d’une dilatation de

oûgAnes de la digestion. i5

rœsoplîage en forme de jabot , mais que je n’ai observée qu’à un bien faible degré (l).

L’appareil digestif du Pleurobranche , décrit par Cuvier , est remarquable en raison de sa structure complexe, que l’on peut presque considérer comme le prototype de celle qu’offre l’estomac des Ruminans, parmi les Mammifères. Chez ce Mollusque , l’œsophage se dilate en un jabot membraneux , dans la partie inférieure duquel coule la bile : on trouve ensuite un estomac de forme globuleuse et plus musculeux , puis un autre estomac membraneux , intérieurement garni de petits plis longitudinaux , comme le feuillet des Ruminans , enfin un quatrième estomac semblable au jabot , mais plus petit. Un fait remarquable encore , c’est que l’estomac musculeux est traversé par une gouttière musculeuse , allant du jabot à l’estomac plissé , et qui sert peut-être aussi à une sorte de rumination.

L’estomac des Aplysies n’est pas moins digne de remarque, tant à cause de sa structure complexe, qu’à raison désarmés qui en garnissent l’intérieur , et qui paraissent représenter le stylet cristallin des Bivalves à un plus haut degré de développement. L’étroit œsophage, qui traverse le collier nerveux ( pl. III , fig, 1 , 1 ), s’élargit , selon Cuvier , en un jabot trèsample , à parois minces , et à demi contourné en spirale (fig. 1,0,0), Déjà nous avons vu quelque chose d’analogue dans les Ascidies ( § 494 ). Vient ensuite un estomac plus étroit, musculeux et robuste ( p ) , qui est parsemé en dedans de plaques rhomboïdales demi-cartilagineuses ( fig. ii, b ), paraissant agir , en quelque sorte , comme des dents mâchelières. Le troisième estomac ( q ) ressemble assez au précédent : sa face interne est garnie aussi de dents crochues dirigées en avant ( fig. ii , c ). Il se rétrécit en arrière pour

(i) Voyez dans mon ouvrage Von den aeussern Lebensbeding^ungen der. weiss-und haUblwtiger Thiere , pl, ii , fîg. v, f*.

l6 TR A.TTÉ d’anatomie COMPARÉE.

produire le CQmmencement du canal intestinal. A cet endroit s’insèrent les conduits biliaires ( fig, vu , f ) , et un cæcum particulier ( e ) , qui, dans les Aplysies et plusieurs des Mollusques suivans , paraît être le prototype du pancréas , de même que les cæcums qui entourent la bouche des Holothuries ( § 493 ) sont celui des vaisseaux salivaires. Le canal intestinal n’offre presque rien de particulier dans son trajet; ainsi que chez les Limaces , il décrit des circonvolutions sur le foie ( fig. I , s ) , et , constituant enfin le rectum ( t) , il se termine au voisinage de la branchie(y), où se trouve l’anus ( d ).

Le canal intestinal de la Bulîcsa ressemble assez à celui des Aplysies. Mais l’estomac de ce Mollusque est très-robuste , d’après Cuvier , car les plaques qu’on aperçoit dans le second estomac des Aplysies sont considérablement agrandies ici', et ressemblent à de vraies coquilles (1). On en compte trois, ayant à peu près celle forme Œ^D. Etant unies ensemble par de fortes fibres musculaires, elles doivent exercer une ac-? tion puissante comme mâchoires stomacales ou comme dents mâchelières.

Les organes digestifs des Crépidopodes ef des Ptéropodes ressemblent , quant aux points essentiels , à ceux des Gastéropodes qui viennent d’être passés en revue.

Cependant les Oscabrions se distinguent par leur canal intestinal , qui décrit plusieurs tours autour du foie. Poli en a donné une fort belle figure ; on voit que l’estomac est fort et cartilagineux, et qu’à sa suite vient un intestin cinq fois tourné en cercle , qui s’ouvre enfin, à la partie postérieure du corps, par un rectum court et droit.

A l’égard des Ptéropodes , dans les Cilo ( pl. iii , fig. x ) ,

(l) Elles ont été considérées pendant quelque temps comme de véritables coquilles, et ont même donné lieu à l’établissement d’un nouveau genre ( Tricla ). Il en a déjà été parlé à l’occasion du splancbnosquelette.

ORGANES de la DIGESTION. 1 y

l’œsophage est droit et assez étroit (t), et l’estomac entouré par le foie. Le rectum (v) remonte, pour s’ouvrir au voisinage de la branclîie gauche.

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