Mammifères
a. Organes femelles.
Dans les classes précédentes nous avons trouvé , pour organes femelles de la propagation ; 1° les ovaires , qui existent toujours j avec leurs conduits excréteurs; 2° des organes nourriciers externes des petits , qui n’ont point de connexion immédiate avec les parties génitales internes , sont souvent des-
'(f.')'tms.iiEs(si!is,Lchrkuchder"?looldgie,T^a^.^'^l,
'4lO traite d anatomie comparée.
itinés primitivement à d’autres fonctions , et n’existent que dans quelques ordres , par exemple, les Péiécypodes,les Neustieopodes , les Décapodes, et même encore chez les Pipas, parmi les Reptiles ; 3“ enfin des organes incubateurs internes, qui rendent possible , soit réclosement même du petit parfaitement développé , soit son développement dans -l’oeuf, chez quelques Mollusques ( mvipara)', plu¬
sieurs animaux articulés (Scorpions, Pucerons, ètc;), certains Poissons, les Salamandres et les Vipères. Les Mammi; fères nous présentent , en général , ces trois sortes d’organes, ayant entre eux des connexions que nous n’avions point encore observées jusqu’alors , de sorte que nous -renGontrons chez eux , 1“ comme organes d’engendrement , les ovaires; 2° comme organes internes de dérivation et de développement des œufs, les oviduetesou trompes de Fallope, lamatrice et le vagin , avec les organes externes de copulation situés à l’orifice de ce dernier; 3® comme organes externes de nutrition , les mamelles , dont l’existence, ainsi que nous le verr rons , dépend de la constitution même de l’œuf des Mammt fères , auquel manque en grande partie le jaune des Oiseaux , c’est-à-dire une sorte de réservoir du chyle propre à nourrir encore le petit après l’incubation parfaite , èl que doit par conséquent remplacer un autre organe capable de subvenir à la nutrition du petit après sa naissance.
Nous allons examiner successivement ces divers organes , en prenant toujours l’organisation humaine pour type général , et signalant aussi celles qui s’écartent d’elle.
1® Ovaires. Partout ils sont doubles. Mais , dans plusieurs Mammifères , leur forme se rapproche beaucoup de celle qu’ils affectent chez l’Oiseau et le Reptile , en ce qu’on y aperçoit d’une maniéré très-distincte le développement des vésicules ovariennes. C’est ce qui a lieu surtout dans les Rongeurs, tel que les Lapins, les Rats et les Cochons d’Inde , dans le Hérisson , et principalement , d’après Cuvier,
ORGASES GÉNITÀtJX."
chez les Marsupiaux. Les ovaires du Cochon sont composés aussi de plusieurs masses globuleuses , les unes grandes et les autres petites, qui cependant ne constituent pas des œufs isolés , mais bien de petits ovaires distincts , puisque , quand on les coupe en travers , on y aperçoit un tissu dense , parsemé de petites vésicules de Graaf (1) , absolument comme dans l’ovaire de la femjne , et telles qu’on les retrouve aussi pendant la gestation (pl. xx, fig. xv). Je signalerai encore les ovaires des Dauphins, auxquels Hunter (2) assigne une forme allongée , comparable à celle du pancréas , et remarquable en ce qu’elle rappelle parfaitement celle des ovaires dans l’embryon humain. Une autre analogie non moins remarquà^^ ble avec les Oiseaux résulte de ce que, dans toutes les femelles d’Ornithorhynque disséquées par lui. Home n’a Jamais rencontré de vésicules que dans l’ovaire gauche (3). Enfin Je ne dois point omettre les capsules qne le péritoine forme aux ovaires , chez plusieurs Mammifères , notamment parmi les Carnivores , attendu qu’elles établissent une analogie frap’ pante avec les testicules entourés de replis du péritoine. bers paraît être le premier qui ait aperçu cette conformation en disséquant une femelle de Phoque. Depuis elle a été re^^ trouvée par Lobstein , Weber et Treviranus (4) , chez plusieurs Carnivores. Je l’ai vue moi-même dans le Renard , et Home en parle également dans l’Ornithorhynque. L’extrémité de la trompe de Fallope , avec ses franges , s’ouvre toujours dans l’intérieur de ces capsules , d’où il résulte que les ovaires ne font pour ainsi dire qu’un avec leurs conduits excréteurs , à peu près comme il arrive chez la plupart des Poissons osseux , tandis que , dans les Mammifères dônt les ovai-
(l) En traitant de rhistoire dn développement , je parlerai des germes essentiels d’ceufs, contenns dans les vésicules de Graaf, qu’on trouve chez tous les Mammifères.
(a) Philos. Trans. , 1787, pag. 444. — ■ Us avaient cinq ponces de long.
(3) Meck.ei.’s Archiff , tom. V , pag. 419*
(4) Tiedemakw’s Zeitschrift, tom. I, p. 180.
4l^ TRAITÉ d’anatomie COMPAREE.
res et les trompes sont libres au milieu de la cavité abdominale, l’état des choses ressemble presque à celui qu’on observe dans l’Esturgeon et dans les Plagiostomes.
2® Trompes de Fallope ou oviductes. Le pavillon continue toujours à être tourné vers les ovaires , comme chez les Reptiles et les Oiseaux ; mais , au lieu de s’ouvrir inférieurement dans un cloaque, les trompes aboutissent à la matrice. En général , elles ne diffèrent de celles de la femme que parce qu’elles sont tantôt plus et tantôt moins détachées de la matrice , qu’elles décrivent plus de sinuosités , et que leur orifice abdominal , quelquefois fort large (pl. xx, fig. xv , b), puisque Hunter a trouvé sa largeur de cinq à six pouces dans le Dauphin , est plus lisse sur les bords. Parfois, comme dans la Fouine , suivant Treviranus , on ne peut presque point distinguer les trompes des cornes de la matrice , et leur canal est à la fois assez large et court 5 mais quelquefois aussi, par exemple dans le Cochon d’Inde , selon le même observateur , elles sont- si longues , si contournées et si étroites , qu’on a de la peine à concevoir que le sperme puisse se rendre à l’ovaire.
3“ Matrice. Si , dans les classes précédentes, nous avons trouvé des organes éducateurs internes , et vu le petit vivant naître soit dégagé de toutes ses enveloppes , soit encore renfermé dans l’œuf , ces organes n’étaient que de simples dilatations de l’ovaire comme dans la Blennie, ou plus ordinairement des oviductes , et dans ce dernier cas nous pourrions admettre deux matrices se vidant chacune par un orifice particulier dans l’ouverture génitale commune. Suivant Home (1), la même chose a lieu chez l’Ornithorhynque , dont chaque oviducte , se dilatant un peu à sa partie inférieure , forme ainsi une espèce de matrice , et s’ouvre enfin dans un
(l) Tra/jf, , 1803 , pag. 81.
orgakes GÉWITATJX.
court vagin , vis-à-vis de celui du côté opposé , de telle sorte que l’orifice de la matrice se trouve entre ceux des deux matrices , qui ne sont point entourés d’un col utérin (pl.xx, fig, VIII ). k cette forme se rattache la matrice complètement double de la plupart des Rongeurs , par exemple des Lièvres, des Lapins , des Rats et des Souris , qui s’ ouvre dans le vagin par deux orifices bien distincts etsaillans, et dont chaque moitié ressemble exactement à un intestin , même par la disposition de ses fibres musculaires, ainsi qu’il arrive aux oviductes des Reptiles et des Oiseaux. La matrice du Cochon est presque entièrement construite aussi sur le même plan. Viennent ensuite les diverses sortes de matrices simples à leur partie moyenne , mais prolongées en cornes sur les côtés. Cependant je dois parler encore auparavant de la singulière matrice anfractueuse des Marsupiaux (Sarigue, Kanguroo,
- Wombat , etc.).
De même que chez les animaux dont la matrice est tout-àfait double , on trouve ici dans le vagin (i) deux ouvertures (pl. XX , fig. XX , a , a ) , ayant entre elles l’orifice de l’urètre (b) , et dont chacune conduit à un canal particulier (d)J Ce canal ressemble à une matrice ordinaire en ferme d’intestin, fortement recourbée en dedans, et son extrémité supérieure se confond avec celle du côté opposé en une vaste cavité commune (e) , qui est terminée en pointe par le bas. ün bourrelet longitudinal partage incomplètement en deux moitiés cette cavité médiane , qui paraît être totalement fermée en bas hors de l’état de grossesse , mais qui , suivant Home (2) , pendant la gestation , comme aussi durant et après la parturition, s’ouvre dans le vagin par une fente étroite (c). En disséquant un Kanguroo qui portait dans sa poche un petit long d’environ huit pouces , j’ai trouvé que cette ouverture était agglutinée à la vérité , mais qu’une sonde ne tardait ce-
(i) Philos, Trans., s^g5.
4l4 TRAITÉ d’anatomie comparée.
pendant point à la franchir daiis une direction longitadinale, et immédiatement au dessus de l’orifice urétral , dé sorte qu’ij eût été facile de ne point l’apercevoir à cause du voisinage de ce dernier. Le petit sort de la cavité médiane par cette fenté > à l’état de véritable embryon , et ne pésant quelquefois que vingt-et-un grains chez uiie mèré du poids de cinquante-six livres; il passe dans le vagin, et de làdànsla bourse; Quant à la semence , il est probable qu’elle parvient, par les deux canaux latéraux recourbés , dans la cavité médiane , qui reçoit les œufs amenés de l’ovaire par deux ôtiduetes(g), dont le calibre augmente à leur partie inférieure (f}.
Un autre fait digne de remarque, c’est la masse gélatineuse épaisse , semblable à celle des Grenouilles et des Squales j qui se sécrète en telle abondance dans cette matrice, a? l’époque de la gestation, que les canaux latéraux s’en trouvent entièrement obstrués , et qu’elle enveloppe de toutes parts le petit. Une gelée analogue se rencontre dans la matrice delà plupart des Mammifères , tels que la Vache , la Jument, la Chienne, ètc., pendant la gestation ; mais elle ne sert chez dux qu’à boucher l’orifice de l’organe (1).
Quant à la matrice des Carnivores , de quelques autfeé
(i) CÔïÉimé'U: est difficîlé dé comprendre la description d’nné inatrîcé aîifràctaeûsé sans le secours d’une figure , et que celle qu’a donnée Hbiiné ii’ést pas plus Satisfaisante que celle de Sarigue précédemmenf donnée par ’S^ùmÊnhach. Handbuch der verglëichènden Andiomie) , je nié suis décidé à publier la faible esquisse de la planche XX, fig. sn , en attendant que je puisse livrer une figure complète @n publié. Du reste , Owén vient de publier des planches fort belles des organes génitaux femelles dit Ddsypus novemcinctus , àvL Didèlphîs dorsigera, àe Y Hypsîprimnus fffldiei , èf du Màcrdpüs major, dans Philos, frans. i834. P. pt- 7, avec lin'e desérîptiori (p. 333) de'cés organes, tant pendant l’état dé vacuité , qué pendant cëlüi dé gestation , et du développement des petits des anî» tnaux H bonrsét
OUGANES GÊNITAüX.
lOngeuïS , tels que râgonti ét leCocîiôn d’Inde , desCliéîroptères, des Cétacés , des Ruminans , des Coéhéns ét des Solipèdes, elle a partout cela de particulier que, quoique munie d’un orifice simple par lé bas, elle sê prolongé, à sa partie supérieure et de chaque côté (pl. xx , fig. Xiii) , eh üüè Èorne , qui est généralement d’autant plus longue et d’ autant plus semblable à un intestin, qu’il Së dévéloppe davantage' d’oeufs dans son intérieur. Telle est la forme qü’afféété tant la matricdà Cofrtfes droites dés Chiens, des Chats, d^s Chativè-souris ét dés Phoques , que celle à cornes récourbéès dé haut én bas du Céchoh , dU Hérisson et dé la Taupe. Cés inatricés àlOhgüës ôornés, qui font Süité immédiatement aux matrices^ dotibîes; pourrUîent êtré désignées pàr l’épithêfé de Mpàrfilés, tandis que lés matrices â cornés éOür'tésréeê'vraîênt éellë dé yicomës. Ën effet , chèz ceux dés Mammifères , téîs lés' Huminans ét les Solîpèdès, qui hé font ordinairément qU’utt séul petit a la fois , les ÿôrnès dé la mâtriCè sont plus courtes , et semblent ü’êtrë ën iqüëîqüe sorte que dès appendices on prolongemens de la partie moyenne , avec cette différence toûtefois que lé corps dé la matricè offre éHçoré,. dans lés Rumihans, là Vache et la Brebis, par exemple (pl. XX , fig. XVI) , une cloison incomplète {utérus bicprnis divisus) , quin’existe point chez les Solipèdes (««fems hicornis simple:^). Du reste , les matrices doubles et celles à longues cornes Se; font remarquer encore par leur mode de fixation. En effet élles sont retenues' , non pas seulement , eoimnè les oviduetés des animaux inférieurs , par üné sorte dé mésénîëré , dont îeS ligamens larges dëSmàtricés simples offrent un rudmiènt , mais encore par des cordons vasculofibreux arrondis, qui s’aperçoivént bien déjà dans la femme, par exemple, où iis constituent les, ligamens ronds sortant des anneaux inguinaux , mais qui sont doubles ici , et dont les uns descendent de la paroi supérieure du ventre , c’està-dire de la région dès piliers du diaphragme , tandis que
4i6 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
les autres remontent de la paroi antérieure , c’est-à-dire des anneaux inguinaux (1).
Nous arrivons maintenant à la dernière des formes principales de la matrice , savoir à celle des matrices simples, triangulaires ou ovoïdes , qu’on rencontre d’abord dans les Fourmiliers et les Tatous, rapprochés des Oiseaux par l’exis-^ tence chez eux d’un cloaque , ainsi que dans les Paresseux, où cependant elle est configurée de telle manière que son orifice ne forme ni un museau de tanche proprement dit , ni un col utérin , et que l’organe entier ressemble plus à la bourse de Fabricius , ou à une portion de l’oviducte des Oiseaux , qu’à la matrice humaine (2). La matrice se rapproche davantage de celle de la femme dans quelques Chéiroptères, où elle prend une forme parfaitement arrondie pendant la gestation (3) , et dans plusieurs Singes , chez lesquels l’analogie ne porte pas seulement sur la configuration, mais s’étend encore à la structure des parois (4).
(r) Stenson d’abord, puis Rndolphi et Nitzsch ( Meckeü’s Archiv, tom. II, cah. II) sont les anatomistes qui ont le pins particnlièrement signalé ces lignmens ronds supérienrs. Quant à l’interprétation des ligamens ronds en général, c’est une énigme fort difficile à deviner. Cependant ces corps me paraissent avoir surtout de l’analogie soit avec les muscles relevenrs des testicules (cremaster) , soit avec les ligamens dirigeans de ces organes (£uhernaculum Hanterï) , de l’origine desquels il sera parlé plus loin. Un fait digne de remarque , an reste , c’est que les vaisseaux de ces ligamens établissent quelquefois une communication immédiate entre l’organe incnbateur interne et la surface extérieure du ventre, c’est-à-dire avec la partie du corps où se trouvent les organes incubateurs et lesorga nés nourriciers ( mamelles'^ externes; car on verra plus loin que les mamelles sont primitivement placées , chez les femelles, au voisinage de l’anneau inguinal. Je considère les ligamens ronds supérieurs comme une répétition des inférieurs; ils paraissent aussi contenir beaucoup moins de vaisseaux.
• (2) Meckel a signalé aussi cette analogie avec les Oiseaux.
(3) Voyez mes ï’aêwZi* cah. III, pl. IX, fig. nr.
(4) TraUl(Mem, o/tAe Wernerian Soc,, vol. III,pag. 48) a trouvé qnfl
oegAhes génitaux,
En effet , les matrices tant doubles que bicornes ressemblent à un véritable intestin ou à un oviducte , sous ce rapport que leurs parois sont minces , et qu’on y distingue des fibres musculaires extrêmement prononcées ; les matrices / simples , au contraire , celle déjà du Fourmilier , mais surtout celles des Singes et de la femme , ont des parois fort épaisses , et dans lesquelles on aperçoit bien moins les fibres musculaires , principalement hors du temps de la gestation.
Enfin , les Maîds font le passage des Singes , dont la matrice ressemble à celle de la femme , aux Carnivores , parce que le fond de la leur se divise de nouveau en deux cornes. Au reste , cette conformation existe constamment dans l’em-^ bryon humain , et persiste même quelquefois chez la femme, où elle constitue alors une monstruosité.
Avant de passer aux organes copulateurs externes , je dois encore parler de deux conduits remarquables qu’on observe quelquefois le long du vagin, et qui sont importans, soit parce qu’ils jouent un rôle pendant le développement de l’animal, soit parce qu’ils n’existent point chez l’homme , soit enfin parce qu’ils ont une connexion quelconque avec la fonction génitale. Ces canaux , déjà entrevus par Malpighi et décrits depuis par Gærtner (1) dans la Vache et la Truie , sont ^ d’après la découverte de Jacobson (2) , confirmée par les recherches de Rathke (3) , les rudimens des conduits excréteurs des reins primordiaux ou corps d’Oken , organes qui jouent un si grand rôle dans l’histoire du développement ,
la matrice de l’Orang-Oatang avait à peu près la même forme que celle d’une jeune fille, que, par conséquent, le col utérin y prédominait. Il a également aperçu un vestige d’hymen chez cet animal; mais il n’a vu aucune trace de nymphes.
(1) Schrtjte7i der k. dœnischen Gesellschaft der Wissenscha^ten , tom. I.
(2) Z)/e Okenschen Kœrptr, oâer die Priinordialnieren. Copenhague, i83o.
(3) Meck.'el’s tournai faer Anatomie ünd Physloîcgl^ f tom. VI, p.Sjg.