IV. Bèvelojipement des /Poissons
Aristote connaissait déjà la manière dont les gros Poissons cartilagineux se développent de leurs œufs. Cette évolution a été déterminée d’une manière plus précise encore par les recherches de Monro , de Cavolini , de Home et de quelques autres anatomistes modernes.
Cavolini a observé, dans les œufs à maturité du Syngnathe, un jaune séparé, nageant au milieu d’une petite quantité d’albumine ^ et pourvu d’une tache blanchâtre , ou cicatricule, qui indique l’endroit où l’embryon doit paraître.
Les choses s’aperçoivent encore mieux dans les Raies et les Squales , non-seulement parce que le jaune et le blanc sont plus distincts l’un de l’autre , mais encore parce que des dépôts , sécrétés dans les oviductes , produisent des co-
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quilles cornées , qui ont valu aux œufs des Raies le nom de Souris de mer , à cause de leur couleur foncée et de leurs quatre grandes pointes (1),
Dans les Poissons osseux , on ne connaît pas un seul exemple deformation d’une coquille cornée autour de l’œuf, qui est ordinairement sphérique, transparent ou translucide, et mou. J’ai trouvé les œufs du Cyprinus dohula réunis , par un mucus albumineux , en grosses grappes adhérentes aux plantes aquatiques (pl. x , fig. xvi). Chaque œuf avait un chorion ( fig. xvii , b) , autour duquel se voyait encore une couche dense de ce mucus coagulé (d) , et, soumis à un fort grossissement (fig. xviii , b) , il laissait apercevoir une ponctuation régulière. En dedans , on rencontrait d’abord une couche de blanc (b') , puis la sphère vitelline (a) , contenant une goutte d’huile claire , au moyen de laquelle la région correspondante du jaune demeurait constamment tournée vers le haut. La même disposition , sauf toutefois l’absence " de la couche externe du mucus albumineux , a été observée par Rathke (2) dans les œufs de la Blennie , par Baumgærtner (3) et par moi dans ceux de la Truite. Ici seulement , auliemd’une goutte d’huile , il y en avait plusieurs.
Au reste , j’ai déjà dit précédemment ( § 840 , 841) qu’en général les œufs des Poissons osseux se développent hors du corps de la mère , et ceux des Poissons cartilagineux dans son intérieur. Cependant cette règle souffre d’assez nombreuses exceptions , comme par exemple dans la Blennie , qui est vivipare.
Le développement de l’embryon dès Poissons ressemble encore , quant aux particularités essentielles , à ce que nous
(1) J’ai figuré le gros ceaf du Squalus Heringii, à différens degrés de développement, dans mes Tabulœ illustrantes , cah. III, pl. vi, fig. vi-viii.
(2) Abhandlungen zur Bildungs - und EntwiekelungsgeschicKte , tom. II, pag. 5.
{3) Beobachtungen ueber die Nerven und das Blut , Fribourg , i83o , în.4., pag. II.
It.
466 traité d’anatomie comparée.
l’avons vu être chez les Décapodes , parmi les animaux articulés. Il lui arrive bien de se séparer de plus en plus du jaune sur plusieurs points , par des constrictions ; cependant il finit par le recevoir tout entier dans son intérieur. Mais, ainsi que je l’ai fait remarquer dans les prolégomènes de cette section , on voit se manifester , à partir de la classe des Poissons , cette grande et importante différence que le côté de l’embryon auquel le jaune donne naissance est toujours le côté tergal, que par conséquent le côté ventral est celui où le sac vitellin demeure libre le plus long-temps , celui aussi par lequel il est absorbé dans le corps , et que par suite aussi c’est la surface ventrale que le nouvel animal applique sur la convexité de cette poche. Ainsi , les observations microscopiques avaient appris déjà à Cavolini que l’embryon du Syngnathe se forme à la surface du sac vitellin , autour de la convexité duquel s’applique la surface ventrale , qui plus tard le reçoit dans son intérieur , où l’endroit qui lui livre passage dans l’intestin reste long-temps marqué par un renflement qu’on appelait hursa entiana.
Les choses se passent de la même manière dans les Cyprins , comme le prouve l’histoire détaillée de l’évolution du Cyprinus dohula (1). Chez cet animal , le premier rudiment de l’embryon se montre d’abord fixé seulement au jaune ( pl. x, fig. xviii, e); mais bientôt l’embryon a admis la sphère vitelline en lui-même , et au bout d’environ douze jours , il quitte l’œuf. Dès le huitième jour on l’aperçoit qui se meut très-librement dans l’œuf ( fig. xix , où il est représenté grossi), quoique l’on continue toujours à distinguer fort bien le jaune, avec la goutte d’huile qu’il renferme, et qu’une circulation extrêmement simple encore parcoure le corps embryonnaire. Six jours après que le petit Poisson , long alors de deux lignes et demie ( fig. xx ) , a quitté f œuf , le jaune a passé tout entier dans le canal intestinal. A-utour de la goutte d’huile , qui continue encore à
^i) Voyez mes Tahulce illustrantes, cab, III, pl, iv, v.
ÛRVELOtPEMËiïT DE l’oRGÀTSISME INDiVIDDEL. 4^7
être visible , et qui paraît se convertir plus tard en vésicule biliaire, se forme manifestement la substance du foie, et derrière le canal intestinal , on aperçoit le premier rudiment de la vessie natatoire. En général , il est difficile de trouver , des embryons plus favorables à l’observation du développement de l’organisation animale que celui de ce Poisson , dont la transparence égale presque celle du verre.
L’évolution de la Blennie, dont Ratbke nous a donné de belles figures (1), s’opère au fond delà même manière : ce^ pendant le sac vitellin demeure plus long-temps lié à l’embryon sous un volume considérable , et nous manquons encore d’observations précises relativement à la conversion en vésicule biliaire de la goutte d’ huile qu’ on aperçoit également ici.
EnfinBaumgærtnera observé une métamorphose analogue dans le développement des œufs de la Truite (2).
L’allantoïde , qui se retrouve toujours dans les embryons des classes supérieures , mais qui n’existe point dans celui des Poissons , est suppléée , chez ces derniers , et probablement aussi chez les animaux inférieurs à respiration branchiale (3) , par les branchies elles-mêmes , qui constitùent l’organe respiratoire externe permanent. Cependant des observations ultérieures pourront seules décider si l’on doit ou non considérer comme une allantoïde permanente la prétendue vessie urinaire si volumineuse qui se voit chez certains Poissons , quoique ce rapprochement soit déjà rendu trèsvraisemblable par les détails dans lesquels je suis entré précédemment à l’occasion de la vessie urinaire des Reptiles, Sous rapport, les différentes manières d’entretenir la respiration du fœtus que Home (4) a observées avec soin sur les
Ahhandlimgen zur Bildüngs~und Entwîckelungsgeschickte , toni. It.
j(à) Beobachtungen ueber die Nerven unddâs Blut, pag, il.
(3) Nous avons vu précédemment qne les branchies se meuvent déjà dans l’œuf des Céphalopodes.
(4) Philos. Trans. , i8io.
468 TRAITÉ d’akATOMIK COMPARÉE,
œufs des Squales , sont remarquables en ce qu’elles conduisent à ce résultat , que , quand les petits ne quittent l’œuf qu’après la sortie de ce dernier lui-même hors du corps de la mère , les coquilles dures offrent de chaque côté deux fentes qui permettent l’accès de l’eau ( pl. x, fig. xv, A ) , tandis que quand les œufs se développent dans l’intérieur des oviductes , ils n’ont point de coquille dure , et sont entourés de la masse gélatineuse dont j’ai parlé précédemment, masse qui probablement sert tant à la nutrition qu’à la respiration ( pl. X, fig. XV, B e ). En général les Plagiostomes paraissent recéler encore, dans l’histoire de leur évolution, plusieurs particularités , parmi lesquelles pourraient être rangées non-seulement l’anomalie que présente le jaune , chez les Squales surtout, où il reste pendant très-long-temps dans la cavité abdominale , mais encore les branchies pendantes temporaires dont j’ai parlé précédemment, et surtout la disposition du chorion que j’ai découverte et décrite dans le Squalus centrina (1) , OÙ cette membrane est garnie à sa face interne de flocons absorbons semblables à ceux dont nous verrons que sa face externe est couverte chez les Mammifères.