‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieur (volume 3)Chapitre 9 sur 71 · Neusticopodes. 4. Décapodes · texte numérisé non relu

Neusticopodes. 4. Décapodes

Comparés aux ordres précédons , ceux dont nous allons nous occuper ici s’en distinguent, sous le rapport des organes digestifs, par un développement plus prononcé de l’appareil masticateur et de l’estomac. Les membres céphaliques (mâchoires ) , qui se meuvent latéralement l’un vers l’autre , et dont nous avons déjà parlé à l’occasion du squelette , se développent sous des modifications presque infinies, et acquièrent surtout une grande force dans les Décapodes.

La bouche de l’Écrevisse est située en dessous, comme dans les Astéries et les Oursins, et représente une petite fente longitudinale , ou plutôt un triangle allongé. On y aperçoit d’abord une paire de fortes mandibules dentées en dedans , et qui se prolongent à l’intérieur en un pédicule osseux , mis en mouvement par un puissant muscle attaché au bouclier dorsal. Ensuite on trouve , à la suite l’une de l’autre, six paires de mâchoires, dont l’interne est une petite lame mince, tandis que l’externe est forte et ressemble parfaitement à une patte (pl. vi, fig. xiv). A l’intérieur, ces mâchoires se prolongent , comme les pattes , en petites lames cornées, dont celles des deux plus 0Tandes mâchoires servent même d’attache à de véritables branchies, semblables à celles qui tiennent aux pattes. Du reste , on voit encore au dessus de la bouche une proéminence charnue (lèvre supérieure). Toutes les mâchoirçs portent çn dehors un petit

OB.GAKES DE LA DIGESTION. ’aS

palpe , qui est surtout long et articulé aux trois externes , et dont la principale destination paraît être de palper les alimens , peut-être de procurer à l’animal une sensation quelconque relative à leurs qualités , de telle sorte qu’on pourrait Jusqu’à un certain point le considérer comme un organe gustatif.

Dans les Neusticopodes , les paires de mâchoires sont ordinairement moins nombreuses. Ainsi , par exemple , on n’en compte que trois dans VApus cancriformis. En traitant du squelette , nous avons déjà fait part de plusieurs remarques qui les concernent ( § 159 ) .

Quant à ce qui concerne le canal des organes digestifs , il ne décrit pas de circonvolutions , et en particulier il né forme pas de renflemens qui ressemblent au gros intestin. Les dernières espèces , par exemple les Lernées, et aussi VAcKtheres percarum (pl. VI , fig. I), n’ont même pas de renflement stomacal : le canal intestinal est simple, et seulement un peu plus large dans le milieu ; il s’étend en ligne droite de la bouche à l’anus. La même chose a lieu dans VApus cancriformis. Mais , dans les Daphnies , l’estomac se distingue déjà par des parois plus épaisses , ainsi que par d’amples appeurdices, dont deux sont dentelés. Celui du Limulus re&semble encore davantage à l’estomac de l’Écrevisse , d’àprès Cuvier; car il a une texture musculeuse, et sa membrane interne est cartilagineuse et parsemée d’un grand nombre d’élévations.

A l’égard des Décapodes , l’œsophage des Écrevisses est très-court (pl. xvi, fig. vi, a), et ses parois sont minces; mais il se dilate bientôt en un fort grand estomac membraneux , qui , principalement à sa partie supérieure et à la région du pylore , est soutenu par un appareil osseux particulier , ayant pour usage de le rendre plus propre à broyer les alimens. Ce remarquable splanchnosquelette , dont j’ai déjà eu occasion de dire quelques mots, précédemment, se com-

^6 traité d’anatomie comparée.-

pose de cinq pièces osseuses plates , mues par des muscles en apparence soumis à la yolonté , et portant chacune en dedans cinq dents , trois grandes et deux petites , qui entourent le pylore (pl. vi , fig. vu) / organisation dont nous avons trouvé le prototype dans les pièces qui arment l’estomac de plusieurs Mollusques. Ces pièces osseuses ou dentaires de l’estomac de l’Écrevisse sont assujetties à la mue , comme le test qui couvre la surface extérieure du corps , et , tous les ans , d’autres les remplacent , en été. Il n’est pas probable que les plaques arrondies , qui , vers la même époque, se développent aux deux côtés des parois de l’estomac , et auxquelles on donne le nom. d’yeux d’Écrevisse , remplissent l’office que Home leur attribue (1) , c’est-à-dire exercent une action triturante semblable à celle des lames stomacales de la Bullée ; car oii ne les rencontre qu’en certains temps de l’année , et Oken (2) assure que l’animal les rejette aussi, quand il se débarrasse de l’ancienne paroi interne de son estomac^ : . ,

Le canal intestinal , qui n’est point soutenu par un mésentère particulier, constitue un conduit assez étroit, qui s’étend en ligne droite depuis le pylore jusqu au bout de la queue ^ sous les larges écailles terminales de laquelle est situé l’anus.

La plupart des autres genres, par exemple les Crabes, sont organisés de la même manière , suivant Cuvier. J’ai figuré l’estomac d’une Maja ( pl. vi , fig. v , c ).

Page 1