Annélides
Nous avons déjà dit plusieurs fois que la présence d’une sorte de moelle ventrale , c’est-à-dire d’une chaîne de ganglions régnant tout le long du côté inférieur du corps , est le principal caractère du système nerveux des animaux articulés. Avant de retracer les principales nuances de cette forme particulière, il ne sera point inutile d’en faire connaître brièvement la signification . Chaque segment de l’animal articulé doit être considéré comme une répétition des autres , et contient une portion des organes essentiellement animaux, par exemple , dans la Sangsue, une paire de testicules , une paire de vésicules respiratoires , une paire d’anses vasculaires , une dilatation de l’estomac , etc. On peut donc , en quelque sorte , regarder l’animal articulé comme ime agglomération de mollusques simples , accolés à la suite les uns des autres. Il suit de là que la formation nerveuse essentielle , l’anneau nerveux , doit se répéter autant de fois qu’il y a de segmens développés. Cependant ces répétitions se bornent, dans les segmens postérieurs , à la production d'un ganglion situé au côté ventral et envoyant des filets vers le côté tergal , d'où il résulte que , comme le système nerveux doit nécessairement représenter toujom’s un ensemble ou un tout, des commissures prolongées réunissent tous ces ganglions du côté ventral en une seule chaîne,
Maintenant la classe des Annélides renferme certaines familles placées si bas , qu’on est fondé à demander si un système nerveux a déjà pu réellement s’y séparer de la masse animale. Ainsi Schweigger regardait encore les genres Gordius et Nais comme privés de nerfs, tandis que Gruithuisen (1) a démontré , dans les Nais diaphana et diastropha , l’exis-
(i) Nova acta nai, curiof, liv. XIV, pag. 409.'
SYSTÈME NEUVETJX.
tence d’un système nerveux très-développé , qui consiste en un collier entourant l’oesophage et en une série d’à peu près douze ganglions, formant la moelle ventrale. Je vais donner encore quelques exemples de la disposition du système nerveux chez d’autres Vers.
Si l’on ouvre une Sangsue [Hirudo medidnalis) par le côté tergal, on aperçoit d’abord, sur l’extrémité antérieure du court oesophage qu’entourent beaucoup de muscles , un petit ganglion bilobé , qui envoie des filets nerveux aux parties voisines , et qu’une anse nerveuse , contournée autour du canal , réunit avec un gangUon arrondi , situé sous ce dernier. Ce segment du corps offre donc , comme dans les Gastéropodes , un collier médullaire pourvu de deux ganglions. Si maintenant on examine les autres parties de la Sangsue , on trouve que les appareils nerveux qu’elles renferment répètent constamment la forme du premier anneau nerveux , quoique d’une manière fort incomplète. En effet , chaque segment offre un gangUon , de chaque côté duquel partent deux branches , qui gagnent les parois latérales du corps , vers le haut , et se distribuent dans les muscles et viscères , sans former d’anastomoses prononcées sm’ le côté tergal. Les vingt-quatre ganglions du côté ventral étant unis , tant les uns avec les autres qu’avec le ganghon inférieur du collier médullaire proprement dit , par ime double commissure qu’entourent de nombreux vaisseaux très-déliés (pl. v, fig. xxi ) , il résulte de là une chaîne ganglionnaire , qu’on distingue très-bien à travers les parois minces de l’estomac, etqui, chez ces animaux, joue le même rôle que celui de la moelle épinièr^ et du grand sympathique chez l’homme ( pl. v , fig. xviii ).
Dans le Ver de terre ( Lumbricus terrestris) , l’oesophage est embrassé par un anneau nerveux semblable , qui offre un ganglion cérébral bilobé , ainsi qu’un ganglion inférieur , et qui présente en outre de chaque côté un léger renflement , d’où part un filet nerveux. Le cordon médullaire inférieur
5o TRAITÉ d’anatomie comvahée.
parcourt ensuite le côté ventral du corps dans toute sa longueur ( pl. V , fig. XIII , a ) , sans former de ganglions proprement dits , mais en ofîrant , de distance en distance , des renflemens légers , de chacun desquels partent deux paires de nerfs, tandis que la portion plus mince ne fommit jamais qu’une seule paire ( pl. v , fig. xiv ). La coalescence des deux cordons de la chaîne ganglionnaire en un seul , et le volume moins considérable des ganglions eux-mêmes , rapprochent le cordon nerveux , considéré dans son ensemble , de la conformation propre à la moelle rachidienne des animaux supérieurs.
Le système nerveux est disposé de même , quant aux points essentiels, dans les Annélides qui habitent les eaux de la mer, par exemple dans les Néréides ; nous en pouvons juger d'après la description que Delle Chiaje (1) a donnée de celui de la Néréide cuivrée ( Nereis cuprea ). Ici l’anse céphalique offre un ganglion quadrilobé au dessus de l'œsophage , et, au dessous de ce canal , un ganglion cordiforme d'où part la chaîne ordinaire de ganghons qui s’étend tout le long du corps,
La même chose a lieu dans les Aphi’odites(pl. v, fig. xxiv, a.)