Nerf grand sympathique
dOl.
Dans les quatre classes supérieures du règne animal, on trouve en devant , des deuN côtés de la colonne vertébrale, un filet nerveux qui paraît être destiné à unir ensemble les
(i) Born a fort bien décrit et figuré la distribution des nerfs cérébraux et d’une parUe des nerfs rachidiens, dans Heusinger’s prg'«-
nische Phjsikf tom, i, cah. ii.
76 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
branches de la moelle épinière consacrées aux organes végétatifs, et à en faire un tout par le moyen duquel s’accomplisse le conflit entre la vie animale et la vie végétative. 11 a donc, dans la règle , des connexions avec les nerfs rachidiens , comme avec les nerfs intervertébraux de la tête , et nous n’avons plus à nous occuper que de savoir si ce sont toujours les mêmes nerfs qu'il unit ensemble dans tous les animaux pourvus d’un cerveau , et s’il ne lui arrive pas parfois de n’en réunir que quelques uns, par exemple ceux qui naissent au dessus de la cavité abdominale.
Chez les Poissons , le grand sympathique est fort mince , et il offre peu de ganglions. Ordinairement on a une peine ^ extrême à le découvrir , et il est surtout très-difficile de le poursuivre du côté de la tête. Pour la première fois , en 1S14, je suis parvenu à reconnaître , sur la Lote , que son extrémité céphalique se termine déjà , dans les Poissons, de la même manière que chez l’homme, quant aux circonstances essentielles ; et trois ans après , Weber a non-seulement dé- ‘ montré cette terminaison dans quelques autres espèces {Perça lucioperca et Silurus glanis) , mais encore représenté avec une grande exactitude la marche du nerf sympathique tout entier (1). Dans la Lote , on le voit clairement passer toujours d’un nerf intervertébral à l’autre, former de petits renflemens , fournir de petites branches, et se terminer sur le nerf trijumeau, au côté externe de la base du crâne, après s’être attaché au nerf branchial. Ici donc , outre les nerfs intervertébraux proprement dits , il unit encore les nerfs intervertébraux du crâne , et se termine sur la paire nerveuse qui , en sa quaüté d’anneau entourant le canal alimentaire , répète réellement le collier céphalique des animaux inférieurs , collier d’où naît aussi la chaîne gan- i giionnaire. Vers l’extrémité caudale , Weber a vu le grand sympathique devenir si grêle , dans les espèces examinées l
(i) Anatomia comparata nervi sjrrnpathici , Lipsiæ, i8i7,in-8 ,pag, 55. j
SYSTÈME NERVEÜX. 'jfj
par lui , qu’il lui fut impossible de le suivre jusqu’à sa dernière terminaison,
lî. Système nerveux des Reptiles.
BSoelle épinière et cerveau.
Chez les Reptiles aussi, les deux portions de la grande masse nerveuse centrale se ressemblent encore assez ; car , bien que le cerveau soit un peu plus développé que celui des Poissons , cependant la moelle épinière le surpasse encore de beaucoup, sous le rapport delà masse. En effet, chez les Salamandres , les Ophidiens , les Chéloniens ( pl. xii , fig, I ) et les Sauriens (1), comme chez les Poissons, cette dernière règne dans toute la longueur du rachis , par conséquent aussi dans les vertèbres de la queue , ce qui fait qu’elle a une longueur considérable. Chez les Grenouilles, son filet terminal s’arrête au sacrum (2) , mais en revanche elle est plus volumineuse.
Dans une Salamandre terrestre, du poids de 380 grains , le cerveau et la moelle épinière, pris ensemble, pesaient trois grains, et le cerveau seul n’en pesait qu’un.
(1) C’est ce qne j’ai va en examinant la moelle épinière dans le Lacerta agîUs et dans un jenne Crocodile.
(2) Nous voyons , dans la série animale , la moelle épinière se raccourcir peu à peu de plus en plus, et se terminer d’atord aux vertèbres de la queue, puis à celles du sacrum, et enfin à celles des lombes. On sait que quelque chose de semblable arrive aussi chez le fœtus humain. La moelle épinière s’étend également jusque dans les vertèbres caudales chez les têtards de Grenouilles , et sa rétraction ou plutôt la cessation de son accroissement, tandis que celui delà colonne vertébrale continue toujours, détermine non-seulement l’oblitération des vertèbres caudales, mais encore la disparition graduelle de la queue pendant la métamorphose. Les Lézards offrent parfois quelque chose d’analogue, comme état pathologique, lorsque,la qüèue ayant été arrachée, la colonne vertébrale se reproduit, mais sous la forme d’un simple cordon cartilagineux , sans moelle épinière.
TîlAtTÉ d’anatomie comparée.
La forme de la moelle épinière ne s’écarte pas essentielle^ ment de celle qu’on observe dans la classe précédente. J’ai toujours pu distinguer un sinus postérieur, un sinus antérieur et un canal central. Dans la Grenouille (et un peu moins dans la Salamandre ) , le quatrième ventricule descend très-bas dans la moelle épinière , et à la région lombaire, où naissent les nerfs des membres, on aperçoit un renflement, de même que , chez les Poissons , la moelle épinière devenait plus volumineuse sur les points où elle fournissait de gros nerfs pour les nageoires ( § 89 )'. On rencontre quelque chose de semblable chez les Chéloniens (1) , dont la moelle épinière devient extrêmement mince dans l'interstice des deux rem- j flemens destinés aux nerfs des membres antérieurs et postérieurs! pl. XII, fig. I ). J'ai trouvé ces renflemens plus faiblement indiqués chez un jeune Crocodile.
Le cerveau des Reptiles olTre encore , comme celui des Poissons , ses masses principales placées à la suite les unes [ des autres , et , sous le rapport de la forme , il se rattache ‘ de la manière la plus intime à celui des Poissons cartilagineux, notamment des Raies et Squales. Si l’on voulait , comme l’a fait Tiedemann , comparer les différens degrés de développement du cerveau, dans la série animale, avec ses périodes d’évolution dans l'embryon humain , le cerveau d'un M*ai Poisson demanderait à être comparé avec celui d’un fœtus de deux mois , et celui d’un Lézard avec celui d’un fœtus d’apeu près trois mois.
Du reste, la masse totale de ce viscère est fort peu considérable encore. J’ai reconnu dans la Salamandre quelle ne faisait qu’un trois cent quatre-vingtième de celle du corps. Elle a été trouvée égale à la deux mille deux cent quarantième partiê de celle-ci dans la Tortue terrestre.
Anatomc testudinis europece , rStg-iSat, 2 vol»
in-fol, , pl. XXI.
SYSTÈME NEEVETJX.
La première portion du cerveau , au moins ( celle qui correspond aux grands hémisphères ) , est encore entièrement formée de substance grise.
Les masses olfactives ou les hémisphères continuent, comme dans les classes suivantes , à être pourvues de cette cavité que nous y avons découverte, pour la première fois, dans le Squale ( § 92). Les hémisphères sont assez allongés dans le Protée, la Salamandre et la Grenouille (pl. xv, fig. v, a ) ; et, chez cette dernière , les deux masses , avec leur cavité, se confondent encore en une seule, comme chez les Raies et les Squales , et elles y sont également unies en arrière par ime petite bandelette médullaire (commissure antérieure). Du reste l’intérieur de chacune des cavités qui correspondent, aux ventricules latéraux du cerveau humain , renferme , comme chez tous les Reptiles , un renflement fort analogue à ce qu’on appelle le corps strié dans le cerveau de l’homme. Chez les Chéloniens , les hémisphères sont plus volumineux , proportionnellement au cerveau entier , que dans l’ordre précédent , et je les ai trouvés , dans^ime jeune Tortue franche , partagés en deux lobes , l’un antérieur , l’autre postérieur ; le corps cannelé est assez gros dans la Tortue d’Europe (fig. Il , a*). Chez les Ophidiens, iis sont plus larges que longs, et se terminent par d’épais nerfs olfactifs en forme de massue ( fig. ly , a ). Mais ils ont surtout un volume considérable dans les Sauriens. Je les ai particulièrement trouvés tels dans une Iguane et dans un jeune Crocodile (fig. vi , a) , où le gros renflement interne de substance grise est situé plus en dehors , tandis qu’en dedans , et de chaque côté , le ventricule latéral , largement distendu , n’est fermé que par une paroi mince.
La seconde masse cérébrale , SOUS le rapport de sa petitesse , et parce quelle n’est pourvue que d’une cavité simple , offre également une répétition du type dominant
8ô TUAITÉ ùVwâTOMÎF- COTVIÏ'AîlÉE.
chez les Piaies et les Squales ( § 95 ), atse rapproche ainsi de la forme des masses optiques de l’homme (la paire antérieure des tubercules quadrijqmeaux ). Cependant, outre les masses optiques proprement dites , on remarque encore , dans tous les ordres de cette classe , une paire de ganglions plus petits , et situés au devant des précédens , qui correspondent aux couches optiques ou ganglions des hémisphères du cerveau humain (1) , et qui déjà aussi fournissent quelques fibres au nerf optique. Les masses optiques se confondent ordinairement en une seule , et , chez la Grenouille , elles contiennent encore , comme chez les Poissons osseux ( § 93 ) , un renflement interne d’où part la radiation des fibres médullaires qui forment le toit des masses ellesmêmes ( fig. V. b ). Dans les Tortues , les Serpens et les Lézards , la cavité de la masse optique est lisse ( fig. ii , b*, VI , b*). Les fig. Il, b, IV, b., vi, b., représentent la masse optique , dans ces genres, vue en dehors.
Du reste , on remarque toujours ici , sur les ganglions des hémisphères , ime petite glande pinéale , qui est d’un rouge intense dans la Grenouille et la Salamandre , et qui , dans l’IgTiane , adhère avec force aux veines cérébrales. A la face inférieure de cette masse, on ne trouve plus ,de ganglions particuliers , mais seulement l’amas de substance grise qu’on y rencontre aussi chez l’homme, au dessous du chiasma des nerfs optiques , lesquels sont véritablement croisés. On y aperçoit en outre la glande pituitaire , qui continue toujours à être très-volumineuse , proportionnellement au cerveau.
LSitroisième masse ceréiraZe composée du cervelet et delà moelle allongée, a une conformation très-simple dans le Protée , les Salamandres , les Grenouilles et les Serpens. En
(i) Dans mon Essai d’nne exposition du système nerveux, j’ai cru plus convenable de désigner les couches optiques sons ce dernier nom, parce que les cordons fibrenx destinés aux grands hiémisphères les traversent. Gall les appelait grands ganglions inférieurs du cerveau. ,
SYSTÈME KEEVEUX. 8ï
effet , le cervelet ne représente qu’une étroite bandelette médullaire (pl. XII, fig. IV, V, c) , qui couvre le quatrième ventricule, et sur laquelle s’applique en arrière, comme dans la Lamproie ( § 98 ) , une lamelle vasculaire (f) , représentant le plexus choroïde du quatrième ventricule , lequel est trèspetit dans les Serpens. Une chose remarquable d’ailleurs encore , c’est le fort renflement inférieur de la moelle allongée dans les Serpens (l),pour la réception duquel on aperçoit un enfoncement particulier à la surface de la base du crâne. Ce renflement existe aussi dans les Chéloniens (fig. ni, c ) et dans les Sauriens. Au contraire , dans les derniers ordres , le cervelet est plus gros, plissé ime seule fois, ou plusieurs, comme dans le Crocodile, et pourvu même chez ce dernier , ainsi que dans plusieurs Poissons (§ 96 ) , de petits appendices latéraux (fig. vi, c ). De cette manière ili*épète la forme de celui du Squale (§ 97) , et il se rattache à la forme que l’organe présente dans la classe qui vient immédiatement après. Du reste , j’ai remarqué au dessous du cervelet , des deux côtés du quatrième ventricule , tant dans la Tortue que dans le Crocodile , de petits ganglions bien manifestes , placés à l’origine du nerf acoustique.
Quant à ce qui regarde les méninges , j’ai toujours pu distinguer la dure-mère et la pie-mère du cerveau. De même que chez l’homme , les artères occupent principalement la base de l’organe , tandis que les veines se rassemblent davantage à sa surface. Enfin je dois rappeler que, dans les Reptiles aussi, le cerveau cesse probablement de croître long temps avant le reste du corps ; car on ne trouve pas le crâne beaucoup plus spacieux chez de très-grands Crocodiles, par exemple, que chez de petits, où je l’ai vu embrasser le cerveau d’une manière fort exacte.
(i) Dans la Grenouille et la Salamandre, la moelle allongée est encore plate, comme dans les Poissons ; sa largeur, dans cette classe, surpasse de trois quarts à moitié celle des béinisphères.
Sa TRAITÉ d’anatomie comparée.